Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Liat Lux

    Comme l’indique le titre du dernier album de Liat Cohen, la valse est à mise à l’honneur dans l'album de la guitariste, Valse (chez Indésens), grâce à des adaptations délicieuses à la guitare.

    L’auditeur ou l’auditrice reconnaîtra sans nul doute le premier morceau, au point de le fredonner et de le garder en tête pour la journée, mais peu connaîtront son titre – Tico-Tico brasilerinho – et encore moins les noms de ses auteurs, Zequinha de Abreu (1880-1935) et Waldir Azevedo (1923-1980), tous deux réputés internationalement pour ce tube.

    Il n’en est pas de même pour le chef d’œuvre d’Ástor Piazzolla (1921-1992), Libertango. Cette danse hypnotisant, électrique mais aussi sombre, a donner au compositeur argentin une renommée exceptionnelle. On parle souvent, à juste titre de cette réinvention du tango argentin (tango nuevo) en parlant de ce morceau. Il faut aussi ajouter que Piazzolla a écrit Libertango en 1974 alors qu’il est en exil en Italie, en raison de la dictature dans son pays d’origine. Ce titre doit être entendu comme un hymne à la liberté, à la vie et à l’art, d’où son titre, Libertango. Piazzolla est également présent dans sa Primavera Portena Tango, extrait de ses Quatre saisons de Buenos Aires (Cuatro Estaciones Porteñas). Plus que jamais, le tango se trouve revigoré dans cette pièce faisant se mêler classique, traditionnel, contemporain et jazz.

    Liat Cohen choisit la simplicité dans ses interprétations, y compris dans le morceau La Negra d’Antonio Lauro, compositeur vénézuélien (1917-1986). Cette pièce délicate a été écrite en 1976 pour sa nièce Armita. On retrouve le même musicien dans deux Valses Venezolanos, les n°2 et 3, typiques de son pays et très populaires.

    Agustín Barrios Mangoré (1885-1944) est méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique. Guitariste salvadorien, il a composé et enregistré des centaines de pièces pour guitares, dont sa magnifique Valse op. 8 n°4, élégante composition mêlant classique, romantisme et folklore et sa Primavera Valse entraînante et séduisante.

    D’Heitor Villa-Lobos (1887-1959), on retient surtout ses formidables Bachianas Brasileiras – notamment la cinquième. Or, si le compositeur brésilien est présent c’est pour un autre morceau, à savoir sa Valse-Chôro. Elle est extraite de sa Suite populaire brésilienne n°3. Composée pour la guitare solodu de son pays, cette œuvre importante fait se réconcilier la musique populaire de son  pays (les chôros) et le classique.

    Partons au Mexique, avec Manuel María Ponce (1882-1948), ayant beaucoup écrit pour la guitare. Liat Cohen propose une Valse de ce compositeur emblématique du Mexique.

    Retour ensuite en Europe avec le plus ancien des compositeurs de l’album, à savoir l’Espagnol Fernando Sor (1778-1839). Ses Valses n°1 et 4 sont d’une facture classique d’une belle élégance, nous dirions même toute mozartienne.

    Sonnerie pour les téléphones Nokia

    Grosse satisfaction de découvrir Francisco Tárrega (1852-1909), lui aussi espagnol et lui aussi en plein XIXe siècle. La guitariste nous propose sa Grande Valse, jouée avec amour et tendresse. Il faut ajouter que  ce compositeur est l’un des grands musiciens ayant contribué à faire entrer cet instrument populaire dans le répertoire classique. Mieux, Tárrega est devenu, malgré lui, un compositeur pop puisque l’un des thèmes de sa valse a été utilisé comme sonnerie... pour les téléphones Nokia ! Il faut absolument découvrir ce singulier morceau entré dans notre quotidien, alors que son auteur est quasi inconnu...

    Le nom de Tasman est cité en couverture de l’album, à l’égal de Piazzolla. C’est dire l’importance que lui porte Liat Cohen. Né en Pologne et naturalisé français, Alexandre Tasman a vite trouvé dans Paris sa patrie d’artiste, grâce à des soutiens comme Ravel, Bartók, Gershwin, Honegger, Prokofiev, Roussel, Schönberg ou Stravinsky, excusez du peu ! De confession juive, la seconde guerre mondiale le voit contraint à l’exil aux Etats-Unis, ce qui ne l’empêche, pas à l’instar de son compatriote Karol Szymanowski, d’allier classique et contemporain. Qui dit Polonais et valses dit forcément Chopin. Et pourtant, Tasman s’empare lui aussi de cette danse traditionnelle pour en faire, ici à la guitare, un genre d’une grande modernité (la courte Valse Caprice et la mystérieuse et envoûtante Valse Romantique).

