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blues

  • Joplin's families

    Il était question il y a peu du biopic en BD consacré à Jimi Hendrix, publié par Graph Zeppelin. L’éditeur poursuit sa série musicale avec une autre figure de la pop : Janis Joplin (Janis Joplin, Piece of my heart, éd. Graph Zeppelin).

    Pour ce deuxième volume de la collection Rock Odyssée, c’est Giulia Argnani qui s’empare de cette légende musicale, morte à 27 ans – elle aussi, à l’instar de Jim Morrison, Kurt Cobain, ou Jimi Hendrix.

    La scénariste et dessinatrice italienne a choisi de coller au parcours à la fois personnel, familial et artistique, depuis son enfance à Port-Arthur dans le Texas jusqu’à Los Angeles en 1970, dans un hôtel où Janis Joplin est morte d’une overdose, seule et désespérée. Un paradoxe pour cette musicienne saluée et admirée, et que Giulia Argnani explique en s’arrêtant sur ses fêlures qu’elle date de ses primes années.

    Dès le début des années 60, Janis Joplin se démarque avec son look androgyne et son refus d’être une fille "convenable" et traditionnelle, qui ne s’habille pas comme les autres : "J’aime être à l’aise ! On ne peut rien faire avec une robe !", lui fait dire la dessinatrice italienne. Dans un État conservateur, les revendications féministes – nous pourrions ajouter "inclusives", même si le terme est anachronique – ne pouvaient que se solder par une rupture avec son milieu et sa famille, à l’exception de sa sœur Julie.

    Blessure originelle

    Très tôt, l’adolescente se trouve une passion et un talent pour la musique, le chant, et en particulier le blues, qu’elle interprète comme personne. "Je ne connais aucune blanche capable de chanter comme ça !" commente un de ses amis.

    La rupture avec sa famille entraîne pour Janis Joplin la construction de son autre famille, musicienne, via ses groupes, Big Brother and The Holding Company, les Kozmic Blues puis le Full Tilt Boogie Band. Des noms qui restent inconnus pour beaucoup de lecteurs, mais qui ont une importance capitale pour la blues woman, dans la mesure où c’est avec eux que l’artiste s’est libérée, dans tous les sens du terme.

    Drogues, dragues, vie communautaire hippie et surtout rock and roll : Janis Joplin, Piece of my heart est une plongée dans les sixties, jusqu’au décès de l’artiste, un an après Woodstock. Janis Joplin apparaît, y compris dans ses excès, comme une artiste très en avance sur son époque, et qui a été capable de révolutionner le blues comme sans doute jamais personne avant elle – si on excepte toutefois les Rolling Stones.

    Giulia Argnani a choisi de ne pas suivre un scénario stricto sensu chronologique, grâce à des va-et-vient entre ses dernières années et les années 60, comme si Janis Joplin en revenait toujours à sa famille naturelle. Sa blessure originelle. De là aussi viennent aussi sans doute ses blessures qu’elle a su si admirablement transcender en musique.

    Giulia Argnani, Janis Joplin, Piece of my heart, éd. Graph Zeppelin, 2020, 160 p.
    https://graphzeppelin.com
    https://www.facebook.com/GraphZeppelin
    https://janisjoplin.com

    Voir aussi : "L’expérience Jimi Hendrix en concept album"

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  • Mâle assurance

    Mystic Señor est le troisième album d’un cycle de cinq, proposé par Sam Franck Blunier. Une pentalogie que l’artiste a fort justement nommée The Five Album Concept. Cette démarche artistique ambitieuse est à saluer pour un artiste qui manie avec justesse chanson française, pop et rock. Après les deux premiers volets, Il fait beau (2015) et Des Filles (2016), voici donc, cette année, Mystic Señor, un album qui frappe autant par son spleen pop-rock, sa masculinité fragile que par sa poésie.

    L’auditeur y trouvera la marque de brillantes références, à commencer par Alain Bashung dans le premier titre, Évidemment : "Et rien ne s’oppose à l’amour / Plus rien ne s’oppose à l’amour."

    Le titre Le verbe, plus enlevé, délaisse l'hommage appuyé pour l'auteur de Résident de la République au profit d’une démarche plus originale surfant du côté de la pop à la fois rugueuse et insolente d'un Patrick Coutin : "On m’a dit moche / J’ai dit tant mieux / On m’a dit croche / J’ai dit fuck off."

    Électro-poèmes

    "Le verbe est plus important que nous / Le verbe est plus important que tout", chante Sam Franck Blunier dans un troisième opus où le désabusement affleure à chaque note et chaque mot : l’aliénation de l’amour (Poings liés), l’anticonformisme (Le verbe), l’absurdité de l’existence (Des questions). Mais il y aussi ces éclairs d’espoir, d’amour et de spiritualité (d'où, bien sûr, le titre de l'album), à l’exemple du Verbe et de ses Électro-poèmes : La prière des mots, Le Beau et Les mains des hommes.

