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  • Chants d’amour, chants mystiques

    Alex Nante est au centre de l’album Souffles I – Anima (B.records) proposé par l’Ensemble Écoute dirigé par Fernando Palomeque, avec l’incroyable et envoûtante soprano Clara Barbier-Serrano.

    C’est du reste le mot "envoûtant" qui caractérise le mieux cet opus enregistré en juillet 2025 à la Fondation Singer-Polignac. Pour les 10 ans de l’ensemble Écoute, le compositeur Alex Nante a été mis à l’honneur. À cette occasion, l’auditeur ou l’auditrice fera très certainement la rencontre de ce compositeur argentin né en 1992.

    La première œuvre de l’album, Anima, a été créée l’an dernier à l’occasion de ce live. La première partie, Ave Shakti. s’ouvre sur un chant lumineux, amoureux et presque religieux dans son essence. Il est porté, comme d’ailleurs les autres mouvements, par la voix cristalline de Clara Barbier-Serrano. L’Ave est suivi par le court et mystérieux Parvati, me entrego. Anima se dévoile comme une œuvre méditative (Interludio místico - Corazón del silencio) mais non moments plus sombres (La realidad de Maya). L’opus d’Alex Nante séduit par sa profondeur mais aussi sa gravité (La luz de Sophia). L’ensemble dirigé par Fernando Palomeque interprète sans ostentation les huit parties courtes (la plus longue ne dépasse pas les trois minutes trente). Les chants écrits par Alex Nante pour une femme désirée, Pavarti, sont des chants d’amour et mystiques (Pavarti libérame) prenant la forme de prières et d’invites à l’élévation de l’esprit (Anima eterna, Pavari, brillas).

    Alex Nante démontre ici son envergure de compositeur

    La deuxième pièce date de 2019. Las Noches de las Piedras – "Les noces de pierres" – est une courte pièce en quatre mouvements pour flûte, clarinette, piano, violon, violoncelle et vibraphone. Une vraie musique de chambre donc, au service de chants funèbres. Il semble que les fantômes planent au-dessus de cette œuvre onirique (Lulinoso, potente). Elle se fait carrément inquiétante dans le mouvement Come un sogno, rubato, irregolare, avant le tout aussi étrange Flessibile, poco rapsodico.

    En 2020, le compositeur argentin écrivait ses Huit Scènes (Ocho Escenas). Huit pièces donc, de durée variable, de quelques dizaines de secondes à plus de six minutes). L’Ensemble Écoute propose de les découvrir ou redécouvrir dans cet enregistrement live. Alex Nante démontre ici son envergure de compositeur, capable d’éclats lumineux et musicaux (Luminoso, flessibile), mais aussi de moments recueillis (Devoto), de pages sombres (le long et pathétique Austero, profondo), de jouer des rythmes (Energico, vigoroso), jusqu’à se nouer des rythmes anciens, telle cette gigue géniale (Giga mistica). L’auditeur ou l’auditrice sera tout autant fasciné par le mouvement poignant Austero, come un canto degli antenati, dans lequel l’ensemble dirigé par Fernando Palomeque impose les silences, les pauses et les suspensions. La partie Sognando, poco rubato est tout aussi recueillie et inondée de mystère. La "scène" Quasi patetico, teatrale termine cette pièce passionnante en lorgnant du côté de la Seconde École de Vienne, avec expressionnisme et, justement, théâtralité. Un pied dans le XXe siècle, un autre dans le XXIe siècle, donc.

    La quatrième œuvre d’Alex Nante, A Subtele Chain, est particulièrement importante pour le compositeur. Écrite en 2023, elle a été révisée en 2025. On est heureux de revoir Clara Barbier-Serrano dans les quatre mouvements, Brahma, Music I, Nature, Music II et l’onirique Hymn/The Bell. La soprano sert avec brillance l’univers magique du compositeur argentin. Sa voix plane avec un tel bonheur qu’elle semble irréelle. Alex Nante peut se targuer d’avoir été servi par des interprètes brillants. Lumineux et indispensable.

    L’album de b•records est illustré par l’artiste Sophie Eun Sun Huh.

