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Une fois n’est pas coutume, Bla Bla Blog fait un petit détour par le rap.
Focus donc sur Kent-Zo. Cet artiste prolifique, propose avec Courage un nouveau titre. Le rappeur se définit comme "lyriciste". Voilà qui situe l’artiste proposant avec Courage, son dernier single : "Courage à toi qui te lèves avec l'envie / De tout recommencer sans douter / Que la vie t'appelle à vivre de belles / Et grandes aventures."
Altruiste, généreux et positif : voilà des messages qui méritent que l’on s’attarde sur Kent-Zo. À découvrir ou redécouvrir.
Moderne, David Delabrosse l’est. C’est d’ailleurs ce que dit le titre de son dernier album et du premier morceau de l’opus. "Ces mots modernes, ceux qui claquent", il les chante, de sa voix fragile, non sans ironie mais sans tourner le dos au passé.
Dans un Équilibre délicat, en featuring avec Denis Piednoir, le chanteur aux vingt ans de carrière propose justement un opus très actuel, riche des interrogations d’un homme d’aujourd’ui ("Footing ou yoga ?", "Hammam ou sauna ?", "Tu dors nu ou en pyjama ?"). Mine de rien, cela donne un album à la fois attachant et personnel, à l’image de cet autre extrait, On a beau se connaître, dans lequel David Delabrosse s’interroge sur son couple, ses failles, et ses erreurs ("On a beau se connaître on se trompe parfois / On a beau s’aimer on se prend plus dans les bras").
Intéressons-nous à Une grande lignée. Dans une facture alliant chanson française et électro-pop, le chanteur se retourne vers ses origines, non sans humour ("Valéry Giscard d’Estaing serait-il… mon grand-père ?") : la génétique, la prédestination, le poids du passé familial. En quinqua assumé, doué de "l’âge de raison", "plus zen" (l’excellent En cinquantaine) et surtout faisant le point, le musicien refuse pourtant de sacrifier le passé à la modernité ("Ne pas fouiller dans le passé / Sous peine d’y retrouver / Encore un plus grand merdier", Les bouts de cervelle).
C’est ce que l’on aime chez David Delabrosse : un artiste sans cesse tiraillé entre passé et modernité, prudent lorsqu’il s’agit de remuer les failles du passé, conscient aussi que l’on "vit nos vies comme des fantômes / Traversant les jours et les heures… Moi j’aimerais bien changer de film" (Comme des fantômes). Dans ce morceau, l’adulte qu’est David Delabrosse s’adresse à son fils, son "ado", lui demandant de ne pas aller trop vite ni trop loin, de rester avec lui et sa mère.
Et si cet album était une invite à rester enfant et ne pas grandir trop vite ?
Et si cet album était une invite à rester enfant et ne pas grandir trop vite ? C’est en tout cas le thème de la très belle chanson Peter Pan, dans lequel David Delabrosse parle de sa différence, de l’enfance mais aussi du besoin d’aventures. La solution ? Une vie en l’air : sauter ("salto avant salto arrière"), être léger, voir le monde de là-haut, "sentir le vent dans ses veines". Bref, être dans les nuages. Cette Envie de changer, en duo de nouveau avec Denis Piednoir, David Delabrosse, exprime encore le besoin d’"aller vers l’inconnu", rembobiner le film et changer de point de vue.
La vie en 2026, moderne, laisse un goût d’inachevé et aussi de nostalgie. C’est finalement un album très mélancolique que propose le chanteur (Ta story), mais généreux et altruiste ("Vas-y réagis / Faut pas rester comme ça blotti… T’es pas tout seul dans la vie").
La générosité n’est pas non plus non dénuée d’humour ni une certaine philosophie de vie. Est-on foutu lorsque l’on a cinquante ans ? Peut-on encore "commencer le judo et gagner les JO", "Doit-on faire son testament… Mettre un sweat à capuche en s’exprimant en verlan ?" La réponse est évidente et David Delabrosse clame sans envie de ne pas se laisser aller. Oui, c’est un Super Quinqua ! On le croit sur paroles.
