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Musiques - Page 20

  • Liszt amoureux

    Si Beethoven a été le père fondateur du Romantisme et Schubert le jeune disciple surdoué, Liszt en a été le maître virtuose tout autant que le gardien du temple. 

    Titien Collard s’est lancé pour son premier album solo dans un programme exigeant, ambitieux mais aussi passionnant autour du compositeur hongrois. C'est le troisième mouvement des Harmonies poétiques et religieuses qui ouvre l’opus. Le romantisme européen n’a jamais aussi bien porté son nom que pour ces pièces composées en Ukraine au milieu du XIXe siècle et inspirées de poèmes de Lamartine. À l’époque, Franz Liszt file le parfait amour avec  la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein qui fut sa compagne de 1847 à 1861.

    Titien Collard a choisi de jouer la deuxième pièce, Bénédiction de Dieu dans la solitude. Il s’en empare avec maîtrise et ce souffle romantique oscillant entre retenue, exaltation et religiosité. Liszt s’est inspiré de ces vers de Lamartine : "D’où me vient, ô mon Dieu, cette paix qui m’inonde ? / D’où me vient cette foi dont mon cœur surabonde ? / À moi qui tout à l’heure, incertain, agité, / Et sur les flots du doute à tout vent ballotté, / Cherchais le bien, le vrai, dans les rêves des sages, / Et la paix dans des cœurs retentissant d’orages ?", Solitude). On peut saluer l’audace de Titien Collard d’avoir choisi un programme romantique des plus exigeant et de s’en proposer une interprétation fluide, lumineuse et non sans puissance (Allegro energico).

    Pianiste expressivo, virtuoso e colorato

    L’enregistrement inclut la Sonate pour piano en si mineur S. 178. D’une très grande complexité – nous pourrions même employer le terme de "modernité" – cette sonate bouleverse les règles. Si Titien Collard la présente sous la forme classique de trois mouvements (Lento assai - Allegro energico, Andante sostenuto et Allegro energico), en réalité Liszt l’a imaginée d'un seul tenant. Cette pièce fait figure d’œuvre majeure dans la carrière du musicien hongrois comme dans le répertoire romantique. Tour à tour austère, exacerbée, sombre et méditative, la Sonate en si mineur s’écoute comme une construction architectonique et musicale ambitieuse à laquelle Titien Collard se frotte avec aplomb et justesse. "Œuvre gigantesque d’une seule cellule", selon les mots de Richard Strauss, cette pièce importante illustrant une période heureuse dans la vie amoureuse de Liszt invite à la méditation et au voyage intérieur (la partie Andante sostenuto).  

    Pour terminer cet album Liszt, Titien Collard a fait le choix de proposer les Consolations S. 172, également appelées Six pensées poétiques. Le court, gracieux et "tube" qu’est l’Andante con moto introduit les six pièces tout aussi romantiques (Un poco più mosso). L’auditeur retrouvera avec plaisir cet autre grand classique qu’est le mélodique et méditatif Lento, quasi recitativo que Titien Collard interprète avec une retenue bienvenue. La noirceur n’est pas absente dans ces Consolations que certains disent inspirés, de nouveau, d’un poème éponyme de Lamartine (Quasi Adagio). L’auditeur se laissera autant séduire par le délicat et subtile Andantino que par la simplicité de l’Allegretto sempre cantabile qui vient clore l’album d’un compositeur majeur du répertoire romantique. le tout interprété par un jeune pianiste expressivo, virtuoso e colorato ! 

    Titien Collard (piano), Franz Liszt, Indésens Calliope, 2024
    https://indesenscalliope.com
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://www.facebook.com/people/Titien-Collard-Pianiste/100083719893138/

    Voir aussi : "Bowie, Paganini, Scarlatti et compagnie"

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  • Électroband

    Tiens, cela faisait un bail que Bla Bla Blog ne s’était pas piqué de musique électronique. Opening, le dernier opus de LGMX nous en offre l’occasion. C’est de l’électro souriante pour ne pas dire joyeuse qui inaugure leur deuxième album (Time Traveller).

