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science-fiction

  • Le monstre est parmi nous

    Brightvale, petit village d’environ 1000 habitants, a, au sein de sa communauté, six "Fils du Soleil Noir". Une incongruité statistique, alors que 0,1 % seulement de la population mondiale peut être identifié comme tel, soit 6 millions de personnes.

    Mais que sont ces "Fils du Soleil Noir" ? Ce terme désigne un phénomène inexpliqué : seize ans plus tôt, un matin, les habitants du globe ont découvert au-dessus de leur tête un astre noir. Il s’est levé pour une journée de 24 heures avant de laisser place le lendemain à un soleil normal. Quatre ans plus tard, le même phénomène s’est reproduit : "Ce jour-là, les gens furent victimes d’une tristesse terrible. un désespoir profond et sans fin, comme cela n’était jamais arrivé auparavant". Dans la petite bourgade de Brightvale, les conversations tournent régulièrement autour de cette bizarrerie que des scientifiques n’ont jamais pu expliquer, en dépit d’hypothèses des plus sérieuses aux plus farfelues : prions, physique quantique ou ésotérisme. 

    Les fils du Soleil Noir sont ces enfants nés suite à ce phénomène étrange : "Toutes les femmes qui furent… fécondées… sous l’influence de cet astre obscur, donnèrent naissance à des enfants avec de petites mais importantes altérations génétiques". Matthew et Clementine font partie de ces parias et ne peuvent compter que sur leur amitié et leur soutien respectif pour lutter contre les rejets des habitants. 

    Fable horrifique autour du rejet, de la peur de l’étranger et des superstitions

    Soleil noir, de Dario Sicchio, Letizia Cadonici et Francesco Segala (édité en France chez Shockdom), n’est pas seulement une histoire de SF dont l’influence du Village des Damnés de John Carpenter (1995) semble être évidente. C’est aussi une fable horrifique autour du rejet, de la peur de l’étranger et des superstitions. Matthew et Clementine incarnent les victimes innocentes dans un village des plus ordinaires tombant dans la paranoïa. Pour autant, les auteurs refusent tout manichéisme, grâce à ces deux personnages interlopes que sont Ivan et Ofelia.

    Soleil noir nous parle aussi de superstitions, de religions, de peur apocalyptique, dans un livre dont les chapitres sont imaginés comme un compte-à-rebours impitoyable. Qui sont les monstres, se demandent en substance les trois auteurs italiens ? "Le soleil noir n’est pas juste sorti du néant. Il y est aussi retourné. Tout ce qu’il reste de cette horreur, c’est vous".

    Dario Sicchio, Letizia Cadonici et Francesco Segala, Soleil noir,
    trad. Jose Maniette, éd. Shockdom, 2022, 96 p.

    https://fr.shockdom.com/boutique/yep/soleil-noir
    https://www.facebook.com/ShockdomSrl

    Voir aussi : "Retour sur Débiles & Dragons"

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  • Épicé 

    Il ne faut jamais dire jamais. L’idée que la saga de Franck Herbert, Dune, soit inadaptable était devenue proverbiale. David Lynch lui-même, qui était pourtant venu à bout d’un premier opus, le mythique Dune de 1984, avait fini par désavouer un film mal-aimé, si ce n’est moqué. Le site Rockyrama a par ailleurs consacré un article sur les adaptations perdues de cette œuvre.

    Le réalisateur canadien Denis Villeneuve a sorti l’an dernier son Dune, un film d’autant plus attendu qu’il était une bouffée d’air frais – si j’ose dire – en pleine crise du Covid. Le premier film de sa saga – deux autres films sont déjà en préparation – se concentre sur le cœur de l’histoire : la planète Arrakis, un astre modeste dominé par le désert, dont le surnom a été tout trouvé : "Dune". Les Fremen, une peuplade du désert rétive à la domination impériale, cohabite avec des colons dans une guerre larvée où les indigène sont réputés indociles. Les Fremen se sont adaptés à Arrakis, redoutable par son environnement, ses températures extrêmes mais aussi les vers des sables qui y vivent. Dune est inhospitalière, dangereuse et inadaptée à l’homme.

