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  • Parveen Savart : "Une modestie bouleversante"

    Nous avions parlé il y a quelques jours de Parveen Savart qui sort en ce moment son premier album de mélodies françaises, J’aurai ta cendre. Il est paru sur Initiale, le le label du Conservatoire de Paris. Un bel aboutissement pour la soprano qui s’ait vue récompensée pour ce projet. Voilà qui a titillé notre curiosité et nous donné envie d’en savoir plus sur Parveen Savart. Elle a bien voulu répondre à nos questions.

    Bla Bla Blog – Bonjour, Parveen Savart. Vous sortez en ce moment votre premier album, J’aurai ta cendre. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter et nous présenter ce projet venu du Conservatoire National de Paris ? 
    Parveen Savart – Bonjour, tout à fait, je suis une jeune soprano dramatique colorature, diplômée du CNSM depuis 2023. J’ai fait mes premiers pas de chanteuse au sein de la Maîtrise de Radio France, puis au Jeune Chœur de Paris (DSJC) avant d’intégrer le conservatoire. Chaque année, le label Initiale du CNSMDP propose un appel à candidature pour permettre à quatre élèves d’enregistrer un album. J’ai eu l’immense chance d’être sélectionnée parmi les différents projets et de pouvoir choisir l’équipe d’instrumentistes qui m’accompagnerait en studio à l’été 2024, après presque un an de travail et de préparation sur le programme. J’aurai ta Cendre, est un disque de mélodies françaises du début du XXe siècle mais également inscrit dans notre époque avec de la création contemporaine et quatre pièces pour violoncelle, voix et piano du compositeur Arthur Lavandier sur des poèmes de Pierre Peuchmaurd. La thématique globale de ce programme tourne autour de la douceur, sensuelle et mélancolique du monde, pouvant se teinter de passages plus sombres mais également de grands élans de vie et d’amour. 

    BBB – Il y a ce titre, "J’aurai ta cendre", bien mystérieux. Pourquoi l’avoir choisi ?
    PS – J’adore ce titre. Je trouve qu’il représente très bien l’atmosphère du disque. C’est un extrait de l’un des poèmes de Pierre Peuchmaurd, Le Nord est là, tiré du recueil Scintillants squelettes de rosée. Il s’agit pour être plus précise, de la dernière phrase du poème, la conclusion. On peut l’interpréter de différentes manières, mais pour moi il s’agit presque d’une promesse faite à l’autre de le garder en soi pour toujours et même après la mort. Comme une volonté d’imprégnation, c’en est presque délirant. Il y a dans la poésie surréaliste de Pierre Peuchmaurd de la beauté et de l’organique dans le morbide. 

    BBB – Vous vous êtes lancée un projet musical audacieux autour de mélodies françaises des XIXe et XXe siècles. Pourquoi ce choix ?
    PS – C’est vrai que c’était un challenge à bien des niveaux ! La mélodie française nécessite une grande exigence technique et d’interprétation. J’ai souhaité, pour un premier disque, faire découvrir ma personnalité artistique et vocale dans ma langue maternelle, le français. Depuis le début de mon parcours musical, j’ai toujours été très sensible à l’interprétation de la musique de chambre, le travail en duo avec un ou une pianiste et la création d’un langage commun. Ce que j’aime particulièrement chez les compositeurs de cette période, c’est cette nouvelle richesse harmonique qui m’est absolument délicieuse. Tout devient très imagé, presque cinématique. Et puis le rapport au texte a une forme de liberté qui me permet d’explorer ma théâtralité. Vous remarquerez qu’une grande partie du programme est écrite dans une tessiture vocale assez médium ou comporte des nuances très piano. C’est la direction que j’ai choisie pour être au plus près du texte et de sa clarté.  

    De la création "sur-mesure"

