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  • Peintures à la loupe et au scalpel

    Gérard Julien-Dalvy, intellectuel et spécialiste de l’art est aux manœuvres de ces 100 énigmes de la peinture (éd. Hazan), un épais livre de beaux-arts sorti en 2018. Au menu de son ouvrage ? Près de mille ans de peinture, à travers des œuvres connues pour beaucoup (La Joconde, Les Ménines, Guernica ou Le déjeuner sur l’herbe) et pour beaucoup méconnues. Ainsi, on connaît Bosch pour Le jardin des délices mais moins pour l’Escamoteur. Les non-spécialistes découvriront tout autant La Sainte-Famille de Bronzino, pas forcément l’artiste le plus connu, à l'instar du Parmesan (l'artiste, pas le fromage !) ou de Pontormo.

    Une première observation : les œuvres de La Renaissance ou de la période classique – beaucoup de peintures italiennes, d’ailleurs – constituent le gros du corpus de Gérard Julien-Dalvy. L’art moderne et contemporain a droit à une portion congrue – voilà pour la faiblesse (la seule, sans doute) de cet ouvrage.

    Ce sont les énigmes qui intéressent l’auteur, et quand on parle d’énigmes disons qu’il s’agit souvent de lectures pointues et passionnantes sur des tableaux, bien plus complexes qu'on ne le pense.

    Choix mystérieux de tel ou tel sujet, détails cachés, influences

    Choix mystérieux de tel ou tel sujet (Le portrait du bouffon de Fouquet), détails cachés (Le Triptyque du Jugement dernier d’Hans Memling), influences (Guernica) et origines (le Portrait d’un vieillard avec son petit-fils de Domenico Ghirlandaio), le lecteur ou la lectrice fera de bien belles découvertes – ou redécouvertes. On peut penser au rare autoportrait d’Albrecht Dürer ou à La Vierge au chardonneret de Vinci que le lecteur ou la lectrice va sans doute redécouvrir.

    La lecture de Gérard Julie-Dalvy passionne dans sa science de retrouver le sens profond d’un chef d’œuvre, à l’instar de L’Amour sacré et l’Amour profane du Titien. Impossible également de ne pas s’arrêter longuement sur le tableau de Pontormo, Joseph en Égypte. Les peintures choisies par ce spécialiste passionné  frappent par leur originalité : le Double portrait du même Pontormo, l’Autoportrait au miroir convexe du Parmesan. On sera tout autant frappé par ces peintures singulières comme le saisissant Portrait d’une vieille femme de Quentin Mazssys, la représentation du suaire de Turin par Francisco de Zurbaran (La Sainte Face) ou notre préféré : Le Tableau retourné d’un certain Cornelius Norbertus Gijsbrechts, un tableau de 1670 mais dont la modernité saute aux yeux.   

    Plein les yeux, quoi !

    Gérard Julien-Dalvy, 100 énigmes de la peinture, éd. Hazan, 2018, 360 p.
    https://www.editions-hazan.fr/livre/cent-enigmes-de-la-peinture-nouvelle-edition

    Voir aussi : "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’art sans jamais oser le demander"

  • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’art sans jamais oser le demander

    À quelques semaines des fêtes, voilà un livre qui mériterait amplement de figurer dans les emplettes du Père Noël.

    Ce sont les éditions Larousse qui proposent 500 Chefs d'œuvre à la loupe, un passionnant et précieux panorama de l’histoire de l’art, allant des premières créations préhistoriques (La dame de Willendorf, La salle des Taureaux de Lascaux) aux artistes les plus contemporains, certains encore vivants, que ce soit l’Anglais Franck Bowling et ses larges coulures de peintures vives, le Ghanéen El Anatsui et ses créations mixtes ou le célébrissime et néanmoins mystérieux Banksy, présent avec sa Jeune fille au ballon qui avait fait le buzz lors d’une récente vente aux enchère.

    On sera gréé aux auteurs des chroniques présentes dans l’ouvrage d’avoir fait preuve d’esprit synthétique et d’efficacité dans la présentation des plus grands chefs d’œuvres de l’histoire de l’art. La peinture est archi-dominante dans ce beau livre généreux.

    Les auteurs ont voulu, en une seule page et parfois deux (pas plus), expliquer les principales caractéristiques de créations aussi remarquables que La jeune fille à la perle de Vermeer, La Naissance de Vénus de Botticelli, Les Nymphéas de Monet ou Guernica de Picasso. On imagine le choix cornélien des auteurs et autrices devant choisir souvent une seule œuvre, voire deux, rarement plus, dans le parcours de génies incontournables.

    L’objectif est de mettre en avant des secrets de compositions ou des détails que l’on n’imagine souvent pas. Beaucoup connaissent la révolution du sfumato chez Léonard de Vinci. On découvrira aussi le fascinant double portrait des époux Arnolfini de Van Eyck pour ses perspectives et les subtilités des traits. Raphaël est également mis à l’honneur dans plusieurs tableaux, dont la riche scène de L’École d’Athènes, moderne avant l’heure. Pour un tel ouvrage, l’observation des natures mortes (Zurbaran, Clara Peeters ou Giovanna Garzoni) est un vrai plaisir, grâce au rendu des photographies. Le livre ne laisse pas de côté l’abstraction et sait expliquer avec pertinence l’intrusion de visions modernes dans l’art.

    On fondera complètement à la vue de La Jeune fille dansant, un bronze indien datant d’il y a plus de 4 000 ans

    Par ailleurs, des doubles pages thématiques sont consacrées au paysage, aux nus, aux autoportraits, à l’art religieux ou encore à la peinture d’histoire.

    Mais là où l’ouvrage est un vrai plus c’est lorsqu'il met en avant d'e œuvres peu connues, dans des régions du monde autres que l'Europe ou les Etats-Unis (Afrique, Océanie, Asie et Amérique précolombienne) et d’artistes femmes laissées pendant des siècles dans l’ombre. On fondera complètement à la vue de La Jeune fille dansant, un bronze indien datant d’il y a plus de 4 000 ans. On découvrira des artistes féminines mises à l’honneur, que ce soit la Chinoise Guan Daosheng au XIVe siècle, Catharina von Hemessen durant La Renaissance ou encore l’impressionniste Eva Gonzalès (le superbe Jeune Fille au réveil). Impossible non plus de ne pas évoquer un incroyable médaillon de l’artiste Gluck (on ne parle pas ici du compositeur), se représentant de profil avec Nesta Obermer (1936). Une vraie déclaration d’un amour interdit et un cri de revendication. En proposant ce superbe livre, Larousse revient à ses classiques autant qu’il contribue à dépoussiérer l’histoire de l’art.    

    500 chefs œuvres à la loupe, trad. Caroline Abolivier et Laetitia Agostino, éd. Larousse, 2025, 480 p.
    https://www.editions-larousse.fr/livre/500-chefs-doeuvre-la-loupe-9782036083554

    Voir aussi : "Le peintre qui aimait les femmes"

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