Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

échecs

  • D’échecs en échecs

    La mini-série à succès de Netflix, Le Jeu de la dame, avec Anya Taylor-Joy dans le rôle titre, est d’abord l’histoire d’un destin exceptionnel – et inventé, bien que la carrière d’Elisabeth Harmon se soit inspirée de celle de la hongroise Judit Polgár, Grand maître international aux échecs l’âge de à 15 ans, et largement snobée par ses homologues hommes du fait de son sexe.

    Le Jeu de la dame commence dans l’Amérique des années 50. La toute jeune Elisabeth Harmon se retrouve placé en orphelinat suite à une double tragédie : l’abandon de son père et le suicide de sa mère. Dans le milieu austère de cet établissement, la jeune fille rencontre un vieux gardien bourru et découvre avec lui les échecs. Elle prend pour habitude de jouer avec lui des parties en cachette et se dévoile très rapidement comme une joueuse exceptionnelle.

    Devenue adolescente et adoptée, elle découvre un nouveau foyer et une mère de substitution. Contre toute attente, elle renoue avec les échecs et commence à faire parler d’elle. Les tournois s’enchaînent, avec en ligne de mire le numéro 1 mondial soviétique Vasily Borgov.

    Un destin exceptionnel – et inventé

    Le grand intérêt de cette série, hormis l’interprétation de l’excellente Anya Taylor-Joy, est de faire une grande et passionnante série sur les échecs : gambit,  défense sicilienne, roques, attaques. Les créateurs ont fait appel à une sérieuse documentation, ainsi qu’au concours du Grand Maître Gary Kasparov qui a élaboré d’authentiques parties pour rendre la série crédible.

    Le féminisme est bien entendu l’une des clés de lecture du Jeu de la dame, adaptation du roman de Walter Tevis, The Queen's Gambit. Les showrunners ont situé l’intrigue dans les années 50 et 60, dans une Amérique prospère mais aussi puritaine. En se révélant comme une génie des échecs, la personnage principale découvre à la fois l’indépendance et l’ivresse d’une liberté qu’il faudra qu’elle dompte, d’échecs en échecs, dans un milieu exclusivement masculin. Et paradoxalement, ce sont "les hommes de sa vie" - Monsieur Shaibel, Harry Beltik, Townes ou Benny Watts – qui vont l’aider à s’émanciper.

    Une grande, époustouflante et passionnante réussite. 

    Le Jeu de la dame, mini-série américaine de Scott Frank et Allan Scott, avec Anya Taylor-Joy, Marielle Heller, Thomas Brodie-Sangster, Harry Melling et Bill Camp, saison 1, 7 épisodes, 2020
    https://www.netflix.com/fr/title/80234304

    Voir aussi : "Le paradis d'Hollywood"

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partagez, twittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

    Suivez aussi Arsène K. sur Twitter et Facebook

  • Machines : 1 – Humains : 0

    Pour George Steiner, les deux faits historiques les plus importants du XXème siècle, ceux que les historiens du futur retiendront, ne seront sans doute pas les guerres ou les crises qui ont traversé cette époque mais deux événements exceptionnels: la conquête de la lune en 1969 et la défaite aux échecs de Gary Kasparov contre une machine en mai 1997.

    Cette réflexion du philosophe franco-américain n'est pas à prendre comme une boutade, ni une provocation ni comme un combat d'arrière-garde contre l'informatique. Celui qui est considéré comme un des plus grands intellectuels européens, considérait d'ailleurs en 2011 que "les machines sont déjà interactives avec le cerveau : "L'ordinateur et le genre humain travaillent ensemble." Steiner considère pourtant comme lourd de sens la défaite du champion du monde et surdoué contre une vulgaire "boîte de métal". 

    La première grande défaite de Kasparov contre un ordinateur, Chess Genius 2.0, s'est déroulée il y a vingt ans, le 31 août 1994. À l'époque, comme le rappelle Pierre Barthélémy dans Le Monde, des ordinateurs ont déjà battu des joueurs d'échecs, dont Kasparov lui-même. Mais il s'agissait de parties rapides, jouées en cinq minutes (les blitz). Pour autant, il paraissait inconcevable que le cerveau exceptionnel d'un grand maître des échecs puisse être battu par une vulgaire machine lors d'une partie classique de plusieurs heures. 

    C'était sans compter Chess Genius en 1994 mais surtout Deep Blue (ou Deeper Blue) en 1996 et 1997.

    Cet ordinateur monstrueux, conçu par des équipes d'IBM, était capable de calculer plusieurs milliards de positions par minutes grâce à des millions d'informations et de paramètres emmagasinés dans sa mémoire. Sa base de données phénoménale et sa puissance de travail faisaient de lui un redoutable adversaire. 

    En 1996 et 1997, une série de plusieurs matchs médiatisés voient la confrontation de l'Ogre de Bakou contre Deep Blue. Au terme du dernier match, joué le 12 mai 1997 à New York, le public stupéfait assiste à la défaite de l'homme contre la machine lors d'une partie restée dans les annales.

    Kasparov a choisi, lors de cette partie mémorable, de jouer des coups inédits (une tactique "antiordinateur" comme le dit Pierre Barthélémy) que l'ordinateur n'a donc pas en mémoire. Or, le sacrifice d'une pièce par Deep Blue perturbe le champion humain. Déstabilisé, ce dernier est mis échec et mat, déjoué par une stratégie que l'ordinateur semble avoir "imaginée"... 

    Cet événement exceptionnel a été commenté à maintes reprises. Commenté et relativisé aussi. Ainsi, en octobre 2012, un journaliste du New York Times attribue le mouvement sophistiqué de Deep Blue à... un bug informatique, bug qui a fait perdre les pédales à Gary Kasparov. Cette explication ne cache cependant pas l'enjeu de ce match historique.

    Vingt ans plus tard, les ordinateurs ont confirmé leurs capacités de calcul. Plus que des adversaires de jeux, ils sont devenus des outils – pour ne pas dire des compagnons et coachs – de tout joueur d'échecs qui se respecte. L'organisation de matchs hommes-machines auraient-ils un sens aujourd'hui ? Il semble que non, répondent plusieurs spécialistes : l'homme n'en gagnerait aucun !

    Cet échec et mat de 1997, que George Steiner commente comme un événement historique de première importance, est aussi une défaite de l'intelligence humaine.

    Au soir de son match perdu de mai 1997, fait remarquer le philosophe, Gary Kasparov notait ceci: "La machine n'a pas calculé, elle a pensé".  

    "L'espèce humaine, échec et mat", Le Monde, 13 septembre 2014
    Interview de George Steiner, Télérama, le 12 décembre 2011
    "La machine est-elle plus forte que l'homme ?", Les-echecs.com

    Photo : Markus Spiske temporausch.com - Pexels