    LGMX c’est d’abord un groupe de fanfare électro bien décidé à marier deux styles musicaux opposés. Musique du monde et électros se disputent la vedette dans un joyeux foutraque (Gopnik Mazurka, Hexadecimal Night Fever).

    Jamais instruments traditionnels et machines n’ont fait aussi bon ménage

    On imagine les raves à la mode LGMX, à la fois dépaysantes et planantes (Trancelation, sic). Jamais instruments traditionnels et machines n’ont fait aussi bon ménage. Cela permet d’avoir des sons et des rythmes singuliers que la puissance des cuivres décuple.    

    Le collectif rhodanien ne démérite pas dans sa créativité et dans son refus de la facilité (le formidable et sérieux Earthquake), sans jamais abandonner ses rythmes irrésistibles. Cela donne des morceaux d’une grande efficacité (Ratio ou Kyushu).

    Cet album franchement emballant se termine avec Spiritual Healing, véritable à hymne à l’intelligence (humaine), à la culture et à la spiritualité. Bref, à la vie. 

    LGMX, Opening, Mediatone, 2024
    https://www.lgmx.fr 
    https://www.facebook.com/LGMXtechnofanfare
    https://www.instagram.com/_lgmx_

    Voir aussi : "3 est un chiffre impair"

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  • Quelques tangos avec Patricia Bonner

    Patricia Bonner est de retour avec Chronicles of Time, un nouvel album qui lui tient à cœur. La chanteuse a en effet choisi un projet musical qui allie jazz et tango. Pas la peine de dire que cet opus s’avère irrésistible. Saluons aussi le choix de Patricia Bonner de ne pas se contenter de reprises de standards. Elle a en effet choisi de retravailler avec Jean-Michel Proust pour des titre inédits.

    Dis te souviens-tu ? chante la jazzwoman dans un morceau au parfum doux-amer de nostalgie. On est dans l’esprit du tango, sans doute la plus belle danse qui soit, alliant sensualité, amour et tristesse, le tout enveloppé dans la grâce et je ne sais quoi d’effronterie. On aime cette manière dont Patricia Bonner, avec le soutien de Jean-Michel Proust, se fond avec bonheur dans une ce répertoire renouvelé. Il y a cette déclaration d’un amour presque insolent ("No sientes que soy infeliz ?", Palabras). Elle se fait poétique et romantique, toujours en espagnol, dans Soy et Verano.  

    Retour à la chanson française avec Je m’aime. Cette fois, c’est Gilberto Gil qui semble s’être penché au-dessus de l’épaule de Bonner et Proust. Certains parlerons de jazz easy-listening. Préférons plutôt parler d’un titre à la facture sixty, souriant et invitant à l’amour dans la plus romantique des villes. Au jeu des références, on s’amusera à retrouver Michel Legrand dans le virevoltant et romantique La chanson des troubadours ("Dans l’tourbillon de la vie, de l’amour / Y’a celui qui aimera pour toujours / Qui fera de ses nuits, de ses jours / Son soleil à lui, ses plus beaux jours") et même dans le titre anglais, sixties et sexy, Foolish Dream.

    Sixties et sexy

    Patricia Bonner sait tout faire : crooneuse en anglais (Memories, le formidable et jazzy Anita), jazzwoman semblant évoluer avec légèreté dans un caveau de Saint-Germain-des-Prés (Da Capo) ou avec le même plaisir dans un club new-yorkais (It’s A Good Day, No Rush), sachant être plus grave et engagée (Stay On Line, sur un rythme militaire).

    Le tango n’est jamais très loin. Dans It’s A Spring, la chanteuse le marie avec l’anglais, ce qui lui donne une légèreté singulière et un air de comédie musicale.