    Au milieu de ce lot de compositeurs d’Amérique latine, il faut citer un Français, Roland Dyens (1955-2016). profondément influencé par la musique brésilienne et argentine. Son morceau le plus connu est le Tango en skaï. L’opus propose une autre pièce plus audacieuse, Fuocco, où le compositeur fait se rejoindre classique, contemporain et pop dans une virtuosité démentielle. Il faut aussi ajouter que Roland Dyens a été classé par le magazine Guitarist parmi les 100 meilleurs guitaristes mondiaux, tous styles confondus. On devine son importance pour Liat Cohen et son indispensable place dans l'opus.

    L’album se clôt avec un compositeur contemporain, Nikita Kochkine (né en 1956). Guitariste et compositeur renommé, il est l’auteur d’une pièce emblématique de son répertoire, Usher's Waltz, inspirée par la nouvelle d'Edgar Allan Poe, La Chute de la maison Usher. Liat Cohen l’a choisi pour terminer son opus sur une note moderne. Lumineux.

    Liat Cohen, Valse, Barrios – Piazzolla – Tansman, Indésens Calioppe, 2026
    https://www.liatcohen.com
    https://www.facebook.com/liatcohenguitar
    https://indesenscalliope.com/boutique/valse

    Voir aussi : "Glamour western"
    "Guitare et classique by Roxane Elfasci"

  • Pauvre DRH

    Débarrassons-nous tout de suite d'un sujets qui pourrait fâcher : les éditions Calmann-Lévy puis Le livre de poche ont choisi pour Cadres noirs, le roman de Pierre Lemaitre sorti il y a déjà 15 ans un titre et des couvertures qui laissent à désirer. Pour le dire autrement, Cadres noirs aurait mérité un meilleur titre et le visuel est, en toute subjectivité, absolument atroce. Et Le livre de poche n’a pas fait beaucoup mieux.

    Voilà pour la grosse faiblesse de ce remarquable thriller, adapté pour la télévision par Arte, mais hélas plus disponible en replay. Mais parlons du roman de Pierre Lemaitre qui nous offre un thriller d’autant plus incroyable qu’il propose au lecteur ou à la lectrice une série de surprises et de contre-pieds.

    Trois parties composent cette histoire d’un DRH, Alain Delambre, mis à la porte comme un malpropre, après des années de bons et loyaux services pour une grande entreprise. Et pas facile de rebondir lorsque l’on est quinquagénaire. Au moment où le récit commence, le voilà contraint à un petit boulot payé une mystère et harcelé qui plus est par un petit chef. Alain est pourtant un battant, bien décidé à ne pas se laisser faire et surtout à ne pas accepter de voir enterrer ses ambitions professionnelles. Or, une société répond à un de ces nombreux CV. Voilà Alain candidat sérieux à un poste de responsable RH. Mais pour cela, il va devoir se plier à un test d’un nouveau genre : une fausse prise d’otages.

    Jeu de massacre

    Avec cette histoire de cadre au chômage engagé dans une opération aussi tordue que dangereuse, Pierre Lemaitre tire à boulets rouges sur la face la plus sombre du libéralisme : cynisme, violence assumée, candidats que l’on utilise sans vergogne (il y a Alain, bien sûr, mais aussi Olenka, aussi discrète que fondamentale dans cette sombre opération), dirigeants tout puissants et leurs petits chefs soumis. Face à eux, il y a ces perdants, que ce soit Alain, Charles, le SDF magnifique, et bien sûr la propre famille du DRH.

    Pour Nicole, sa compagne, et ses deux filles, Mathilde et Lucie, Pierre Lemaitre réserve ses pages les plus émouvantes, car ce sont aussi elles les victimes collatérales de cette histoire de résurrection professionnelle qui va se terminer comme un jeu de massacre. Un jeu où les derniers pourraient bien être les premiers, et vice-versa. 

    Un brillant thriller, à découvrir absolument, par un très grand auteur. Mais je ne vous apprends rien.

    Pierre Lemaitre, Cadres noirs, éd. Calmann-Lévy, 2010, 352 p., éd. le livre de poche
    https://www.calmann-levy.fr/livre/cadres-noirs-9782702140703
    https://www.instagram.com/pierrelemaitreauteur

    Voir aussi : "Pas de pardon pour le béké"