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chanteur

  • BT93 ou le miracle d’une résurrection

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    La première écoute de BT93 nous plonge d’emblée dans la période eighties et nineties. Rien d’étonnant à cela : les titres de cet album ont été créés et enregistrés entre 1989 et 1994. Les connaisseurs reconnaîtront la facture des synthétiseurs devenus des références : Ensoniq ESQ1, TX7, TR707, Korg 01W.

    Nous sommes au mi-temps des années 90 et un jeune artiste anonyme, se faisant appeler BT93, envoie son album éponyme au format K7 à quelques maisons de production indépendantes, qui lui demandent gentiment d’aller voir ailleurs. Fin de l’histoire ? Non. Car celui qui signe le morceau rageur La hiérarchie chie laisse une œuvre d’autant moins morte-née qu’elle commence à tourner sur des platines d’inconnus et devient quasi culte. Entre-temps, BT93 s’est installé comme entrepreneur sérieux – ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour un homme qui chantait : "La hiérarchie chie, /Dans son froc en or massif, / Leurs couilles se sont fait la malle, / Ils ont perdu les pédales, tous à la manif !"

    C’est donc une résurrection, pour ne pas dire un petit miracle, que cet opus oublié. Près de trente ans après sa création, le disque sort enfin en vraie galette et sur les plateformes. Il est coproduit – excusez du peu – par Frédéric Lo, qui a mis sur le coup des musiciens additionnels : Marcello Giuliani à la basse et Patrick Goraguer à l’orgue Hammond et aux percussions. Tout a été remixé et remastérisé à partir d’enregistrements K7.

    Avec BT 93, nous voilà dans un album aux accents post punk-rock : Bronx generation, datant de 1989, revendique ces racines eighties, avec une chanson française dopée aux rythmes saccadés et aux synthétiseurs omniprésents et révolutionnaires. Ce premier morceau est le récit en musique d’une dangereuse rencontre dans un lieu interlope : "Tu f’rais mieux d’décamper / Le zoo du Bronx, quelle idée / Ta tête de youpie égaré / Comme dans l’« bûcher des vanités »…"

    Avec Say What Youy said, voilà un talk-over onirique (les paroles sont d’un certain Hervé Tanguy) qui peut se lire comme un hommage à Yves Simon : "J'avais oublié que je ne t'avais pas oubliée / Nous avions tant usé de salive / En mot, en baisers, en phrases définitives / Ce soir je me souviens de tes yeux, tes bras et tes pieds nus / De nos larmes et nos serments / Dont aucun ne fut tenu."

    Histoire d’amour encore avec Chasseur de tête et Pas ce soir mais peut-être demain, qui conte une "aventure d'un soir" : "Est-ce qu'on va se revoir / Ca fait longtemps que je broie du noir / J'ai un plan pour ce soir / Il faudrait juste que j’arrête de boire."

    Plus léger, On n'est pas sérieux avec les filles lorgne du côté de Patrick Coutin et de son J’aime regarder les filles : "Pourquoi j'devrais n'aimer qu'une fille / Quand tout nous pousse à en aimer plusieurs / En série mais aussi en parallèle / En solo ou bien en chœur."

    "La hiérarchie chie, /Dans son froc en or massif"

    Soyons clair : si BT93 est devenu culte c’est aussi et surtout en raison de ses titres engagés, à l’instar de Références, au parlé-chanté sombre et rugueux : "Les dirigeants d'entreprise, / Plus que jamais broyés par le quotidien, /Sont-ils condamnés à prendre des décisions / Comme des âmes soûles ?" Ce cri contre le libéralisme se fait à travers un travail sur le champ lexical économique et stratégique : "J.L. Bower, Managing the Ressource Allocation Process / Division of Research Graduate School of Business Administration / Harvard University / Cambridge, Massachussetts, 1970 / Références!" BT93 se montre par la suite bien plus explicite : "Cette chanson peut être entendue comme un plaidoyer pour un usage raisonnable d’outils relevant d’une nouvelle rationalité", chante l'artiste dont l'album unique est illustré par le cliché d'un jeune loup sautillant au milieu des tours d’affaires de La Défense, en costume cravate et attaché-case.

    Businessman privé ou énarque ? Ou les deux ? Dans L’énarque, c’est à la première personne qu’il se met dans la peau d’un de ces tristes sires : "Je suis un énarque / Parachuté au poste clé / Mais je mène ma barque / Allez faut manager..." Management, plans sociaux, consultants, carrière, petits cadeaux : pas de doute, nous sommes dans le portrait grinçant d’une de ces figures typiques du capitalisme de ces trente dernières années.

    Le moins que l’on puise dire c’est que BT93 a du répondant et assume son engagement, à l’exemple du morceau phare de l’album, Hiérarchie chie : "Moi je sais ce qui nous nique / C'est les segments stratégiques / Partage en business units / C'est pour ça que je milite." BT93 mitraille à tout-va. Le clip est un montage de plusieurs courts-métrages réalisés entre 2005 et 2010 et ayant comme thématique le monde du travail. Diffusés à la télé (France 3 notamment), avec le comédien Jean-Toussaint Bernard dans le rôle principal, le clip a été réalisé par l’artiste vidéo Yannick Dangin-Leconte (Stupeflip vite !!!).