    Elle a pourtant une richesse qui la rend incontournable : l’Épice. Cette substance rarissime, qui est capable de prolonger la vie comme de permettre les voyages spatiaux-temporels est uniquement présente sur Arrakis et l’Empire ne peut se permettre de se passer de son exploitation. L’empereur y envoie le Duc Leto de la Maison des Atréides, avec sa compagne Dame Jessica, membre de l’organisation Bene Gesserit, et son jeune fils et héritier, Paul. Leur armée les suit. Tout ce beau monde est chargé de reprendre en main l’exploitation de l’Épice à la suite d’une autre Maison, les Harkonnen. Mais rapidement, une évidence s’impose : il s’agit d’un piège. 

    Denis Villeneuve nous épargne dans "son" Dune de 2021 tout l’apanage de l’univers de Franck Herbert, et on l’en remercie

    Autant dire que pour ce nouveau Dune, Denis Villeneuve était attendu au tournant, lui qui s’était déjà attaqué à de la science-fiction dans ces deux précédents films, Premier Contact et Blade Runner 2049.

    C’est dire que le réalisateur canadien cochait beaucoup de cases. Il restait à bâtir une solide adaptation pour rendre compréhensible une histoire se déroulant en 10 191 et mettant en scène un empire galactique, des lignées d’aristocrates rassemblés en Maisons, une communauté féminine  aux pouvoirs religieux, ésotériques et politiques et de multiples autres  organisations redoutables permettant la survie d’un Empire puissant et étendu dominé par Padishah Shaddam IV.

    Denis Villeneuve nous épargne dans "son" Dune de 2021 tout l’apanage de l’univers de Franck Herbert, et on l’en remercie. 
    Ce premier Dune séduit d’abord par la puissance des images, l’inventivité des costumes, des décors et des vaisseaux et la découverte de la redoutable et convoitée Arrakis. L’histoire se veut aussi un récit initiatique, pour ne pas dire messianique, avec un jeune homme devant survivre après une attaque surprise.

    Timothée Chalamet, l’enfant-chéri d’Hollywood, endosse avec bonheur le rôle de Paul Leto, accompagné de la convaincante Rebecca Ferguson dans le rôle de Jessica. La presse s’est enthousiasmé sur la présence de Zendaya, l’autre (jeune) star du film. Mais il faut être honnête : elle n’apparaît qu’épisodiquement, dans les dernières minutes, ou alors sous forme de flash.

    Évidemment, Zendaya aura un rôle plus important dans le deuxième opus de la saga, prévue en 2023, et que l’on attend déjà avec impatience. En attendant, il y a ce premier Dune, à découvrir sur Canal+.

    Dune, film de science-fiction américano-canadien de Denis Villeneuve,
    avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Zendaya,
    Josh Brolin et Jason Momoa, 2021, 155 mn

    https://www.dunemovie.net
    https://www.canalplus.com/articles/cinema/dune-le-film-de-sf-au-format-xxl

    Voir aussi : "Les films que vous ne verrez jamais"

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  • Solaris et son double

    Parlons aujourd'hui de Solaris : un titre pour deux long-métrages adaptés et tournés à trente ans d’écart, respectivement par Andreï Tarkovski et Steven Soderbergh. Quelles sont les ressemblances et les différences ? Focus sur deux œuvres différentes mais tout aussi intéressantes l'une que l'autre, en dépit de la ligne narrative semblable.

    Sur un roman du Polonais Stanisław Lem, Solaris conte une mission spatiale autour de la planète imaginaire Solaris. D’étranges phénomènes se sont déroulés lors d’une mission scientifique : des morts suspectes, dont un suicide. Lorsque le scientifique est envoyé sur les lieux, il se trouve face à une apparition, sa compagne disparue des années plus tôt. Il semblerait qu’elle émane de la planète Solaris, puisant dans l’esprit humain pour réveiller et générer des êtres plus humains que nature.

    Le Solaris de Tarkovski, sorti en 1972, transcende le space-opera, à la manière du 2001 L’Odyssée de L’Espace de Stanley Kubrick. La référence n’est pas anodine : quatre ans après le chef d’œuvre américain, la Russie soviétique voulait proposer elle aussi un film de SF mémorable. Pari – presque réussi – même si le succès public n’a pas été celui de Kubrick.