    Smooth à souhait, Cette larme à l’instant entend bien laisser une place au choix à la chanson jazz. La tristesse se fait paradoxalement séduisante car elle invite à vivre et à retenir ses larmes ("Est-ce la rosée du matin / Sur ma joue qui fait que d’un coup / Je me sens bien"). La liberté, "les yeux d’un enfant", les voyages, les rêves et un "baisé volé sur la joue" : Patricia Bonner préfère chanter la vie, l’amour et "le retour du printemps".

    Album jazz coloré et souriant, ces "chroniques d’un temps" entendent faire du jazz la meilleure musique feel-good qui soit.

    Patricia Bonner, Chronicles of Time : Tango, Jazz & Beyond, Teranga Production, 2024
    https://www.patriciabonner.com
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://www.facebook.com/ILikePatriciaBonner

    Voir aussi : "Pas de réserve pour Paris Orly"
    "Histoires de tangos par Lucienne Renaudin Vary"
    "Chaud, fort et bon"

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  • Bowie, Paganini, Scarlatti et compagnie

    Il est absolument impossible d’être insensible au formidable dernier album d’Alexander Boldachev. Il s’agit du second volume de son projet musical Pop Meets Classical. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une rencontre entre deux genres souvent considérés comme irréconciliables. D’un côté une musique populaire et souvent commerciale et de l’autre le classique, trop boudé et à tort considéré comme élitiste.

    Alexander Boldachev propose de les faire se rejoindre grâce à la harpe, son instrument fétiche. Son premier volume avait permis de mettre dans un même album Scorpions et Debussy, Red Hot Chili Peppers et Bach ou Nirvana et Rossini. Culotté. Voilà que le harpiste helvético-russe récidive avec un second volume pas moins audacieux et séduisant ! Simplement séduisant ? Non, enthousiasmant ! Au menu de ce programme, les Beatles, Sting, David Bowie, Queen et Michael Jackson mais aussi Scarlatti, Paganini, Brahms et Piazzolla. 

    C’est peu de dire que ces revisites sont des redécouvertes habillées d’un classicisme qui semble sans âge. Yesterday des Beatles a ainsi une facture Renaissance. Pour Shape of My Heart de Sting, Alexander Boldachev insuffle à ce titre mélancolique des percussions. L’auditeur reconnaîtra le fameux Space Oddity, moins interstellaire que mystérieux et onirique – au passage, le harpiste n’oublie pas le fameux compte à rebours. 

    Simplement séduisant ? Non, enthousiasmant !

    Plus que pour cette adaptation de David Bowie, on sera en droit de préférer la version originale du fameux Bohemian Rhapsody, moins rock-baroque que romantique.

    Parlons maintenant de la version harpe d’Earth Song de Michael Jackson. C’est là que l’on constate le génie de composition du "Roi de la Pop". Alexander Boldachev respecte les lignes mélodiques de ce morceau vieux déjà de 30 ans mais toujours actuel dans son message.

    Les compositeurs plus anciens ne sont pas en reste dans ce très joli album, prouvant que le harpiste connaît ses classiques. À côté de la délicate Sonate K466 de Dominico Scarlatti, véritable appel à l’amour, il y a ce véritable tube de Paganini, le Caprice n°24. Mais la vraie bonne idée de cet enregistrement c’est d’avoir ressorti le Recuerdos de la Alhambra de Francisco Tárrega que Mike Oldfield avait adapté au synthétiseur dans les années 80 pour la BO du film La déchirure (Étude).

    Outre le très bel Intermezzo n°2 de Brahms, on trouvera Astor Piazzolla et son Libertango. Alexander Boldachev respecte à la lettre le rythme et l’esprit de ce tango entré dans l’histoire de la musique et de cette danse.  

