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guitare

  • Liat Lux

    Comme l’indique le titre du dernier album de Liat Cohen, Valse (chez Indésens), la valse est à mise à l’honneur grâce à des adaptations délicieuses à la guitare.

    L’auditeur ou l’auditrice reconnaîtra sans nul doute le premier morceau, au point de le fredonner et de le garder en tête pour la journée, mais peu connaîtront son titre – Tico-Tico brasilerinho – et encore moins les noms de ses auteurs, Zequinha de Abreu (1880-1935) et Waldir Azevedo (1923-1980), tous deux réputés internationalement pour ce tube.

    Il n’en est pas de même pour le chef d’œuvre d’Ástor Piazzolla (1921-1992), Libertango. Cette danse hypnotisant, électrique mais aussi sombre, a donner au compositeur argentin une renommée exceptionnelle. On parle souvent, à juste titre de cette réinvention du tango argentin (tango nuevo) en parlant de ce morceau. Il faut aussi ajouter que Piazzolla a écrit Libertango en 1974 alors qu’il est en exil en Italie, en raison de la dictature dans son pays d’origine. Ce titre doit être entendu comme un hymne à la liberté, à la vie et à l’art, d’où son titre, Libertango. Piazzolla est également présent dans sa Primavera Portena Tango, extrait de ses Quatre saisons de Buenos Aires (Cuatro Estaciones Porteñas). Plus que jamais, le tango se trouve revigoré dans cette pièce faisant se mêler classique, traditionnel, contemporain et jazz.

    Liat Cohen choisit la simplicité dans ses interprétations, y compris dans le morceau La Negra d’Antonio Lauro, compositeur vénézuélien (1917-1986). Cette pièce délicate a été écrite en 1976 pour sa nièce Armita. On retrouve le même musicien dans deux Valses Venezolanos, les n°2 et 3, typiques de son pays et très populaires.

    Agustín Barrios Mangoré (1885-1944) est méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique. Guitariste salvadorien, il a composé et enregistré des centaines de pièces pour guitares, dont sa magnifique Valse op. 8 n°4, élégante composition mêlant classique, romantisme et folklore et sa Primavera Valse entraînante et séduisante.

    D’Heitor Villa-Lobos (1887-1959), on retient surtout ses formidables Bachianas Brasileiras – notamment la cinquième. Or, si le compositeur brésilien est présent c’est pour un autre morceau, à savoir sa Valse-Chôro. Elle est extraite de sa Suite populaire brésilienne n°3. Composée pour la guitare solodu de son pays, cette œuvre importante fait se réconcilier la musique populaire de son  pays (les chôros) et le classique.

    Partons au Mexique, avec Manuel María Ponce (1882-1948), ayant beaucoup écrit pour la guitare. Liat Cohen propose une Valse de ce compositeur emblématique du Mexique.

    Retour ensuite en Europe avec le plus ancien des compositeurs de l’album, à savoir l’Espagnol Fernando Sor (1778-1839). Ses Valses n°1 et 4 sont d’une facture classique d’une belle élégance, nous dirions même toute mozartienne.

    Sonnerie pour les téléphones Nokia

    Grosse satisfaction de découvrir Francisco Tárrega (1852-1909), lui aussi espagnol et lui aussi en plein XIXe siècle. La guitariste nous propose sa Grande Valse, jouée avec amour et tendresse. Il faut ajouter que  ce compositeur est l’un des grands musiciens ayant contribué à faire entrer cet instrument populaire dans le répertoire classique. Mieux, Tárrega est devenu, malgré lui, un compositeur pop puisque l’un des thèmes de sa valse a été utilisé comme sonnerie... pour les téléphones Nokia ! Il faut absolument découvrir ce singulier morceau entré dans notre quotidien, alors que son auteur est quasi inconnu...

    Le nom de Tansman est cité en couverture de l’album, à l’égal de Piazzolla. C’est dire l’importance que lui porte Liat Cohen. Né en Pologne et naturalisé français, Alexandre Tansman a vite trouvé dans Paris sa patrie d’artiste, grâce à des soutiens comme Ravel, Bartók, Gershwin, Honegger, Prokofiev, Roussel, Schönberg ou Stravinsky, excusez du peu ! De confession juive, la seconde guerre mondiale le voit contraint à l’exil aux Etats-Unis, ce qui ne l’empêche, pas à l’instar de son compatriote Karol Szymanowski, d’allier classique et contemporain. Qui dit Polonais et valses dit forcément Chopin. Et pourtant, Tansman s’empare lui aussi de cette danse traditionnelle pour en faire, ici à la guitare, un genre d’une grande modernité (la courte Valse Caprice et la mystérieuse et envoûtante Valse Romantique).

