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Alors qu’il discutait avec Stephan, Diane remarqua que Brian était absorbé par son téléphone. Elle le rejoignit pour échanger avec lui sur son nouveau projet. Comment prenait-il la situation ? Elle mit en place ses protège-patins sous ses bottines, dépassa la balustrade et le rejoignit dans les gradins. Il remarqua sa présence et lui grimaça plus qu’il ne lui sourit. — Tu en penses quoi ? lui demanda-t-elle. Il la fixa, mal à l’aise. — Tu parles de reprendre la compétition sans moi, de me laisser ?
Diane et Rudy se lancèrent dans quelques tours, patinant de concert. Les lames des chaussures crissaient en rythme. Les deux patineurs s’observaient du coin de l’œil. Ils étaient deux inconnus appelés à se côtoyer souvent à l’avenir. Pouvaient-ils travailler ensemble ? Martha en était convaincue. Stephan aussi. Diane progressait sur la glace avec des gestes automatiques, se contentant de surveiller Rudy, lui aussi dans une attitude d’observation.
Rudy pivota et piqua l’une de ses lames pour s’arrêter net et s’accouder à la balustrade de la patinoire. Les deux coachs les observaient depuis l’opposé de la piste. Diane choisit de l’imiter. Visiblement, il voulait lui parler. De là où ils étaient, personne ne pouvait les entendre.
— Tu en penses quoi, réellement ? lui demanda-t-il. — De ce traquenard, tu veux dire ? fit-elle, évasive, tout en haussant les épaules. Laisse-moi le temps de voir ce que ça peut donner.
Focus sur l’édition 2017 de L’Orestie d’Eschyle publiée par Larousse. L’auteur ? Un vieux monsieur de près de 2500 ans. Auteur classique, le tragique grec est l’auteur de plus de cent pièces de théâtre, dont seulement sept nous sont parvenues. Parmi celles-ci, il y a les trois volets de sa trilogie L’Orestie, Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides. Elles sont présentes aux éditions Larousse dans une version moderne qu’il est bon de découvrir ou de redécouvrir.
L’Orestie appartient presque à un genre à part, celui de la saga troyenne. La Guerre de Troie a fortement marqué les auteurs et poètes Grecs. Ils en ont fait le décor de beaucoup d’œuvres. Agamemnon en fait partie. Le roi d’Argos revient au pays après dix ans de guerre. Il porte sur lui le meurtre de sa fille Iphigénie, sacrifiée pour la victoire des Grecs contre les Troyens. La reine Clytemnestre, sa femme, est là. Elle ne l’attendait plus et se montre tour à tour heureuse, troublée et finalement déconcertée. Elle a un amant, Égisthe, n’a pas oublié la mort de sa fille et constate que son mari amène avec lui une esclave troyenne, l’ex-princesse troyenne Cassandre. Le drame est là. Clytemnestre tue son mari et cette esclave. Un meurtre qui n’est que le début d'un cycle de meurtres.
Crime-vengeance-crime
Le processus crime-vengeance-crime est enclenché dans Agamemnon. Dans Les Choréphores, Oreste, le fils du roi, entreprend de laver sa mort en tuant sa propre mère. Eschyle vient puiser dans la mythologie et la religion qui nourrissent sa réflexion sur le mal et l’interdit.
Nous sommes dans un triple drame suivant le conflit dévastateur de Troie, comme si la victoire sur la cité ennemie appelait à un retour de bâton. La Grèce a subi de plein fouet une guerre dont les femmes semblent être des protagonistes fondamentales et surtout des victimes. Comme pour L’Orestie. Clytemnestre est celle qui déclenche le cycle de la mort par jalousie autant que par douleur.
Dans cette histoire de drames mêlant chœurs, incantations, dialogues faisant avancer le récit et lamentations, Eschyle parle de la manière dont la violence s’enclenche et comment les déesses de la vengeance (les Érinyes) peuvent se transformer en celles de la justice (Les Bienveillantes). Une vision poétique autant qu’éthique qui n’a pas prise une ride.
La manière dont il regardait Diane, avec un mélange de séduction et d’aplomb, la mettait mal à l’aise. Elle était maintenant pressée de rentrer chez elle. Ça tombait bien : son bus arrivait. Elle regarda une dernière fois Rudy.
— Je dois y aller, lui fit-elle. J’espère que vous allez pouvoir vous entendre avec Ann-Carolyn.
— Espérons-le. J’espère de mon côté que ce n’est pas trop grave pour ton partenaire et qu’il sera vite remis sur pied, répondit-il avec civilité. Tu es sûre que tu ne veux pas que je te ramène ?
Elle secoua la tête tout en montant dans le bus, se retourna vers son interlocuteur et lui fit un signe de la main qui avait l’accent des adieux.
