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versailles

  • Galerie glaçante

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    Les lecteurs de Saint-Simon, François Bluche ou Pierre Goubert (Louis XIV et 20 millions de Français) peuvent bien faire la fine bouche devant la série Versailles : il n’en reste pas moins vrai que cette création française au casting international remet au goût du jour un personnage historique capital, et jusque-là souvent réservé aux manuels scolaires ou aux essais spécialisés.

    Avec Versailles, le Roi Soleil (Georges Blagden) a droit à un sérieux dépoussiérage. On est loin du téléfilm académique L’Allée du Roi de Nina Companeez (1995). Ici, la cour de Louis XIV est un lieu somptueux autant qu’un nid de vipères, où la duplicité et la cruauté le disputent au crime : luttes de pouvoir, exécutions, meurtres, manipulations, maîtresses ambitieuses ou mariages arrangés sont le quotidien d’une cour que le roi tente tant bien que mal de domestiquer.

    La galerie des glaces n’a jamais aussi bien porté son nom. Le roi est au centre des luttes intestines comme des ambitions de nobles, après la période de la Fronde (1648-1653). La galerie de personnages glaçants, orgueilleux et cyniques fait toute l’épaisseur de cette série. Et tant pis pour les approximations et autres raccourcis historiques.

    Parmi les protagonistes de Versailles, le frère du roi Philippe (Alexander Vlahos) continue de tenir une place importante. On le découvre marié contre sa volonté à un personnage étonnant et passionnant, la princesse Palatine (Jessica Clark). Quant à madame de Montespan (Anna Brewster), elle continue de tisser sa toile pour manipuler un roi plus vrai que nature.

    La saison 2 commence par l’épilogue d’un kidnapping dont nous éviterons de spoiler l’histoire et les enjeux. La cour évolue dans un château en pleine construction, fastueux mais aussi empoisonné, dans tous les sens du terme. Les dagues sont remisées au profit d’armes invisibles mais tout aussi redoutables. Pour ne rien arranger, la France de Louis XIV se démène dans une Europe en guerre. La mort n’a jamais été aussi séduisante et spectaculaire dans ce palais de marbres et de dorures.

    Versailles, série créée par Simon Mirren et David Wolstencroft, avec Georges Blagden, Alexander Vlahos, Tygh Runyan, Stuart Bowman, Anna Brewster, Evan Williams, Suzanne Clément, Catherine Walker, Elisa Lasowski, Maddison Jaizani, Jessica Clark, Pip Torrens, Harry Hadden-Paton et Greta Scacchi, France, 2017, en ce moment sur Canal+

  • 500

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    Bla Bla Blog vient de publier sa 500ème chronique en moins de trois ans.

    C'est l'occasion de revenir sur  cette aventure éditoriale autant qu'humaine qui a entraîné le bloggeur vers des horizons passionnants. Bla Bla Blog s'est fixé dès le départ un seul principe : la curiosité. Sortir des sentiers battus n'empêche pas de parler de sujets plus classiques. Ni élitiste, ni mainstream, Bla Bla Blog peut aussi bien parler du formidable mais méconnu groupe Carré-Court  que revenir sur David Bowie. Et faire découvrir le travail d'artistes comme Fanny de la Roncière ou la "pétillante" Laura Lambrusco n'empêche pas de parler de Tintin ou de Star Wars.

    Dans les prochaines chroniques, il sera ainsi question de l'étonnante et sulfureuse Stella Tanagra mais aussi du groupe Edgär, d'Oren Lavie que le public français commence à découvrir, ou encore de la série Versailles (à paraître samedi prochain).

    Et Bla Bla Blog sera également partenaire du deuxième épisode de l'événement parisien In The Mood For Art, Panic room/Art, en septembre prochain.

  • Escroc, gourou et artiste

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    Le crime pourrait-il réellement être considéré comme un des beaux-arts, pour reprendre le roman de Thomas de Quincey ? Il semblerait en tout cas qu'il ait sévi impunément dans les plus grands sites culturels du monde, au su et au vu de beaucoup de spécialistes. C'est le journaliste Bernard Hasquenoph, journaliste et bloggeur pour Le Louvre Pour Tous, qui a mis fin à une escroquerie artistique qui aurait pu rendre chèvre encore quelques années le microcosme feutré des musées.