    Au milieu de ce lot de compositeurs d’Amérique latine, il faut citer un Français, Roland Dyens (1955-2016). profondément influencé par la musique brésilienne et argentine. Son morceau le plus connu est le Tango en skaï. L’opus propose une autre pièce plus audacieuse, Fuocco, où le compositeur fait se rejoindre classique, contemporain et pop dans une virtuosité démentielle. Il faut aussi ajouter que Roland Dyens a été classé par le magazine Guitarist parmi les 100 meilleurs guitaristes mondiaux, tous styles confondus. On devine son importance pour Liat Cohen et son indispensable place dans l'opus.

    L’album se clôt avec un compositeur contemporain, Nikita Kochkine (né en 1956). Guitariste et compositeur renommé, il est l’auteur d’une pièce emblématique de son répertoire, Usher's Waltz, inspirée par la nouvelle d'Edgar Allan Poe, La Chute de la maison Usher. Liat Cohen l’a choisi pour terminer son opus sur une note moderne. Lumineux.

    Liat Cohen, Valse, Barrios – Piazzolla – Tansman, Indésens Calioppe, 2026
    https://www.liatcohen.com
    https://www.facebook.com/liatcohenguitar
    https://indesenscalliope.com/boutique/valse

    Voir aussi : "Glamour western"
    "Guitare et classique by Roxane Elfasci"

  • Pas de pépin pour Julien Desprez

    Attention, les oreilles ! Avec Abacaxi, le projet audacieux et passionnant de Julien Desprez, la guitare est poussée dans ses derniers retranchements, au service d’une création contemporaine audacieuse, sinon inédite. L’album est tiré d’une captation publique au Périscope de Lyon le 24 janvier 2024.

    "Abacaxi", qui signifie "ananas" en brésilien, n’a rien d’un voyage latino. Par contre, le dépaysement est là, dans cette manière de s’approprier guitares et batterie bousculées, triturées, perfusées de rythmes rock et funk et au service d’un nouveau langage musical (Licasso).

    Impossible d’être indifférent aux sons incroyables de Julien Desprez, à la composition et à la guitare, et de ses deux acolytes que sont Francesco Pastacaldi (batterie) et Jean-François Riffaud (basse). Devant le public du Périscope, le programme Abacaxi semble se jouer des outrances des grands guitaristes des années 60 et 70 – Jimi Hendrix en tête – pour montrer justement que l’on pouvait aller beaucoup plus loin dans la virtuosité,  en mêlant rock, musique industrielle et contemporain (les trois parties de Quetzal). Cet art de faire tomber les barrières entre genre et gravement séduisant. Et déstabilisant.

    Julien Desprez va jusqu’au bout de ses idées, étirant les six mouvements de l’album (Mainstream Desire dépasse les 13 minutes) pour en sortir tout le jus de son ensemble guitare-batterie-basse au service d’une composition incroyable d’imagination et même de mystère. 

    "Musique cubiste"

    Pour définir l’album, Julien Desprez parle de "musique cubiste", "une musique où les éléments sont balancés dans l’espace… aucun de nous ne joue en même temps. Les sons se répondent dans un autre espace" et se répondent, non sans improvisation. On pense à la partie III de Quetzal. "On joue avec l’écriture pour prendre des libertés", ajoute, non sans malice et enthousiasme, Julien Desprez.

    "Abacaxi" fait référence, non sans humour, à une expression locale qui veut dire, en français, "Il y a un pépin" – d’ailleurs, si pépin il y a eu durant ce concert du 24 juillet 2024, il n’a été que technique et géré avec humour, chaleur humaine… et partages de bières. Le public du Périscope a-t-il être déstabilisée par ce projet musical audacieux, pour ne pas dire "savant" ? Et bien, non ! "Parfois, cela provoque des sortes de transes dans le public. Ça crie !", ajoute le musicien et compositeur, ravi que l’aspect festif et rythmé de son opus ait trouvé ses admirateurs et admiratrices (Churros).