    Message philosophique

    Disons aussi que Tarkovski s’intéresse moins à la SF qu’au message philosophique. Le cinéaste boudé par les officiels soviétiques ne parviendront jamais à s'attirer les bonnes grâces d'une Russie déjà sclérosée. Le futurisme de son Solaris apparaît comme un décor et une illusion au service d’un discours philosophique et métaphysique sur l’humanité, Dieu, le sens de la vie, mais aussi la culture humaine, les traditions, les souvenirs et le cheminement intérieur, lorsque Kris Kelvin rencontre Diane – ou plutôt son double extra-terrestre (la superbe et magnétique Natalia Bondartchouk). 

    Évidemment, le remake qu’en a fait Steven Soderbegh trente ans plus tard, n’a pas manqué d’être comparé avec l’œuvre de Tarkovski. Il y a des similitudes dans l’intrigue : une mission spatiale qui tourne mal, une série de drames dans l’espace et une apparition qui vient bouleverser le personnage principal, en l’occurrence Chris Kelvin, psychologue de son état, veuf depuis quelques années suite à un drame que Soderbegh met en scène dans le dernier quart du film.

    Au message philosophique du Solaris de Tarkovski, Soderbegh répond par un film hollywoodien, avec deux acteurs au glamour irrésistible, George Clooney, Natascha McElhone ainsi que des seconds rôles convaincants (Jeremy Davies et Viola Davis). Le Solaris de 2002 est riche de ses décors soignés et d’effets spéciaux magnifiques, qui n’écrasent cependant pas le film.

    Soderbegh s’est prudemment défendu de "refaire" le Tarkovski, préférant proposer une nouvelle adaptation du roman de Stanisław Lem. Le résultat est franchement probant, même si le message philosophique du cinéaste russe devient, dans le Solaris de 2002, un drame intime, jusqu’à une conclusion sous forme d’une porte ouverte vertigineuse. Une jolie réussite. 

    Solaris, science-fiction russe d’Andreï Tarkovski,
    avec Natalia Bondartchouk et Donatas Banionis, 1972, 90 mn, en DVD, MK2

    Solaris, science-fiction américaine de Steven Soderbergh, avec George Clooney, Natascha McElhone, Jeremy Davies et Viola Davis, 2002, 99 mn, en DVD, 20th Century Fox
    https://www.dvdclassik.com/critique/solaris-tarkovski
    https://www.leblogducinema.com/original-vs-remake/1-solaris-vs-solaris-96527

    Voir aussi : "2001 en 1968"

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  • Pouvoir pour les femmes

    Le moins que l’on puisse dire c’est que Flore Cherry nous prend à contre-pied avec son premier roman Matriarchie (éd. la Musardine). Alors oui : la journaliste, chroniqueuse radio spécialiste des questions sexuelles, créatrice du salon de la littérature érotique et des "Écrits polissons" est dans son domaine de prédilection avec un roman faisant la part belle au sexe, au féminisme et aux rapports entre hommes et femmes. Elle est aussi publiée chez son éditrice favorite, La Musardine, spécialiste historique de la littérature érotique exigeante et engagée. Ceci étant dit, il faut souligner l’audace de l’auteure avec ce roman que l'on peut qualifier de science-fiction, qui ressemble à peu de livres connus et qui risque bien de secouer le lecteur.

    Nous parlions de féminisme. C’est bien le thème central de Matriarchie, un mot qui est bien évident à rapprocher de la patriarchie, ces gouvernements et autorités uniquement détenus par des hommes. Flore Cherry imagine justement une revanche des femmes dans un futur relativement proche.    

    Imaginez, nous dit en substance l’auteure, que la France soit, en 2100, une "matriarchie". Les femmes ont pris le pouvoir sous la pression de mouvements féminismes. Elles ont surtout été bien aidées par une opération de communication et de manipulation "pour faire passer l’envie aux hommes de voter" lors des Présidentielles de 2022, et ce grâce à des parties fines organisées à des fins politiques. Lors de cette année politique et historique, la France bascule dans un nouveau régime, une matriarchie, donc.