    Le coupable ? Un obscur photographe coréen, nommé Ahae, à qui les mandarins du milieu artistique parisien ont offert pont d'or, tapis rouge, cartons d'invitation, petits fours et galeries pour des œuvres qualifiées aujourd'hui de mineures. Cette carrière, qui aurait pu durer encore quelques années, s'est arrêtée avec le naufrage du Sewol, propriété de l'homme d'affaire – et artiste à ses heures.

    Bernard Hasquenoph raconte dans Le Quotidien de l'Art du 26 novembre 2015 comment une exposition au Château de Versailles en 2013, annoncée à grand coup d'affiches dans le métro, avait pu lui paraître d'une grande "pauvreté plastique" malgré "la belle scénographie" – mais aussi un bon business au vu du prix des produits dérivés signés "Ahae Press". Et le journaliste de s'étonner à l'époque : "Que venait-il [Ahae] faire dans un établissement public qui se targue d'accueillir des artistes vivants à la hauteur de sa réputation ?"

    Commence alors une enquête étonnante destinée à démasquer un artiste qui s'est joué des plus grandes institutions culturelles françaises. Bernard Hasquenoph s'intéresse, au départ, à ce qui n'est qu'une question d'argent : la location à grand frais de salles d'exposition en échange d'un généreux mécénat afin de satisfaire la mégalomanie d'un homme – et artiste à ses heures.

    Nous passerons les détails de l'investigation du journaliste (lire à ce sujet son enquête Ahae, Mécène gangster, éditions Max Milo) : vraie-fausse biographie, anonymat suspect, pistes fragiles mais suivies avec pugnacité, croisements d'adresses, sociétés écrans, découvertes grâce à une cyber-enquête, le tout grâce à un usage exemplaire des moteurs de recherche. Bernard Hasquenoph, un journaliste au look de hipster plus que de rat de bibliothèque, va de découverte en découverte.

    Ce fameux Ahae, photographe étrenné par des conservateurs peu sourcilleux, se révèle être Yoo Byung-eun, milliardaire coréen et gourou d'une secte évangélique. Moins connu dans son pays comme créateur que comme homme d'affaire, l'escroc avait eu maille à partir avec la justice coréenne : condamnation pour fraude également liée à la mort d'un adepte de sa secte, faillite de sa principale société en 1997, montages financiers pour échapper à ses créanciers et blanchiment de son argent à l'étranger grâce... à ses expositions. Ses expositions, justement, étaient aussi réservées à un cercle restreint, notamment aux adeptes de sa secte, priés d'acheter quelques-uns de ses clichés au prix fort. L'enquêteur met par ailleurs le doigt sur les complicités au sein du gouvernement coréen, particulièrement mal à l'aise avec le naufrage du Sewol en 2014 (plus de 300 morts). Le tragique bateau était la propriété du photographe, milliardaire et gourou qui ne mettra pas les pieds avant longtemps dans une galerie de peintures.

    La question que pose Bernard Hasquenoph est surtout celle du scandale des institutions culturelles publiques (Château de Versailles, Louvre, Philharmonie de Paris), bien mal à l'aise devant cette affaire de mécénat bidonné (avec une charte éthique du mécénat largement oubliée, pour être gentil). à cause d'un faux artiste et vrai escroc qui a roulé dans la farine le plus beau gratin de la culture française. C'est avec candeur que quelques-uns des plus grands musées du monde ont ouvert leurs portes à un photographe venu de nulle part. Voilà, ce qu'en dit, sévère, le journaliste à leur sujet : "Ce sont-ils seulement posé une seule question devant ce milliardaire invisible prenant de jolies photos de bichettes (sic), prêt à leur apporter des millions sur un plateau pour profiter de leur aura ? J'en doute. À partir du moment où le Louvre a donné son imprimatur en lui offrant, le premier, la possibilité d'exposer en France, Versailles a suivi, comme d'autres qui l'ont programmé, telle la Philharmonie de Paris. Comme s'ils se passaient un bon plan... Au final c'est le visiteur qui a été floué et abusé." Et l'enquêteur de conclure ainsi : "Leurs responsables trahissent leur mission de service public, volontairement ou pas, et ne sont même pas inquiétés quand ils fautent. Et où sont les contre-pouvoirs ?" Le contre-pouvoir, ce pourrait être ces lanceurs d'alertes exemplaires comme Bernard Hasquenoph.

    Bernard Hasquenoph, Ahae, Mécène gangster, éditions Max Milo, 2015
    "Le plus choquant à mes yeux, c'était de faire passer cet amateur richissime pour un grand artiste", Quotidien de l'Art, 26 novembre 2015
    "Ahae à Versailles, le privilège de l’argent", Le Louvre Pour Tous