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Sciences et médecine - Page 3

  • La santé est une chose trop sérieuse pour être confiée à des comptables

    Une étude fin novembre de la Fédération Hospitalière de France pointe du doigt des actes médicaux et chirurgicaux jugés inutiles. Encore que ces abus dépendent de la géographie comme du praticien (d'après l'enquête, 9 médecins interrogés sur 10 ont déjà prescrit des actes inutiles).

    Ces abus concernent aussi bien les césariennes, les opérations du dos que les IRM. Que les professionnels de santé s’intéressent aux économies et aux surcoûts, estimés à 30 à 50 milliards d'euros et 30 % de dépenses non-pertinentes, peut être loué par le contribuable. Certes. Sauf qu’en sonnant la sirène d’alarme, l’assurance-maladie prend une voie qui pourrait avoir des conséquences… sur la santé de tous.

    Il ne s’agirait pas que les actes de soin (examens radios, IRM ou opérations chirurgicales) ne deviennent de simples options surveillés à la loupe par des comptables suspicieux. Un exemple ? Celui de votre bloggeur, dont une très récente opération délicate du dos dans l'excellent service de neurochirurgie du CHR d'Orléans, n’a pu être possible que parce qu’une médecin généraliste de Montargis a opté pour une IRM qui s’est avérée par la suite capitale.

    À l’heure où la Sécurité Sociale surveille le moindre centime dépensé, n’y a-t-il pas le danger que des réflexes comptables ne mettent en danger la vie de patients et de citoyens ? La chasse aux abus pourrait bien être contre-productive, tant il est vrai que la santé est une chose trop sérieuse pour être confiée à des comptables.

    Après une hospitalisation salutaire, rendue possible par une IRM pertinent et les choix judicieux d'une généraliste, Bla Bla Blog peut enfin reprendre son rythme de publication normal.

    Fédération Hospitalière de France
    http://www.chr-orleans.fr

    "Opérations inutiles : "Il faut corriger ces abus si on veut préserver le système de santé", Rtl.fr, 27 novembre 2017
    "Santé: le fléau des actes chirurgicaux inutiles", BFM TV, 27 novembre 2017

  • Le silence est un sport de combat

    Une citation du poète belge Jacques Goorma ouvre la dernière partie du récit de Mélanie Hamm, Écoute : "Les mots s’échangent. Seul le silence se partage." Cette citation pourrait servir d’exergue à l’ensemble du récit de l’auteure qui nous délivre le récit d’une jeune femme atteinte d’un handicap très peu connu. Être malentendant c’est vivre, nous dit Mélanie Hamm, avec une particularité "insoupçonnée" et invisible. C’est être ni sourd ni vraiment entendant : "Parfois sourde, parfois entendante," c’est condamner "à rester entre les deux."

    La malentendance est ici racontée avec pudeur mais néanmoins précision dans les rapports de l’auteure avec les autres : ses proches, sa famille, ses amis, ses camarades d’écoles mais également ses professeurs. Spécialisée dans les sciences de l’éducation, Mélanie Hamm consacre de nombreuses pages à l’école, à l’apprentissage et à ses difficultés à se faire une place dans une société qui peine à s’adapter à son écoute mal aisée, ce que l’auteure formule ainsi : "Un goût de citron naquit dans ma bouche, celui de la gêne d’être différente face à autrui."

    Le silence est un sport de combat, et plus encore la lutte pour apprivoiser une conversation et naviguer "entre deux mondes, le silence et le bruit." Le mot handicap n’est pas tu par l’auteur et l’apitoiement convient bien mal à ce qui est aussi une histoire d’initiation. La construction de soi, la découverte du handicap, l’ouverture vers les autres, les incompréhensions réciproques, la découverte des mots, la littérature, le lycée, l’adolescence et l’amour font d’Écoute un récit sans pathos ni leçons moralisatrices. Le lecteur trouvera aussi quelques jolis passages consacrés à… la musique classique, l’une des passions de l'auteure.