    En 2100, une Présidente est chef de l'Etat. Elle se nomme Éléonore et pousse sur le devant de la scène Diane Maurepas. De nouvelles élections présidentielles approchent et un parti concurrent, le Parti Familial, dirigé par Fernand Fuego, entend bien mettre fin à la matriarchie à l’œuvre dans le pays. 

    Un récit où la science-fiction et l’anticipation ont toute leur place

    Mais en quoi consiste cette matriarchie précisément ? C’est là que tout le talent de Flore Cherry s’exprime, à travers un récit où la science-fiction et l’anticipation ont toute leur place. Les femmes sont au pouvoir et ont proposé aux hommes, avec succès, de se défaire librement de leurs droits civiques afin de pouvoir accéder aux "Maisons des plaisirs", des bordels institutionnalisés, fréquentés par des hommes comme par des femmes - qui les dirigent. Parmi les responsables de ces maisons closes d’un nouveau genre figure Athéna Sollipe, l’une des personnages-clés du roman.

    Outre cette tenancière et la figure montante Diane Maurepas, deux hommes, Matrior Marcel, un domestique ("matrior") au service de la politicienne et Fernand Fuego, futur candidat aux Présidentielles, sont les autres voix du récit. Soulignons ici l’ironie de l’auteure qui choisit des prénoms de déesses grecques pour ses héroïnes (Athéna, Diane) et deux prénoms, disons d’un autre âge pour être gentil, pour ces hommes (Fernand, Marcel).

    La multiplicité des points de vue sert à merveille la fluidité du roman alternant luttes politiques pour le pouvoir, histoires d’amour pour le moins contrariées, étreintes épicées et destinées parfois cruelles, à l’image du parcours pathétique (dans tous les sens du terme !) de Marcel, ancien haut-fonctionnaire devenu homme à tout faire, chauffeur et nounou, devant se séparer de sa patronne Diane et surtout de la fillette dont il s’occupe et dont il est attaché.

    Les scènes d’alcôves sont autant de prétextes à mettre en scène les rapports de force entre hommes et femmes, comme des réflexions sur la normalisation sexuelle et la place de la sensualité. Flore Cherry réserve quelques surprises à Diane et Fernand, dans une fin plus ouverte que jamais.

    Avec Matriarchie, Flore Cherry apporte un vent de fraîcheur à la littérature de SF, en y insufflant un souffle sensuel et érotique incroyable, tout en parlant d'amour, avec justesse. L’auteure connaît son sujet et on peut la suivre les yeux fermés lorsqu’elle nous guide par la main dans les couloirs de l’ex-magasin de La Samaritaine, devenue cette luxueuse maison de plaisirs où les orgies ont toute leur place.

    Mais derrière ces scènes où le sexe peut parfois être triste, il y a un discours réfléchi sur le féminisme et sur la place des hommes et des femmes. Athéna l’exprime ainsi : "Matriarchie n’était pas conçue pour que ce genre d’émotions circule librement, sans pouvoir en tirer avantage. Ils avaient tout normalisé : ils m’avaient transformée en poupée et ils l’avaient transformé en client… Ce monde avait tué notre amour."

    Flore Cherry, Matriarchie, éd. La Musardine, 2022, 224 p.
    https://www.lamusardine.com
    https://m.facebook.com/flore.cerise
    https://www.union.fr
     
    Voir aussi : "Union TV : un nouveau média pour une nouvelle révolution sexuelle"
    ”J’incarne en quelque sorte « la maîtresse d’école »”

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  • Goldorak, go !

    "Accours vers nous, prince de l'espace, Viens vite, viens nous aider. Viens défendre notre terre, elle est en danger…" : beaucoup d’entre vous aurons reconnu l’un des génériques de Godorak, la série phare de la fin des années 70. Par la suite, le robot mythique né au Japon allait devenir en France un véritable phénomène de société et lancer la mode du manga.

    C’est (presque) sans surprise que ce soit précisément de France que renaisse Godorak et consorts – Actarus, Vénusia, Alcor et autres Phénicia – à travers une bande dessinée imaginée et scénarisée par Xavier Dorison et parue aux éditions Kana. Trois autres auteurs rendent hommage à l’œuvre mythique de Gō Nagai :  Denis Bajram, Brice Cossu et Alexis Sentenac. Trois amoureux du "merveilleux robot" et "chevalier solitaire", dont Actarus est autant le pilote que l’alter-humain – ou plutôt "alter extra-terrestre", puisque le Prince d’Euphor est un réfugié sur terre après une guerre et un génocide sur sa planète.