    La musique contemporaine est-elle forcément chiante ? La réponse est évidente avec cet album proposé par b.records. Julien Desprez et ses amis font de la guitare et de la basse des instruments ayant toute leur place dans la création actuelle, nous interrogeant même sur les dialogues sonores entre musique savante et mainstream (le somptueux, envoûtant et non moins inquiétant Mainstream Desire). Il s’agit sans nul doute d’un album qui mérite de faire date dans sa manière de bousculer les genres et de repenser les instruments pop-rock dans la composition actuelle. Et tout cela, en rythme et dans la bonne humeur. Yeah !  

    Julien Desprez, Abacaxi, b•records, coll. Périscope, 2025 
    https://www.b-records.fr/disques/abacaxi
    https://www.juliendesprez.com

    Voir aussi : "Pas si frivole que ça"

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  • En étudiant Glass

    Roxane Elfasci, que nous avions chroniquée et même interviewée, revient avec un étonnant et passionnant album, Glass Gaze, qui donne à écouter et découvrir Philip Glass grâce à la guitare. Accompagnée de Baptiste Erard, à la guitare comme elle, et du batteur et percussionniste Théo Lampérier, Roxane Elfasci a choisi 12 Études du compositeur américain pour en faire de petits joyaux. Roxane Elfasci et ses acolytes ont choisi de les proposer dans le désordre.

    Le compositeur américain n’a jamais refusé de voir son œuvre adaptée, à partir du moment où elle pouvait toucher un plus large public que celui du contemporain et du classique, voyant dans la pop un terrain de recherche musicale. Les premières notes de l’album, avec l’Étude n°1, commencent d’ailleurs de la plus pop-rock des manières.

    La guitariste a donc arrangé 12 de ses 20 Études pour piano, encensées dès leur création au mi-temps des années 1990. Le minimalisme de Philip Glass – l’un des chef de file du courant répétitif américain – laisse place à un ensemble de pièces à la fois harmoniques, lumineuses et intimes (Étude n°18). Les guitares de Roxane Elfasci et de Baptiste Erard viennent donner une couleur méditerranéenne (Étude n°2 ou les rythmes de la n°17). Il n’empêche que l’écriture du compositeur minimaliste, ses boucles et ses variations hypnotiques, se reconnaît dans certaines pièces (la magnétique Étude n°6 ou la n°17).

    Et si Glass était un néoromantique qui s’ignore ?

    L’auditeur ou auditrice trouvera dans cet opus sensible et brillant de quoi se réconcilier – s’il y a besoin – avec un répertoire contemporain injustement boudé. Roxane Elfasci et ses amis donne à découvrir un génie qui ne saurait se limiter à ses structures répétitives, certes passionnantes (Étude n°7). Ainsi, l’Étude n°20 touche au cœur par sa délicatesse et son onirisme que l’on dirait debussyens. Et si Glass était un néoromantique qui s’ignore ? C’est ce que Roxane Elfasci donne à entendre et comprendre (Étude n°8). L’écriture précise du compositeur américain se déploie avec rigueur et richesse dans cette pièce qui prend son temps.

    L’Étude n°4, plus sombre, laisse place à une 3e rythmée, presque pop-rock, mais avec toujours cet esprit glassien. Roxane Elfasci se fond avec plaisir dans cette pièce dense, technique et piégeuse.  

    Le travail sur les percussions de Théo Lampérier est d’autant plus intelligent qu’il ne vient pas alourdir la relecture à la guitare des Études de Glass mais au contraire les ponctuer avec discrétion pour ne pas dire parcimonie.

    L’album se termine avec l’Étude n°16, dense et romanesque. Une magnifique fin pour ces Études qui semblent avoir toujours été écrites pour le piano. Un joli tour de force de la part de Roxane Elfasci et de ses amis.

    Roxane Elfasci & Baptiste Evrard, Glass Gaze, Amigo, 2025
    https://roxane-elfasci.com
    https://www.instagram.com/roxanelfasci
    http://amigo-musik.se

    Voir aussi : "Guitare et classique by Roxane Elfasci"
    "Roxane Elfasci : "La relation avec un instrument est assez conflictuelle..."

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  • La vie made in Galiana

    C’est sur une facture rock que début le dernier album de Paul Galiana, le bien nommé De la vie donnant son titre à l’opus, véritable cri contre les religions et hymne pour le vrai, "sans encens".

    La fraîcheur est évidente dans cet album pop-rock sur instruments acoustiques mais il y a aussi de la nostalgie (Ledru-Rollin, Le Signal, souvenir d’un lieu de son enfance, ou encore la ballade Entre le fleuve et la rivière), voire du spleen (le country-folk En ligne), rendant l'album De la vie immédiatement attachant. Pour autant, pas question de apitoyer sur son sort. En forme de bilan, ce nouvel opus de Paul Galina se veut celui d’une bande d’amis partis se frotter au monde, à l’instar de son duo avec Clément Verzi, Nous défendrons l’automne.