    Alexander Boldachev, Pop Meets Classical vol 2, Indésens Calliope, 2024
    https://indesenscalliope.com/boutique/pop-meets-classical-vol-2
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://alexanderboldachev.com

    Voir aussi : "Haydnissimo !"
    "Guitare et classique by Roxane Elfasci"

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  • Sang pour sang Clara Luciani

    Chaque nouvel album de Clara Luciani est un événement, et ce depuis cette merveille inusable qu’était Sainte Victoire. Nous étions en 2018. Depuis, Clara Luciani est devenue une artiste sur laquelle il faut compter. Archidouée, influente et dotée d’une grâce comme personne, elle vient de sortir son troisième opus, Mon sang. Le livret de l’opus est illustré de dessins souvent symboliques : une alliance, une carte de tarot percée d’une rose, un arbuste au tronc noueux, un mouchoir brodé des initiales CL, un ticket de métro ou une tresse.

    Moins dansant que Cœur mais tout aussi personnel que Sainte Victoire, l’artiste chante ici la vie, remuante, compliquée, chiante mais aussi passionnante : "Elle est quand même un peu chienne / Cette vie terrienne / Mais on l’aimera jusqu’à la fin" dit-elle avec une conviction intacte dans Cette vie qui ouvre l’opus.

    Ces derniers mois, Clara Luciani n’a jamais caché à ses fans ses changements personnels, à commencer par la naissance de sa fille qu’elle a eue avec Alex Kapranos, le leader de Franz Ferdinand. Elle s’enthousiasme d’être mère dans le touchant Tout pour moi : "T'es d'la dynamite dans mon calme plat / Avant toi, je n'existais presque pas". Dans le titre Mon sang, ce sont les liens familiaux et la transmission qui intéressent la musicienne, avec le poids de cette généalogie : "Mon sang, leur sang, ton sang / Tu le sens déjà, mon enfant / Au chaud de ton berceau". Des liens du sang, il en est encore question dans Ma mère, un touchant morceau en forme de réconciliation et d’hommage à celle qui lui a donné la vie : "Ah, de mère en fille et de fil en aiguille / On se repent, on se reprise / Finalement, je t'ai comprise". Devenue à son tour mère, Clara Luciani s’adresse à sa fille dans Roule : "Roule, va partout / Et va plus loin que moi / Roule, cœur en boule / Vers ton premier émoi".

    Plus grave, Romance parle de départ et de la mort inéluctable. Comment, dans ce cas, trouver le moindre réconfort ? La réponse de la chanteuse de Martigues est d’une rare élégance stoïque : "Quand tout le monde s'en va à la fin / On apprend à être son ami / On se prend la main, on s'adoucit".

    Élégance stoïque

    Le style de Clara Luciani est intact. Le travail sur les lignes mélodies est tout aussi irrésistible que dans ses deux premiers albums (le joli et touchant Interlude). La chanson française se pare d’une belle pop – on aimerait dire même dire brit-pop, à l’instar de Forget Me Not, son duo pop-folk avec Rufus Wainwright. Citons aussi le morceau Allez, formidable hymne aux rêves à réaliser et à l’avenir à construire, même s’ils peuvent décevoir ("Les rêves, c'est beau mais ça tient pas chaud / Et je m'endors dans mon manteau / J'y crois quand même, j'y crois si fort").

    L’auditeur ou l’auditrice sera certainement sensible au joli titre qu’est Chagrin d’ami. La chanteuse aborde le sentiment de perte d’une amitié – une vraie. "Je me suis peut-être trompée sur toi", avoue-t-elle. Elle constate que les chagrins d’amis restent une douleur profonde : "On les chante moins souvent, pourtant / Chagrin d'amis laisse, laisse d'un goût de rien / On perd un frère et le monde s'éteint / Et perdre un frère, c'est perdre du sang". De là à regretter ces amitiés ? Non.

