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Anora, l’essayer c’est l’adopter
Les éditions des Festivals de Cannes ne sont pas toujours mémorables. Pour celle de 2024, citons tout de même le formidable et détonnant Substance de Coralie Fargeat, le grand succès qu’a été L’Amour ouf de Gilles Lelouche et le toujours attendu Jacques Audiard avec Emilia Pérez. Côté déception pour les critiques, il y a eu le Megalopolis de Coppola et les quasi "abonnés" David Cronenberg (Les linceuls) ou Paolo Sorrentino (Parthenope). Et au milieu de cette sélection finalement variée, la palme d’or a été attribué par un réalisateur américain jusque-là discret, Sean Baker, pour un long-métrage, Anora, bien plus remarquable qu’on ne pourrait le croire a priori.
Anora, ou "Ani", est une strip-teaseuse et escort-girl sévissant dans un de ces clubs branchés de New-York fréquenté notamment par des clients russes. Cela tombe bien, la jeune femme parle couramment cette langue. Justement, une nuit le fils d’un jeune oligarque russe, aussi insouciant que sympathique, la réclame. Entre les deux, la rencontre tarifée bascule dans la sympathie, puis dans un mariage décidé sur un coup de tête. Une strip-teaseuse mariée à un fils à papa ? C’est mal connaître les parents de ce dernier, bien décidés à faire annuler ce mariage.
Sean Baker a mis la barre très haute
La vraie surprise de l’édition 2024 de ce Festival de Cannes explique qu’Anora ait reçu la Palme d’or. Car cette histoire moderne d’une Cendrillon moderne et olé-olé promet bien des surprises. Et de bonnes surprises. Il y a d’abord l’actrice principale, Mikey Madison Rossberg, tour à tour séduisante, mystérieuse, drôle, aguicheuse et bouleversante. Elle crève l’écran dans le rôle pas si simple d’une escort-girl soudainement prise au piège d’un gamin immature, expansif et soudainement lâche. Il faut du tempérament pour porter à bout de bras cette comédie douce-amère – et à vrai dire, plus amère que douce.
On pourra être plus réservé sur le personnage joué par Mark Eydelshteyn. Cela dit, il faut de la justesse pour incarner ce fils d’oligarque russe, enfermé dans une prison dorée. Son mariage à Las Vegas devient un piège qu’il est incapable d’assumer. Mais là où Sean Baker est le plus malin est dans le parti-pris du scénario comme de la mise en scène. Le film de mafia – russe – devient une comédie avec le parrain arménien Toros et ses deux hommes de main, dont Igor. Tarrantino en aurait fait un jeu de massacre. Pas ici. En ne choisissant pas la facilité, Sean Baker a mis la barre très haute. Anora reste une love story à la fois osée, déjantée, sans pour autant cacher son vrai message. Et si finalement, à l’image de la scène du magasin de confiserie dévasté, Anora ne racontait pas l’histoire de la fin d’un rêve et la mort définitive de l’innocence ?
Anora, comédie dramatique américain de Sean Baker,
avec Mikey Madison Rossberg, Mark Eydelshteyn et Iouri Borissov, 2024, 138 mn
https://www.netflix.com/fr/title/81952362
Voir aussi : "Trop belle pour toi"