    BBB – Vous avez aussi inclus des compositions plus contemporaines. Je pense à Arthur Lavandier. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix et sur votre collaboration avec ce compositeur ?
    PS – Pour tout vous dire, c’est ma collaboration avec Arthur Lavandier qui a été à l’origine de ce disque. Ces quatre pièces sont une commande que je lui ai passée pendant ma dernière année de master au CNSM, car je souhaitais inclure de la création "sur-mesure" pour mon récital de fin d’étude. Nous avons eu un coup de cœur commun pour les poèmes de Pierre Peuchmaurd et les avons sélectionnés ensemble. Ceux dont les mots et les images nous semblaient être les plus musicaux. Ce n’est qu’après les avoir interprétés sur scène que j’ai vu l’appel à projet du label INITIALE, et que j’ai composé la suite du programme autour de ce cycle. Arthur Lavandier est un compositeur que je connaissais depuis plusieurs années grâce à mes différentes collaborations avec l’Ensemble de musique contemporaine Le Balcon (dirigé par Maxime Pascal), dont il est un des membres fondateurs. Sa musique est pour moi dans la continuité de Debussy, Messiaen, ou Gérard Grisey, de part sa recherche harmonique, sa mise en valeur du texte et sa théâtralité. C’est un compositeur qui connaît très bien la voix et qui s’est adapté avec beaucoup de justesse à mon instrument. 

    BBB – A côté de Debussy, Ravel et Poulenc, il y a des compositeurs que le grand public connaît très peu . Je pense à Joseph-Guy Ropartz, Déodat de Sévérac, "le musicien paysan", Louis Aubert ou André Caplet. En quoi sont-ils essentiels pour vous ? 
    PS – Lorsqu’on a le luxe d’enregistrer un programme d’une heure, je considère que l’on se doit de faire un travail de recherche pour explorer toute la palette musicale existante. J’avais la volonté de mettre à l’honneur aussi des compositeurs moins "stars" car il y a une modestie bouleversante chez certains. J’ai choisi certaines pièces que j’avais déjà interprétées et découvertes dans les classes du conservatoire, mais j’ai aussi passé beaucoup de temps le nez dans la bibliothèque de mes professeurs de musique de chambre Anne Le Bozec et Susan Manoff, à chercher des perles rares et à faire des tests vocaux. Ce qui m’importait le plus dans le choix final d’une pièce, c’était qu’elle corresponde à l’univers poétique de Peuchmaurd. Le texte avait le dernier mot. J’ai même fait transposer une pièce originellement écrite pour baryton Ceux qui parmi les morts d’amour de Joseph-Guy Ropartz, car en plus d’être magnifique, elle correspondait parfaitement à ma recherche esthétique.  

    BBB – Une seule compositrice est présente dans l’album, Nadia Boulanger. J’imagine que c’est un regret.
    PS – Oui malheureusement je commençais à manquer de temps d’enregistrement pour inclure d’autres pièces de compositrices. Le choix à été très difficile à faire car je suis très sensible à beaucoup de répertoires et j’aurais voulu pouvoir tout chanter. Lorsque j’interprète le programme du disque en concert, je rajoute pour le bis une pièce de Cécile Chaminade Au pays bleu.  Je me dis que cela serait une bonne thématique pour un prochain disque. Réunir mes compositrices et écrivaines favorites, cette fois sans contrainte de langue ou de style car je suis aussi une grande fan d’Alma Malher et Clara Schumann ou de la poésie de Ricarda Huch mise en musique par Viktor Ullmann.

    BBB – Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets, que ce soit à la scène ou en studio ?
    PS – Autour du disque ont été tournés deux très beaux clips réalisés avec beaucoup d’onirisme par Zacharie Ellia qui sortiront tous les deux courant décembre pour accompagner les fêtes. Vous pourrez voir en image Le Nord est là d’Arthur Lavandier et Fleurs de Poulenc. J’aurai aussi la joie de retrouver le rôle de Micaëla dans Carmen de Bizet avec la metteuse en scène Sandrine Anglade et sa compagnie au Théâtre le Beffroi de Montrouge au mois de Janvier. Entre mars et mai 2026, je chanterai dans la création du compositeur Marko Nikodijevic I Didn't Know Where To Put All My Tears à l’Opéra de Nancy puis de Rennes, mis en scène par Silvia Costa et dirigé par Alphonse Cemin. 

    BBB – Bla Bla Blog aime être touche à tout. Pouvez-vous nous parler de vos derniers coups de cœur au cinéma, à la télévision, dans les galeries et bien sûr en musique ? 
    PS – Mon dernier coup de cœur est très récent. Je l’ai eu au théâtre du Châtelet en allant voir La Cage aux Folles. Je ne connaissais pas l’histoire, hormis la fameuse scène de la biscotte, et j’ai énormément ri. La musique de Jerry Herman, la mise en scène d’Olivier Py, les costumes, les danseurs tout était joyeux. J’en ai pris plein les yeux. Mais celui qui m’a le plus touchée dans son jeu et par la maîtrise de sa voix, c’est Laurent Laffitte dans le premier rôle de Zaza, drag queen meneuse de revue. Ne l’ayant vu qu’au cinéma, je l’ai trouvé incroyablement convainquant et juste. Je reviens également d’un voyage dans le nord de l’Inde, au Rajasthan, qui pour moi est une galerie à ciel ouvert, peu importe la ville. J’ai découvert des monuments à l’architectures grandiose et ciselée comme de la dentelle, que ce soit les temples ou les palais, tout est bardé de couleurs. Coup de cœur pour Jodhpur, son fort et sa vieille ville bleue. Découverte récente également du musée de Pont-Aven en Bretagne , avec son exposition "Sorcières 1860-1920" et sa collection permanente qui comporte beaucoup de travaux de Gauguin sous la neige bretonne et toute l’Ecole de Pont-Aven. 

