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  • Âme de musicien, âme de cinéphile

    Revoilà Philippe Guilhon-Herbert, après un formidable album Ravel et une interview exclusive pour Bla Bla Blog, le pianiste français revient avec Cinéma (Indésens). Comme son titre l’indique, l’album est consacré aux musiques de film.

    Voilà un genre adoré par le grand public et de plus en plus plébiscité par le milieu classique qui, au fur et à mesure des années, ont fini par reconnaître que ce genre dépassait largement l’illustration sonore d’un film. Mieux, il y avait des chefs-d'œuvre trouvant largement leur place dans un concert ou un album classique. Philippe Guilhon-Herbert reconnaît par ailleurs que le cinéma son autre grande passion. Quoi de plus logique donc, que cet album.

    La preuve avec cet opus dominé d’une bonne tête par des pièces de Michel Legrand. L’auditeur ou l’auditrice retrouvera ainsi Romance, extrait des Parapluies de Cherbourg et What Are You Doing The Rest Of Your Life de The Happy Ending. Ajoutons à cela le titre Pieces Of Dreams tiré du film éponyme. Outre le jazzy et nostalgique I Will Say Good Bye, citons aussi ce bijou qu’est Sea And Sky, One Day Summer 42 ou Years Of My Youth.

    Philippe Guilhon-Herbert fait un tour par le classique et Prokofiev, via La Danse des couteaux de Roméo et Juliette. Il est vrai que ce morceau de Prokofiev a été archi-utilisé tant par le cinéma que la télévision, voire la publicité.

    Faites entrer l’accusé

    Cinéma est une authentique récréation, tant le pianiste y semble à l’aise. Le piano seul suffit à son bonheur et à notre bonheur, tant l’instrumentiste y semble à l’aise.

    Il ne lui était pas possible de passer à côté de l’une des pièces les plus incroyables et bouleversantes d’Ennio Morricone. Il interprète le thème central d’Il était une fois en Amérique, gardant sa mélancolie, la noirceur en moins, mettant en valeur les lignes mélodiques envoûtantes. Il est encore question d’Ennio Morricone qui a composé la musique du film Cinéma Paradisio, un grand succès à sa sortie mais que la postérité a surtout retenu pour sa BO. .

    Autre monument de la BO, Georges Delerue apparaît. Certes c’est Le Mépris, présent ici, qui est systématiquement cité lorsque l’on parle du compositeur français. Il est vrai que ce chef-d’œuvre est d’une modernité incroyable. Il ne perd jamais ni son efficacité ni son fil conducteur porté par une mélodie simple et inoubliable. L’arrangement pour piano devient une évidence sous les doigts de Philippe Guilhon-Herbert.

    Les accords du Messager parleront sans aucun à l’auditeur ou l’auditrice. Le génie de Michel Legrand a sans doute sa musique plus célèbre encore que le film de Joseph Losey – grâce notamment à l’émission Faites entrer l’accusé…

    Leigh Harline ne dira sans doute rien à beaucoup. Et pourtant, ce compositeur américain a été un prolifique auteur de musiques de film, notamment pour Disney. Philippe Guilhon-Herbert propose dans son Cinéma une version piano de When You Wish Upon A Star, tiré du Pinocchio de Disney. Une manière de montrer qu’ici comme ailleurs les interprètes classiques savent souvent garder leur âme de passionné et d’enfant.

    Cinéma, Philippe Guilhon-Herbert (piano), Indésens Records Calliope, 2026
    https://indesenscalliope.com/boutique/cinema
    https://www.facebook.com/pghpianist

    Voir aussi : "Philippe Guilhon Herbert : ‘Ravel est au plus près de mon parcours de musicien’"
    "Ravel nu"
    "Thierry Caens a le Smile"

  • Juste Goldman

    Et si l’on redécouvrait sans doute le meilleur livre de Joël Dickers ? Le Livre des Baltimore, sorti aux éditions de Fallois en 2015 est ressorti il y a moins de quatre ans chez Rosie & Wolfe, après la mort de Bernard de Fallois et la disparition de sa maison d’édition. Voici la parti éditoriale de cette chronique.

    Le Livre des Baltimore, le plus américain des ouvrages du romancier suisse, est une histoire famille mais aussi le récit d’une amitié autour des Goldman. Il y a en réalité "deux" Goldman : les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair à laquelle appartient le narrateur, Marcus. Les premiers appartiennent à la classe aisée, portée par Oncle Saul. Les seconds vivent plus modestement à Montclair, dans le New-Jersey. Or, Marcus, dès l’enfance, a noué une soldie amitié avec son cousin Hillel, bientôt rejoint par Woody, un enfant abandonné par son père et qui a trouvé en Saul et Anita un nouveau foyer. Les trois forment le noyau du "Gang des Goldman", bientôt rejoints par un quatrième larron, Scott, un enfant handicapé et couvé comme un frère. Il appartient à la famille Neville. Sa sœur Alexandra va bientôt entrer dans le cercle des Goldman, loin des dissensions entre Baltimore et Montclair.

    Réconciliation et expiation

    C’est patiemment que Joël Dickers, par la plume de Marcus Goldman, écrit le Livre des Baltimore. Le lecteur ou la lectrice se laisse porter par un récit alternant passé et présent tout en proposant une mise en abîme dans lequel il est question de vérité, de secrets de famille, d’amitié, d’amour, de trahisons.

    Patiemment, l’auteur genevois déroule un récit au cœur de l’Amérique des années 1980-1990 – non sans un passage par les sixties et les seventies pour découvrir l’explication d’un divorce familial qui ne dit pas son nom. Écrit à la première personne, Le Livre des Baltimore parle aussi de la jeunesse, de l’adolescence, des rêves impossibles ou accomplis (et ce roman en est un), des promesses tenues ou non.

    Il faut entrer patiemment dans le livre, se laisser porter par son histoire et et ses histoires parfois agencées comme des poupées gigognes, en particulier dans les deux derniers parties, au moment du "Drame". Dans ce récit turbulent et traumatisant, Joël Dickers nous tient finalement une conclusion en forme de réconciliation et d’expiation.

    Joël Dickers, Le Livre des Baltimore, éd. Rosie & Wolfe, 2015, 2022, 597 p.
    https://joeldicker.com
    https://www.facebook.com/Joel.DickerCH


    Voir aussi : "Un coupable parfait et un crime qui ne l’est pas moins"
    "Les secrets de Nola Kellergan"