    Fric rime avec neurasthénique. Les nuits d’un ex-winner, singulièrement plus mélancolique que rageuse, est la partie sombre de ces gagnants du libéralisme, ces pauvres types emprisonnés dans leur propre prison : "Même le Dénoral / N'a plus aucun effet / Sauf sur mon moral / Devenu papier mâché / Que faire d'un insomniaque / Chronique et hors d'attaque / Qui réclame ni dommage ni intérêt."

    Il n’y a pas plus de salut dans le titre acide RV avec les ressources humaines où le milieu de l’entreprise est aussi celui de la cruauté pleinement assumée : "Quand je serai PDG / J'en connais qui vont morfler / Chez les psychologues diplômées."

    L’album se termine avec le surprenant RER pour la défonce. Un morceau qui boucle cet album cohérent. Le titre est évidemment un calembour que pas mal de voyageurs et travailleurs franciliens reconnaîtront. "Dans les couloirs noirs je m'enfonce / Du RER pour la défonce / Cravate serrée / Moi cadre étriqué / Ouvrir dossiers / Jusque nuit veiller."

    BT93 est ressuscité, et on le doit largement à Frédéric Lo : près de trente ans après la création de cet opus, son message reste plus que jamais d'actualité.

    BT93, BT93, Dragon Accel, 2020
    https://www.facebook.com/BT93.music
    https://distrokid.com

    Voir aussi ! "Concrètement, Mona San"

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  • Aux environs de Rodolphe Burger

    Parce qu’il est un musicien aux multiples facettes (rock, pop, jazz, world, électro ou chanson française), chaque création de Rodolphe Burger fait figure d’événement.

    En juin dernier, l’ancien complice d’Alain Bashung proposait son 6e album, Environs. Il vient de sortir ces derniers jours un deuxième extrait de ce dernier opus, Le Chant des pistes.

    En injectant dans un texte poétique du rock, des pulsations électroniques et des chants chamaniques, Roland Burger marque son territoire qu’il veut vaste et passionnant à découvrir : "Voici le chant des étoiles / Car nous sommes nous-mêmes / Les étoiles / Car nous sommes des oiseaux faits de feu / Et nous traçons une route pour notre âme."

    Réalisé par Léa Troulard et entièrement tourné en Bretagne, le clip met en scène Bartok et Torero, deux magnifiques chevaux chorégraphiés par Thomas Chaussebourg.

    Rodolphe Burger, Le Chant des pistes, 2020
    Rodolphe Burger, Environs, Dernière Bande, 2020
    https://www.facebook.com/burger.rodolphe
    https://rodolpheburger.com

    Voir aussi : "Lumineux Agustín Galiana"

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  • Lumineux Agustín Galiana

    Omniprésent, à la télévision, au cinéma et dans les médias en général, Agustín Galiana, le plus français des Espagnols, fait aussi une entrée rafraîchissante sur la scène avec un joli album de reprises, Plein Soleil. Un opus qui est aussi un hommage à la France qui l'a accueilli à bras ouverts.

    Pour celles et ceux que le terme de "reprise" fait tiquer, il faut préciser que le comédien – et désormais chanteur – propose à côté de standards hispaniques (Por que te vas, Piensa en mí), des revisites chaleureuses thématiques – le soleil, la plage, la Méditerranée – et fleurant bon les années eighties et nineties (Duel au soleil, L’amour à la plage, Le soleil donne, Le sud, La corrida).

    L’auditeur ne boudera pas son plaisir à découvrir des versions lumineuses d’Étienne Daho (Duel au soleil), Niagara ou Laurent Voulzy. Pas plus qu’il dédaignera un Por que te vas dédaignant la mélancolie au profit d’un bonheur nonchalant.

    Et parmi ces reprises, il ne faut pas passer à côté de Tuyo, la chanson générique de Rodrigo Amarante pour le générique de la série Narcos.

    Agustín Galiana, Plein Soleil, Fontana, 2020
    https://www.facebook.com/agustingaliana

    Voir aussi : "Gainsbourg par..."

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  • HK ne lâche rien

    Plus engagé que jamais, HK chante dans Eldorado sa vision du bonheur et d’un certain idéal de vie : fuir la vanité ("Je veux la fuir comme la peste") et l’argent ("Je ne veux pas perdre mon âme / Pour quelques pièces quelques diamants") pour préférer la découverte de l’autre, l’amour et "les richesses du monde" : "De cœur, d’esprit et de corps / Je ne revendique aucun empire / Moi je ne veux qu’aimer encore / Aussi longtemps que je respire."

    Toujours fidèle à l’esprit qui animait le Ministère des affaires populaires, HK propose un titre folk cabrélien, acoustique, généreux et humaniste. Eldorado est le premier single de son album Petite Terre. On ne lâche rien et on découvre ce chanteur infiniment attachant.

    HK, Eldorado, 2020
    HK, Petite Terre, Épicerie des Poètes, 2020
    https://www.facebook.com/hksaltimbanks
    https://openagenda.com/hk-pres-de-chez-vous

    Voir aussi : "Voyages intimes de Thomas Cousin"

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  • Gainsbourg par...

