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Beaux-arts musées expositions - Page 5

  • "Tu dessines vachement bien les femmes"

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    S'il est un domaine incompris dans le 9ème art, c'est celui de la bande dessinée érotique ; et s'il est un auteur qui a su tracer sa voie au mépris des conventions et des modes c'est Alex Varenne. Personnage marquant de la bande dessinée érotique, Alex Varenne fait en ce moment l'actualité avec une exposition marquante consacrée à sa peinture, toute entière dédiée au sexe et à la féminité, "Alex Varenne - Strip Art", du 8 novembre au 4 décembre 2016 à la galerie Art en Transe Gallery, 4 rue Roger Verlomme, Paris 3ème. Les familiers de Varenne découvriront deux nouveautés chez l'auteur des Larmes du Sexe : le (très) grand format et la couleur. Le bloggeur y reviendra plus longtemps sur ce site dans quelques jours. 

    Le noir et blanc est au départ la marque de fabrique d'Alex Varenne. Coloriser ses planches apporterait selon lui un réalisme vain et qui n'a pas lieu d'être. Il est vrai que le dessin et les grands aplats noirs se suffisent à eux-mêmes, a fortiori dans les scènes nocturnes et intimistes. Mieux, cela permet de magnifier les traits et les corps de ses personnages – des femmes essentiellement- sans l'apport de la couleur.

    Avant le Varenne de l'érotisme, il y eut le Varenne de la SF, auteur avec son frère Daniel, de l’impressionnant cycle de science-fiction Ardeur. Ce road-movie post-apocalyptique sombre et nihiliste est aux antipodes de ce que l'artiste montrera plus tard. Et pourtant, le dessinateur de l'époque révèle tout son talent dans les représentations des personnages féminins comme dans les scènes d'amour. Le cinquième tome, tout entier consacré à Ida Mauz, celle précisément qu'Ardeur n'a de cesse de rechercher à la fin de son voyage, paraît a posteriori écrit sur mesure pour Alex Varenne. Il suit cette beauté fatale, emprisonnée dans une cage dorée, et la dessine sous toutes les coutures avec une maîtrise et une finesse incomparable.

    Alex Varenne aime les femmes : c'est indéniable. Et la suite de sa carrière le prouve. Après sept années (1980-1987) et six volumes consacrés à Ardeur, Alex Varenne suit les conseils de Georges Wolinski, un soutien de la première heure qui lui a mis le pied à l'étrier : puisqu'il est doué pour dessiner des femmes, pourquoi ne se lancerait-il pas dans la bande dessinée érotique ? Alex Varenne avait déjà essayé sans succès de percer dans la BD érotique. Avant Ardeur, il y avait Dio (1969), sa première une bande dessinée inspirée par la mythologie… et mai 68 : l’histoire de la destruction de Thèbes par Dyonysos et ses Bacchantes sert de cadre pour un appel une révolution sexuelle et ludique. Ce livre ne parviendra pas à faire sa place. A l'époque de Charlie Mensuel, Geores Wolinski convainc Alex Varenne de persister : "Tu dessines vachement bien les femmes", remarque-t-il. Entre-temps, une ultime collaboration avec Daniel Varenne, Angoisse et Colère (1988), donne l'occasion au dessinateur et au scénariste de se plier à la contrainte de l'adaptation littéraire. Ils s'attaquent au dense et âpre récit Mars de l'auteur suisse Fritz Zorn. Cinq ans plus tard, c'est dans une veine tout aussi réaliste – mais cette fois seul au texte et au dessin – qu'il sort Gully Traver (1993), un autre roman graphique mêlant paysages du nord, misère sociale, scènes oniriques et érotisme.

    alex varenne,sexe,érotismeAprès Ardeur, Alex Varenne produit en solo sa première œuvre résolument érotique, Carré noir sur dames blanches. Nous sommes en 1984, époque polémique du carré blanc, symbole de la censure à la télévision. Toujours au sujet de ce titre, des critiques ont pu s’étonner que Varenne ne dessine pas de femmes noires. L’auteur s’en explique ainsi : "Parce que sur une BD en noir et blanc, il est compliqué de dessiner des corps noirs. C’est uniquement pour ça." CQFD.