    Mélanie Hamm écrit sans doute le passage le plus poignant dans l’histoire d’une idylle marquante mais inaboutie avec un professeur brillant. Celui-ci se révèle comme englué dans un échec personnel, offrant à la lycéenne malentendante le visage d’un homme "handicapé" par ses faiblesses, ses doutes et ses lassitudes. Où la personne handicapée n’est pas là où on le pense.

    Vivant au milieu des "entendants", c’est aussi parmi les sourds que la jeune femme découvre une forme de sérénité : "J’aimais de plus en plus leur compagnie. Leur silence m’apaisait, leurs signes me ravissaient. Avec eux, je me sentais instantanément protégée du bruit et de la trépidation de la vie."

    Plus qu’un simple témoignage, Mélanie Hamm livre une analyse rare, sensible et percutante sur l’ouïe et sur l’écoute, que, paradoxalement, la malentendante a réussi à "surdévelopper" et, à force de combat, à utiliser telle une arme pour vivre et survivre : "Qu’est-ce qu’entendre ? C’est entendre avec le corps. l’oreille entend le rythme oral, le corps comprend l’expression verbale… Ma force intrigue. Faut-il que je l’écrive autrement : le silence est ma force ? Il fend les monts et les océans."

    Mélanie Hamm, Écoute, éd. Calleva, 2012, 166 p.

  • La bosse des maths

    Nous sommes en 2017. Toute l’édition est menacée par Amazon et la concurrence de l’Internet. Toutes? Non ! Un petit secteur d'irréductibles éditeurs, soit une trentaine de maisons, résiste encore et toujours à l'envahisseur : celui du scolaire et du parascolaire. Il représentait en 2016 11,5 % du chiffre d’affaire de l’édition (chiffres du Syndical National de l’Édition), malgré une baisse sensible depuis 2000. Pas de quoi cependant désespérer les professionnels qui voient d’un très bon œil le changement de programmes scolaires en cours. Sur les prochaines années, il va permettre le renouvellement de millions de manuels. Hormis les cahiers de vacances indémodables, le parascolaire représente une autre manne non-négligeable.

    Bla Bla Blog a choisi de faire le focus sur un de ces ouvrages, paru aux éditions Ellipses : Méthodes pour progresser en Calcul algébrique et sur les Fonctions, avec ses 260 exemples et exercices corrigés. Les objectifs de cet ouvrage sont de combler les lacunes et ainsi pouvoir progresser, consolider les méthodes et les acquis en calcul algébrique, nous précise l'éditeur. 

    Le lecteur pourra trouver dans cet ouvrage spécialisé pour les classes de secondes des points de cours, de nombreux exemples, des exercices détaillés à la fin de chaque thème et des exercices de synthèse pour utiliser plusieurs notions à la fois. Il est notamment question dans ce manuel d’ensembles de nombres, d’expressions algébriques et de fonctions. Clair, net, précis et sans bavure, ce nouveau manuel parascolaire est idéal, sinon pour aider à devenir un fort en maths, du moins pour ne pas passer sa classe de seconde tourmenté par Pythagore et ses héritiers.

    L'auteure, Bernadette Chiron, elle-même professeure de mathématiques, insiste dans son avant-propos sur son constat en tant que professeure de mathématiques "de lacunes en calcul algébrique, lacunes qui nuisent incontestablement à l’assimilation de nouvelles notions abordées en classe de seconde, en particulier pour ce qui a un lien avec les fonctions. Ces lacunes, si elles ne sont pas comblées assez rapidement, sont un handicap majeur pour aborder les classes de première et terminale et ceci dans la quasi-totalité des séries."

    Ce livre parascolaire se veut un vade-mecum pour y voir plus clair dans la jungle des programmes scolaires. Plus d’excuse maintenant pour ne pas bosser ses maths.

    Bernadette Chiron, Méthodes pour progresser en Calcul algébrique et sur les Fonctions,
    éd. Ellipses, 224 p., sortie le 22 août 2017
    http://www.editions-ellipses.fr

  • L’étoile mystérieuse

    Il y a longtemps, très longtemps, dans une lointaine galaxie, clignotait une étoile distante de 1280 années-lumières. Elle défie aujourd’hui la communauté scientifique au point de laisser la porte ouverte à une théorie extraterrestre inattendue. La revue Pour La Science consacre un article passionnant à ce sujet.