    Monsieur Gainsbourg revisited est un album sorti en 2006 regroupant des reprises en anglais de certains succès de Serge Gainsbourg. Réédité cette année, notamment dans une très belle version vinyle, il est grand temps de le découvrir – voire de le redécouvrir.

    Notons tout de suite que la plupart des adaptations sont l’œuvre de Boris Bergman et Paul Ives. Quelques semaines après une chronique sur les versions jazzy de standards du patrimoine musical par Thomas Dutronc, place cette fois à un autre monument du patrimoine musical : Serge Gainsbourg. Cette fois, ce n’est pas un "Frenchy" qui s’y colle, mais de solides pointures de la scène pop-rock française et internationale, donnant à ces joyaux gainsbouriens une facture assez incroyable. Ce sont de vraies revisites, choisissant parfois de contre-pieds sur lesquels l’Homme à la tête de chou n’aurait certainement pas mégoté !

    Le moins que l’on puisse dire c’est que l’auditeur risque d’être surpris, au point de ne pas reconnaître les morceaux originaux, que ce soit le rock aride Sorry Angel (A Song For Sorry Angel) par Franz Ferdinand, le Je suis venu te dire que je m’en vais (I Just Came To Tell You That I’m Going) par Jarvis Cocker et Kid Loco dans une version pop aux teintes reggae, ou encore Au Revoir Emmanuelle (Goodbye Emmanuelle) devenu un titre trip-hop de Tricky.

    Trip hop encore avec Portishead qui reprend une chanson méconnue de Gainsbourg, Un jour comme un autre, devenu un Requiem for Anna, morceau sombre et rugueux qui précède une version du Requiem pour un con (Requiem For A Jerk) réadapté par le trio formé de Fautline, Brian Molko et Françoise Hardy, une des rares artistes françaises de cet album de reprises. Puisque nous parlons de Brian Molko et de son groupe Placebo, il faut aussi citer leur reprise électro-pop de La Ballade de Melody Nelson (The Ballad of Melody Nelson), mais aussi Boy Toy(I'm The Boy) de Marc Almond et Trash Palace, dans une facture que l’on pourrait appeler "placéboienne".

    Le grand classique de Gainsbourg, Le Poinçonneur des Lilas, titre intraduisible pour le public anglais, devient Just a Man With A Job. Il est proposé par The Rakes qui revisite en rock de A à Z ce classique de la chanson française.

    Contre-pieds sur lesquels l’Homme à la tête de chou n’aurait certainement pas mégoté !

    Disons-le ici : une forme d’insolence baigne dans l’album Monsieur Gainsbourg Revisited, insolence que n’aurait pas renié Gainsbarre, même si la grammaire du chanteur français est bien là. Ainsi, l’essence sensuelle et sexuelle de Je t’aime Moi non plus est respectée pour la version de Cat Power et Karen Eson (I Love You Me Either). Le Boomerang 2005, une adaptation de Boomerang par Gonzales, invite à sa table Feist et surtout Dani, l’interprète originale de Boomerang. Quant à Slogan, le groupe The Kills a choisi de le jouer dans une version aux accents sixties (I Call It Art).

    Marianne Faithfull et Sly and Robbie adoptent, tout comme l’original, le reggae (mais aussi la pop) pour leur Lola Rastaqueuere (Lola R. For Ever). On saluera au passage la manière dont a été pensée la traduction anglaise : "Her cylop’s eye in the middle of your head / An Oedipus complex dug deep in the sea / And when all’s been done, and nothing’s been said / You leave the joint, and roll to sleep."

    L’auditeur pourra aussi découvrir plusieurs curiosités : une version déjantée et punk rock des Sucettes par Keith Flint (The Lollies) ainsi qu’une adaptation mêlant pop, électro et negro-spiritual pour Sorry Angel (décidément, ce titre inspire !), cette fois par Nina Persson et Nathan Larson (Angel's Fall). Quant à Ces petits riens, ils deviennent sous la bouche de Carla Bruni un titre folk où affleure la sensibilité proverbiale de la chanteuse (Those Little Things). Un titre méconnu de Gainsbourg, L’Hôtel particulier, ressort enfin grâce à Michael Stipe, qui propose de découvrir ou redécouvrir ce titre pop mélodique et mélancolique sobrement intitulé L’Hôtel.

    Monsieur Gainsbourg Revisited est une divine surprise, qui ne convaincra sans doute pas tous les inconditionnels de l’Homme à la tête de chou, mais qui prouve en tout cas l’influence du chanteur français sur la pop internationale. Pour quelqu’un qui disait ne pas rêver de passer à la postérité et qui s’avère l’un des musiciens français les plus reconnus hors des frontières, voilà qui est ironique.

    Monsieur Gainsbourg Revisited, Barclay / Universal, 2020
    http://www.gainsbourg.org
    https://www.gainsbourg.net

    Voir aussi :"Gainsbourg, un enfant de la chance"
    "Thomas Dutronc, c'est si bon"

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  • Voyages intimes de Thomas Cousin

    En attendant la sortie de son premier album solo, Debbie et Moi, prévue le 15 septembre, Thomas Cousin propose le premier titre de cet opus, À perdre le sommeil.