    Grâce à la magie de la BD, la série animée Goldorak qui se déroulait à la fin des années 70, reprend vie quelques années plus tard… à notre époque. Les héros, que ce soit Vénusia, Alcor, Mizar, le professeur Procyon, Rigel ou Banta se sont pour la plupart dispersés et perdus de vue. Quant à Actarus et Phénicia, ils ont quitté la terre pour rejoindre leur planète d’origine. Évidemment, Goldorak est parti avec eux. Mais lorsqu’un Golgoth, appelé Hydragon, fond sur la terre – plus précisément sur le Japon – c’est la panique. Goldorak paraît être la seule parade contre cette nouvelle attaque de l’Empire de Vega. Sauf que cela fait depuis des années qu’il est à des années-lumière de la planète bleue. 

    Splendeur visuelle

    Un revival est toujours un exercice à haut vol. Comment faire revivre un héros mythique que la mémoire et la nostalgie ont figé dans une sorte de formol ? Le risque de trahison est à très haut risque.

    Or, le pari est réussi pour cette BD qui marque le retour du héros géant, de son pilote Actarus, du fougueux Alcor et de la douce Vénusia. On oubliera le petit souci chronologique concernant Rigel : l’action se passe dans les années 2010-2020, ce qui rendent les souvenirs de cet ancien soldat de la Guerre du Pacifique peu probables.

    C’est bien là le seul point faible d’un roman graphique qui puisse ses références graphiques dans le manga, comme il se doit. Les fans de Goldorak retrouveront notamment les célèbres batailles et armes de guerre du géant d’acier : "Atolargue.. Astérohache… Pulvonium… Achiléochoc..."

    Mais là où les scénaristes se montrent malins et intelligents c’est dans le refus de tout manichéisme, y compris lorsqu’il s’agit de parler d’une civilisation extraterrestre destinée à annihiler la terre pour la coloniser. Actarus se dévoile en frère d’arme autant qu’en ennemi soucieux de garder une coexistence pacifique entre peuples ennemis. Le conflit va finalement se terminer de manière inattendue, dans une conclusion des plus ouvertes.

    Graphiquement enfin, ce Goldorak nouvelle génération est une splendeur visuelle, respectant les canons de la création de Gō Nagai  - c’était la condition sine qua non de cette aventure – tout en y insufflant une modernité de bon aloi. 

    Xavier Dorison, Denis Bajram, Brice Cossu  et Alexis Sentenac, Goldorak, 2021, éd. Kana, 168 p.
    https://www.kana.fr/bd-goldorak-ledition-collector-limitee/#.YeUDM_7MKM9
    https://goldoraknostalgie.wordpress.com

    Voir aussi : "Géants de papier et autres yōkai"

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  • La menace fantôme

    L’homme invisible, imaginé par HG Wells à la fin du XIXe siècle, vient d’avoir un nouvel avatar grâce au film de Leigh Whannell, sobrement intitulé : Invisible Man. L’excellente Elisabeth Moss (La Servante écarlate) est au cœur de cette aventure mêlant sciences et fantastique, dans lequel ce fameux homme invisible s’avère moins important que le parcours de sa compagne.

    Compagne ou plutôt ex compagne, car lorsque le film démarre, Cecilia Kass fuit le domicile conjugal et son mari Adrien Griffin. Grâce à la complicité de sa sœur Emily, elle se met à l’abri, chez un ami commun, James Lanier, où elle loge. L’avenir s’éclaircit pour cette femme harcelée par son mari lorsqu’elle apprend qu’Adrien s’est suicidé. Mieux, son testament l’informe que le mari violent, mais aussi scientifique renommé en optique, lui a laissé plusieurs millions de dollars.

    Or, quelques jours plus tard, elle se dit victime d’actes malveillants dont le coupable ne serait qu’Adrien, non seulement bien vivant, mais aussi invisible.