    L’un des meilleurs morceaux de l’album, Ta place, un des plus personnels titres, que le musicien consacre à son père, non sans amertume : "Tu n'es pas entré dans ce couplet / Tu n'as pas trouvé ta place / Et sans merci, sans s'il vous plaît / Tu as regagné cette ride dans ma glace". Pour autant, Paul Galiana n’a pas choisi d’en faire un morceau triste, comme il le dit lui-même : "Il était important pour moi que la fin du morceau soit presque festive, avec une belle bande de collègues et ami(e)s venu(e)s poser de joyeux “La la la”".

    Fin observateur

    La chanson française se marie avec le blues dans Genghini blues. L’étrange titre fait référence, les fans du ballon rond le savent sans doute, à Bernard Genghini, joueur et entraîneur de football, "fier et discret" et qui évoque des souvenirs d’enfance, de sport, de pelouses, de compétitions le dimanche et finalement de petits bonheurs ineffaçables. Un joli hommage pour l’ancien jour de Sochaux et le quatrième joueur de l’emblématique "carré magique".

    C’est un autre hommage que propose Paul Galina avec La fille du train pour Tallinn. Cette fois c’est l’Europe de l’Est qui est au cœur de cette chanson parlant d’exil, d’amitié et de guerre. L’auditeur aura évidemment en tête la guerre en Ukraine ("Tu t'es enfuie d’une ville à vif / De plaies de cratères de bombes de mines / - Va plutôt voir et raconter ce qui se vit à Kyiv").

    Dans Punchline, le chanteur laisse parler son agacement et à la vanité de la communication à sens unique : "C'est ta punchline, c'est un mic-drop / Tu ne parles pas pour qu'on te réponde / C'est ta punchline pour me dire stop / Pourquoi m'écouter ? Autant rester dans ce monde / Des punchline". Il est comme ça, Paul Galiana. Il suit sa route, tranquillement, avec bienveillance. Il le chante très bien dans le délicat et irrésistible Le goût de l'horchata ("Je suis celui qui naît, qui vit, qui tangue / Entre les hauts, les bas / Je suis celui qui garde au coin de la langue / Le goût de l'horchata").

    Paul Galiana est un fin observateur de ses contemporains, à l’image de l’incroyable Jeanne Pardon, portrait touchant et cruel d’une femme "innocente et de bon fond". Dans La main qui tremble, le musicien laisse parler sa sagesse et revendique son droit au doute et à ses interrogations ("Comment faites vous, sans faiblir / Sans bleus à l'âme et sans blessure / Sans boule au ventre, sans faillir / Et le geste sûr").

    Autre lieu, autre titre. Dans Sans Paris, c’est Bruxelles que chante Paul Galiana, sur les traces de Brel. Ce dernier titre folk se veut une jolie déclaration d’amour : "Mais je suis bien ici / Sans Paris / Infidèle / Elle me pardonnera / Quelques jours avec toi / Bruxelles". 
    Attachant Paul Galiana.   

    Paul Galiana, De la vie, 2024
    https://www.paulgaliana.com
    https://www.facebook.com/paulgalianamusique
    https://www.instagram.com/paulgalianamusique

    Voir aussi : "Électroband"

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  • Prenez garde à la fragile rose

    On est très heureux de revoir Lita Kira avec une reprise acoustique – voix et guitare – de son titre Épineuse, sorti en 2018. Ludo, compositeur du titre, l’accompagne à la guitare.

    Ne vous fiez pas à l’allure fragile de la chanteuse nordiste. Lita Kira impose sa présence comme sa voix puissante, à donner des frissons. Épineuse, une chanson chère à Lita Kira et qui a donné son titre à son précédent album, se veut un hommage à Françoise Hardy et à son chef d’œuvre Mon amie la rose.

    Lita Kira parle elle aussi de la fragilité de la vie et de la beauté à travers l’image de la rose :"Entre les orties, elle se fraie un chemin, / Elle cherche la sortie dès le petit matin". Mais c’est aussi un hymne au combat et à la résilience : "Quand je sens que je tombe, je me rappelle / De me servir de mes épines / Dans les orties, envoyer sur les roses / ceux qui critiquent et parlent mais qui ne font rien".

    La jolie rose paraît fragile, chante Lita Kira, mais prenez garde à elle : elle a des épines !