    Après de nombreuses années passées à écrire et composer pour d'autres artistes et après avoir sillonné les routes de France et d’Europe au sein de différentes formations (Aron’C, Tax Brothers & the old Racoon, Shy), le guitariste se fait chanteur, le temps d’un disque splendide enregistré en solitaire, sur la durée.

    "J’ai passé 25 années de ma vie à « faire chanter » les autres, à m’habiller de leur pensée pour essayer de tailler sur mesure des mélodies et des mots qui les mettent en valeur, qui leur correspondent… Il y a 8 ans, un peu avant la naissance de ma fille, j’ai commencé à ressentir le désir et le besoin d’écrire des textes plus intimes", se confie le musicien.

    Thomas Cousin s’impose comme un parolier solide, dépliant sur un son mêlant pop moderne et chanson française, les souvenirs d’un couple, de leurs voyages de Gérone à Paris, en passant par Bormes-les-Mimosas ou Châtillon-sur-Seine. Ce sont des rappels de pérégrinations, qui sont ceux d’un couple de Gypsis, où la mélancolie affleure à chaque vers : "Tu n’as pas oublié ce jour où l’on s’est promis pour toujours / Que nous ferions main dans la main la dernière partie du chemin / Dis-moi est-ce que tu te rappelles combien la lumière était belle / Sur la Plantade en hiver."

    Thomas Cousin fait le bilan d’un amour, avec lyrisme et sur forme d’un bilan : "Tu m’as promis les horizons, tu m’as promis les paysages, tu m’as promis que chaque saison pour nous serait un voyage, / À perdre le sommeil."

    Suite de ce voyage intime le 15 septembre, avec Debbie et Moi.

    Thomas Cousin, À perdre le sommeil, 2020
    Thomas Cousin, Debbie et Moi, Champ Libre, 2020
    https://www.facebook.com/ThomasCousinpage

    Voir aussi : "Partir, même loin de la région du cœur"

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  • Partir, même loin de la région du cœur

    Pour bien commencer cette rentrée, Bla Bla Blog propose un focus sur Kerredine, dont le dernier titre, Nos Rêves d'Enfant, frappe par l’intelligence de l’écriture, la puissance du message dénué de tout pathos et la sensibilité d’un talentueux artiste que le grand public connaît grâce à sa composition Je veux de Zaz.

    Nos Rêves d'Enfant de Kerredine commence par une adresse en direction de ses propre rêves ("T’étais où pendant ce temps / Je patientais à devenir fou / Et tu arrives en me racontant / Que je n’aurai rien du tout"), avant de faire le constat amer ("J’ai le cœur qui part en vrille") que les rêves de ces enfants de banlieue auxquels il s’identifie ne pourraient bien se faire qu’en prenant la fuite car, chez lui, "On a le talent / Mais pas l’argent / On a le temps / Mais rien à faire".

    Kerredine ne fait pas de la banlieue ce territoire fantasmé – souvent en mal du reste, comme le souligne le chanteur (RSA, SMIC, Scarface, Toni Montana, rappeurs, stups, shits ou vodka) –, mais comme un lieu où la réussite et l’accomplissement des rêves peut vite se révéler frustrants, sinon impossibles. La solution pourrait donc bien être pour beaucoup de ces jeunes rêveurs la fuite, ailleurs : "Partons / Sans attendre ici que l’on nous aime / Partons / Avant que le désespoir ne règne / Partons / N’entends-tu pas le chant des sirène s/ Et on s’en fout de ce qu’ils penseront / Que nous sommes des inconscients / Que la folie nous envahit parce qu’on veut vivre nos rêves d’enfants." Le chanteur commente ainsi ce morceau : "Ma chanson Nos rêves d’enfant raconte mon envie et celles des enfants de ma cité d’Argenteuil de se bouger pour construire. Dans mon clip j’ai voulu montrer sur un mode positif ma jeunesse et ma réalité. Aujourd’hui je vis de la musique. Je vis mon rêve d’enfant."

    Musicalement, Nos Rêves d'Enfant délaisse la rugosité que réclamerait un tel message au profit d’un certain lyrisme, un orchestre symphonique accompagnant l’artiste.

    "On a le talent / Mais pas l’argent / On a le temps / Mais rien à faire"

    Le clip, tourné sa ville d’Argenteuil, donne la parole à ces enfants de cités et à leurs rêves d’enfants (pédiatre, juge, médecin, professeure ou auteure). Partir pour réaliser ces rêves, écouter sa petite voix, essayer : voilà le message de ce titre lumineux. Kerredine dit ceci : "Dans mon clip je retrace l’histoire de Melinda, 15 ans, une grande fan de Beethoven. Quand on lui demande si elle veut devenir Chef d’orchestre, elle répond : c’est pas pour nous ça. Sa réponse est hélas bien trop courante ici. Pourquoi ? Parce que les jeunes n’ont pas d’exemple dans le cadre familial qui ressemble à leur rêve. Pour eux c’est impossible. Ils veulent garder les pieds sur terre, mais moi je leur dit que la terre est grande et on peut garder ses pieds sur cette même, terre mais avancer plus loin. Dans ma chanson Nos rêves d’enfant, je veux donner cette force manquante, pour y aller, traverser la cité, comme je l’ai fais, prendre le bus puis le train de banlieue comme je l’ai fais, frapper aux portes avec beaucoup de courage et un peu de talent." Un autre artiste, Julien Clerc, grand voyageur et grand rêveur s’il en est ne chantait-il pas lui aussi : "Partir / Partir / Même loin / Loin de la région du cœur" ?