    Le film s’aventure moins vers l’horreur que vers le film de SF, voire vers le film de super-héros

    Leigh Whannell a choisi pour cette histoire d’invisibilité de s’intéresser à une victime, car ce scientifique apprenti-sorcier s’avère d’une perversité et d’une violence bien peu recommandables. Le film commence comme un thriller psychologique, distillant les effets grâce à des jeux de cadrages et de regards – ceux précisément d’Elisabeth Moss. Peu à peu, le film s’aventure moins vers l’horreur que vers le film de SF, voire vers le film de super-héros (ou plutôt anti-super-héros).

    À cet égard, Invisible Man est une rencontre inattendue entre le film hitchcockien, La Mouche ou Venom. En outre, dans cette période post-#Meetoo, le message adressé aux femmes battues et harcelées est évident. Cependant, les créateurs ont refusé le manichéisme en proposant une fin déstabilisante.  

    Les effets spéciaux se font discrets, ce qui les rend d’autant plus efficaces. On retiendra surtout le visage d’effroi de Cecilia Kass/Elisabeth Moss lorsqu’elle piège l’agresseur invisible grâce à un seau de peinture blanche.

    Une revisite inattendue du chef d’œuvre de H.G. Wells.

    Invisible Man, film fantastique américain de Leigh Whannell, avec Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen et Harriet Dyer, 2020, 125 mn, Canal+
    https://www.canalplus.com/sport/invisible/h/10309375_50001
    https://www.universalpictures.fr/micro/invisible-man

    Voir aussi : "Abominables additions"
    "Maîtres et servantes"

     

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  • Avant qu’il ne soit trop tard

    C’est une farce et une comédie noire qui fait le bonheur en ce moment de Netflix. Don't Look Up, de d’Adam McKay, sous-titré en français Déni cosmique, fait parie de ces films coups de poing destiné à réveiller les consciences. Pour ce long-métrage à gros budget, des stars se pressent au portillon : à côté de Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence, il faut citer la présence de Meryl Streep, Jonah Hill, Cate Blanchett, Timothée Chalamet, Kid Cudi, Mark Rylance, Ron Perlman, Tomer Sisley et même Ariana Grande.

    Deux modestes astrophysiciens anonymes découvrent qu’une comète se dirige vers la terre. Si rien n’est fait, la terre sera percutée d’ici six mois, provoquant l’extinction de la vie sur notre belle planète. Une couse contre la montre commence pour éviter cette fin du monde annoncée. Les deux scientifiques battent le pavé pour prévenir les autorités et le public de la future catastrophe. Cette entreprise s’annonce vite comme des plus ardues. 

    Idiocratie

    À partir de ce qui s’apparente à une course contre la montre vitale, Adam McKay fait un portrait au vitriol d’une Amérique gangrenée par la futilité, les réseaux sociaux, les spécialistes en communication, les politiciens obtus, les médias obsédés par le divertissement, bref une idiocratie au pouvoir. À cet égard, la Présidente, jouée par une Meryl Streep déjantée en est un bel exemple. Et tout ce beau monde refuse de voir la catastrophe qui vient. 

    Les médias ne sont pas en reste. Car faute de trouver des oreilles intelligentes à la Maison Blanche, c’est vers une célèbre émission télé que nos deux astrophysiciens se tournent – qui sera aussi le début d’une improbable idylle avec la journaliste vedette, jouée par la formidable Cate Blanchett.

    On en oublierait presque la maléfique comète. Disons aussi que ce danger compte beaucoup moins que le message de Don't Look Up, cette histoire de "déni cosmique". Remplacez d’ailleurs "comète" par "réchauffement climatique" et vous aurez la clé de cette farce au rire grinçant. "Un danger mortel nous menace et où regardons-nous ?" semblent nous dire les auteurs du film.

    Le film n’est pas dénué de quelques faiblesses et longueurs. Il reste cependant d’une admirable force corrosive et donne à réfléchir. 

