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  • Élévations et émancipations

    Le Duo Alma, c’est Clara Danchin et Anna Jbanova, la première au violon et la seconde au piano.  Les musiciennes proposent chez Indésens l’album Élévation entièrement consacré à trois compositrices, Amy Marcy Beach, Marguerite Canal, dont il a déjà été question sur Bla Bla Blog, et Irena Poldowski.

    Des quasi-inconnues, donc, et que le Duo Alma propose de redécouvrir. Voilà qui est une nouvelle preuve que le répertoire classique entend bien se dépoussiérer et se renouveler en sortant de l’ombre des compositrices oubliées.

    Nous voilà partis donc entre l’Amérique et l’Europe avec, pour commencer, la new-yorkaise Amy Marcy Beach (1867-1944). Concertiste brillante, célèbre jusqu’en Europe, la compositrice s’est longtemps plainte, à juste titre, de ne pas avoir été considérée à son juste niveau. "Je n'ai jamais eu vraiment le droit de signer mes compositions à mon nom donc je me devais de les signer au nom de mon mari", avoua-t-elle ainsi. Une faute, ici, réparée. Le Duo Alma propose dans leur album sa Sonate pour violon op. 34, écrite en 1899. Il est rare d’avoir des œuvres de musique classique venues des jeunes États-Unis ; ça l’est d’autant plus venant d’une compositrice telle qu’Amy Beach. Née Cheney. Sa sonate montre clairement son influence européenne, celle du postromantisme (un Allegro moderato se déployant avec mélancolie et un Largo con dolore paradoxalement rassurant). Le Scherzo: Presto laisse deviner une compositrice plus légère qu’il n’y paraît, non sans un esprit français à la Satie. Quant à l’Allegro con fuoco, il se déploie avec générosité et mélancolie, marquant du même coup l’ambition d’une compositrice généreuse et passionnée.

    Des quasi-inconnues

    La deuxième compositrice qui a les honneurs de l’album est Marguerite Canal (1890-1978). Elle s’est d’abord faite connaître comme pédagogue et chef d’orchestre puisqu’elle a été la première  femme à diriger un orchestre à la fin de la Première Guerre Mondiale, en l’occurrence l’orchestre de l’Union des Femmes Professeurs et Compositeurs de Musique. Le Duo Alma propose trois courtes pièces, un Lied, l’Idylle op. 20 et la mélodie Élévation qui donne son nom à l’opus. Marguerite Canal s’inscrit dans le courant néoromantique avec ces mélodies dans la droite lignée de Gabriel Fauré. Clara Danchin et Anna Jbanova s’en emparent avec délicatesse et justesse, rendant justice à une musicienne attachante et pleinement ancrée dans le XIXe siècle.    

    Dernière compositrice de cet enregistrement, Irina Poldowski (1879-1938) ne dira sans doute rien à l’auditeur ou l’auditrice. Son pedigree est pourtant fameux puisqu’elle est la dernière fille du compositeur polonais Henryk Wieniawski. Sa Sonate pour violon et piano laisse deviner une écorchée vive (Andante languido) et une artiste entre tradition et modernité, à l’instar du Finale, plein de passion et de fureurs. Ainsi, le Scherzo:Vivace, plein d’allants mais aussi de pièges, est abordé avec maîtrise par les musiciennes du Duo Alma. Le livret nous apprend que la mort du premier enfant d’Irina Poldowski lui laissa des cicatrices ouvertes tout au long de sa vie. Douloureux est d’ailleurs l’adjectif qui sied le mieux à cette compositrice que l’on se met d’emblée à aimer. Rien que pour ça, on peut remercier le Duo Alma. 

    Duo Alma, Élévation, Beach-Canal-Poldowski, Indésens Calliope, 2025 
    https://indesenscalliope.com/boutique/duo-alma
    https://www.duo-alma.com
    https://www.anna-jbanova.com/duo-alma
    https://www.instagram.com/claradanchin

    Voir aussi : "Petit ange parti trop tôt"
    http://www.bla-bla-blog.com/archive/2026/02/16/marion-frere-originelles-6582725.html

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  • Eschyle dépoussiéré

    Focus sur l’édition 2017 de L’Orestie d’Eschyle publiée par Larousse. L’auteur ? Un vieux monsieur de près de 2500 ans. Auteur classique, le tragique grec est l’auteur de plus de cent pièces de théâtre, dont seulement sept nous sont parvenues. Parmi celles-ci, il y a les trois volets de sa trilogie L’Orestie, Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides. Elles sont présentes aux éditions Larousse dans une version moderne qu’il est bon de découvrir ou de redécouvrir.

    L’Orestie appartient presque à un genre à part, celui de la saga troyenne. La Guerre de Troie a fortement marqué les auteurs et poètes Grecs. Ils en ont fait le décor de beaucoup d’œuvres. Agamemnon en fait partie. Le roi d’Argos revient au pays après dix ans de guerre. Il porte sur lui le meurtre de sa fille Iphigénie, sacrifiée pour la victoire des Grecs contre les Troyens. La reine Clytemnestre, sa femme, est là. Elle ne l’attendait plus et se montre tour à tour heureuse, troublée et finalement déconcertée. Elle a un amant, Égisthe, n’a pas oublié la mort de sa fille et constate que son mari amène avec lui une esclave troyenne, l’ex-princesse troyenne Cassandre. Le drame est là. Clytemnestre tue son mari et cette esclave. Un meurtre qui n’est que le début d'un cycle de meurtres. 

    Crime-vengeance-crime

    Le processus crime-vengeance-crime est enclenché dans Agamemnon. Dans Les Choréphores, Oreste, le fils du roi, entreprend de laver sa mort en tuant sa propre mère. Eschyle vient puiser dans la mythologie et la religion qui nourrissent sa réflexion sur le mal et l’interdit.

    Nous sommes dans un triple drame suivant le conflit dévastateur de Troie, comme si la victoire sur la cité ennemie appelait à un retour de bâton. La Grèce a subi de plein fouet une guerre dont les femmes semblent être des protagonistes fondamentales et surtout des victimes. Comme pour L’Orestie. Clytemnestre est celle qui déclenche le cycle de la mort par jalousie autant que par douleur.

    Dans cette histoire de drames mêlant chœurs, incantations, dialogues faisant avancer le récit et lamentations, Eschyle parle de la manière dont la violence s’enclenche et comment les déesses de la vengeance (les Érinyes) peuvent se transformer en celles de la justice (Les Bienveillantes). Une vision poétique autant qu’éthique qui n’a pas prise une ride. 

    Eschyle, L'Orestie, éd. Larousse, 2017, 144 p.
    https://www.editions-larousse.fr/livre/lorestie-9782035938992

    Voir aussi : "Un si long procès"

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