    L’étoile de Boyajian, ou KIC 8462852, appelée aussi étoile de Tabby, du nom de la scientifique Tabetha Boyajian qui s’est penchée sur elle, a commencé à faire parler d’elle à l’automne 2014.

    À la chasse aux exoplanètes habitables, le télescope Keller y détecte des variations de lumières aléatoires et incompréhensibles. Tabby Boyajian remarque que la lumière de cette étoile jaune-blanc représentant 1,43 de la masse solaire, diminue jusqu’à 20 % de manière épisodique, et subit d’autres atténuations plus faibles et de manière plus aléatoire. Plus curieux encore, cette étoile aurait connu une baisse de sa luminosité d’environ 15 % au cours du dernier siècle. Les scientifiques connaissent l’influence du passage de planètes ou des taches stellaires. Pour autant, cela n’expliquerait pas ces mystérieuses variations sur le long terme comme sur le court terme. En 2016, un article très sérieux est publié sous le titre "Where’s the flux?" (en référence à l’expression populaire "what the fuck?"), article qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

    Les astronomes restent désorientés par ces "changements rapides" dans la luminosité de l’étoile de Tabby, une étoile somme toute normale, par sa taille, par son âge comme par son environnement : un peu plus grosse que le soleil, sans compagne stellaire à proximité et dépourvue d’activité magnétique anormale. Tout semblerait anodin sans ces étranges variations de lumières. Les scientifiques calculent que l’étoile a connu une diminution de luminosité sur au moins quatre ans et qu’elle subit des décrochages irréguliers sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Plusieurs hypothèses sont émises, sans qu’aucune n’emporte le morceau. Le magazine scientifique développe cinq premières explications bien connues des astrologues : un disque de poussières et de gaz ceinturant cette étoile de Tabby, un essaim de comètes, un nuages dans le milieu interstellaire ou dans le système solaire – voire une autre étoile se situant dans l’alignement de Tabby –, des variations stellaires intrinsèques ou des trous noirs. Cette dernière hypothèse tiendrait la corde, certes "tirée par les cheveux" mais somme toute raisonnable.

    Il reste ce sixième scénario : celui décrit par le physicien Freeman Dyson dans les années 60. Ce dernier avait imaginé que des civilisations extraterrestres évoluées seraient ou auraient été capables "d’envelopper" leur étoile de collecteurs solaires, des "sphères de Dyson", sortes de panneaux solaires spatiaux capables d’absorber une partie importante de la luminosité d’une étoile. Ce scénario a priori extravagant expliquerait la soudaine variabilité de l’étoile de Tabby.

    Cette mégastructure, digne de Star Wars, reste une hypothèse invérifiable mais diablement séduisante. Elle deviendrait beaucoup plus sérieuses si nos grandes oreilles parvenaient à détecter des signaux radio artificiels qui auraient été produits par cette construction extraterrestre. Faute de détection de ce genre, Tabetha Boyajian et ses homologues en sont réduits aux cinq scénarios classiques. À moins qu’une autre hypothèse ne vienne réduire à néant cette idée de sphère de Dyson et d’une technologie extraterrestre située à 1280 années-lumières.

    Kimberly Cartier et Jason Wright, "L’étrange étoile de Tabby",
    in Pour la Science, août 2017, pp. 54-61
    "Where’s the flux?"
    "Tabetha Boyajian: The most mysterious star in the universe", TED

  • Bernanos, les robots et la jobsolescence

    Un spectre hante l'Europe et le monde : le spectre de l’intelligence artificielle. Voilà en substance – et en imitant l’introduction du Manifeste du Parti communiste de Karl Marx – les propos tenus le 20 juin dernier par le spécialiste de l’éducation Charles Fadel sur le site spécialisé CM Rubin World. Cette fondation s’est notamment donnée pour but de permettre à l’éducation de s’adapter à un monde de plus en plus mondialisé, pour le meilleur et pour le pire. Le site a donné la parole à Charles Fadel, fondateur et président du Center for Curriculum Redesign (CCR), également auteur d’un ouvrage de référence, Four-Dimensional Education: The Competencies Learners Need to Succeed (non-traduit en France).