Si un terme pouvait coller à la peau de Hugo Jardin, cela pourrait "Solaire". Le chanteur sortait à l’automne dernier son EP Cantique, en forme de message.
Sa chanson française est mêlée de pop anglaise, de grunge et de musique urbaine, le Parisien avouant des goûts éclectiques et d’intéressantes influences entre Ferré, Brel, Bashung, Feu!Chatterton, Bowie et Radiohead.
De sa voix douce, le chanteur parle de notre monde en danger, sans chercher à en faire des tonnes : "Quand sur chaque chaîne / On parle du déclin / Ce n’est pas un rêve" (Rêve).
Fins du monde
Hugo Jardin parle de fins du monde ou de fin d’un monde, non sans onirisme ni un certain goût pour le prophétisme ("Des prêtres à demi-nus / Répètent des mots usés / Depuis les Hommes ont oublié", Cantique II). C’est aussi le thème de Cantique I qui clôture l’EP.
L’auditeur ou l’auditrice se laissera happé par le slam Eaux troubles, confession intime et déclaration d’amour où le mot "amour" est décliné dans l’urgence mais aussi la douleur et le manque ("J’aimais la façon que tu avais de me regarder").
On s’arrêtera enfin avec curiosité sur son adaptation en français du classique de Nirvana, Dumb (Idiot). Le tube de Kurt Cobain et de ses camarades est revisité avec conviction par Hugo Jardin, vrai bel artiste sincère. On n’a sans doute pas fini de voir sa silhouette longiligne et dansante.
Partons vers un univers musical bien différent de ceux arpentés par Bla Bla Blog. Fatbabs, que nous connaissons déjà, propose cette année son dernier album, This Is Love Forever. Un bien joli concept, généreux, vivant et qui propose une immersion dans de la musique reggae, matinée de rap mais aussi de pop-rock. Dès le premier titre, Here For You, on peut saluer l’énergie du beatmaker français qui ne cesse de créer des ponts entre France (et en particulier la Bretagne) et les Caraïbes.
Un petit tour vers la Jamaïque, donc, avec le featuring de Capleton pour Hurry Up. On ne peut qu’aimer cette manière de revenir aux sources d’un genre musical popularisé par Bob Marley. C’est simple, l’album ne se contente pas de revisiter le reggae (Aff Of Me, Paradise, Soldier), il offre en plus de l’espace pour des artistes et amis de Fatbabs à travers des collaborations, que ce soit Naâman (décédé en début d’année), Derajah, Davojah, Queen Omega, Christopher Martin, Marcus Gad, Jahneration, Biga*Ranx, Roe Summerz, Pressure Busspipe, Claye, Vanzo, Blvk H3ro, pour ne citer qu’eux et qu’elles. N’oublions pas non plus Miscellaneous, qui a fait partie de projets précédents de Fatbabs.
Cela donne un opus finalement à la fois international et tourné vers l’amitié, la paix et l’engagement (l’éloquent End Of War ou encore Stay Conscious). Les fans de reggae (y compris en français, à l’instar de Confiance en toi, avec Claye en featuring) se plongeront avec ravissement dans un album d’autant plus nécessaire qu’il égraine 18 titres sans ciller ni se départir de sa créativité et encore moins de sa bonne humeur. Il y a aussi de l’amour à revendre dans cet opus attachant (I Feel Your Love, Love Is Everything).
Un album nécessaire
On s’arrêtera avec plus d’attention sur l’un des titres en français, Plus les mêmes, en collaboration avec Sika Rlion. Une sacrée révélation que cette artiste réunionnaise venue offrir là un rare moment de déclaration, au flow envoûtant. Sans doute, avec Soldier, l’un des meilleurs titres de l’album, dans lequel le reggae se teinte de musique urbaine et de maloya.