    Dans Courage, c’est sur elle-même que chante Clara Luciani. "Ce qu’il faut du courage / pour tenir bon", déplore-t-elle. Porter "sa maison", ses émotions et ses chansons, "ça fait lourd, ça fait trop". L’artiste se dévoile dans toute sa fragilité mais aussi ses épreuves quotidiennes, regrettant aussi de ne pas être aidée : "Pourquoi tu ne sais pas / Prendre un peu de poids ?" fait-elle encore.

    À l’écoute de l’opus, c’est une Clara Luciani apaisée qui apparaît en filigrane. "On est seule avec soi" chante-t-elle dans le morceau pop-rock Seule. Pour autant, constate-t-elle, "Plus j'avance, plus je deviens mon amie / Je l'aime bien, finalement, ma compagnie / Moi et moi avons nos petites habitudes / Qui occupent nos déserts de solitude".

    Lumineuse, la musicienne ne cache pas non plus ses moments de désabusement, y compris lorsqu’ils se parent des plus jolies mélodies et d’orchestrations soignées. Pour le faussement léger Tant pis, Clara Luciani constate son impossibilité d’aider. "On ne m’y prendra plus", déplore-t-elle. "Tant pis / Je te laisse ici même si ça me brise / Y a rien d'plus que j'puisse faire pour toi". La porte reste ouverte et la main tendue malgré tout : "Et si l'envie te prenait / De me rejoindre de l'autre côté / De choisir la vie pour de bon / Avec c'qu'elle a de mauvais / N'hésite jamais / Et ne perds pas de temps / Aux âmes blessées, je pardonne facilement". On n’en attendait pas moins d’elle.   

    Clara Luciani, Mon sang, Romance Musique, 2024
    https://www.facebook.com/claralucianimusique
    https://claraluciani.store

    Voir aussi : "On ne meurt pas d’amour"
    "Clara Luciani, La Femme libérée"

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  • À Beethoven, l’humanité reconnaissante

    Peu connu mais archidoué, virtuose et romantique (son look sur la pochette d’album finit de nous convaincre), le pianiste Nikolay Khozyainov revient cet année avec un nouvel opus, Monument to Beethoven (Rondeau Production). Pourquoi, d’ailleurs, cette expression ? Il faut revenir aux années 1830-1840, soit quelques années après la mort du compositeur allemand. Franz Liszt entreprend de rendre hommage à son illustre aîné en faisant bâtir une statue à Bonn. Robert Schumann, Félix Mendelssohn et bien entendu Liszt sont sollicités pour composer des œuvres directement inspirés du répertoire de Beethoven, et en particulier de l’Allegretto de sa Symphonie n°7.

    Ce sont ces morceaux créés ad hoc que Nikolay Khozyainov a choisit d’enregistrer, en commençant par l’Allegretto originel, ici transcrit au piano par Liszt. C’est à un Everest que s’attaque le pianiste, dont la virtuosité n’écrase jamais la puissance dramatique ni la densité. Les respirations sont les bienvenues et viennent insuffler ce souffle que l’on appellera plus tard romantisme. Beethoven a fait de cette marche funèbre un mouvement allegretto, comme pour se jouer de la mort et donner à ce deuxième mouvement le pouvoir de la vie. Nikolay Khozyainov la rend dans un mélange d’ardeur, de passion et de gravité.

    Suit Robert Schumann avec ses Études en forme de variations sur un thème de Beethoven. 15 variations, rarement de plus d’une minute 30, s’approprient le thème principal de l’Allegretto de la 7e de Beethoven en variant les tempos, du Moderato au Prestissimo, en passant par le Passionato.

    Nikolay Khozyainov s’empare de cette œuvre rare de Schumann en prouvant le panel de son jeu, y compris des variations les plus sombres (Ohne Titel n°5) ou les plus techniques (Presto n°6). Schumann fait œuvre d’une grande liberté dans son appropriation du thème original (A11. Legato teneramente), ne s’empêchant pas des revisites franchement épatantes (B4. Ohne Titel) et transformant la marche funèbres en chants populaires (B5. Cantando), voire d’une singulière modernité (B7. Ohne Titel). Ces études se terminent de la plus belle des manière, avec la variation la plus longue de l’opus, tout en pudeur et en légèreté. Bref, un bel hommage à Beethoven. 