    Charles Fadel ne fait pas preuve d’angélisme à l’égard de la révolution numérique et de son corollaire, l’intelligence artificielle (IA) : aux États-Unis, dit-il, dans les 15 ans, 38 % des emplois disparaîtront, annihilés par l’automatisation. La robotique atteindra des performances jamais atteintes, et qu’il sera impossible de freiner. Charles Fadel précise quels seront ces emplois en danger : ceux concernant les tâches routinières, qu’elles soient techniques ou non (comptabilité, centres d’appel, assistances basique, taxis ou sociétés de nettoyage). Autant dire qu’une pléthore de métiers est appelée à connaître une saignée dramatique.

    D’après l’auteur de Four-Dimensional Education, 9 à 50 % (sic) de la main-d'œuvre des pays développés est susceptible d'être automatisée au cours des prochaines décennies. Si le pronostic le plus optimiste laisse présager des troubles sociaux importants, le plus pessimiste fait figure de véritable cauchemar. L’automatisation des chaînes de productions automobiles avait envoyé en reconversion, au chômage ou à la retraite des millions d’ouvriers dans une relative indifférence ; qu’en sera-t-il lorsque les machines condamneront des centaines de milliers d’emplois à la "jobsolescence" ?

    La jobsolescence promise a, certes, son verso bénéfique : la création de nouveaux métiers. Charles Fadel prédit la naissance ou le développement de professions prometteuses : développeurs d’applications, ingénieurs de voitures autonomes, analystes en data, spécialistes en réseaux sociaux, opérateurs de drones ou designers écologiques. Le hic est que ces professions nécessitent un haut niveau d’expertise. Les places seront chères pour celles et ceux qui voudront être les acteurs de la révolution IA, comparable aux révolutions industrielles précédentes à ceci près que celle que nous sommes en train de connaître est lancée dans une course de vitesse effrénée. Contre cette roue infernale, notre atout majeur est l’éducation. Mais cette éducation devra faire sa mue pour donner des armes au plus grand nombre afin de s’adapter à cette mondialisation technique : "Nous avons besoin de courageux bâtisseurs de cathédrales! Nous devons également aborder les préjugés des experts traditionnels qui s'accrochent à leurs domaines étroits et aux vieilles expériences de nos parents."

    Il y a 70 ans, un auteur a prédit le mouvement technique et mondial de la robotique : Georges Bernanos, avec son essai polémique La France contre les Robots (éd. Castor Astral).

    Nous sommes en 1947. Dans un monde libéré du nazisme et tourné vers la lutte contre le communisme, l’auteur de Sous le Soleil de Satan lance un avertissement prophétique contre les machines et la technique : "La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celles de la qualité. Les imbéciles y dominent donc par le nombre, ils y sont le nombre." En auteur catholique et engagé, Bernanos voit dans les robots la quintessence de l’inhumanité : "Dans la lutte plus ou moins sournoise contre la vie intérieure, la Civilisation des machines ne s’inspire, directement du moins, d’aucun plan idéologique, elle défend son principe essentiel, qui est celui de la primauté de l’action. La liberté d’action ne lui inspire aucune crainte, c’est la liberté de penser qu’elle redoute." Cette primauté de l’action et de l’efficacité nous renvoie à la réalité d’un monde libéral tourné vers la rentabilité à outrance. Bernanos a cette autre citation prophétique et ahurissante, écrite – rappelons-le – en 1947 : "Un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne." Cela ne vous fait penser à rien ?

    70 ans plus tard, Charles Fadel fait écho à l’écrivain français grâce à cette alerte en forme de prière : "Nous devrons faire des efforts concertés entre les différents secteurs de l'éducation, des entreprises et des États pour s’adapter aux nouveaux emplois." Sans cela, il est fort probable que les robots et l’intelligence artificielle ne signent notre arrêt de mort : "Un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté", avertissait Bernanos en 1947. Nous voilà prévenus.