Le reggae se trouve également revivifiée par la chanson française mais aussi et surtout par la world music, la chanson française ou l’urbain (le formidable Pokemon rare ou le dansant Ida Y Vuelta) et de sons électroniques (GG).
L’album se termine de la plus belle des manières avec le magnétique morceau Soldier, en acoustique, avec le featuting de Biga*Ranx et du regretté Naäman. Un dernier titre qui est un hommage à ce dernier, considéré par Fatbabs comme plus qu’un ami, un double musical.
Boule est de retour avec un album live,Boule vide son sac en public. Humour et nostalgie se partagent le terrain dans un opus enregistré au Trianon transatlantique de Soteville-lès-Rouen le 18 octobre 2024. Ce disque fait le bilan de 20 ans de carrière d’un artiste à la fois rare, magique, touchant et archi doué dans sa manière de nous emmener dans des confidences et saynètes douces-amères, à l’instar de son autoportrait L’ours polaire. Ce morceau est un hymne à la gentillesse, à la douceur, mais est aussi cri de colère : "Je suis un garçon doux et tendre / Je ne me suis jamais battu / Tolérant je peux tout entendre / Les mots ronds et les mots pointus / J'ai gardé un pied dans l'enfance / Toi tu veux me manipuler / Profiter de mon innocence / Va te faire enculer…" (sic).
Sens de la mélodie, poésie, écriture fine mais aussi insolence. Boule mérite de figurer parmi les artistes les plus doués de sa génération. Que l’on écoute Avion, déclaration tendre à l’absente et appel à l’aventure qu’il avait interprété avec Jeanne Rochette en 2019 pour son opus Appareil Volant Imitant L'Oiseau Naturel ("A.V.I.O.N.") Qu’on ne se fit pas à l’aspect bonhomme de Boule et son léger zézaiement. L’homme n’est pas une oie blanche. La preuve lorsqu’il chante la mort d’un amour – dans les deux sens du terme. C'est l’objet du titre Le Poisson. Le morceau est suivi du Poison, "la version de la victime" du crime. Avec le sourire en prime et sur un rythme de cha-cha-cha.
Boule marche sur les pas de Boris Vian et Bobby Lapointe dans ces chansons aux textes précis, drôles et bien vus. On pense au Percolateur, hommage aux réparateurs de machines à café, incompris et déconsidérés. Car c’est ce qui intéresse Boule : les gens ordinaires, celles et ceux dont on ne parle jamais (que l’on pense à la valse vintage à souhait Pied de coq et polyglotte) et qui deviennent d’autant plus singuliers et atypiques. L’artiste se fait cinglant dans Pensez à voir un psychologue. Humour noir garanti dans ces faits divers glauques que Sanseverino aurait pu composer les doigts dans le nez. C’est aussi Neuneuil, portrait d’un mauvais garçon – pour être poli : "Il avait un drôle de regard / Neuneuil / Toujours partant pour une bagarre / Neuneuil / Devant lui fallait baisser les yeux / C'était un petit roquet nerveux". Oui, le peu sympathique Neuneuil, "le roi des coups de pied dans les couilles". Aucune rédemption pour ce "con", mais qu’est-ce que c’est drôlement dit et chanté !
Boule marche sur les pas de Boris Vian et Bobby Lapointe
Rose et Adèle parle, lui, du moment où les enfants doivent s’envoler. Plus grave, Boule se mue en vieux sage, parlant d’émancipation, du départ vers la grande vie et l’aventure, dans un rythme oriental et entêtant ("Filez à tire d’aile").
Boule se dévoile tendre et mélancolique dans cet autre titre, C’est dommage, une ballade en forme de plainte sur la fin d’un amour, véritable fin du monde en soi racontée sans animosité mais non sans triste, juste quelques regrets ("On aurait pu mieux faire"). Il y a la même douceur dans Je ne touche plus, description d’un couple triste, décrépi et "déplumé [qui] ne s’endort plus jamais tout nu" ("Plus de bataille de polochons/ La lune s’endort en orbite / Je ne touche plus tes nichons / Et tu ne touches plus ma bite" !).