    Don't Look Up : Déni cosmique, comédie américaine de science-fiction d’Adam McKay,
    avec Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence, Meryl Streep, Jonah Hill, Cate Blanchett,
    Timothée Chalamet, Kid Cudi, Mark Rylance, Ron Perlman, Tomer Sisley et Ariana Grande,
    2021, 138 mn, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/81252357

    Voir aussi : "Flow de neige, de sons et de baisers"

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  • Taisez-vous, Mrs Dalloway

    Sorti un an avant Célestine du Bac, un ouvrage de jeunesse de Tatiana de Rosnay, son roman Les Fleurs de l’Ombre (éd. Robert Laffont/ Héloïse d’Ormesson) est en réalité le dernier qu’elle ait écrit à ce jour. Il est sorti en librairie en mars 2020, quelques jours seulement avant le début du Grand Confinement. Autant dire qu’éditorialement, ce livre a une histoire compliquée pour le faire simple. Mais c’est aussi un roman qui mérite d’être lu à la lumière des bouleversements environnementaux et sanitaires de notre société.

    Après une séparation tumultueuse avec son mari François, séparation dont le lecteur connaîtra les détails sordides en fin de roman, Clarissa Katsef, une auteure franco-britannique dont le succès est plus ou moins derrière elle, trouve un nouveau logement dans un appartement flambant neuf au cœur du 8e arrondissement d’un Paris traumatisé par un attentat. C’est une opportunité unique pour l’artiste qui a été choisie au terme d’une sélection rigoureuse menée par CASA, une obscure organisation.

    Voilà donc Clarissa, fraîchement célibataire, se retrouve entre les murs d’un appartement pourvu d’une domotique dernier cri, avec notamment une voix synthétique portant le nom de Mrs Dalloway (en référence à Virginia Wolf), chargée de veiller à ses moindres souhaits. Mais la vie de Clarissa devient assez rapidement angoissante. Elle sent dans ce lieu aseptisé que quelque chose ne tourne pas rond. Sauf que personne ne semble la croire, hormis sa petite-fille, Andy. Et ce n’est pas l’intervention régulière de Mrs Dalloway, son assistante personnelle, qui la rassure. En prenant contact avec quelques résidents de l’immeuble, Clarissa remarque que tous sont, comme elle, des artistes. Troublant. Au même moment, une mystérieuse étudiante, Mia White, la contacte. Elle se présente comme une admiratrice de son œuvre et souhaite la rencontrer.

    Tatiana de Rosnay avait déjà, dans un de ses précédents livres, Sentinelle de la Pluie (2018) fait de Paris une ville apocalyptique. Après la pluie et les inondations, c’est le soleil et la chaleur qui s’abattent impitoyablement sur la capitale des Fleurs de l’Ombre. Le monde subit les conséquences du dérèglement climatique et la nature est en train d’agoniser. La nouvelle thébaïde de Clarissa fait donc figure de havre sécurisant – en apparence cependant.

    Virginité mémorielle et artificielle

    Tatiana de Rosnay revient au thème central de son œuvre : la mémoire des lieux, d’autant plus qu’il s’agit également d’un sujet intéressant la protagoniste principale des Fleurs de l’Ombre. Sauf que l’appartement qu’occupe Clarissa n’a précisément pas de mémoire car il est neuf, et c’est justement cette virginité mémorielle et artificielle (artificielle comme Mrs Dalloway) qui perturbe l’occupante.

    Dans cette intrigue hitchcockien que Tatiana de Rosnay a bâti comme un roman de science-fiction à la Philip K. Dick, la romancière se fait encore plus sombre que dans ses livres précédents : dérèglement climatique, destructions de la nature, menaces technologiques, sociétés de surveillance et dangers planant sur les artistes. Il est singulier que ces sujets de préoccupation sont portés par une héroïne qui apparaît comme le double de l’auteure : "Élevée par un père britannique et une mère française, elle [Clarissa] était parfaitement bilingue. Elle avait deux langues d’écriture, et n’avait pu choisir l’une au dépend de l’autre". Cela ne vous rappelle personne ? 

    Il faut enfin mentionner que Tatiana de Rosnay a écrit Les Fleurs de l'Ombre simultanément en français et en anglais. Un roman qui est sorti peu de jours avant le déclenchement apocalyptique de la crise sanitaire. Un signe, sans aucun doute.

    Tatiana de Rosnay, Les Fleurs de l’Ombre,
    éd. Robert Laffont Héloïse d’Ormesson, 2020, 336 p.

    http://www.tatianaderosnay.com
    https://www.lisez.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Des hommes, des eaux et des arbres"
    "Célestine et Martin"

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