    Une belle redécouverte par une artiste attachante à suivre de toute urgence !      

    Lita Kira, Épineuse, 2024
    https://www.facebook.com/LitaKira.music
    https://www.instagram.com/litakira
    https://www.tiktok.com/@litakira10

    https://www.youtube.com/@LitaKira
    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/0Q1ix603wy1bN4stTR5zhA

    Voir aussi : "L’automne sera chaud dans les tee-shirts, dans les maillots"

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  • Roxane Elfasci : "La relation avec un instrument est assez conflictuelle, c’est presque comme une passion amoureuse"

    Roxane Elfasci est un des gros coups de cœur de cette fin d’année, avec un album consacré à la guitare et à des adaptations passionnantes, étonnantes, enivrantes et parfois surprenantes pour cet instrument. C’est l’objet de Poésie française et Hommage à Debussy. Nous avons voulu en savoir plus cet projet musical mêlant tubes classiques, standards français et coups de cœur. Rencontre inédite avec Roxane Elfasci qui a la guitare dans la peau. 

    Bla Bla Blog – Bonjour Roxane. Vous proposez, avec votre Poésie française un album de reprises et d’arrangement à la guitare deux albums en un. Pouvez-vous nous raconter la genèse de cet opus ? Tout est parti, je crois de Youtube et d’une première version du Clair de lune.

    Roxane Elfasci – Bonjour, et merci pour l’intérêt que vous portez à mon album ! J’ai toujours eu un grand amour pour la musique française, et en particulier celle du tournant du 20ème siècle. Debussy est un compositeur sans égal, qui a su amener énormément de délicatesse et de poésie dans ses compositions. J’ai eu très tôt l’envie de m’approprier sa musique à la guitare, par le biais d’arrangements. Le premier enregistrement que j’ai réalisé a été le Clair de Lune en effet, puis j’ai enregistré un premier album, sorti en 2021, entièrement consacré à la musique de Debussy et à des hommages à sa musique écrits par d’autres compositeurs. Après cela, je sentais que tout n’avait pas encore été dit, c’est pourquoi j’ai voulu enregistrer un second album intitulé Poésie Française : on y retrouve un nouvel arrangement de Debussy, pour duo de guitares : La Valse Romantique, mais également des références à d’autres compositeurs iconiques français comme Fauré, Satie ou encore Saint-Saëns. L’album est comme une mosaïque, un patchwork de la poésie musicale de ces années-là, en France.  

    BBB – L’auditeur découvrira sans doute tout l’éventail de nuances que propose la guitare. Quelle relation avez-vous d’ailleurs avec cet instrument, mais aussi avec la musique classique, un genre où la guitare est présente de manière plus discrète que le piano ou le violon ? 

    RE – J’ai commencé la guitare très jeune et je ne l’ai jamais quittée depuis. Parfois, la relation avec un instrument est assez conflictuelle, c’est presque comme une passion amoureuse : il y a des moments de joies intenses, d’autres où on se sent malheureux, mais en fin de compte, je ne peux pas me passer de ma guitare, elle fait partie de ma vie et de mon quotidien. Je suis dépendante de son odeur, de la sensation tactile des doigts sur la touche, du son de ses six cordes, et de tous les effets que le travail d’un instrument procure sur les sens. Je n’écoute pas uniquement de la musique classique, mais il est vrai que mes plus grands émois musicaux proviennent de là. J’ai appris à l’écouter, à l’apprécier, à en connaître les secrets au fur et à mesure de mes études et c’est aussi ça qui me plaît : avoir cette écoute active, comprendre toutes les merveilles d’écriture d’une symphonie, d’un concerto, d’une sonate pour piano. Certes la guitare classique est un peu à part dans ce milieu, mais la volonté que j’ai eue de m’y consacrer entièrement est indissociable de l’amour que j’ai pour la musique classique et de la fascination que ce milieu exerce sur moi. 

    BBB – On est surpris de voir que la guitare sert admirablement bien des œuvres de Debussy, Satie ou Fauré. Pour vous, ces compositeurs allaient-ils de soi pour des adaptions à la guitare ? 