    CM Rubin World
    http://curriculumredesign.org
    www.twitter.com/@cmrubinworld
    Georges Bernanos, La France contre les Robots, éd. Le Castor Astral, 272 p.

  • Les Seper Hero sont increvables

    Seper Hero commence comme un drame. Marine Barnérias, étudiante en école de commerce de 21 ans, apprend en 2015 qu’elle est atteinte d’une sclérose en plaques (ou SEP). La stupeur, l’effroi et l’incompréhension anéantissent dans un premier temps cette jeune femme cash, dynamique et entière. Tout un monde s’effondre à l’annonce de cette maladie dégénérative : "Ce n’est pas comme un requin qui vous engloutirait d’un coup, mais on vous croque petit à petit tout en vous laissant avec la conscience de ce qui est en train de se passer."

    Les premiers temps se passent dans les salles d’attente des hôpitaux, dans les urgences ou dans les cabinets des médecins. Marine n’est pas tendre envers certains professionnels, comme le prouve cet échange avec un neurologue dénoué d’empathie et qui lui dit ceci : "Je ne m’attache pas aux patients, sinon je ne pourrais pas exercer ce métier." No comment.

    Le cataclysme de la SEP bouleverse l’étudiante qui décide cependant, dans une audace inconsciente, de se lancer dans un projet solitaire et ambitieux : effectuer un voyage d’environ un an et demi en Nouvelle-Zélande, en Birmanie et en Mongolie. Derrière ce défi humain, il y a d’abord le besoin, dit l’auteure, de remettre debout trois piliers qui ont été mis à mal par sa maladie : le corps, l’esprit et l’âme.

    Mue par cette "seper envie de partir", Marine rejoint l’autre bout du monde avant de commencer un périple hors du commun en avion, en bateau, en car, à pied ou en auto-stop. La jeune femme entend faire de cette aventure un voyage initiatique : "Être face à mon stress ! C’était bien le but de mon départ ! Le stress est la première chose que je souhaite essayer de mettre de côté."

    L’étudiante française, citadine, insouciante mais aussi tête en l’air, fait de sa maladie un camarade de route qu’elle personnifie et nomme Rosie : "Je commence par parler à ma sclérose. Je lui parle tout le temps, comme à un compagnon de voyage. Et elle l’est. Je lui demande beaucoup de choses pour notre colocation. À sa place, j’aurais rendu les clefs depuis longtemps ! On se connaît à peine et elle a déjà une liste de critères à remplir. Je me force à ne pas penser ni réfléchir, mais uniquement à marcher et écouter."

    La rencontre avec les autres, ces inconnus parlant une autre langue, ces Européens parfois simples touristes ou ces expatriés français devient finalement l’autre but de Marine. Munie de sa pancarte "DONT WORRY, I AM COOL !" et surtout d’un sens du contact étonnant, l’increvable "seper hero" fait tomber les différence de langues, de cultures et de comportements pour partir à la rencontre de ces inconnu(e)s : un pianiste à Queenstown, le Maori Ray, Helionor, une jeune avocate française atteinte elle aussi de SEP, le guide birman Ko Saw, l’expatrié vosgien Côme, l’éleveur mongol Ikbath, ou le couple tsaatan Mooji et Dolgor. Voilà ce que l’auteure dit au sujet des Birmans qu’elle croise : "Durant ce passage au lac Inle, j’ai rencontré une multitude de personnes. J’ai l’impression que ça devient une drogue de découvrir les autres et leur histoire. La rencontre m’apaise et me stimule."