    Et si je vous dis que les cordes symphoniques de ce morceau sont jouées par des enfants de la région, que le chœur vient d’Argenteuil (Cap Cœur) et que les figurants vivent à la cité Joliot-Curie, voilà qui devrait finir de vous convaincre de partir à la découverte de Kerredine.

    Kerredine, Nos Rêves d'Enfant, 2020
    https://www.facebook.com/kerredineofficiel
    https://www.instagram.com/kerredine

    Voir aussi : "Qu’est-ce que Carole Pelé a à nous raconter ?"

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  • Revoilà Féloche

    Après Chimie Vivante, Féloche est de retour avec un nouvel album, aussi singulier que le chanteur lui-même.

    L’auteur de Tara-Tari, qu’il reprend d’ailleurs ici dans une nouvelle version, fait de la mandoline le fil conducteur d’un opus au parfum délicieusement surannée pour ne pas dire régressif. Instruments traditionnels, chanson française, reprises et même un instrument mal aimé, pour ne pas dire moqué et caricaturé : véritable chef de bande, Féloche and The Mandolin' Orchestra assume tout et ne renie rien. "Je rêvais d’un orchestre…. Un orchestre de mandolines ! Fantasme absolu puisque j’étais tombé en amour pour cet instrument. Ce serait un truc de mégalo (un orchestre quoi) mais qui ne se la pèterait pas... puisque ce ne sont « que » des mandolines !" dit-il au sujet de cet album de revisites.

    Dans cet opus, le musicien propose un projet musical à la fois réjouissant et rigoureux, que ce soit dans ses textes poétiques, personnels et à vif de sa belle voix grave et envoûtante ("J'suis pas occis / J'ai longtemps vécu / Pour ça qu'aujourd'hui je suis barbu / Je suis pas foutu / C'est bizarre je me souviens de tout / De mes histoires d'oiseau un peu fou / Mais c'est monté comme un film de Godard / Mise bout à bout la vie est un peu une galerie d'art", Mémoire vive) mais aussi ses propres compositions musicales (Tous les jours, Laisse aller).

    Féloche s’inscrit dans la grande famille des chanteurs français, le regard tourné vers ses aînés : que ce soit Léo féré (Mes petites amoureuses, sur un texte de Rimbaud), Bourvil (La Mandoline, une chanson écrite par Paule Gille et Michel Bernard), Dalida (une superbe adaptation de Bambino, un duo avec Dolche), mais aussi, et c’est plus singulier, L’Affaire Louis Trio. Reprenant le tube des eighties Chic Planète du regretté Hubert Mounier, Féloche en fait une version moins new wave mais plus lancinante, traversée de rayons de lumière.

    Du beau travail, à découvrir absolument si vous ne connaissez pas Féloche.

    Féloche and The Mandolin' Orchestra, Silbo Records / Absilone, 2020
    https://www.feloche.com
    https://www.facebook.com/felocheofficiel

    Voir aussi : "Féloche, l’alchimiste musical"

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  • Desmond Myers joue avec le feu

    En sortant son single Playing with Fire, Desmond Myers donne déjà en rendez-vous pour 2021, qui marquera la date de sortie de son nouvel album.

    En attendant, le chanteur américain propose un très séduisant titre, dont la voix feutrée sert une musique alliant soul et pop, dans une orchestration minimaliste et langoureuse. La présence de Mathieu Gramoli (Corneille, Milk Coffee and Sugar, Captain Mercier, Gaël Faye) à la composition musicale est un un vrai atout.

    Le chanteur propose une balade sensuelle et à fleur de peau, au sujet d’une attirance irrésistible qui risque de brûler les ailes et de n’être finalement qu’un château de sable : "I can’t keep it to myself / I’m playing with Fire / I can’t let it bring me down… And still I hold this hopeless hope / That castles made of sand will hold."

    Desmond Myers, Playing with Fire, 2020
    https://www.desmondmyers.com
    https://www.facebook.com/desmondmyersmusic

    Voir aussi : "Plus bleu que le bleu de ses yeux"

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  • Plus bleu que le bleu de ses yeux

    Il faut croire que de bonnes fées se sont penchées au-dessus du berceau de Bastien Lanza. Il est vrai que le chanteur sait de qui tenir : encouragé par Francis Cabrel en personne, à la faveur de leur duo, 2h du mat, le jeune chanteur ne pouvait rêver meilleur parrainage. Fabien Lanza propose cette année son premier album, Bleu – comme la couleur de ses yeux.