Pour Le même air, Boule s’inspire des rythmes balkaniques pour parler d’environnement et proposer une danse désespérée qui parle d’animaux en danger de mort. Dans Les Pizzas, Boule se met en colère contre la société moderne incapable de s’alarmer sur la fin des oiseaux, des poissons ("Ce que tu aimes c’est bouffer les pizzas en caressant ton i-Phone à la con").
En dépit de ces "gravitudes", Boule cultive la douceur et le simplicité. Pas de prise de tête chez cet artiste cultivant avec passion, l’amour, l’amitié et le vivre ensemble, à l’instar du virevoltant Politesses et banalités que tous et toutes ont au moins une fois vécu ("Je ne vais pas longtemps à cette soirée / Déjà deux minutes et je commence à m’emmerder / Entre deux généralités / Politesse et banalité / La prochaine fois je t’emmène au restau chinois"). Irrésistible.
Et si Boule était un philosophe doué d’un poète ? Voilà ce que l’on se dit encore à l’écoute d’Atome par atome. Dans une lancinante ballade aux accents méditerranéens, l’un des plus beaux morceaux de l’album, l’artiste s’imagine revenir après sa mort, se recyclant de petits riens du tout ("Je m’éparpille partout"). Une vraie déclaration d’amour pour l’humanité et pour notre si belle terre.
Pour conclure ce live et bilan de vingt de carrière, Boule propose une version réactualisée d’une fable de La Fontaine, Le loup et le chien. Le public découvrira la manière dont un chanteur des années 2020 actualise un classique de la littérature française. Une nouvelle preuve du grand talent de Boule. Saluons enfin l’accordéon entêtant de Sonia Rekis. Un vrai plus dans cet opus public qui entend faire découvrir un artiste attachant.
Si on allait dans le jeu des comparaisons, on dirait qu’il y a du eighties dans le nouvel album d’Homme bleu, Dark Matter – après son premier opus remarqué en 2023, Le bal des crocodiles. Du noir donc, comme son nom l’indique. Du gothique même, qui nous ramène dans l’univers des Cure (I Ride, The Knife Within). Mais ces années 80 sont réactualisées à la mode 2025, avec des sons électroniques qui nous font dire que Daft Punk est passé par là (I Ride).
Cette pop-rock rythmée accroche les oreilles, sans aucun doute, grâce à cette belle insouciance (Sleeping With My Boots On). L’artiste assume ses influences à chercher du côté de Joy Division, The Pixies et les Cure, donc. Pas de chichi dans ce très joli opus : on est dans un univers familier, avec des mélodies impeccables et une production musicale soignée (Eagle Eye).
Homme Bleu nous entraîne dans un univers musical attachant, croisant pop (I Will Forget You), rock (The Life In Me), folk (Old Time Religion) et même funk (les premières mesures de This Mortal Bed. Un vrai melting-pop !
Coup de cœur !
L’homme en bleu se fait même inquiétant dans l’excellent Murder In Slow Motion. Je vous parlais de gothique plus haut.
On se repose ensuite avec la jolie ballade Stolen Kiss. Le piano-voix décroche au milieu de l’extrait pour donner à cet univers sucré un je ne sais quoi d’onirique… et de spatial. Un des meilleurs morceaux sans doute de l’opus.
Le titre qui donne son nom à l’opus, Dark Matter, sonne comme le plus ambitieux de l’enregistrement. Il apparaît dans la deuxième moitié du disque, semblant avancer masqué mais c’est pour mieux surprendre l’auditeur. Pas étonnant que le titre du morceau ait été choisi pour nommer l’album. Disons aussi qu’il y a du Bowie – le Bowie de la Trilogie berlinoise ou du Outside de 1995 – dans cet extrait incroyable de sensibilité et de créativité dans sa richesse musicale. Un vrai coup de cœur !
Ne boudons pas notre plaisir dans cet album soigné alliant avec élégance et intelligence sons eighties et arrangements modernes (End Of Summer). You’re My Friend, qui clôt l’album, illustre cette rencontre entre époques. On applaudit.