    Un bel hommage à Beethoven

    Plus courtes, les Variations sérieuses de Felix Mendelssohn Bartholdy prennent à la fois plus de liberté et plus de gravité avec l’Allegretto de Beethoven. Le Thema et les Variations balancent entre la luxuriance et romantisme fou.

    Beethoven est de retour avec une transcription par Liszt du lied An die ferne Geliebte ("À ma bien aimée"). L’histoire retient qu’il s’agit du premier cycle de lieder de l’histoire de la musique. Il est difficile de rester insensible à ce court morceau dont le pianiste rend toute la profondeur et toute la justesse sentimentale.

    La Fantaisie, op. 17 de Robert Schumann a ceci de particulier qu’elle fait partie des œuvres majeures du compositeur allemand. Cet opus autonome, en trois parties, n’a figuré que tardivement dans le programme hommage à Beethoven – en réalité les deux derniers mouvements – pour la souscription destinée à la construction de son monument à Bonn. La Fantaisie est au départ une déclaration à Clara Wieck, future Clara Schumann. Nikolay Khozyainov s’en empare avec délectation. Il y a du Beethoven dans la puissance évocatrice du 2e mouvement et la richesse de l’opus devient un envol du romantisme dans le dernier mouvement.

    Nikolay Khozyainov ne pouvait terminer ce Monument à Beethoven autrement que par une création, car il est lui-même compositeur. Avec son morceau Petals of Piece. Son hommage au compositeur allemand est aussi un chant de paix que lui avait commandé l’ONU en novembre 2022. dans cette œuvre contemporaine et post-romantique, c’est avec gravité que l’instrumentiste russe lance ses "Pétales de la Paix". Plus que jamais d’actualité pour cet artiste résolument engagé pour le pacifisme. 

    Nikolay Khozyainov, Monument à Beethoven, Rondeau Production, 2024
    https://www.nikolaykhozyainov.com
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://www.rondeau.de

    Voir aussi : "Beethoven, Intégrale, Première"

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  • Plus jamais tu me pourriras 

    Epona, que l’on découvre ici, vient de Belgique et montre un sacré caractère.

    Après un premier EP, Help I'm fine!, c’est en français que la jeune chanteuse entend bien faire bouger la scène belge, décidément riche et incontournable.

    Dans Peine pour toi, sur un son pop-rock, Epona parle de trahison, s’inspirant de sa vie et d’une rencontre avec un homme au cours d’une mauvaise expérience professionnelle. Le clip a d’ailleurs été tourné dans des bureaux. "J’ai de la peine pour toi / Beaucoup de peine / Que tu mentes à tous ces gens / Que tu mentes en négligeant / Que tu mentes aussi conséquemment", chante-t-elle.

    On craque déjà sur la moue de cette artiste qui ne s’en laisse pas conter et qui choisit la résilience plutôt que l’abattement : "Une vengeance, je savoure / Fini, c'est fini / Plus jamais tu me pourris / Avec tes escroqueries".

    "Après mon premier EP, nourri des récits des femmes autour de moi, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin. L’envie de porter la voix de celles qui ont vécu des situations difficiles reste forte, mais je suis maintenant prête à parler de moi, de ce que j’ai vécu, et surtout de ce que ça m'a appris", se confie Epona.

    Une nouvelle artiste à suivre absolument pour ses prochaines aventures musicales.