    Fabien Lanza peut se targuer d’une belle reconnaissance des professionnels et du public : lauréat du "Trophée France Bleu" et du "Prix Voix du Sud" en 2013, il reçoit un triple disque de platine l’année suivante pour sa participation à l’album Génération Goldman 2 et intègre la programmation des Francofolies de La Rochelle.

    C’est une pop folk à la fois familière, attachante et produite avec rigueur et soin qui nous est proposée avec Bleu. L’album baigne dans une infinie douceur et l’évidente sincérité frappe l’auditeur, à l’exemple du titre Depuis Elle, qui est aussi un clin d’œil au Sarbacane de Cabrel.

    L'opus est éclatant et vibrant comme un pied de nez à la nuit, comme si Bastien Lanza nous entraînait sur un chemin plein d’espoirs : "C'est pas des promesses / C'est même pas des mots d'amour / C'est juste que tu laisses ton empreinte partout autour de moi" (Viens). Reste à savoir si ces promesses peuvent être tenues ou non.

    Clin d’œil au Sarbacane de Cabrel

    Le chanteur a la retenue (L'ordre des choses) et la discrétion des grands timides, comme il le chante dans Celui qui danse : une piste de danse, une "fille qui rend fou" mais l’incapacité de faire le premier pas et la douleur de la voir avec cet autre homme, "celui qui danse" : "Alors je reste silencieux / La tête ailleurs, le monde autour / C’est pas mon truc de casser l’ambiance / je suis assis." Qui n'a pas connu ça ?

    Dans cet album que nous serions tenter d’appeler "feel good" - si le terme n’avait pas été galvaudé par des marchands et des marchandes de bonheur -, Fabien Lanza séduit par sa personnalité attachante : l’artiste ne se la joue pas mais est pourtant moins conformiste qu’il n’y paraît ("Il n’est pas né celui qui prendra ma liberté pour jouer avec", Non merci).

    Bastien Lanza parle d’amour, du temps qui passe (Tourne), des regrets, des adieux (Ce qu’est qu’un adieu), mais aussi des espoirs, à l’instar de celui de cette Lola : "J’attends un signe, un mot de toi / Un « je-ne-sais-quoi » / Quelques voyelles, quelques consonnes…"

    L’artiste choisit la simplicité, un choix piégeux mais qui lui sied à merveille (Tout va bien). La mélodie est là et l’univers cabrélien aussi (Un coin tranquille). On ressort de l’album un peu plus léger qu’au moment d’y être entré. Rien que pour ça : Merci.

    Bastien Lanza, Bleu, Minuit Deux, 2020
    https://www.bastienlanza.fr
    https://www.facebook.com/bastienlanza

    Voir aussi : "Retour vers le futur"

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  • Retour vers le futur

    Les années 80 continuent d’être revisitées et d’inspirer les musiciens actuels. Dernier exemple en date : William Sheller et son tube, devenu un classique : Un Homme Heureux.

    La version originale déroulait une ballade voix et piano, à la sombre mélancolie. Yves Carini a choisi d’en faire une bossanova douce amère.

    Un Homme Heureux est le deuxième extrait de son nouvel album, The Way You Are, attendu pour cet automne, après une adaptation d’un autre standard, L’Hymne à l'Amour, en version jazz symphonique.

    Pour Un Homme Heureux, Yves Carini a su s’entourer d’une belle équipe : Jorge Calandrelli, l’arrangeur et réalisateur de Tony Bennett, Andrea Bocelli, Stevie Wonder ou Michael Bublé mais aussi de Randy Waldman (Seal, Barbara Streisand ou Beyoncé).

    Voilà qui nous promet un futur album soigné, produit avec un professionnalisme à l’américaine. En tout cas, ce nouvel extriat est une jolie manière de revenir vers le passé et vibrer de nouveau aux mots délicats et déchirants de William Sheller : "Pourquoi les gens qui s'aiment / Sont-ils toujours un peu les mêmes / Ils ont quand ils s'en viennent / Le même regard d'un seul désir pour deux / Ce sont des gens heureux."

    Yves Carini, Un Homme Heureux, Quart de Lune, 2020
    https://yvescarini.com
    https://www.facebook.com/yvescarini

    Voir aussi : "Une place pour Yadam"

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  • Une place pour Yadam

    Yadam n’est pas tout à fait un inconnu. Le grand public l’a découvert en 2017 dans l’émission Nouvelle Star, au cours de laquelle il est brillamment sorti deuxième.

    Safeplace est son premier album, un EP de cinq titres dans lequel le jeune homme impose une identité forte, lui qui a déjà connu mille vies, entre une naissance au Venezuela, une enfance aux États-Unis, une victoire de chant organisé par l’Alliance française en 2017, suivie d’un exil en France et une participation éclatante au célèbre télé-crochet.

    Les 5 titres proposés par Yadam, qui chante autant en anglais (The Place), qu’en français (Yadam) et en espagnol (Vacio), sa langue natale, révèlent d’abord une voix singulière, éthérée et comme venue d’un autre monde, à l’exemple de (SayYou're) sorry ("I don't wanna let you go / Tell me what I wanna know / Say you, say you / Need me").