Elle leva les yeux vers le patineur, cependant que sa partenaire grognait son insatisfaction. Diane le soupçonnait d’être à peine plus âgé qu’elle – vingt ans à tout casser et sans doute moins. Ses longs cheveux châtain clair bouclés tombaient en cascade, encadrant un visage carré et des pommettes saillantes. Son regard bleu interrogeait la patineuse qui venait de se jeter dans les bras de son partenaire. Ce dernier était vêtu d’un pantalon de jogging sombre et d’un large pull-over écossais. Il fixait Diane avec un mélange de perplexité et d’amusement.
— Non, la rassura-t-il. Pas de souci. En revanche, ton copain c’est une autre histoire.
La première chose que Diane entendit ce fut un craquement, suivi d’un choc sourd sur la glace. Puis, elle entendit le gémissement de son partenaire, Brian :
— Oh, non !
La plainte était si faible qu’elle ne se rendit pas compte sur le moment de la gravité. Avait-il heurté la balustrade de la patinoire ? S’était-il trompé pour la énième fois dans un salchow ou bien avait-il déchiré son pantalon de survêtement ? Elle sourit à l’idée de voir Brian en mauvaise posture et de devoir assumer le regard amusé des autres patineurs et patineuses. Malaisant.
Étrange couverture que celle duCrépuscule des hommes (éd. Robert Laffont), le dernier roman du journaliste et écrivain Alfred de Montesquiou. On y voit au premier plan un homme cravaté courir, avec une démarche qui fait penser à une danse. Un inconnu que le lecteur ou la lectrice ne vont pas tarder à connaître : le photographe américain Ray D’Addario, chargé de couvrir le plus grand procès de l’Histoire, celui de Nuremberg, mis en place en 1946 pour juger les grands criminels de guerre nazis – mais pas Hitler qui a préféré se suicider un an plus tôt. Ray D’Addario est l’un des nombreux protagonistes de ce récit.
On y côtoie aussi – certes, parfois rapidement – Joseph Kessel, John Dos Passos, le futur chancelier allemand Willy Brandt, le fils de bonne famille Didier Lazard, deux anciens survivant des camps, le journaliste Ernst Michel et la témoin Marie-Claude Vaillant-Couturier. Les hommes dont Alfred de Monstesquiou conte le crépuscule sont les 22 nazis, dont Goering, un crépuscule se référant au célèbre opéra de Wagner.
S’agit-il d’un énième livre sur le Procès de Nuremberg ? Et bien, oui et non. Le sujet ayant été écrit et tourné à plusieurs reprises, l’auteur a choisi le pas de côté en suivant les journalistes, photographes et traductrices cohabitant au château de Faber-Castell pour suivre l’événement.
On saluera la masse de documentation qui a été rendu nécessaire pour suivre les onze mois d’un procès qui a changé l’histoire du monde mais aussi du droit international. Nuremberg, symbole de la propagande hitlérienne a été choisi pour solder les comptes d’un régime qui a précipité le monde dans l’horreur. Hitler mort, il reste son cercle le plus restreint : Hjalmar Schacht, Franz von Papen, Hans Fritzsche, Hermann Göring, Wilhelm Keitel, Joachim von Ribbentrop ou Ernst Kaltenbrunner.
Le tribunal a réservé un sort éloquent pour leurs dépouilles
Le procès fait parfois figure de décor pour parler du microcosme des reporters, officiels et fonctionnaires alliés. Des amitiés se nouent, des amours naissent (celle de Ray D’Addario et de Margarette Borufka). On s’ennuie ferme aussi au cours de ces mois interminables, ponctués cependant par des moments frappants – les témoignages des anciens déportés ou les récits des grands massacres. On danse, on s’amuse, on drague, on cancane dans cette ambiance crépusculaire, dans une ville qui a été détruite et où l’idéologie nazie est toujours vivante.
Mais le procès revient au cœur du livre dans les 60 dernières pages, lorsque le procès de Nuremberg en arrive aux verdicts. Et l’on découvre à la fois le sort clément réservé à trois accusés, pourtant centraux dans l’horreur nazie et les détails des exécutions des criminels condamnés à mort. Pour eux, le tribunal a réservé un sort éloquent pour leurs dépouilles. Voilà comment disparaissent les anciennes idoles.
Le roman d’Alfred de Montesquiou a été salué par un Prix Renaudot.
Plus que quelques jours avant la sortie de mon prochain roman !
Quelques jours après la Saint-Valentin, et alors que les JO d’Hiver font l’actualité, ma romance aura pour cadre le patinage artistique.
Le titre ? Échange de patins. Il sera publié sous mon pseudo, Arsène K., chez Jenn Ink Editions.
Diane, patineuse douée, se lance un nouveau défi en remplaçant son partenaire blessé. Elle se lance dans un nouveau duo avec un patineur aussi talentueux et séduisant que mystérieux… et finalement touchant. Toute ressemblance avec un célèbre couple de patineurs français (pardon, franco-québécois...) n’est qu’une coïncidence...
« Échange de patins » est une romance assumée pour nos cœurs de guimauve. Mais c’est aussi une histoire sportive cachant de bouleversants secrets.