Impossible ne rester insensible à Artdéco qui nous revient cette année avec un nouvel album, sobrement intituléÀ Présent. Ce disque a été réalisé par Antoine Essertier (Vianney, Keziah Jones, Daran…). Cet opus est paradoxalement placé sous le signe du passé. Passé tout d’abord avec la facture pop-rock eighties et nineties, le musicien ne cachant pas son appétence pour U2 ou Serge Gainsbourg. On saurait difficilement le blâmer. Passé également avec les thèmes de ces 14 titres, dans lequel le souvenir, la nostalgie et la difficulté de tourner la page semblent être les dénominateurs communs.
Il y a, pour commencer, le morceau qui donne son nom à l’opus. Dans À nouveau, ArtDéco fait le constat d’un couple en déshérence, tout en invitant à ne pas tourner la page : "Reprenons notre amour à zéro / Il serait temps qu’on se parle à nouveau". Et même lorsque départ il y a, pas question de couper totalement les fils "Voyage avec moi", chante-t-il dans le morceau éponyme. Cette invite au souvenir est reprise dans Ne m’oubliez pas : "Écrivez mon nom quelque part / Ne m’oubliez pas".
On saluera la belle création qu’est Amour Winchester, jolie déclaration amoureuse en forme de jeu en plein Far West. Dans Astroman, cette fois c’est dans un espace imaginaire que nous transporte le chanteur, mais cette fois plus de gravité : "Foutu pour foutu / C’est trop tard / Tout est fini". En cette période d’été, on écoutera Palava non sans nostalgie : ce sont des souvenirs de plages qui intéressent ArtDéco, que ce soit à Juan-les-Pins, à Nice, à Monaco ou à Palavas, justement.
On saluera la belle création qu’est Amour Winchester
Un enfant sommeille derrière celle de l’artiste à l’œuvre dans une production musicale soignée. Il revient à ses promesses et ses secrets de gamins dans le morceau sensible Notre secret, redonnant vie à un amour d’enfance, comme pour le rendre immortel ("Dans mille ans j’te jure / Que je t’aimerai").
Cependant, parfois, c’est la mémoire qui fait défaut, à l’instar de Je ne m’en souviens plus. Tel n’est pas le cas de Louve, déclaration pour une mère capable d’effacer les "peurs" et "les ombres à chaque pensée de toi".
Plus sombre et plus atypique dans cet album, dans le morceau 340 visages, c’est le chiffre 340 qui est répété en forme de mantra. Le titre rappelle ces visages de migrants noyés dans la mer, comme par les flux d’informations et souvent de préoccupations futiles (McDo, réseau, bécanes…).
C’est un ArtDéco rock qui se déchaîne, moins sage, dans le singulier Schrödinger. Tout aussi engagé que la chanson précédente, l’artiste fait un triste constat : "Qu’est-ce qu’elle me manque ma vie d’avant", plus "insouciante". "Sans cesse on pratique la superposition quantique", constat-t-il encore, fataliste, philosophe et… un peu physicien.
Après le plus léger Panama et le psychédélique et poético-humoristique Astroman, ArtDéco termine - presque - son album avec Loin des autres. Le musicien revient une nouvelle fois vers le passé, avec cette chanson en forme d’autobiographie et de confession, celle d’un garçon seul et "déraciné", issu d’un pays méconnaissable où "la forêt a brûlé". Voilà qui est, hélas, très d’actualité.
L’album propose, en guise d’au revoir, une reprise pop des Moulins de mon cœur de Michel Legrand. Sans doute, le compositeur préféré de Jacques Demy aurait apprécié cette modernisation d’un grand classique de la chanson française. Le titre a en tout cas généré près de 4 millions de vues en quelques mois sur Internet.
Ne vous arrêtez par à ce look de hipster. Lucien Chéenne cache derrière sa barbe grisonnante l’âme d’un poète écorché vif.