    RE – D’une manière générale, la guitare fonctionne très bien pour les adaptations d’énormément de styles musicaux différents. C’est un instrument polyvalent, polyphonique, et qui offre des ressources quasiment illimitées quant aux variétés de timbres ou de modes de jeu. Réaliser des arrangements a toujours été une tradition chez les guitaristes classiques. C’est aussi une manière pour nous de pallier les manquements de notre répertoire : Debussy, Satie et Fauré n’ont jamais écrit pour guitare par exemple. Toutes les œuvres ne sont pas arrangeables pour autant, et le travail de transcription commence d’abord là : choisir les œuvres qui fonctionneront, et déterminer également pour quelle formation de cordes pincées on va l’arranger : guitare seule, duo, quatuor… Dans l’album Hommage à Debussy, l’un des arrangements fait appel à une formation assez rare : un trio avec deux guitares et une guitare baryton (instrument peu commun): c’était la formation qui me semblait convenir le mieux pour recréer l’atmosphère énigmatique et profonde de La Plainte au loin du Faune de Paul Dukas, à l’origine écrite pour piano. 

    BBB – Pouvez-vous nous parler des adaptations en elles-mêmes, puisque vous êtes l’auteure de quelques-unes d’entre elles, dont les Gymnopédies de Satie, La Rêverie de Debussy ou sa première Arabesque. Quelles sont les difficultés lorsque l’on passe d’une œuvre composée pour le clavier à la guitare ? 

    RE – Le piano offre un très grand ambitus, avec plus de sept octaves de jeu. La guitare elle, a un ambitus beaucoup plus réduit, qui s’étend sur un peu plus de trois octaves, avec un accès déjà plus difficile aux suraigus pour la main gauche. Par ailleurs, le pianiste dispose de ses dix doigts sur le clavier, ce qui lui permet une grande facilité de phrasé. À la guitare, nous sommes limités par les quatre doigts de la main gauche. Mais c’est ce qui est formidable aussi avec la guitare : c’est qu’elle arrive à rendre possible ce qui semble parfois impossible ! Je me souviens que lorsque j’avais travaillé sur l’arrangement de l’Arabesque, j’avançais pas à pas, mais je trouvais à chaque fois des solutions étonnantes qui ravivaient mon amour pour la guitare car je prenais conscience de toutes ses possibilités. On trouve des astuces, des combinaisons d’arpèges, des choix d’octaviation, des scordatura arrangeantes, un usage approprié des harmoniques etc. qui permettent de s’en sortir. Un arrangement réussi, c’est lorsqu’on oublie quel a été l’instrument destinataire et qu’on se laisse entièrement convaincre par le nouvel instrument.  

    "Il y a certaines œuvres classiques qui sont devenus de tels "tubes" qu’ils sont presque passés dans le registre populaire"

    BBB – Parlons aussi d’Édith Piaf. Voilà une présence étonnante dans cet album. Pourquoi ce choix ? 

    RE – Il y a certaines œuvres classiques qui sont devenus de tels "tubes" qu’ils sont presque passés dans le registre populaire : c’est le cas de la Gymnopédie n°1 de Satie ou encore du Cygne de Saint-Saëns, et à l’inverse, des musiques populaires d’une telle richesse mélodique et orchestrale, qu’on les considère comme des "grands classiques". J’ai voulu illustrer cette perméabilité de la frontière entre musique classique et musique populaire en insérant ces deux pièces chantées par Édith Piaf à la fin de l’album. Je trouve qu’elles illustrent tout autant la poésie française que la Gymnopédie de Satie par exemple. Par ailleurs les arrangements de ces deux chansons de Piaf sont incroyables : ils ont été réalisés par Roland Dyens qui est probablement l’un des guitaristes que j’admire le plus, tant pour son exceptionnelle inventivité de compositeur et de transcripteur que pour ses qualités uniques d’interprète et d’improvisateur. 

    BBB – L’auditeur sera frappé par cette Marseillaise de Baden Powell, si mélancolique, si romantique… On sent que vous avez pris plaisir à surprendre et désarçonner.

    RE – J’avais découvert cette version de La Marseillaise il y a quelques années déjà, et j’avais tout de suite été séduite par la douceur de ses harmonies et la sobriété de l’écriture, à contre-pied de l’ambition martiale de l’hymne français. Cet arrangement a été écrit par Baden Powell, un guitariste et compositeur brésilien que j’affectionne beaucoup. On peut trouver sur YouTube une vidéo où on l’entend jouer cette Marseillaise. La partition n’est qu’une retranscription de ce moment live. J’ai depuis le début cette idée d’insérer La Marseillaise dans l’album Poésie Française, car ce disque est aussi une manière pour moi de manifester mon patriotisme. Je suis en effet une grande admiratrice de la culture française : son histoire, sa musique, sa littérature, sa gastronomie, ses paysages… C’est elle qui a nourri ma sensibilité et mon approche artistique, et j’ai souhaité lui rendre hommage ainsi avec ma guitare. 