    Suivent L’Affaire Landscape (une fantaisie érotique), Erotic Opera, Corps à Corps et surtout le cycle Erma Jaguar, qui s’étale sur 22 ans, de 1988 à 2010 ! Erma est cette femme libre, assouvissant ses fantasmes et ceux des hommes qu’elle croise. Dans des décors interlopes, des femmes et des hommes s’aiment et assouvissent leurs fantasmes dans de savoureuses mises en scènes, et non sans humour. En un sens, Alex Varenne se révèle un anti-sadien, d’abord intéressé par le désir féminin. Hédoniste et libertin moderne, l’auteur des Larmes du Sexe ne cache pas que ces histoires traduisent sa propre vie personnelle. L’artiste, à la recherche du plus grand réaliste, s’inspire de modèles pour "ces femmes de papier".

    1997 marque une collaboration éphémère mais marquante pour Varenne. La prestigieuse maison d’édition japonaise Kodansha fait appel à quelques dessinateurs français pour publier des "mangas à la française". Alex Varenne sort deux albums chez eux avant que l’éditeur ne mette fin à l’aventure : "Au bout de 5 ans, les japonais ont vu comment on faisait des mangas à la française, ils n’avaient plus besoin de moi", commente plus tard ironiquement Alex Varenne.

    De retour du Japon, il continue sur sa lancée érotique, mais rapportant de son aventure artistique une influence asiatique, avant que la mode du manga n’inonde la France. La sensualité orientale est déclinée dans des œuvres comme La Molécule du Désir (2014) ou Tondi (2015), mais également dans son œuvre picturale (nous en reparlerons sur ce blog dans quelques jours). La place centrale du sexe dans la philosophie chinoise est montrée en exemple par l’artiste : le sexe c’est la vie, dit-il en substance, et il n’est pas corseté par autant de tabous qu’en Occident.

    Les tabous, les héroïnes de Varenne n’en ont pas. Que ce soit Erma Jaguar, Ida Mauz, Yumi, Carlotta ou Lola, chacune d’entre elle est maître de sa vie, de ses passions et de ses pulsions. Regardez le visage d’Ida : il est peint avec grâce, volupté et délicatesse. L’intelligence et la sensualité sont les plus petits dénominateurs communs de ces femmes avides de liberté, quitte à aliéner leurs compagnons masculins.

    Alex Varenne vient de la peinture, comme il le rappelle. Disons aussi que ses influences viennent sans doute autant sinon plus du Caravage, de Liechtenstein (il en est même le fils spirituel comme le montre sa dernière exposition "Strip-Art" à Art en Transe Gallery), Hokusai ou Goya que de Crépax, Milo Manara ou Jean-Claude Forest. Cette passion pour la peinture a pu épisodiquement transparaître par exemple dans un tome d’Ardeur et dans plusieurs planches de Gully Traver. Derrière le Libertin des Lumières se cache un vrai connaisseur des beaux-arts qui rappelle toute l’importance de l’érotisme et de la représentation féminine dans la peinture classique, y compris (et surtout !) lorsqu’elle a une vocation religieuse. Il est vrai que la passion de Varenne d’lex Varenne pour l’érotisme et les femmes a quelque chose de sacré, comme le montre par exemple le visage de Madonne d’Isa Mauz.

    "Je ne peins pas des femmes mais mon amour pour les femmes", commente sobrement Alex Varenne.

    "Alex Varenne, libre et libertin"
    "Le Viagra, en plus efficace et plus drôle"
    "Varenne, cyberpunk"
    "Un Voyage de Gulliver"

    "Alex Varenne - Strip Art", du 8 novembre au 4 décembre 2016
    Art en Transe Gallery, 4 rue Roger Verlomme, Paris 3ème

    Remerciements particuliers à Alex Varenne et Mai-Loan Roque

    © Alex Varenne


    Culturetainment [S5E10] Alex Varenne sublime... par mensuptv

  • Vite, Matthieu Suprin !

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    Il ne vous reste que deux jours pour découvrir l’exposition de Matthieu Suprin, "La croisée des chemins, à la galerie Art En Transe Gallery (Paris 3e).

    À travers "La croisée des chemins", Matthieu Suprin nous offre un regard intimiste et élégant sur les peuples d'Asie. Cette exposition retrace ses pérégrinations en Birmanie, au Cambodge et au Laos.

    Bla Bla Blog est partenaire de cette exposition humaine et bluffante.