    Le voyage au long cours de Marine est bien entendu semé d’embûches. La SEPer globe-trotteuse rappelle que faire du stop en 2017 reste toujours aussi risqué. La solitude, le manque de la famille et des amis, le stress, la peur et l’angoisse font partie du quotidien de la jeune voyageuse. La citadine occidentale découvre aussi la puissance de la nature : "C’est une impression assez étrange de communion et de proximité avec la nature qui nous laisse exister pour qui nous sommes, car la nature nous a fait comme ça !" Marine se trouve propulsé dans des pays d’un autre temps. En Mongolie, chez les Tsaatan ("les rois de la nature domestiqués"), c’est comme en cow-boy d’un Eastern préservé qu’elle côtoie les chevaux des steppes mongoles : "Les chevaux sont magnifiques, un gabarit beaucoup plus petit par rapport aux chevaux européens. Mais ils sont mille fois plus robustes. Ici la manucure équestre n’existe pas, ni la crème hydratante ou le démêlant. C’est remplacé par l’eau des rivières, la boue pour se protéger des moustiques et le vent pour se brosser le crin."

    Finalement, les découvertes les plus fondamentales sont aussi les plus simples : le partage, les sourires, l’hospitalité, l’entraide, l’amitié, le rire, la fraternité mais aussi la méditation lorsque Marine choisit de s’isoler dix jours dans un monastère bouddhiste. "Oui, l’Homme existe, je l’ai rencontré. Le bon, le bienveillant, le généreux, le vrai, il existe ! Et il est Birman !" affirme avec force la petite Française.

    Ce qui devait être un voyage pour oublier une maladie terrible et entreprendre un challenge personnel se révèle être un modèle d’abnégation, d’ouverture et de reconstruction. La femme et l’homme occidental y trouvent matière à réflexion : "Quel est cet esprit vagabond si instable, si faible, si agité, sans paix, sans tranquillité ? Il ressemble à un singe qui bondirait de branche en branche. D’un sujet à l’autre. Comme un taureau en liberté."

    Voyage physique et voyage intérieur : telles sont les deux facettes de cette aventure à l’autre bout du monde. Marine Barnérias sort transfiguré, à la faveur de cette passagère à la fois discrète et sournoise qu’est Rosie : "Je me rends compte que j’ai de plus en plus envie de construire ma vie." La SEP, terrible et impitoyable, est comme domptée contre toute attente par une petite bonne femme increvable : "J’étais dans le déni de ma maladie et que je savais qu’un traitement n’aurait pas fonctionné."

    Marine Barnérias adresse de saisissantes suppliques à ses lecteurs : "En fait, nous sommes tous malades. Il est LÀ le message que j’aimerais faire passer. La plus grosse maladie pour moi est de ne pas s’écouter… La solution n’est pas forcément le voyage, loin de là, mais le voyage à l’intérieur de soi." Un double voyage "interdit" que la Sepeuse a accomplie : elle ne savait pas que c’était impossible, alors elle l’a fait.

    Marine Barnérias, Seper Hero (Le voyage interdit qui a donné du sens à ma vie),
    éd. Flammarion, 2017, 472 p.
    Seper Hero : chaîne Youtube

    Page Facebook de Marine Barnérias
    Extraits de Seper Hero

  • La fête... de quoi ?

    Prêts à vous faire péter les tympans, en ce 21 juin ? Bob Sinclar et la les experts de la Journée Nationale de l’Audition (JNA) ne mangent pas (ou plus) de ce pain là. Le célèbre DJ s’est allié avec des experts de l’audition pour promouvoir une fête de la musique acoustiquement éthique. Il y avait la malbouffe, il y aura désormais sans doute la "mal-musique."

    Éviter les risques d’acouphènes après une exposition sonore prolongée lors d’un concert ou une soirée en discothèque : c’est le message que le collectif d’experts de la JNA va diffuser pendant la Fête de la Musique mais aussi les festivals de l’été 2017.

    Pour cette campagne, les responsables de la JNA se sont offerts une collaboration hors-norme : celui de Bob Sinclar, DJ international, star de l’électro, roi de la nuit et qui a fait des décibels sa notoriété.

    L’artiste français a accepté de mettre son image au service de la prévention auditive. Pour cette Journée de l’Audition, une bande dessinée a été créée, avec Bob Sinclar dans le rôle principal. "Pour moi, cette BD, c’est pouvoir dire aux gens : faites attention à vos oreilles, protégez-vous le plus possible, ne restez pas près des enceintes, si vous voulez participer un maximum, et être devant, mettez des bouchons d’oreille pour vous protéger. Les bouchons ne vous coupent pas de la musique mais vous font participer, sans risques !"dit le DJ.