    L’électropop de Safeplace ne craint pas le minimalisme (Yadam), pas plus que le rythme hip-hop (Empty Doors), voire le son eighties (The Place).

    Chemin personnel et artistique

    À bien d’un égard, cet EP marque la naissance d’un authentique artiste qui propose avec Safeplace bien plus qu’un galop d’essai : son album est aussi un chemin personnel et artistique, comme le prouve le morceau Empty Doors ou le titre intégral de l’album (Safeplace : a true story by Yadam).

    Après un parcours particulièrement riche, il semble bien que ce soit la France et Paris que l’artiste ait choisi pour faire sa place – grâce à l’appui de confrères et consœurs (Lolo Zouaï, Ibeyi, Woodkid ou Rosalia) mais aussi d’une communauté de fans déjà importante. Un espoir que Yadam chante ainsi : "Paname, ce soir je me sens ivre / Je sens que j’ai le droit de vivre / Peut-être qu’il y a bien une étoile / Qui veille sur nous."

    C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

    Yadam, Safeplace : a true story by Yadam, EP, CCS4AM, 2020
    https://www.facebook.com/YadamAndres

    Voir aussi : "Mâle assurance"

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  • Mâle assurance

    Mystic Señor est le troisième album d’un cycle de cinq, proposé par Sam Franck Blunier. Une pentalogie que l’artiste a fort justement nommée The Five Album Concept. Cette démarche artistique ambitieuse est à saluer pour un artiste qui manie avec justesse chanson française, pop et rock. Après les deux premiers volets, Il fait beau (2015) et Des Filles (2016), voici donc, cette année, Mystic Señor, un album qui frappe autant par son spleen pop-rock, sa masculinité fragile que par sa poésie.

    L’auditeur y trouvera la marque de brillantes références, à commencer par Alain Bashung dans le premier titre, Évidemment : "Et rien ne s’oppose à l’amour / Plus rien ne s’oppose à l’amour."

    Le titre Le verbe, plus enlevé, délaisse l'hommage appuyé pour l'auteur de Résident de la République au profit d’une démarche plus originale surfant du côté de la pop à la fois rugueuse et insolente d'un Patrick Coutin : "On m’a dit moche / J’ai dit tant mieux / On m’a dit croche / J’ai dit fuck off."

    Électro-poèmes

    "Le verbe est plus important que nous / Le verbe est plus important que tout", chante Sam Franck Blunier dans un troisième opus où le désabusement affleure à chaque note et chaque mot : l’aliénation de l’amour (Poings liés), l’anticonformisme (Le verbe), l’absurdité de l’existence (Des questions). Mais il y aussi ces éclairs d’espoir, d’amour et de spiritualité (d'où, bien sûr, le titre de l'album), à l’exemple du Verbe et de ses Électro-poèmes : La prière des mots, Le Beau et Les mains des hommes.

    Les mots du chanteur sont portés par une voix à la mâle assurance, sombre et faussement détachée. Mystic Señor est l’album d’un noctambule, et à certains égards gothique. Avec Salut beauté, nous voilà dans un pop-rock XIXe et baudelairien à la sèche beauté : "Salut Beauté inouïe, est-ce toi qui nous porte ? / Beauté si fragile / Je sais bien que tu m’attends, au-delà des vallées et des cimes, / Par delà les lacs et les toits de tuile."

    Quand on pensait le chanteur perdu dans des volutes de fumée de nuits au Palace le voilà pris dans une ballade, Fragile, qu'une chanteuse comme Françoise Hardy pourrait interpréter avec la même fragilité, justement.

    Sam Franck Blunier, Mystic Señor, 33 Novembre – Évasion Music, 2020
    https://www.samfrank-blunier.com

    Voir aussi : "L’âme de fond"

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  • L’âme de fond

    On aime l’univers de MoonCCat, musicien, photographe et poète assumant à 200 % un dandysme qui se serait transporté en plein XXIe siècle. Un style fin de siècle donc, mêlant textes saturniens et musque pop-rock, à mi-chemin entre Jim Morrison (Shoot The Poet) et lo-fi nighties (Sanatorium Europa). L’artiste le dit à sa manière sur son site : "Musicien, photographe et écrivain, MoonCCat a été le premier voyageur temporel à essayer la machine à explorer le temps de H.G. Wells en 1895. Elle l'a conduit au XXIème siècle sans possibilité de retour."

    MoonCCat revient avec Forget Me Knot, album autoproduit, sombre mais traversé aussi de brillants éclats de lumière. Ce côté romantique noir, le chanteur l’assume avec un bel aplomb, en mettant en musique les vers de Gérard de Nerval (Vers dorés), de Baudelaire (Baudelaire 20 décembre 1855) et même... d’Alphonse Daudet (L’oiseau bleu). Disons aussi que les influences du chanteur sont à chercher autant du côté de Rimbaud ou Verlaine Edgar Alan Poe que de celui de Bram Stoker ou de Hermann Hesse.

    MoonCCat est également au texte dans des titres tout autant convaincants et acides : Le voyage ("Il ne faut pas regretter / Ce que la vie nous offre / Il ne faut pas penser que ce n’est pas assez… / Il ne faut pas espérer que les choses s’améliorent"), Le chat Haret, L’idole ou Ton souvenir.

