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vendée

  • Complètement à l’ouest

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    Je confesse bien volontiers un mauvais jeu de mot pour cette chronique sur Boomerang (éd. Héloïse d’Ormesson), un roman de Tatiana de Rosnay paru en 2009 qui navigue entre Paris et la Vendée.

    Antoine Rey, brillant mais stressé architecte parisien, peine à se remettre d’un divorce traumatisant. Malgré des relations plus apaisées avec son ex-femme Astrid, il lui faut gérer ses trois enfants, une vie sentimentale frustrante, un travail qui l’oppresse et un père tyrannique. Un week-end, il décide d’emmener sa sœur Mélanie à Noirmoutier, autant pour fêter son anniversaire que pour faire un break avec sa vie parisienne. Ce bref séjour leur permet aussi de renouer avec les souvenirs de leur enfance, et surtout de leur mère, Clarisse, une femme décédée alors qu’ils étaient jeunes. C’est à Noirmoutier que la famille Rey au grand complet a passé des vacances pendant plusieurs saisons. Mais un lourd secret secret entoure Clarisse, dont l’existence comme la disparition sont nimbés de mystère. Mais ce passé refait violemment surface lors de ce week-end. Lors du voyage de retour, la voiture que conduisait Mélanie fait une embardée. Au moment de l’accident, elle s’apprêtait à faire une révélation à Antoine. Mais à son réveil à l’hôpital, elle ne s’en souvient plus.

    Comme pour À l’Encre russe et Sentinelle de la Pluie, c’est l’existence d’un homme paumé qu’ausculte Tatiana de Rosnay. En revisitant ses souvenirs familiaux et en particulier ceux ayant trait à sa mère, c’est sur lui-même que se retourne Antoine. Le passé lui revient en pleine face, tel un boomerang. La tragédie prend peu à peu forme, transformant les silences et les non-dits assourdissants de ses proches – et en premier lieu ceux de son père et de sa grand-mère – en preuves implacables d’un véritable complot contre une femme exceptionnelle à tout point de vue.

    Le passé lui revient en pleine face, tel un boomerang

    Le lecteur suit avec passion un livre qui aurait pu être un énième thriller. Cela fait-il de Boomerang un roman ténébreux ? Non, car Tatiana de Rosnay – qui apparaît elle-même en filigrane dans la scène du TGV – a voulu d’abord bâtir une histoire sur la reconstruction, la réconciliation et, au final écrire une histoire d’amour, un thème assez neuf dans son œuvre.

    Une histoire d’amour ou plutôt deux histoires d’amour. En entreprenant son enquête familiale sur le secret que Mélanie s’apprêtait à lui révéler, Antoine, un homme tombé dans une routine morne d’homme séparé, découvre la puissance dévastatrice d’une passion qui aura finalement eu raison de sa mère. Par la même occasion, c’est une renaissance que lui offre celle-ci, comme un boomerang traversant les années : l’accident de Mélanie entraîne en effet la rencontre d'Antoine avec le très beau personnage d’Angèle – une envoûtante embaumeuse. Cette femme, travaillant parmi les morts, et tout aussi romanesque qu’Astrid, conduit un homme intérieurement dévasté et psychologiquement moribond parmi les vivants. 

    La réconciliation avec la vie et l’amour sera d'abord celle de la rencontre avec une mère qu’il ne connaissait finalement pas. Impossible de ne pas accrocher à cette quête dans laquelle le passé se rappelle à nous.

    Tatiana de Rosnay, Boomerang, éd. Héloïse d’Ormesson, 2009, 379 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Sous l'eau"
    "Des hommes, des eaux et des arbres"

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  • Sans-culotte, sans dessins

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    Sans culotte.jpgDepuis les attentats de Charlie-Hebdo, les journaux sont sous le choc et ont réagi à leur manière à l'attentat et aux atteintes aux libertés d'expression. Parmi ces revues, le journal  satirique Sans-Culotte 85 a voulu marquer le coup. 

    Ce "canard vendéen qui ne joue pas les fayots" entend être le poil à gratter d'un Département encore largement influencé par un certain milieu catholique (traditionnel). Pour l'édition de février, un numéro spécial, la rédaction de Sans-culotte 85 a choisi de se nommer "Sans-Calotte 85", en réaction aux attaques islamiques (et religieuses) du mois de janvier. C'est aussi une référence, affirme la rédaction du journal, au fameux hors-série de novembre 2011, Charia-Hebdo. ("Un Charia-Hebdo à la vendéenne"). La Une du Sans-Calotte 85 représente l'évêque Alain Castet, dont la ressemblance avec le sénateur UMP local Bruno Retailleau peut troubler... Quant au titre "Ceci n'est pas un prophète", c'est un clin d'œil appuyé à la célèbre une du numéro 1178 de Charlie Hebdo.

    Mais le choix éditorial le plus original de la revue satirique réside dans son traitement de l'attentat de Charlie Hebdo. Comme le rappelle Marie Coq dans un billet, "Il n'y a pas de blasphème qui tienne : personne n'a jamais forcé un musulman à caricaturer son prophète, puisque cela lui est interdit, et y'a (sic) aucun jugement à porter là-dessus." Le Sans-Culotte 85 (ou plutôt "Sans-Calotte 85") s'appuie, comme tout journal satirique qui se respecte, sur de nombreuses caricatures.

    Or, ouvrant cette revue, le lecteur sera surpris de n'y trouver aucun des dessins caractéristiques de ce titre : en lieu et place des illustrations, caricatures et personnages croqués, le texte est parsemé de plages blanches, comme si un maquettiste malicieux ou mal intentionné avait décidé de sortir les illustrations de la revue ! Ces espaces vides sont autant de rappels à une liberté d'expression blessée et en danger.

    En ayant choisi de sacrifier les caricatures, le Sans-Culotte 85 joue la provocation. Mais cette provocation est assortie d'une jolie pirouette, car ces caricatures manquantes dans la mise en pages sont finalement bien présentes... en fin de magazine, hors contexte, avec seulement les numéros de page indiquant leur emplacement originel. Il ne reste plus au lecteur qu'à se munir d'une paire de ciseaux et d'un tube de colle pour remettre les dessins à leur place dans la revue.

    Cette manière forte d'interpeller le public sur l'importance de la liberté d'expression est aussi pour le bloggeur une manière de rappeler que la satire reste une tradition française ancienne qui est prête à vendre chèrement sa peau. Le Sans-Culotte 85 est dans cette droite ligne : "Nous sommes des Sans-Culottes... C'est pour cela que nous ne baissons pas nos pantalons !" est-il proclamé sur leur site Internet.

    Sans-Culotte 85, numéro spécial "Sans-Calotte 85", n°82, février 2015, 3 €