    La Journée Nationale de l’Audition a fait de cette bande dessinée le support principal pour parler de la nécessité de protéger ses oreilles, y compris chez un roi de la fête comme Bob Sinclar : "Moi, je fais toujours attention à mes oreilles, avec du matériel professionnel, je ne suis pas sur la piste de danse, je n’ai que du matériel professionnel que j’adapte à mes besoins. Je n’ai pas cette puissance sonore qu’il peut y avoir sur le dance floor ou pendant un concert."

    Cette BD de 12 pages sera diffusée à plus de 200 000 exemplaires dans de nombreuses villes de France et salles de spectacles, comme l’Alhambra, le festival Fernande à Sète, Sud Concerts ou les Pluralies, et avec le soutien des restaurants de fast-food Subway et de chaîne de distribution Cultura.

    Professionnels de santé, audioprothésistes, sophrologues et acteurs de la prévention seront quelques-uns des acteurs de cette JNA, avec bien entendu Bobn Sinclar en maître de cérémonie.

    http://www.journee-audition.org

  • Hedy Lamarr, star hollywoodienne et inventeuse de la technologie sans fil

    C’est l'histoire d'une injustice propre à se faire étrangler toutes les féministes du monde – et on peut les comprendre : ou comment l'une des plus belles tête de l'histoire des sciences a été largement oubliée des manuels, en dépit de ses travaux révolutionnaires. Encore que, lorsque je dis "belle tête", je devais préciser que c'est surement cela qui a joué des tours à Hedy Lamarr, actrice hollywoodienne devenue inventeuse de technologies sans fil que l’on retrouve dans les GPS, bluetooth et autres wifi. Le destin de celle qui est devenue une figure emblématique de Google est évoquée par la dessinatrice Pénélope Bagieu dans le tome 2 de Culottées, Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent.

    Hedy Lamarr, née Hedwig Eva Maria Kiesler, est décédée à l’âge de 85 ans en janvier 2000 en Floride et aurait eu 102 ans en novembre dernier. Née en Autriche en 1914, rétrospectivement ses premières années n’augurent rien de bon : une famille d’origine juive puis un premier mari violent, Friedrich Mandl, marchand d’armes en contact avec Benito Mussolini et hébergeant Adolf Hitler dans leur maison familiale. Hedy Lamarr parvient toutefois à se faire une place au soleil comme actrice. Elle tourne aux côtés de son mentor Georg Jacoby (Tempête dans un Verre d’Eau, 1931) et multiplie les films à succès, dont le sulfureux Extase de Gustav Machaty (1933) qui fera rugir la bonne société de l’époque.

    Son mariage avec un homme d’affaire très controversé n’est pas une réussite mais il lui permet d’être initié, grâce à lui, à la technologie militaire. Hedy Lamarr choisit de fuir son pays lorsque les nazis s’en emparent. Trop heureuse de quitter un mari méprisé, l’actrice trouve facilement les chemins des studios, grâce à Louis Mayer, producteur aux studios Metro-Goldwyn-Mayer. Séduit par la jeune femme ("la plus belle fille du monde" selon le metteur en scène de théâtre Max Reinhardt) , il lui propose son premier contrat aux États-Unis. La carrière d’actrice d’Hedy Lamarr devient celle des plus grandes stars d’Hollywood. Elle est choyée par Louis Mayer et côtoie Billy Wilder, Robert Capa, Charlie Chaplin, Jean-Pierre Aumont, Marlon Brando, Orson Welles, Errol Flynn, James Stewart ou Robert Taylor. Cole Porter lui écrit même une chanson. À partir de 1938, elle enchaîne une quinzaine de rôles : Camarade X de King Vidor (1940), La Danseuse des Folies Ziegfeld de Robert Z. Leonard (1941) où elle tient la dragée haute à Judy Garland et Lana Turner, Tortilla Flat de Victor Fleming (1942), Angoisse de Jacques Tourneur (1944), Samson et Dalila de Cecil B. DeMille (1949), L'Amante di Paride de Marc Allégret et Edgar G. Ulmer (1954) ou L'Histoire de l'Humanité d'Irwin Allen (1957).