    BBB – Merci, Parveen.
    PS – Merci à vous !

    Parveen Savart, J’aurai ta cendre, Mélodies françaises d’hier à aujourd’hui,
    Frédéric Rubay (piano), Maya Devane (violoncelle) et Anna Giorgi (piano), Initiale, 2025
    https://www.conservatoiredeparis.fr/fr/medias/publication/jaurai-ta-cendre
    https://parveen-savart.com
    https://www.youtube.com/@parveenette
    https://www.instagram.com/parveensavart

    Voir aussi : "En sortant de l’école"

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  • En sortant de l’école

    Derrière le titre J’aurai ta cendre, le premier album de la soprano Parveen Savart (Initiale, le label du Conservatoire de Paris), se cache un programme de mélodies françaises de la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Une sacrée entrée en matière pour la chanteuse qui s’offre pour son démarrage en studio un délicat écrin composé de chansons rares et qui font partie du panthéon personnel de Parveen Savart. Précisons que l’enregistrement est le résultat d’un appel à projets du label Initiale, qu’a donc remporté la chanteuse dans le cadre de son mémoire de Master. Pour l’opus, elle est accompagnée de Frédéric Rubay et d’Anna Giorgi au piano et de Maya Devane au violoncelle.

    Un  mot encore sur le titre. J’aurai ta cendre reprend la dernière phrase d’un des poèmes de Pierre Peuchmaurd (1948-2009), un auteur adapté en musique par le compositeur Arthur Lavandier (né en 1987).

    On peut être reconnaissant à Parveen Savart de nous proposer un éventail varié et sensible de compositeurs passionnants et parfois peu connus, à l’instar de Maurice Delage (1879-1961). "Madras", l’un de ses Quatre Poèmes hindous, illustre son goût pour l’ailleurs et pour sa musique orientalisante, un attrait largement partagé à l’époque – nous sommes en 1912. Maurice Delage ouvre et conclue l’album. Choix intelligent pour mettre en avant un compositeur rare épousant à la fois le néoromantisme français, l’exotisme mais aussi la modernité. 

    Parveen Savart sait allier tension et délicatesse

    On ne sera pas surpris de retrouver des compositeurs célèbres, à l’instar de Claude Debussy, quoique dans des morceaux méconnus (Ariettes oubliées, "C’est l’extase langoureuse", "L’ombre des arbres", "Spleen", l’onirique Apparition), Nadia Boulanger (Versailles), Francis Poulenc (Métamorphoses, "C’est ainsi que tu es", le faussement badin Banalités et l’extrait des Fiançailles pour rire, "L’adieu en barque"), Maurice Ravel (l’onctueux et sucré Shéhérazade, "L’indifférent"). Parlons aussi de Louis Aubert (l’un des Six Poèmes arabes) et André Caplet (une des Cinq Ballades françaises).

    Parveen Savart sait allier tension et délicatesse dans le poignante mélodie de Joseph-Guy Ropartz (1864-1955), Ceux qui, parmi les morts d'amour, adaptation sombre d’un hommage à "Ceux qui, parmi les morts d'amour, / Ont péri par le suicide… / La fleur des damnés de l'amour".

    Nous parlions d’Arthur Lavandier, présent dans quatre œuvres. Aux sombres et expressifs La nuit revient, Le nord est là et Sur la plage vient répondre le singulier, poétique et naturaliste Grand oiseau métronome qui vient en résonnance à cette étrange chanson Les Hiboux de Déodat de Séverac, chantre d’une musique plongeant ses influences dans le folklore régional. Ses Hiboux illustrent l’attachement du "musicien paysan" à la nature et à la campagne.

