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inde

  • On ne badine pas avec un frigo

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    Dans notre série de L’‎Œil du frigo, allons voir du côté d'un pays où le cinéma fait figure de religion : l'Inde. Notre chroniqueur nous parle du film Gang of Wasseypur, sorti en 2012. Et il est bien entendu question d'un frigo.

    Une fois n'est pas coutume, j'ai trouvé une scène de frigo dans le cinéma indien. Vous allez me dire : "Mais où va-t-il chercher tout ça ?" Mes amis cinéphiles et youtube sont mes amis : voilà ma réponse.

    Gang of Wasseypur c'est l'histoire des gangs dans la ville de Wasseypur qui s'étale sur soixante ans. Une film en deux parties qui retrace cette épopée au travers des générations. On ne badine pas avec l'honneur et encore moins avec un frigo.

    On peut se demander pour cette scène de deux minutes cinquante sur la porte d'un frigo la raison d'une telle séquence. Je sais : cela nous est arrivé à tous de batailler pour que cette porte ferme et que cette petite loupiote s'éteigne... Et, parfois, au comble de désespoir, la porte a pris une claque ou un coup de pied retourné, genre salto à la kung-fu. Là, patience : il n'y a rien de tel pour fermer la porte du frigo.

    Ici, c'est long, fastidieux. Pourtant, il ne semble pas y avoir grand chose qui coince, surtout que l'actrice enlève presque tout. Mais on voit tout de suite le découragement des hommes qui, comme par hasard, sont intéressés par autre chose. Le regard du premier homme en dit long. Le deuxième essaie d'aider puis se décourage. La femme, elle, tient bon. Elle essaie encore et encore, pugnace. Pourtant on a remarqué que la porte n'était plus droite. C'est d'ailleurs sans doute cela qui coince : cela fait longtemps que tout est tordu, mais elle y croit encore. Si on met de l'ordre dans notre tête, sans doute pourrons nous fermer cette porte qui reste ouverte.

    J'aime beaucoup cette scène. Elle n'est pas filmée au hasard. Le réalisateur semble la voler, caché dans la cuisine. Définir en une scène ce qui existe dans la famille, la cohésion autour du frigo et de la personne qui le range : posez-vous la question chez vous... Là, je sens que ça va faire des histoires...

    Sinon, si vous avez une caméra chez vous, planquez-la et filmez celui qui range le frigo : vous serez surpris des tocs et autres maniaqueries que l'on rencontre pour un rangement de frigo. De là à dire que votre frigo représente le cocon familial, il n'y a qu'un pas. Ce qui fait froid dans le dos - normal pour un frigo, vous le direz...

    Quant au frigo, franchement, rien à dire : petit, coriace, fatigué, une porte bien remplie et un freezer qui doit faire une tonne de glace à décongeler tous les quinze jours. Le genre de frigo increvable qui a dû se transmettre de génération en génération.

    Ne négligez pas ces petites scènes frigorifiques qui font partie des films ou de votre quotidien. Elles en disent long sur vous ou sur un film.

    ODF

    Gang of Wasseypur, drame policier de Anurag Kashyap, avec Anurag Kashyap, Akhilesh Jaiswal, Sachin K. Ladia et Syed Zeeshan Qadri, Inde, 2012, 319 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Gang of Wasseypur dans L’œil du frigo"
     

      

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  • Dhafer Youssef, la world music des sphères

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    Une sorte de syncrétisme guide l'album de Dhafer Youssef, Sound of Mirrors. Nous pouvons même dire que les reflets dont parle le titre nous propulsent vers un kaléidoscope assez unique. Ce sont des musiques dont on ne parvient plus à savoir d'où elles viennent exactement : traditions indiennes, arabes, turques, occidentales, religieuses, folk (Chakkaradaar "Atithi Devo Bhava" suite) ou bien new age (Shanti "Atithi Devo Bhava" suite) ?

    La meilleure image de cet opus à la facture moyen orientale est sans doute celle de ces paysages accidentés dans lesquels les échos nous renvoient des sons à l'infini et dont l'origine se perd. La comparaison est d’autant plus bienvenue pour le titre Humankind dans lequel la voix de Dhafer Youssef se lie et se confond avec celle d’un hautbois. Ou est-elle se demande l'auditeur ?

    Pour cet album world music enregistré à Bombay puis Istanbul avant un mixage à Göteborg en Suède, l'artiste tunisien et joueur de oud s'est entouré de quelque figures venues de tous horizons : Zakir Hussain aux tablâ, le guitariste norvégien Eivind Aarset et le clarinettiste turc Hüsnü Şenlendirici.

    Les rythmes sont hypnotisants (Dance Layan Dance, qui est un hommage à sa fille). Les titres se déroulent tels des voyages intérieurs (Al Wadood), lorsqu'ils ne sont pas mélancoliques (Satya "Satyagraha" suite). La voix de Dhafer Youssef gravit les octaves jusqu'à atteindre des sommets rarement entendus (Ruby Like Wine).

    Un vrai cheminement intérieur

    "L'exotisme" (je viens d’employer un gros mot...) est roi dans un album qui se joue des frontières musicales (Journey in Bergama) : "J’ai senti que, partant d’un socle culturel indien, nous pouvions aller vers un propos plus universel... Cet enregistrement m’a fait l’effet d’une ode à l’amitié et à la fraternité. Quand nous jouions ensemble, j’avais la nette sensation que des âmes sœurs se reflétaient. D’où le titre de l’album : Sounds Of Mirrors," commente Dhafer Youssef.

    Une grande modernité conduit Sounds of mirrors qui revisite a la sauce contemporaine des sons ancestraux (Like Dust I May Rise), parfois avec des accents pop et folk comme Nasikabhushani.

    Sounds of Mirrors est aussi et surtout un vrai cheminement intérieur (Satya "Satyagraha" suite), comme le revendique l’artiste : "Pour moi, c’est un disque plus méditatif, plus spirituel et plus facile d’accès que le précédent, Diwan Of Beauty and Odd. Mais attention ! Ici, rechercher une forme de paix profonde et de sagesse n’a rien de la démarche religieuse."

    Tout l'album de Dhafer Youssef invite à s'imprégner d'une musique à la richesse rarissime se cachant derrière chaque nuance d’instrument et chaque grain de voix.

    Dhafer Youssef, Sounds of Mirrors, Anteprima, 2018
    http://www.dhaferyoussef.com

     

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