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debussy

  • Cinquante nuances de spleen

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    C’est le spleen dans tous ses états que nous propose Guillaume Poncelet dans son album solo « 88 ».

    Le musicien surdoué aux collaborations multiples (Claude Nougaro, Stevie Wonder, Ben L’Oncle Soul, Mc Solaar, Joyce Jonathan ou Ayo) propose un premier opus étincelant, mélancolique et dans une veine minimaliste. Il faut chercher du côté du groupe Rachel’s (Music for Egon Schiele) pour trouver la trace d’un tel album moderne piochant du côté de la musique de chambre, de la pop comme du courant minimaliste.

    « 88 » déroule seize titres aux troublantes sonorités, tour à tour délicates, sombres ou oniriques. Album instrumental, à l’exception notoire des deux derniers morceaux (Last Breath et Mon terroir), cette œuvre de Guillaume Poncelet offre une vaste gamme de sons, de nuances et d’influences pour offrir un tout cohérent et passionnant.

    La sonate Morning Roots peut rappeler le répertoire de Michael Nyman, avec ce minimalisme assumé, à l’instar d’Iceberg ou d’Après, renvoyant, eux, au courant répétitif américain. Le mystérieux morceaux Duty séduit par ses touches debussyesques, lorsque les titres Homo Erectus, Le Cahier ou L’Ennui évoquent l’écriture mélodique de Yann Tiersen.

    Minimalisme, pop et musique de chambre

    Guillaume Poncelet ne craint pas de faire appel à l’électronique dans l’aérien Reverse. Quant à Teano, c’est l’une des très belles réussites musicales de cet album : une invitation au voyage grâce à d’intelligents, puissants et bouleversants accords orchestraux.

    Aussi à l’aise dans le jazz que dans le répertoire contemporain, Guillaume Poncelet propose de passionnantes compositions de free jazz que François Jeanneau n’aurait pas reniées : le délicat Gus Song ou cet hommage à la Nouvelle Vague qu’est Au Bout du Souffle.

    Il faut également saluer l’audace du crépusculaire Derrière la Porte, le charme automnal d’Othello ou le nostalgique, onirique et langoureux The Two Of Me.

    « 88 » se termine avec deux exceptions notables : les titres vocaux Last Breath, avec le musicien néerlandais Thomas Azier (célèbre en France pour ses collaborations avec Stromae) et Mon Terroir, un slam de Gaël Faye, auteur en 2016 du Goncourt des Lycéens Petit Pays.

    Guillaume Poncelet, pianiste exceptionnel, nous offre avec « 88 » plus qu’un album spleen : un compagnon pour nos journées et nos nuits. Un véritable ami pour ainsi dire.

    Guillaume Poncelet, « 88 », Blend, 2018
    https://guillaumeponcelet.bandcamp.com
    En concert au Centquatre-Paris (104), 13 février 2018 (complet)

  • Un art peut en cacher un autre

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    Le catalogue édité pour le programme de l’opéra Nantes-Angers pour la saison 2017-2018 réserve une divine surprise.

    Bien entendu, les passionnés d’art lyrique découvriront les futurs rendez-vous de l’illustre maison ligérienne pour la saison prochaine : une Damnation de Faust de Berlioz, un Fidelio de Beethoven, une nouvelle production du Couronnement de Popée de Monteverdi ou un Rinaldo d’Haendel conduit par Bernard Cuiller.

    Le bloggeur entend cependant s’arrêter sur ce qui fait le vrai plus de ce catalogue : ses illustrations. Bien entendu, le choix promotionnel de faire appel à un artiste photographe pour les catalogues lyriques n’est pas nouveau et d’autres établissements lyriques ont suivi cette mode. L’Opéra de Paris propose ainsi d’épais et classieux programmes, souvent enrichis de clichés au minimalisme qui peut d’ailleurs laisser perplexe.

    Pour la saison 207-2018, l’opéra de Nantes a choisi Nicolas Dhervillers, un photographe internationalement reconnu pour son sens du lyrisme et de la mise en scène.

    Pour le programme musicale de l’établissement nantais, la série Detachment, dont est tirée la majorité des photos, nous transporte dans des paysages grandioses et aux mises en scène picturales (par exemple l’illustration pour Mam’zelle Nitouche de Hervé). Les personnages y semblent soit contemplatifs, soit perdus (la couverture du catalogue). L’illustration pour Fidelio rappellera sans doute les paysages de neige de l’impressionniste norvégien Frits Thaulow, mis à l’honneur lors du dernier Normandie Impressionniste.

    Une photographie de la série Road Movie illustre La Damnation de Faust, cette fois dans une scène que l’on croirait sortie d’un film noir américain. Quant au cliché choisi pour illustrer le Rinaldo d’Haendel, il n’est pas sans rappeler la patte du réalisateur français Fabrice Gobert (Les Revenants, Simon Wemer a disparu).

    Ajoutons aussi, non sans une pointe de regret, qu’un Pelléas et Mélisandre aurait été un dernier et superbe clin d’œil à l’adresse de Nicolas Dhervillers, lui dont les clichés oniriques font le pont entre le symbolisme (une photo tirée de la série Hommages pour le spectacle Atys en Folie) et la modernité (My Sentimental Archives pour Les P’tites Michu).

    L’Opéra de Nantes a créé un catalogue pour faire découvrir sa programmation musicale, et c’est sur un photographe que nous nous enthousiasmons. Comme quoi, un art peut en cacher un autre.

    http://www.angers-nantes-opera.com
    http://www.nicolasdhervillers.com
    Nicolas Dhervillers à Kansas City, Missouri, USA, du 1er septembre au 28 octobre 2017,
    à la Fondation Louis Moret, Martigny, Suisse, du 9 septembre au 15 octobre 2017,
    à la galerie Hiltauwsky, Berlin, du 23 novembre 2017 au 15 janvier 2018

    © Nicolas Dhervillers