    Epona, Peine pour toi, 2025
    https://www.facebook.com/3p0na
    https://www.instagram.com/3p0na

    Voir aussi : "Julia Jean-Baptise pour l’éternité"
    "Brol d’elle"

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  • Vanessa Philippe : Vérité, poésie et autodérision

    Bla Bla Blog suit la carrière de Vanessa Philippe depuis la sortie de son formidable album Soudain les oiseaux. La chanteuse à l’univers à la fois grave et poétique, mais non sans humour, a accepté de répondre en exclusivité aux questions de Bla Bla Blog

    Bla Bla Blog – Bonjour Vanessa. Tu fais partie des voix singulières de la chanson française. Peux-tu nous parler en quelques mots de ton parcours ? Et d’abord la musique a-t-elle toujours été une évidence pour toi ?
    Vanessa Philippe – Bonjour. J'ai grandi au Cameroun où j'ai commencé à écrire très tôt. J’ai toujours fait de la danse, je voulais être danseuse contemporaine. Après mes études à Marseille et à Montréal j'ai suivi des formations en écoles de danse professionnelle à Paris. J’ai proposé mes poèmes par hasard à un compositeur qui en manquait, il les a trouvé très personnels et m’a suggéré de les chanter moi-même. C’était une évidence pour moi dès la première chanson ! Sans compositeur après deux premiers albums, je me suis mise à écrire mes textes à la guitare, en mélodies. J’ai commencé en anglais, en co-composition avec Naïm Amor (Calexico) pour mon troisième album, puis j'ai continué toute seule en français. L'envie de me filmer, de monter et réaliser mes propres clips est arrivée à la même période, pour me réapproprier des chansons qui m’avaient échappé pendant l'enregistrement en studio. J’ai pensé aussi la mise en scène de mes pochettes en séance photo par rapport aux clips. Au final les contraintes que j’ai pu rencontrer dans mon parcours artistique m’ont porté vers plus de créativité et d’imagination. 

    BBB – Quel⸱le⸱s artistes t’ont influencée 
    VP – Pour L’amour c’est chiant  j’étais inspirée par Elli & Jacno, Lili Drop, Taxi Girl, auxquels je me suis particulièrement intéressée suite à des articles qui comparaient l’esprit de mon album Soudain les oiseaux à ces références des années 80. 

    BBB –  En 2022, ton album Soudain les oiseaux a marqué les esprits avec son mélange de gravité et de légèreté dans sa facture. C’est un opus très personnel et marquant dans ta carrière. ? Peux-tu nous en parler 
    VP – L’album Soudain les oiseaux est un hommage à ma grande sœur décédée en 2019. C’est le premier album que j’ai entièrement composé seule. Dans la continuité de mon album précédent À l’abri du vent, j’ai proposé à Pascal Parisot de le réaliser. Je souhaitais un album joyeux, rythmé, pour contraster avec la gravité des textes. La légèreté se trouve dans les arrangements électro pop et les clips que j’ai imaginé comme des tableaux surréalistes, avec un poisson rouge qui m’inspirait la joie de vivre et qui était aussi sur ma pochette. Maurice Renoma m’a d’ailleurs contacté pour une collaboration artistique autour de ce poisson. Du coup j’ai réalisé le clip Trop de larmes en écho à son exposition Mythologies du poisson rouge, puis j’ai fait un concert à l’Appart Renoma, où ont été projeté mes clips. J’avais aussi mis une tête de poisson à mon musicien, que j’ai gardé ensuite pour mon set à la JIMI Festival de Marne.

    BBB – L’an dernier, ton dernier album, L’amour c’est chiant, marquait ton retour, avec des titres moins sombres et où tu t’interroges sur l’amour. L’amour c’est vraiment "chiant", comme tu le chantes ?
    VP – Tout dépend de quel amour il s’agit… Je trouve que l’amour c’est le coeur de la vie. Mais même s’il y a toujours des hauts et des bas, quand il nous emprisonne et qu’il est toxique, c’est franchement chiant. J’aborde également l'amour filial avec Jeanne, ma grand-mère qui en a beaucoup souffert. Je me suis interrogée sur l’amour dans tous mes albums, avec des textes faussement naïfs inspirés de mes émotions personnelles. L’amour c’est chiant est un peu plus direct. C’est la vérité crue en poésie et avec autodérision comme l’illustrent les pochettes du single L’amour c’est chiant ou de l’album avec l‘emprise de la main sur la tête et le double profil sur un fond de jeu Pac-Man. Là aussi je voulais des contrastes, un album coloré, avec des drums, des arrangements très électro-pop sur lesquels on aurait envie de danser. J’ai proposé à l’artiste franco mexicaine Alba de le réaliser.