    Nadia Boulanger est la seule compositrice de l'opus. Parveen Savart a choisi une de ses mélodies, Versailles, écrite sur un poème d'Albert Samain. Elle y insuffle une douce nostalgie et une pudique mélancolie : "Ô Versailles, par cette après-midi fanée, / Pourquoi ton souvenir m’obsède-t-il ainsi ?

    On est enfin ravis de trouver Louis Aubert, compositeur aussi rare qu’important dans un délicat Poème arabe ("le mirage"). Simplicité poétique et expressivité se combinent dans une œuvre romantique et contemplative pleurant un mirage amoureux et vain.  

    De sacrées belles découvertes, et d’une chanteuse à surveiller et de compositeurs à découvrir. Bientôt, Bla Bla Blog proposera une interview exclusive de Parveen Savart,

    Parveen Savart, J’aurai ta cendre, Mélodies françaises d’hier à aujourd’hui,
    Frédéric Rubay (piano), Maya Devane (violoncelle) et Anna Giorgi (piano), Initiale, 2025

    https://www.conservatoiredeparis.fr/fr/medias/publication/jaurai-ta-cendre 
    https://parveen-savart.com

    Voir aussi : "Une pépite nommée Jaëll"

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  • Basson, toi mon ami

    Nous avions déjà parlé du basson dans une chronique consacrée à Rui Lopes. Cet instrument discret – et même trop discret – est une nouvelle fois mis en valeur dans un formidable album de compilations d’œuvres classiques et contemporaines. C’est Lola Descours qui mène le bal dans son formidable album Hommage à Nadia Boulanger.

    Au programme de la bassoniste, Stravinsky, Sains-Saëns, Nadia Boulanger (bien sûr), Lili Boulanger, Poulenc, Fauré, mais aussi Philipp Glass, Aaron Copland ou encore Piazzola. Autant de compositeurs qui ont entouré la musicienne, cheffe d’orchestre et pédagogue. Saluons aussi la présence de compositeurs souvent cantonnés à la musique de films mais qui sont réellement entrés dans le répertoire classique contemporain. Ce sont Michel Legrand, Jean Françaix, Leonard Bernstein et Vladimir Cosma.

    Une seule œuvre de Nadia Boulanger est proposée. Il s’agit du lumineux "La mer" qui s’écoute comme un hommage à Debussy. Lili Boulanger, décédée dans sa 24e année ne pouvait pas ne pas apparaître non plus dans cet hommage à sa sœur. Elle qui se savait tôt gravement malade, a laissé une œuvre évidemment incomplète mais en tout cas marquante. Lola Descours propose un "Nocturne" d’elle à la facture classique et aux délicats reflets que vient épouser le basson.  

    C’est une vraie gourmandise que d’écouter et de découvrir des œuvres et surtout un instrument au son rond et profondément humain. L’album commence par la Suite italienne sur Pulcinella d’Igor Stravinsky. Cette œuvre, au départ un ballet écrit en 1919 d’après des emprunts au compositeur baroque Pergolese, est devenu une suite orchestrale en 1932. Le basson de Lola Descours se fait tour à tout joueur ("Overture", "Tocata"), mélancolique ("Serenata"), amoureux ("Gavotte con due variazioni") et sombre en forme d’adieu ("Minuetto e Finale").

    Une influence de Nadia Boulanger ? Gageons que oui

    On a dit que cet album constitue un hommage et, mieux, un cercle d’amis et de proches de Nadia Boulanger. Parlons à ce sujet du "Maria de Buenos Aires" d’Astor Piazzolla que Nadia Boulanger, est-il dit dans le livret, encouragea, avec l’intuition que le musicien argentin devait assumer le choix du tango. On sait ce qu’il advint par la suite. Il y a une autre "Maria" dans l’opus. Il s’agit de l’héroïne légendaire de West Side Story. Lola Descours en propose une version pour basson à la toute fin de l’album. Leonard Bernstein a qualifié Nadia Boulanger de "Reine de la musique". La bassoniste propose une version épurée du classique de la comédie musicale new-yorkaise avec accordéon, rendant le titre plus bouleversant encore.

    C’est avec le morceau "Old Poem" que s’est concrétisée une autre relation artistique, cette fois entre Aaron Copland et la musicienne et pédagogue française. Le compositeur américain propose dans ce court morceau une essence à la fois moderne et une création aux sources anciennes. Le basson caresse chaque note, donnant à ce poème musical une teinte tout en romanesque.