    Pour autant, il n’était pas dit que Hedy Lamarr serait simplement une nouvelle Greta Garbo ou une femme dont la pastique pouvait faire de l’ombre à Marlene Dietrich. Devenue actrice, Hedy Lamarr nourrit en effet d’autres ambitions qu’une profession qu’elle ne juge pas sans dédain : "N'importe quelle fille peut avoir l'air glamour, tout ce que vous avez à faire est de rester immobile et de prendre un air idiot", affirme-t-elle non sans auto-dérision.

    Alors que le rôle des femmes est encore à l’époque cantonné au second plan, elle utilise ses connaissances et ses capacités intellectuelles exceptionnelles au service des Alliés – mais aussi contre son pays d’origine tombé sous le joug de la croix gammée. La petite histoire dit que, peu encline à faire la fête, l’actrice hollywoodienne utilise son temps libre dans des laboratoires, au service de l’armée américaine. Son dada ? Les ondes radio et les technologies de communication, des domaines pointus dont elle avait eu connaissance grâce à son premier mari Friedrich Mandl. Avec George Antheil – un autre artiste, pianiste, compositeur reconnu mais aussi, durant cette période, scientifique familier des systèmes de contrôles automatiques – Hedy Lamarr travaille sur une invention précurseur de la communication à distance, sans fil : un système émetteur et récepteur de signaux secrets indétectables, qui sera appliqué en pleine guerre sur les torpilles auto-guidées. En 1962, lors de la crise des missiles à Cuba, c’est encore elle qui améliora cette avancée majeure en travaillant sur un système de "radiodiffusion à large spectre." Depuis les années 80, la "technique Lamarr" est toujours utilisée dans la technologie mobile.

    La reconnaissance tarde et Hedy Lamarr se cantonne à être cette actrice glamour, au point d’en oublier ses apports technologiques, ses inventions ayant été gardées secret défense par l’armée américaine. Ambitieuse, orgueilleuse et intelligente, elle montre aussi le visage d’une scientifique humaniste, prudente sur l’utilisation de ses propres inventions : "Le monde ne devient pas plus facile. Avec toutes ces inventions, je pense que les gens sont davantage pressés et sollicités… La précipitation ne représente pas la bonne manière de procéder. Nous avons besoin de temps pour tout : pour travailler; pour se divertir et pour se reposer."

    Cette manière pertinente et prudente de juger les progrès de la science illustre sans doute le parcours d’une scientifique à la fois pugnace et discrète. Si discrète que le milieu de la science mettra des décennies avant de reconnaître les avancées d’une femme qui avait sans doute le "tort" d’être une "simple" actrice, une femme dans une société machiste, et belle de surcroît – trop belle, donc idiote, le genre de fille "à ne pas avoir inventé l’eau tiède." Les dernières années de l’actrice et scientifique sont plus sombres : la presse people se gargarise de ses frasques amoureuses, de sa fortune dilapidée ou de ses vols à l‘étalage.

    La reconnaissance vient sur le tard. En 1987, plus de quarante ans après leurs premiers travaux appelés à une pérennité exceptionnelle, Hedy Lamarr et son acolyte et ami George Antheuil sortent de l’oubli et sont reconnus par l’Electronic Frontier Foundation. Son biographe Richard Rhodes raconte à ce sujet que lorsque l’artiste et scientifique apprit la nouvelle, elle commenta ainsi : "Et bien, il était temps !"

    Richard Rhodes, Hedy’s Folly: The Life and Breakthrough Inventions of Hedy Lamarr, The Most Beautiful Woman in the World
    "Comment Hedy Lamarr a inventé la première technologie sans fil", in IQ Intel, 6 avril 2016
    Pénélope Bagieu, Culottée, tome 2, Des Femmes qui ne font que ce qu'elles veulent, Gallimard Jeunesse, 2017, 168 p.