    BBB – Quels sont vos projets pour 2024 ? Un nouvel album ? Une tournée ?

    RE – J’aimerais consacrer du temps en 2024 à promouvoir ce nouvel album. De nouvelles vidéos doivent encore sortir, notamment celle de la Valse Romantique, et quelques concerts sont prévus pour l’instant. J’ai toujours en tête de nouvelles idées d’albums, et je suis actuellement en train de travailler avec mon duettiste Baptiste Erard sur un projet autour de la musique de Philip Glass. J’ai par ailleurs un nouveau projet musical avec une chanteuse lyrique mezzo-soprano, Marthe Alexandre, que j’avais rencontrée il y a quelques années lors de concerts aux Arènes de Montmartre l’été. Nous commençons à jouer notre programme en public, et nous cherchons à multiplier progressivement les concerts en 2024. Je travaille également régulièrement avec mon quatuor de guitares, la Quatuor Iberia ; nous venons de sortir notre première vidéo sur YouTube, il s’agit d’une valse vénézuélienne composée par Jorge Cardoso. Nous avons également pour projet d’enregistrer un disque très prochainement. 

    BBB – Merci, Roxane.

    Roxane Elfasci, Poésie française et Hommage à Debussy, Amigo, 2023
    https://roxane-elfasci.com
    https://www.instagram.com/roxanelfasci
    http://amigo-musik.se/en

    Voir aussi : "Guitare et classique by Roxane Elfasci"

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  • Guitare et classique by Roxane Elfasci

    Voilà un des plus beaux albums classiques de cet automne. Un vrai voyage poétique – Poésie française est, du reste le titre de l’opus – proposé par la guitariste Roxane Elfasci.

    Deux parties composent cet album, Hommage à Debussy et Poésie française, avec quelques reprises peu étonnantes tellement elles semblent avoir été écrites pour la guitare. On pense à la première "Gymnopédie" de Satie ou à la délicieuse "Valse romantique" de Claude Debussy. Comment ne pas parler non plus plus de ce morceau romantique qu’est "Le cygne" de Camille Saint-Saëns, véritable tube du répertoire classique, même si l’on a souvent du mal à mettre un nom sur cette pièce archi-connue.

    Disons-le : Roxane Elfasci est géniale dans ces arrangements pour un instrument aussi populaire que peu goutté des compositeurs classiques. Que l’on pense à sa manière de s’emparer des "Romances sans paroles op. 17",  numéros 1 et 3, de Gabriel Fauré. L’élégance est là, la simplicité aussi, sans affectation ni sensiblerie. Impossible non plus de ne pas parler du bel "Hommage à Ravel", à la fois classique dans sa forme et hispanisant.

    Les surprises de l’opus viennent de ces coups de cœur populaires de la guitariste. Édith Piaf a droit à deux arrangements de Roland Dyens : "La foule" et le non moins célèbre "Hymne à l’amour", proposé dans une version d’une profonde mélancolie. Suit un morceau jazz de Baden Powell : la fameuse "Marseillaise" de Rouget de Lisle. L’auditeur sera frappé de constater que la charge guerrière de l’hymne française a totalement disparu, au profit d’un morceau d’une profonde tristesse, comme si le jazzman américain avait voulu proposer un hommage aux héros de la liberté.

    Un immense succès sur Youtube, avec plusieurs millions d’auditeurs

    Retour à Debussy dans la seconde partie de l’album, cet Hommage à Debussy qui avait fait l’objet d’un disque à part de Roxane Elfasci. Le "Clair de lune" de Claude Debussy (arrangé par James Bishop-Edwards) est bien entendu présent. À noter que le premier enregistrement de la musicienne a connu un immense succès sur Youtube à sa sortie en 2016, avec plusieurs millions d’auditeurs. L’auditeur y retrouvera les nuances impressionnistes du chef d’œuvre grâce au jeu subtil de la guitariste. On se prend à penser que ce joyau musical trouve dans la guitare un médium naturel – pour ne pas dire évident.

    Roxane Elfasci est adaptatrice elle-même de la "Rêverie". Le passage à la guitare permet de voir sous un œil différent des œuvres de Debussy, à l’instar de "Doctor Gradus and Parnassum". L'Hommage à Debussy est de ce point de vue une réelle redécouverte du compositeur français, même lorsqu’il s’agit de morceaux légendaires ("Arabesque n°1"). Disons aussi que la guitare prend tout son sens lorsqu’il s’agit de pièces hispanisantes dans l’esprit (le coloré et attendrissant "Soirée dans Grenade", adapté par James F. Smith).