    Comme s'il était catapulté dans notre époque, MoonCCat y apporte sa part de mystère, mêlant, dans un album résolument rock, mâtinée de pop eighties (Baudelaire 20 décembre 1855, L’idole), du mysticisme (Le chat Haret), du désespoir (Le voyage), de sensualité (Morganella Morganii qui "provoque des incendies"), de la poésie (Shoot the poet) et du gothique éclatant de lyrisme (Shadow, L’obscurité des nuits).

    "Le premier voyageur temporel à essayer la machine à explorer le temps de H.G. Wells"

    Dans cet album d’une belle cohérence figure un morceau énigmatique. Avec Sanatorium Europa, le plus dandy des chanteurs nous transporte dans l’Europe des années 20, sur la trace de Thomas Mann et d’Herman Hesse, lors de son séjour à Monte Verità. Explication de texte par MoonCCat lui-même : "Si les deux auteurs allemands sont peut-être familiers à certains, notamment Thomas Mann et sa Montagne Magique, Monte Verità ne doit pas dire grand chose à grand monde car il s'agit d'une expérience communautaire assez étrange et aujourd'hui oubliée qui a eu lieu au début du XXe siècle en Suisse… Six jeunes gens de bonne famille se sont effectivement lancés dans une aventure unique en son genre : quitter la société moderne dont ils étaient dégoûtés pour créer un nouveau mode de vie destiné à retourner au plus proche de la nature en construisant de toutes pièces un village autarcique auto suffisant qui réunira artistes, peintres, danseurs, chorégraphes, occultistes, anarchistes, bref, une population très éclectique, en recherche d'authenticité. Le village s'éleva à Monte Verità, "la montagne de la vérité", à Ascona en Suisse… C'est une utopie communautaire qui s'est construite et a perduré durant une vingtaine d'années. Elle a brassé de grands noms comme Hermann Hesse, Carl Jung ou Isadora Duncan, entre autre… Le titre raconte le séjour de Hermann Hesse dans ce lieu hors norme. Il ne raconte pas sa rencontre avec un prophète étrange qui à ce moment là, avait quitté la communauté pour vivre en ermite dans une grotte : l'étrange Gustö Gräser, qui fut pour lui une rencontre déterminante et a certainement joué un rôle dans ses romans initiatiques comme Demian et Le Loup des Steppes, avec qui Gräser avait certains traits en commun…"

    Sanatorium Europa est une vraie singularité dans un album à l’empreinte XIXe siècle, sombre, beau, érudit et douloureux : "J’ai dans mon cœur un oiseau bleu, / Une charmante créature, / Si mignonne que sa ceinture / N’a pas l’épaisseur d’un cheveu… / Et son bec fin comme une lame, / En continuant son chemin, / M’est entré jusqu’au fond de l’âme."

    MoonCCat, Forget Me Knot, autoproduit, 2020
    https://moonccat.bandcamp.com/album/forget-me-knot
    https://moonccat.weebly.com

    Voir aussi : "C’est le plus dandy des albums"

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  • Vincent Cateigne : trop facile !

    Attention : découverte. Cette fois il s’agit du deuxième album de Vincent Cateigne, à la pop bricolée entre funk, électro et pop, à grands coups de machines, d’auto-tune mais aussi de guitares d’acoustique et d’étonnants ruptures de rythme, à l’exemple du titre Together Is Better, le premier single d’Izipizi.

    Un opus qui sonne comme une étrangeté, et il est vrai que le musicien brasse à tout vent des influences dignes du bourlingueur qu’il est : des sons orientaux (Salam, en featuring avec Samira) ou africains (Kama), de l’électro daftpunkienne (Izipizi), de la pop-folk seventeen (Fireside, There), du latino (Caixas) ou du funk (Just A Flow, One Life). 

    C’est sans doute dans cette manière de s’affranchir des machines et de prendre à bras le corps des mélodies et des harmonies désarmantes de simplicité (Fireside) que l’on saisit tout le talent mais aussi le savoir-faire de Vincent Cateigne, qui s'est expatrié à Singapour.

    Élaboré sans être intimidant, nostalgique sans être régressif, hétéroclite sans être foutraque

    Son talent tient à un album à la fois coloré et universel, oscillant entre les rythmes de Rio (Caixas), les grands espaces américains (Just A Flow) ou l’électro européen (Izipizi). Le plaisir est évident et il est même communicatif, jusqu’aux interjections sexy de Farah Chammah dans Caixas.

    Le bluff est permanent dans un album élaboré sans être intimidant, nostalgique sans être régressif et hétéroclite sans être foutraque. Avec pour maître mot l’évidence et la simplicité. Le musicien rappelle que le titre de l’album, Izipizi reprend une expression anglo-saxonne utilisée à Singapour, et qui signifie "facile" ou "tranquille." Tout simplement.

    Vincent Cateigne, Izipizi, Nudacy Records, 2020
    https://www.facebook.com/watch/vincentcateigne

    Voir aussi : "Dans le game avec Barange"

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