Hôtel, qui ouvre son nouvel album Larmes aux poings – un titre magnifique que plus d’un et plus d’une aurait pu trouver – un bel album de chansons pop. Dans ce morceau d’ouverture, il chante la désillusion de ces nouveaux voyageurs, de solitude des VRP et de l’absurdité de ces "voyageurs du lointain", "des hôtesses sans prénom" et des "minibars dévastés".
Lucien Chéenne a composé ce nouvel album en partie à Astaffort avec l’aide de l’équipe de Francis Cabrel (Jérôme Attal, Julien Lebart, Olivier Daguerre). Il est vrai que l’on reconnaît les sensibilités pop-folk de Cabrel, tout comme le travail sur le texte. Que l’on pense à Je suis une fille, le portrait d’une jeune femme mal dans son genre ("Je suis une fille qui ne s’aime pas / Mais il y a un homme qui dort en moi"). Lucien Chéenne y interroge sa part féminine. "Je suis une fille est une folk-song qui trace son chemin entre Radiohead époque Ok Computer et le folk-rock psyché de Nino Ferrer période South", confie-t-il.
Le folk se fait méditerranéen – on parlait, tout à l’air de la petite ville d’Astaffort – avec cet autre morceau Les écorchés. Lucien Chéenne y parle de l’exil, des voyages déracinants et de la dignité de ces écorchés cherchant à poser leur valise. "Dans leurs yeux brillent la lumière d’une allumette / Petite flamme qui danse encore malgré le vent".
Lucien Chéenne est un artiste attachant, solide bonhomme ayant bourlingué et qui rend dans cet album attachant ses souvenirs, ses "parcours", ses chagrins même aussi ses espoirs, malgré tout ("Tout au long de nos parcours / On a couru derrière l’amour", Derrière l’amour).
Lucien Chéenne est un artiste attachant, solide bonhomme ayant bourlingué
Larmes au poing s’impose comme un opus honnête, sincère et sans artifices. Le règlement de comptes raconte un souvenir d’adolescent, celui d’un garçon refusant "la violence encore". La liberté, dit-il, c’est ne pas suivre "bêtement" les autres et assumer son bon côté : "À quinze ans j’irai pas / Au règlement de comptes / J’y pense depuis hier / Ma douleur est béante / Peu importe le bord / Et qu’importe mon clan". Un message à la fois subtil et sincère par un homme qui en sait quelque chose – il a été éducateur spécialisé dans une autre vie.
Dans Crachés dessus, c’est le récit d’une séparation "sans issue" dont parle Lucien Chéenne. Le travail sur la mélodie est remarquable, tout comme la facture pop-rock et l’invitation au voyage pour tout lâcher, à l’instar de Jack Kerouac. S’il chante un "amour sacrificiel" avec le singulier Vautour de mes bras, c’est avec le morceau Moitié des vacances scolaires que Lucien Chéenne se livre le plus. Il raconte son rôle de père séparé, battant les kilomètres pour son père : "Moitié des vacances scolaires / À mille planètes de toi / Quinze jours les années impaires / Dis-moi quand tu reviendras". Sans doute l’un des meilleurs titres de l’album, pour l’originalité de son sujet, pour le travail sur le texte comme pour la composition et la production.
Barbara avait chanté Nantes. Lucien Chéenne en parle dans un titre commençant sous forme de piano-voix au charmant accent suranné. La ville de Loire-Atlantique n’a pas le plus beau rôle : démente, nerveuse, démoralisante, étouffante et violente ("Nantes ma peine"). Comment s’en sortir ? En la fuyant, bien sûr.
L’album se termine avec Sauvage ennui, mélancolique et touchant récit d’une rencontre : "Souvent je pense à cette nuit / À l’odeur de ta peau charbon / Qui me hante toujours / La vie est d’un sauvage ennui / Quand tu disparais de l’autre / Côté de l’île". Au sortir de cet opus, on a la sensation d’avoir rencontré un artiste au cœur grand comme ça.