    Il est naturel de trouver dans cet album la Sonate op. 168 pour basson et piano de Camille Saint-Saëns. Ce dernier l’a composé en 1921, peu avant sa mort. Il s’agit d’une des œuvres majeures du répertoire pour cet instrument mal-aimé. Lola Descours propose cette sonate en sachant que Saint-Saëns, un ami de la famille Boulanger, fut quelque peu misogyne pour Nadia Boulanger, sans doute un peu trop libre à son goût et pour son époque.      

    D’autres grands classiques de la musique française rejoignent cet enregistrement, à commencer par Francis Poulenc et trois courts morceaux élégants, "Fiançailles pour le rire", un extrait de La Courte Paille et un autre de Léocadia, le fameux air "Les chemins de l’amour", rendu célèbre à par Yvonne Printemps. Le basson est parfait pour rendre à cette chanson toute sa douceur. Gabriel Fauré est également présent la mélodie "Les berceaux", interprété là aussi avec piano et basson.

    L’auditeur découvrira avec bonheur le titre phare du film Le Jouet, avec un Vladimir Cosma plus inspiré que jamais et qui a fait de la BO de cette célèbre comédie une œuvre désormais classique. Autre compositeur pour le cinéma, Michel Legrand est présent avec le morceau "Watch What Happens". Le titre dira sans doute moins que l’œuvre dont il est tiré : Les Parapluies de Cherbourg.    

    Parmi les grandes figures de la musique contemporaine américaine, et outre Aaron Copland, Lola Descours a la bonne idée de proposer le passionnant "Love Divided Bye" de Philipp Glass. Le minimalisme est bien là mais le compositeur américain le mâtine de cet esprit français. Une influence de Nadia Boulanger ? Gageons que oui.

    La musicienne française vouait une tendresse et une admiration particulière pour Jean Françaix qu’elle a formé dès son enfance. Il est présent ici avec son "Divertissement pour basson et quintettes à cordes". Sérieux, légèreté, gravité, insouciance, classicisme et modernisme se marient avec bonheur dans cette œuvre de 1959 que l’on découvre grâce à Lola Descours. Le basson se fait plus discret, tout en restant central et capital. Un instrument roi, assurément.   

    Hommage à Nadia Boulanger, Lola Descours (basson), Paloma Kouider (piano),
    Trio ABC, Octuor de France, Indésens Calliope Records, 2024
    https://loladescours.com
    https://www.facebook.com/p/Lola-Descours-Bassoon

    https://indesenscalliope.com

    Voir aussi : "Rui Lopes, le basson peut lui dire merci"

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  • Deux pour le prix d’un

    Voilà à mon avis un des projets lyriques les plus étonnants de ces dernières années : proposer en une création unique deux opéras du XXe siècle, aussi éloignés l’un de l’autre que Le Château de Barbe Bleue de Béla Bartók et La Voix humaine de Francis Poulenc. Cette production de l'Opéra de Paris est disponible en DVD.

    Deux opéras du XXe siècle en un, composés à quelques dizaines d’années d’écart – 1918 pour l’un et 1959 pour l’autre – ayant pour unique point commun de parler de deux femmes piégées par l’amour et la mort : une épouse de Barbe Bleue et une amoureuse éconduite que Poulenc nomme simplement "elle", pour mieux en souligner l’universalité.

    Une création unique donc, favorisée par la durée courte de ces deux opéras : grosso modo une heure pour raconter deux tragédies, deux drames amoureux, qui nous parlent de tromperies, de personnages dupés et finalement de mort, à l’instar de l’opéra de Bartók, inspiré d’un célèbre conte.

    Krzysztof Warlikowski agence ces deux opéras, comme si l’un répondait à l’autre, au-delà des périodes difdérentes et de leur inconciliabilité apparente – l’adaptation d’un conte d’une part et un drame intimiste et moderne de l’autre. Il est vrai que pour Le Château de Barbe Bleue, le metteur en scène et l’opéra de Paris ont choisi un décor hyper moderne, délaissant le château traditionnel pour un intérieur clinique fait d’écrans HD, de canapé somptueux et de mobilier. Ce choix esthétique colle parfaitement avec le drame intimiste de Francis Poulenc.

