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  • Amitié franco-allemande

    Deux compositeurs rares sont au centre de l’album Indésens du violoncelliste Jean-Renaud Lhotte et du pianiste Jean-Baptiste Lhermellin.

    Le premier, Friedrich Gernsheim (1839-1916) est né en Allemagne. Il se fait remarquer dès son jeune âge pour ses talents de musicien – violon et piano – mais aussi de compositeur. Il a à peine quatorze ans lorsqu’il compose son Ouverture triomphale et sa Marche Valaque. Le voilà présent ici avec sa Sonate pour violoncelle et piano n°1, op. 12. Une œuvre de jeunesse par un musicien nourri des influences de Mendelssohn, Spohr (dont il fut élève), de  Schumann ou de Chopin. Or, le voilà qui se manifeste ici comme le plus français des compositeurs d’outre-Rhin. Explication : Gernsheim a voyagé à Paris où il a habité entre 1855 et 1860. Ses amis et homologues se nommaient Rossini, Lalo, Saint-Saëns et… Gouvy. Mais nous y reviendrons.

    Pas de romantisme échevelé dans cette sonate écrite en 1868, soit quelques années après son retour dans son pays natal. L’Andante con moto est une délicate déambulation pleine de légèreté, servie par deux interprètes engagés dans la reconnaissance d’un artiste peu connu. Violoncelle et piano se partagent le terrain avec une belle harmonie. Harmonieux, l’Allegretto l’est tout autant. Remarquons d’ailleurs que c’est le mouvement lent qui ouvre la sonate (lent-vif-vif), dans la plus pure tradition française. Gernsheim dépasse le romantisme triomphant de son pays pour puiser de ce côté-ci du Rhin une autre influence. Jean-Renaud Lhotte et Jean-Baptiste Lhermellin insistent sur les lignes élégantes et la pudeur expressive, alors qu’en Allemagne commence à triompher un certain Richard Wagner. Qu’il soit en dehors des modes, voilà qui fait de Friedrich Gernsheim un artiste des plus attachants. Un homme épris de liberté a-t-on envie d’ajouter.

    Libre et aussi d’une belle audace qui n’a d’égal qu’une forme d’insouciance. L’Allegro con brio est joyeux sans être exubérant, mélodique sans être simpliste, avec par ailleurs un rythme soutenu, tenu sans sourciller par le duo Lhotte/Lhermellin.

    Un des plus grands compositeurs néoromantiques

    Le second compositeur de l’album est Théodore Gouvy (1819-1898). Lui et Friedrich Gernsheim se connaissaient bien. Ils sont de la même génération bien que de deux patries ennemies pour  de très longues années années encore, hélas.

    Jean-Renaud Lhotte et Jean-Baptiste Lhermellin proposent ses Dix pièces pour violoncelle et piano, op.  28 "Décameron", sous-titrées Pensées fugitives. En toute simplicité ! Cette œuvre date de 1859. Né prussien dans une famille française, il ne bénéficie de cette nationalité qu’à l’âge de 32 ans. Tardivement, donc. Peu joué dans notre pays en raison de ses origines (ce que Berlioz himself regrette à l’époque), il compte parmi ses amis un certain Friedrich Gernsheim. Tiens, donc ! Les voir apparaître dans le même album est à la fois pertinent et très émouvant.

    Gouvy choisit de revisiter les rythmes de danses traditionnelles dans ses dix pièces : Pastorale, Hongroise, Barcarolle, Ballade, Villanelle. Le néoromantisme à la française perce dans ces morceaux délicats (le Prélude et surtout la Romance), d’une grande simplicité (la Pastorale, la Ballade et ses lignes mélodiques incroyables) ou au contraire plein d’allants (Capriccio). Peu joué, nous le disons, Gouvy a, cependant, à son actif plus de 300 compositions, dont à peine un tiers a été publié de son vivant. Il faut pourtant découvrir ces œuvres d’une grande fraîcheur, à l’instar de la pétillante Hongroise au rythme diabolique ou la Barcarolle, techniquement redoutable. À l’instar de Fauré, le compositeur français sait faire preuve de pudeur, sans jamais tomber dans le ton compassé (Nocturne). Gouvy nous attend au tournant, et avec lui, Jean-Renaud Lhotte et Jean-Baptiste Lhermellin, parfaits dans ce rôle de découvreurs d’un compositeur qui n’en finit pas de nous surprendre (que l’on pense au délicat et joueur Allegro marziale).

    Le livret de l’album d’Indésens insiste sur l’injustice que représente la non-reconnaissance de Théodore Gouvy dans son pays. C’est tout aussi vrai de dire qu’il doit être considéré comme un des plus grands compositeurs romantiques. La preuve de nouveau avec la Villanelle qui vient conclure un opus brillant. Merci à Lhotte et Lhermellin d’avoir ouvert un peu le rideau sur ce génie comme sur une amitié franco-allemande célébrée ici.    

    Gernsheim & Gouvy, Jean-Renaud Lhotte (violoncelle) & Jean-Baptiste Lhermellin (Piano),
    Indésens Calliope, 2025

    https://indesenscalliope.com/boutique/gernsheim-gouvy/

    Voir aussi : "Brahms, le noir lui va si bien"
    "Thierry Caens a le Smile"

  • Un jour avec mon père

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Un jour avec mon père. Il sera visible du 13 au 19 mai. Soirée débat le mardi 19 mai à 20H30.