    Alex Nante, Souffles I – Anima, Ensemble Écoute dirigé par Fernando Palomeque,
    avec Clara Barbier-Serrano (soprano),  b•records, 2026
    https://www.b-records.fr/disques/souffles-i---anima
    https://www.instagram.com/p/DUslklzE5BF
    https://alexnante.com/fr

    Voir aussi : "Trip en Écosse"
    "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"
    "20, 21"

  • Comprendre les chefs d’oeuvre de la peinture

    Les ouvrages consacrés à l’art et à l’interprétation de chefs-d’œuvre sont légion. Bla Bla Blog en a d’ailleurs chroniqués plusieurs. Cette publication récente des éditions Larousse a deux particularités : son format de poche d’abord et son choix de peintures et d’artistes parfois peu connus ensuite. On oubliera donc La Joconde, La jeune fille à la perle, Guernica ou Le déjeuner sur l’herbe.

    Si l’on croise dans l’ouvrage de Liz Rideal les noms de Monet, Cézanne, Titien ou Ingres, ce sont souvent des tableaux peu connus qui intéressent l’autrice. D’ailleurs, elle ne s’appuie que sur 50 œuvres, ce qui est à la fois peu et suffisant.

    Alors, oui on trouvera dans ce petit livre Les Ménines de Vélasquez, le Portrait d’Adèle Bloch Bauzer de Klimt ou L’Atelier du peintre de Courbet. Cependant, ce qui intéresse Liz Rideal c’est moins d’offrir un manuel des plus grands chefs-d’œuvre de la peinture occidentale que de proposer des clés de lecture. On parlerait presque de vade-mecum qui allie l’efficacité à la pertinence.

    L’ouvrage est scindé en deux parties, en plus d’une courte introduction et d’annexes (glossaire, index, bibliographie). La première partie est consacrée aux "Fondamentaux du langage pictural". Des notions parfois oubliées et qui sont pourtant capitales : les formes et les supports, les matériaux, la composition, les styles, les techniques et les symboles. Bizarrement, une partie sur l’autoportrait est incluse dans cette section.

    On en regardera plus une motte de beurre de la même façon

    La deuxième partie, la plus longue, est consacrée à 50 œuvres, par ordre chronologique et par thème (portraits, paysages, œuvres narratives, natures mortes et abstraction). Chaque tableau est présenté puis détaillé visuellement en deux pages en faisant ressortir les détails les plus remarquables, et parfois les moins évidents. Le lecteur ou la lectrice découvrira par exemple les reflets discrets mais éloquents dans le Portrait Louis-François Bertin par Ingres. La Tempête de neige en haute mer de Turner permet de saisir le chaos et les formes presque abstraites d’un des plus grands paysagistes de l’histoire. On s’arrêtera aussi avec curiosité mais aussi malice sur la Vénus au miroir de Titien qui nous a réservé des surprises dans ce portrait de 1555.

    Le choix des artistes peut surprendre. Beaucoup sont anglais ou américains (George Bellows, Sir John Everett Millais, John Hogarth, Sargent ou Whistler), relativement peu de peintres français du XIXe siècle, et encore moins de tableaux médiévaux. Ce choix est paradoxalement une grande force du livre, en comparaison des autres ouvrages de cette nature, car le lecteur ou la lectrice pourra découvrir des artistes moins connus, des femmes aussi (Anne Vallayer-Coster, Helen Frankenthaler, Pat Steir ou la formidable Zinaïda Serebriakova, trop brièvement évoquée). Voilà l’autre qualité de ce livre : nous ouvrir à des artistes dont on parle moins.

    Bref, voilà une ouverture inédite vers les beaux-arts. Parions enfin qu’après la lecture de cet ouvrage et la découverte de l’art de la nature morte chez Antoine Vollon, on en regardera plus une motte de beurre de la même façon.

    Liz Rideal, Comprendre les chefs-d’œuvre de la peinture, éd. Larousse, 2026, 256 p.
    https://www.editions-larousse.fr
    https://lizrideal.com
    https://www.instagram.com/ideal_rideal

    Voir aussi : "Peintures à la loupe et au scalpel"
    "Le peintre qui aimait les femmes"

     
     
     
     
     
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