    "L'amour, quand il nous emprisonne et qu’il est toxique, c’est franchement chiant !"

    BBB – Impossible de parler dans ta carrière sans évoquer tes clips, multi- récompensés. Autrice, compositrice, chanteuse et aussi réalisatrice, avec succès. Peux-tu nous parler de ton travail artistique sur tes clips. Les réaliser toi-même a-t-il été une évidence ? Comment travailles-tu d'ailleurs sur tes clips ? 
    VP – Réaliser mes propres clips me permet de développer mon univers. J’improvise devant ma caméra, souvent dans mon salon, avec une simple idée de départ qui peut aussi bien être un vêtement, un accessoire ou un mouvement chorégraphique. Je ne prévois presque rien, je filme à l’aveugle et j’utilise ensuite les rushs comme de la matière pour créer. Quand je suis au montage mes images font sens et c’est là que je m’amuse le plus, surtout quand je trouve un fil conducteur comme le poisson rouge ou Pac-Man. J’aime bien réaliser des trilogies qui reprennent le visuel pochette. Le clip est aussi une façon de me rapprocher du public quand en tant qu’artiste indépendante, faire de la scène n’est pas si simple. Certains ont été programmés sur MTV et je les présente régulièrement dans des Festivals Internationaux pour qu’ils soient vus et diffusés dans des espaces différents.

    BBB – Quels sont tes projets ? Un futur album ? D’autres clips ? Des concerts ? Des collaborations ? 
    VP – Je prépare un nouveau clip que j’ai tourné ce lundi pour le titre Clair de lune de l’album L’amour c’est chiant. J’ai aussi repris ma guitare pour écrire d’autres chansons, je pense à un futur album. Je me laisse porter par l’envie, les rencontres et l’intuition, y compris pour la scène que je n’oublie pas même si on m’y voit très peu en ce moment.

    BBB – Une dernière question pour nos lecteurs et lectrices. Quels sont tes derniers coups de cœur ? Aurais-tu un livre, un film, une série et de la musique – pop, chanson, classique ou pop- ? rock – à nous conseiller ?
    VP – J’ai beaucoup aimé Deux moi de Cédric Klapisch. J’ai eu un coup de cœur pour Aki Kaurismaki et particulièrement pour le film Au loin s’en vont les nuages que je trouve très poétique et très juste. Le choix de la BO, la présence de groupes de musiques récurrents en font vraiment une œuvre particulière. Et j’ai adoré Arcane, une série à voir absolument, pour la BO, le graphisme et l’histoire ! Sinon en ce moment je lis Résister à la culpabilisation, le dernier livre de Mona Chollet. Beauté fatale qu’elle avait écrit il y a quelques années m’a inspiré une chanson et un clip du même titre dans l’album L’amour c’est chiant. Incontournable aussi En studio avec les Beatles qui m’a accompagnée pendant l’écriture de mon album Soudain les oiseaux et que je relis ! 

    Bla Bla Blog – Merci, Vanessa.
    VP – Merci

    Vanessa Philippe, L’amour c’est chiant, Le Poisson Spatial / Modulor, 2024
    https://www.vanessaphilippe.com
    https://www.facebook.com/vanessaphilippemusic
    https://www.instagram.com/vansphi

    Voir aussi : "Il faut qu’on avance"
    "Loulia : Trouver du réconfort dans la musique que je fais"

     

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