    Les mots du chanteur sont portés par une voix à la mâle assurance, sombre et faussement détachée. Mystic Señor est l’album d’un noctambule, et à certains égards gothique. Avec Salut beauté, nous voilà dans un pop-rock XIXe et baudelairien à la sèche beauté : "Salut Beauté inouïe, est-ce toi qui nous porte ? / Beauté si fragile / Je sais bien que tu m’attends, au-delà des vallées et des cimes, / Par delà les lacs et les toits de tuile."

    Quand on pensait le chanteur perdu dans des volutes de fumée de nuits au Palace le voilà pris dans une ballade, Fragile, qu'une chanteuse comme Françoise Hardy pourrait interpréter avec la même fragilité, justement.

    Sam Franck Blunier, Mystic Señor, 33 Novembre – Évasion Music, 2020
    https://www.samfrank-blunier.com

    Voir aussi : "L’âme de fond"

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  • Clatpton, toujours debout

    Il y a très certainement un mystère Eric Clapton, mystère que le documentaire exemplaire de Lili Fini Zanuck, Eric Clapton : Life in 12 Bars, entend dévoiler. Grâce à des archives riches, inédites et étonnantes (que l’on pense à ces images volées de défonces et de plongées dans l’enfer de la dépression pendant les seventies), ce film propose la découverte passionnante d’un des plus grands musiciens de ces 60 dernières années. Eric Clapton, bluesman et rockeur de légende, et sans doute le plus grand guitariste que la terre ait porté, apporte largement la pierre à cet édifice en revenant sur sa carrière mais aussi sur une enfance et une vie privée qui ont contribué à la légende de l’artiste anglais.

    Les jeunes années de Clapton commencent par un secret de famille qu’il n’a cessé de porter comme un fardeau, et qui peut expliquer sa relation compliquée avec les femmes : fils d’une adolescente trop jeune pour s’occuper de lui, ce sont ses grands-parents qui l’élèvent. Il n’apprendra qu’à l’âge de neuf ans que celle qu’il pensait être sa mère était en réalité sa grand-mère et que celle qu’il prenait pour sa sœur n'était rien d'autre que sa génitrice…

    Sans appuyer sur cette période importante, Lili Fini Zanuck en fait le point de départ d’une carrière à la fois incroyable et chaotique, qui passera par le groupe Cream – le premier et sans doute le plus grand supergroupe de l’histoire du rock. Remarqué par ses dons de guitariste, Clapton est adulé par des artistes majeurs comme BB King, Jimi Hendrix (dont le décès l’affectera durement) et George Harrison.

    "Je ne me suis pas suicidé pour la seule raison qu’un mort ne boit pas"

    L’ex-Beatles va suivre Clapton, l’encourager à travailler sur l’Album Blanc et connaître une vraie amitié, amitié qui va être cependant entachée par une autre relation : celle que Clapton va entretenir avec la propre femme de Harrison, Pattie Boyd. Cette histoire d’un amour interdit va se finir, comme souvent, en chanson : ce sera Layla, une des plus beaux titres sans doute de l’histoire de la pop ("What will you do when you get lonely? / No one waiting by your side / You've been running, hiding much too long / You know it's just your foolish pride"). Lili Fini Zanuck en fait le point de bascule d’une période cruciale et tourmentée, à grands coups de rushs, de vidéos en Super 8 inédites et de sessions d’enregistrements. Eric Clapton traverse des années noires : dépression, liaison difficile avec Pattie Boyd, drogues et alcool. "Je ne me suis pas suicidé pour la seule raison qu’un mort ne boit pas" avoue le musicien.

    Au début des années 90 l'artiste connaît une tragédie personnelle qui va impacter durablement son existence et sa carrière : la mort de Connor, son jeune fils de quatre ans, qu’il a eu avec l’Italienne Lory Del Santo. Son enfant se défenestre accidentellement en mars 1991 du 53e étage d’un immeuble à New York. Eric Clapton, plus robuste qu’on ne le croyait, se raccroche à la musique (le spectateur ne peut être que bouleverser par l’ultime lettre que lui a laissé son fils). La suite ? Le mythique album Unplegged et ce bijou pop-folk qu’est Tears in Heaven, dédié à la mémoire de son fils.

    Eric Clapton, survivant parmi les survivants de cette période passionnante que sont les années 70, poursuit un chemin artistique d’une richesse prodigieuse, alliant à cela un sens aigu de l’altruisme, comme le remarque fustement BB King. Un grand bonhomme que fait revivre le documentaire de Lili Fini Zanuck, Eric Clapton : Life in 12 Bars. À découvrir en ce moment sur Canal+.

    Eric Clapton : Life in 12 Bars, documentaire de Lili Fini Zanuck
    Royaume-Uni, 2017, 135 mn

    En ce moment sur Canal+

    Voir aussi : "Bowie is Outside"

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  • La Norvège, l’autre pays du blues

    La Norvège tient là une réputation assez inédite : celle de nourrir un des plus dignes représentants du blues. Qui ça ? Bjørn Berge, qui vient de sortir son dernier album, Who Else?