    Un Jour avec mon père est un récit semi-autobiographique se déroulant sur une seule journée dans la capitale nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l’immense ville alors que des troubles politiques menacent.

    Caméra d’Or à Cannes - Mention spéciale Akinola Davies
    BAFTA Awards : Meilleur réalisateur, scénariste pour leur premier film

    Un jour avec mon père, drame britannique de Akinola Davies
    avec Sope Dirisu, Chibuike Marvellous Egbo, Godwin Egbo, 2026, 93 mn

    Titre original : My Father’s Shadow
    Scénario : Akinola Davies, Wale Davies
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1675 

    Voir aussi : "La Femme de"

  • Allo la France

    cramés,cinéma,long-métrage,montargis,art et essai,documentaire,floriane devigne,christine doryLes Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Allo la France. Il sera visible du 13 au 19 mai. Soirée débat le lundi 18 mai à 20H30.

    Dans ce road-movie « téléphonique », Floriane Devigne propose une traversée de la France dite « périphérique ». De villages reculés en zones abandonnées, guidée par des conversations téléphoniques récoltées dans les dernières cabines publiques, elle porte un regard amusé, critique et grinçant sur notre société en pleine mutation.

    Allo la France, Documentaire français de Floriane Devigne
    Scénario Floriane Devigne, Christine Dory, 2026, 77 mn
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1677 

    Voir aussi : "La Femme de"

  • Célestin plante une graine

    Sur la scène française, Célestin se distingue d’abord par le travail sur des textes riches. Osons dire qu’il y a un peu du slameur contrarié dans son nouvel et quatrième album en forme d’invitation, Viens avec moi. Une invitation que l’on accepte avec plaisir.

    Avec Célestin, on est entre amis. Pas d’esbroufes, pas de complications mais place aux confidences. Celle d’une graine d’abord (Je suis une graine), la chose la plus insignifiante et la plus fragile qui soit. Sur cette vie éphémère, le chanteur construit un récit autour de la liberté, de la peur de l’aventure et de l’envie de s’installer ("Je suis une graine cosmonaute / Qui vit le cœur en l’air / Qui vit la tête haute / car j’ai peur de la terre").

    Peur de s’installer, désir d’aventure mais aussi envie de partage à deux ("Viens avec moi / Il reste une place dans mes bagages"). C’est le thème du titre éponyme Viens avec moi, qui ne vient pas sans écho avec le morceau précédent.

    Mais la vie à deux, est-ce si simple, dans un monde qui se marche dessus ? C’est ce que raconte Célestin dans le titre rock et énervé Des Carrées dans des ronds : "On veut vivre entre quatre murs / A dix briques du mètre carré. / Ce qui nous reste part dans les caisses / De l’état et disparaît".

    Le Célestin auteur de textes serrés se surpasse dans deux textes plus personnels. Il y a Demain est un autre jour, en duo avec Racheal Ofori, touchant récit crépusculaire de la fin d’un amour. Le deuxième, Les temps passent, plus autobiographique, raconte le destin du natif de Saône-et-Loire, d’une enfance morose jusqu’à sa "métamorphose" : "J’essaie de coloriser ma vie en rose, en attendant que les tempêtes et les temps passent".

    Au croisement de la chanson traditionnelle et du slam 

    Dans Le téléphérique, c’est une rencontre inopinée au ski… et une chute qui est racontée, avec humour et tendresse. On est tout aussi touchés par Ma sœur, une vraie déclaration d’amour par Célestin pour celle qu’il considère comme sa moitié, si différente et si semblable ("On est tellement pareils, ma sœur, / On est tellement l’inverse"). Le meilleur est une autre adresse en forme de soutien pour l’auditeur ou l’auditrice qui pourrait se sentir "au plus bas" : "C’est toi le meilleur / À être toi… C’est toi la meilleure / À être toi…"

    Célestin semble être au croisement de la chanson traditionnelle et du slam (Dans l’ordre). Voilà qui rend son nouvel album vraiment intéressant et à découvrir, donc. Engagé, "méga hors phase" comme il le chante lui-même, l’artiste est attachant, par exemple lorsqu’il s’adresse au cancer, non sans humour : "T’as abusé de mon hospitalité / J’aime bien donné mais j’aime pas qu’on me prenne" (Cancer). Pas de pathétique ni de plainte mais une sérieuse envie de vivre : "J’ai l’intention de vivre ma vie âgé". C’est tout le mal qu’on lui souhaite, lui qui termine son album par un chant d’adieu, le bouleversant Eva.

    Célestin, Viens avec moi, Inouïe, 2025
    https://www.facebook.com/CelestinOfficiel
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    Voir aussi : "Dure et douce Abyr"

  • "Échange de patins" : Extrait 6

    Cette nuit du master d’Orléans avait marqué le changement radical de leur couple. Alors qu’ils dansaient sur la piste de la boîte de nuit – cette fois sans jury, ni notations, ni public attentif – Diane accueillit le baiser de Brian avec un mélange de surprise, d’excitation et de certitude : il ne pouvait pas en être autrement. Elle se remémora les semaines précédentes et trouva les signes précurseurs de ce rapprochement : les sourires chaleureux de Brian, les frissons lors des portés ou ses mains moites lorsqu’ils dansaient en couple pendant les entraînements.

    Arsène K., Échange de patins, éd. Jenn Ink, 2026
    https://www.facebook.com/ArsneK1

    Voir aussi : "'Échange de patins' : Extrait 5"

    Photo : Pexels -  Pavel Danilyuk