    Le spectacle commence donc par Le Château de Barbe Bleue. Judith, jouée par une magnétique Ekaterina Gubanova électrisée, est follement amoureuse de son époux Barbe Bleue, l’inquiétant et torturé John Relyea. Tout juste mariée, la jeune femme découvre le château inquiétant du tueur légendaire. Bartók fait de cette demeure un être à part entière : "Ton château pleure", "C’est ton château qui soupirait", "Ton château saigne" : voilà ce que chante la nouvelle épouse de Barbe Bleue. Le lieu de ses crimes prend une figure métaphorique, pour ne pas dire psychanalytique : "J’assécherai les murs humides de mes lèvres" et "Les tristes pierres frémissent de plaisir" dit Judith à son mari, avant de réclamer de visiter le château pour découvrir ses secrets. Mal lui en prendra : "À présent il n’y aura plus que la nuit".

    Pour illustrer Le Château de Barbe Bleue, la mise en scène de Krzysztof Warlikowski s’appuie sur un décor glacial et inquiétant, traversé par des explosions de couleurs vives : la robe verte de Judith, la salle de torture rouge et les projections de sang sur les vidéos en noir et blanc de l’enfant. Le surréalisme et l’humour noir ne sont pas absents, à l’image de la boule de Noël, symbolisant l’empire dont se vante le meurtrier. Les projections d’extraits du film La Belle et la Bête de Jean Cocteau viennent donner un contre-point fabuleux à l’opéra de Bartók. Le metteur en scène veut aussi faire le lien avec le deuxième opéra, La Voix humaine, dont le livret a été écrit par Jean Cocteau lui-même. 

    Le moins que l’on puisse dire c’est que Barbara Hannigan donne complètement de sa personne

    Lorsque Le Château de Barbe Bleue s'achève sur l’image des victimes du criminel, une autre femme apparaît sur scène : Barbara Hannigan. La soprano canadienne, sans aucun doute l’une des plus grandes chanteuses lyriques du moment, porte à bout de bras l’œuvre de Poulenc, avec son audace, son engagement total, ses envolées bouleversantes ("J’ai eu un rêve...") et son expressivité, servie par une mise en scène tout aussi baroque. Le moins que l’on puisse dire c’est que Barbara Hannigan donne complètement de sa personne, comme elle l’avait montré dans Lulu de Berg, l’opéra où elle avait éclaboussé la scène de son talent exceptionnel.

    Cette version de La Voix humaine restera à coup sûr dans les annales. Pour ce mélodrame épuré – une jeune femme apprend au téléphone que son amant la quitte – Krzysztof Warlikowski choisit la même facture que sa mise en scène du Château de Barbe Bleue. Une audace récompensée : le spectateur oublie à quel point les opéras de Bartók et de Poulenc sont aussi éloignés l’un que l’autre.

    Contrairement aux représentations traditionnelles de La Voix Humaine, le téléphone est abandonnée dès le début de l’œuvre pour laisser voir une femme abandonnée et blessée, se refaisant à voix haute l’échange qu’elle a eue avec "lui".  En tailleur sombre, chaussures à talons hauts et fard à paupières dégoulinant, Barbara Hannigan traduit toutes les étapes de la rupture : la colère contre elle-même ("J’ai ce que je mérite") ou contre lui ("Regardez-moi cette vilaine petite gueule"), l’incompréhension ("Le coup aurait été trop brutal, tandis que là, j’ai eu le temps de m’habituer, de comprendre… Quelle comédie ?"), la rancœur ("Je te vois, tu sais"), la nostalgie ("Dans le temps, on se voyait. On pouvait perdre la tête, oublier ses promesses, risquer l'impossible") et l’amour malgré tout (" Dépêche-toi. Coupe ! Coupe vite ! Coupe ! Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime…").

    La Voix humaine fait du téléphone une "arme effrayante", alors qu’une arme – une vraie, celle-là – gît non loin d’"elle". Tout comme Le Château de Barbe Bleue, l’amour et la mort se disputent la première place, avec encore une fois une chanteuse majeure, Barbara Hannigan, à qui le public de l’Opéra Garnier a réservé un triomphe en 2015. Triomphe évidemment mérité. 

    Béla Bartók et Francis Poulenc, Le Château De Barbe Bleue/La Voix Humaine,
    opéras hongrois et français, mise en scène de Krzysztof Warlikowski,
    avec Barbara Hannigan, Ekaterina Gubanova, John Relyea et Claude Bardouil,
    Orchestre de Paris dirigé par Esa-Pekka Salonen, Arthaus Musik, 2018

    Filmé en direct du Palais Garnier en décembre 2015
    https://www.operadeparis.fr
    https://www.barbarahannigan.com

    Voir aussi : "Barbara Hannigan est Lulu"

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