    Mine de rien, le musicien venu des fjords a la bouteille de ces hommes à qui rien ne fait peur : une guitare sauvage, une voix sortie d’outre-tombe, un physique de géant tout droit sorti de Game of Thrones. Hourra, l’Europe tient là un bluesman capable de faire la nique aux Américains, pourtant certains d’être l’alpha et l’oméga de cette musique essentielle dans l’histoire du rock !

    Avec Lost Pearl, on vagabonde sur les routes terreuses du Tennessee ou de l’Alabama, sans oublier une bonne rasade de bourbon (Ginger Brandy Wine), idéal pour se délecter de ce voyage proposé par Bjørn Berge.

    Sa guitare sous amphétamines (The sun’s going down) atteint des sommets dans un album porté par ce Norvégien qui a été capable de mettre les États-Unis à ses pieds, grâce à son jeu à la fois virtuose et profond.

    Un physique de géant tout droit sorti de Game of Thrones

    L’histoire retiendra que le projet Who else? a commencé en 2014, interrompu par une parenthèse musicale avec le groupe Vamp, un pilier et une référence en Norvège.

    Outre des reprises de standard (Ace of spades de Motörhead ou Give it away des Red Hot Chilli Peppers, mais qui ne figurent pas dans l’album), Bjørn Berge endosse à merveille le costume de bluesman rockeur américain (The Calling), et ne jurerait pas en face de légendes américaines telles que ZZ Top (Mr Bones).

    Avec cet Européen venu du froid, le blues sort de ses retranchements en se teintant de pop et de country (It just ain’t so) ou rock (Speed of light, The sun’s going down).

    Mais Bjørn Berge sait aussi se faire guimauve avec la ballade Bitter sweet. Un peu de douceur portée par une voix musclée, ronde et rassurante. Du très grand art, mes petits amours.

    Bjørn Berge, Who Else?, Blue Mood Records /[PIAS], 2019
    Page Facebook de Bjørn Berge

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  • Comme un air de Motown

    Un petit voyage dans le temps et l’espace, ça vous dit ? C’est ce que propose les Buttshakers dans leur nouvel album Sweet Rewards, sorti en France en ce début d’année. La bande à la charismatique et incandescente Ciara Thomson propose un vivifiant retour dans l’Amérique black blues soul que l’on adore.

    Portée par un orchestre solide, énergique et chaleureux (guitares, cordes, clavier et batterie), Ciara Thomson et ses camarades de Buttshakers nous prennent par la main pour un périple spatio-temporel : un trip R&B et engagé dans Saint-Louis avec In the city, une plongée dans un caveau sombre et enfumé de Detroit avec Sweet Rewards ou un concert rock dans la campagne sixties de Louisville avec What you say.

    Cet opus, tout en rendant hommage aux brillants aînés de la Motown et consorts, serait digne de figurer dans une bande-son de Quentin Tarantino : Trying to Fool, Sweet Reward ou Tax man c’est Jackie Brown 20 ans plus tard. 

    Digne héritière de James Brown, une vraie sex machine

    Ciara et les Buttshakers sont capable de toutes les audaces : le blues mélancolique de Roll with roll, le R&B et ses riffs de guitares dans Tax Man, le funk épicé dans I weak ends ou le titre engagé In the city sur l'affaire Michael Brown, les émeutes de Fergusson en 2014 et sur les discriminations raciales aux Etats-Unis ("We’re just trying to survive, in the city / Can’t we live? /We’re just trying to get by"). Quant au titre Movin on, il s’avance sur un terrain plus rock et aux accents franchement eighties, mais avec toujours cette voix chaude et puissante.

    C’est bien entendu le nom d’Aretha Franklin qui vient en tête à l’écoute du timbre de Ciara Thompson, mais une Aretha Flanklin plus survitaminée et bouillante que jamais. La chanteuse des Buttshakers est une tornade soul, une artiste biberonnée à ses racines blues, country, gospel et folk et une vraie sex machine. Digne héritière de James Brown, Ciara Thomson a le feu, le rythme et le chien de Mr Dynamite.

    Dix ans après leur création, les Buttshakers débarquent en France pour notre plus grand plaisir. Après la sortie de leur album Sweet Rewards, ils seront en concert en France.

    The Buttshakers, Sweet Rewards, Underdog Records, sortie en février 2018
    The Buttshakers, en concert en France
    Le 16 mars 2018 à 20 heures au Hasard Ludique (Paris)
    Le 31 mars 2018 à 20 heures 30 au Tamanoir de Gennevilliers, avec les Coco Mamas 
    Le 14 avril 2018 à 21 heures à La Cave à Musique de Mâcon, avec Da Break
    http://thebuttshakers.com