    L’Hommage à Debussy fait place, dans la fin de cette partie, à des pièces d’autres compositeurs. Il y les classiques et ses contemporains Manuel de Falla (le "Tombeau de Claude Debussy", sombre et hispanisant) et Paul Dukas (l’étrange "Plainte au loin du Faune").

    L’opus se termine avec des créations. Georges Migot propose "Pour un hommage à Claude Debussy" en trois mouvements, "Prélude", "Pastorale" et "Postlude". Des morceaux méditerranéens, modernes qui ne trahissent pas l’esprit impressionniste du compositeur symboliste. Philippe Lemaigre propose enfin un "Prélude en hommage à Claude Debussy". L’auditeur y trouvera les échos du "Clair de lune".

    Envoûtant. Un cadeau idéal pour les fêtes. 

    Roxane Elfasci, Poésie française et Hommage à Debussy, Amigo, 2023
    https://roxane-elfasci.com
    https://www.facebook.com/roxane.elfasci
    https://www.instagram.com/roxanelfasci
    http://amigo-musik.se/en

    Voir aussi : "Harpe et Basson au rooftop" 

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  • Le rock dans tous ses états

    Salah Khaïli est de retour dans une nouvelle aventure, avec cette fois Christophe "Tito" Taddei à la guitare. Le nom de leur projet ? Electric Blue Cats : un live placé sous les auspices du rock, de la rythmique et de la guitare – électrique, bien sûr.

    "High Fly" en est un avant-goût, avec ce smooth et ces couleurs chaudes qui invite à planer. Créé en 2020, le duo composé de Salah Khaïli et Christophe "Tito" Taddei a été vite rejoint par un bassiste, Emmanuel. La formule trio est la bonne pour multiplier les interactions musicales.

    La joie de vivre est au rendez-vous dans cet opus plein d’enthousiasme, et de groove, comme l’annonce le bien nommé "Groov’on The Eggs" qui entend bien marcher sur des œufs, avec gourmandise et pour le bonheur de tous. La guitare de Christophe Taddei y fait carrément merveille pour sa virtuosité, avant de proposer dans "Coconut Desert" un périple pop tout en luxuriance, sur des rythmes et des accents antillais.

    "Fresh Spring", avec cette facture groove que les Kool & The Gang (clin d’œil "Fresh", évidemment) n’auraient pas renié, abandonne un instant le rock pour un titre eighties parfait pour les pistes de danse.

    Beaucoup plus dingue, le titre relativement court (un peu plus de deux minutes), "Crazy House", propose une incursion électro ne se prenant pas au sérieux. Pour ce morceau, Electric Blue Cats aménage dans une maison hantée peuplée de robots disjonctées, de mouflets capricieux et de musiciens en roue libre.  

    La joie de vivre est au rendez-vous dans cet opus plein d’enthousiasme, et de groove

    L’auditeur sera sans doute plus touché par "A Wind Of Freedom" : normal pour un morceau engagé, en ce qu’il porte l’étendard de tous les opprimés de la terre, avec de nouveau la guitare de Christophe Taddei alliant nuances et puissance, sans oublier ces paroles pleines d'humanité : "Nous allons jouer pour la musique de demain / La musique nous sauvera car elle ne sert à rien…"

    Outre "Jungle Pursuit", un titre rock se piquant d’électro et de sons metaleux, inquiétant et dangereux, le rock se met dans tous ses états. Il ne pouvait pas ne pas faire une incursion du côté de l’urbain : chose faite avec "Change Your Partner". Voilà qui tranche de la facture résolument funk et groove que propose le trio, à l’instar de "The Joke" ou du de "Funky Mad Man" ou le très dansant "Dark Floor".

    Le formidable Electric Blue Cats se termine avec un dernier voyage : cette fois du côté du continent africain. Le rock se pare de ses plus belles couleurs, habité par la guitare sans faille de Christophe Taddei et les baguettes inspirées de Salah Khaïli.

    Electric Blue Cats, Electric Blue Cats, 2022
    https://salahkhailimusic.com/electric-blue-cats
    https://www.facebook.com/salah.khaili
    https://www.instagram.com/electricbluecats

    Voir aussi : "Experience rock of the Salator"

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