    Matthieu Suprin ,"La croisée des chemins"
    Jusqu’au 6 novembre 2016
    Art En Transe Gallery, 4 rue Roger Verlomme, Paris, 3e
    http://www.matthieusuprin.com

    © Matthieu Suprin

    Bla Bla Blog est partenaire de cette exposition

  • Bla Bla Blog s'est fait insulter par le capitaine Haddock

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    Oui, vous avez bien lu : le bloggeur s’est bien fait insulter par le capitaine Haddock, comme le prouve la capture du message adressé au compte Twitter de Bla Bla Blog !

    twitter Haddock.PNGLe responsable en est le compte Twitter du Capitaine Haddock : https://twitter.com/CaptHaddock. Il a été créé à l’occasion de l’exposition sur Tintin au Grand Palais, visible jusqu'au 15 janvier 2017. Les personnages d’Hergé sont en effet mis à l’honneur sur plus de 2000 m².

    On doit aux organisateurs de cet événement l’idée canaille et interactive de donner la parole au capitaine au long cours, adepte de jurons aussi variés qu’originaux.

    Pour se faire insulter par Haddock, il suffit, sur Twitter, de taper le hashtag #capitaineHaddock à tagger sur le fameux compte de l'ami de Tintin : @CaptHaddock_

    Et accessoirement, on se précipite tous découvrir l’univers d’un génie du 9e art, au Grand Palais.

    Exposition Hergé, Grand Palais, Paris, du 28 septembre au 15 janvier 2017
    https://twitter.com/CaptHaddock

  • "Strip Art" d'Alex Varenne

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    Alex Varenne a construit avec élégance un hommage moderne à la féminité qui n'a guère d'équivalent dans le neuvième art.

    L'exposition "Strip Art" à la galerie parisienne Art En Transe Gallery (4, rue roger Verlomme) présentera une quinzaine de peintures qui racontent une petite histoire, une émotion ou un moment poétisé de la vie quotidienne, un instant banal comme un haïku japonais.

    Cet évènement présentera de nombreux happenings dont entre autre une journée dédicaces du livre d'art Strip Art d'Alex Varenne, le samedi 12 novembre de 15 heures à 18 heures et le Salon de la littérature érotique le samedi 26 novembre 2016 de 15 heures à 21 heures, toujours à la galerie Art en Transe Gallery.

    Bla Bla Blog sera partenaire de cet événement.

    Catalogue complet des happenings : strip-art@cherry-gallery.com
    http://www.artentranse.com

    © Alex Varenne

  • De la brosse comme prolongement du geste de l’artiste

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    expo_20160922_03-1024x665.jpgIl avait été question sur Bla Bla Blog de Luca Simonini, à l’occasion de sa précédente exposition à la galerie Art En Transe Gallery. L’artiste faisait une incursion dans la danse, son univers fétiche, grâce à des œuvres immortalisant des empreintes de mouvements chorégraphiques.

    En ce moment et jusqu’au 21 octobre, à la galerie New Image (Paris 3e), Luca Simonini nous parle encore d’empreintes et de traces dans sa dernière exposition, "Coups de Pinceau", une série consacrée aux brosses. La brosse, a priori simple instrument de l’artiste, est en effet au centre d’une passionnante production dont la cohérence et le message méritent d’être soulignés et commentés.

    Luca Simonini expose quelques-uns de ses outils de travail telles de précieuses reliques, encadrées, suspendues ou reproduites à la manière d’œuvres sacrées. Le bloggeur ferait un raccourci s’il résumait cette entreprise autour de la brosse comme d’un ready-made inspiré des accumulations d’Arman : Luca Simonini n’est en effet pas, ici, dans l’imitation. "Coups de Pinceau" parle d’abord du travail de l’artiste, de cette banale brosse vue comme le prolongement du geste de l’artiste. Luca Simonini prend le parti de sacraliser et d’esthétiser cet objet. Dans plusieurs triptyques, la brosse est mise en scène dans une nudité impressionnante, cristallisant du même coup le geste artistique avec une économie de moyens qui est à souligner.

    Mais le spectateur peut voir autre chose dans ces brosses de toute nature. Sans doute est-il aussi question de vanité. Regardez ces brosses suspendues ou leurs empreintes à l’encre de Chine, semble nous dire l’artiste. Qu’y voyez-vous ? Pas simplement des reliques ou des souvenirs passées à l’ombre d’un atelier mais aussi des figures allégoriques ou anthropoïdes : brosses de toutes tailles fragiles et suspendues, brosses comme fossilisées reproduites sur toile ou sur papier marouflé, brosses alignées telles des os humains.

    Luca Simonini fait de la brosse non seulement le prolongement du geste de l’artiste mais aussi une vanité contemporaine, humanisant de simples brosses : une bouleversante création, un coup à l’âme.

    "Coups de Pinceau, Luca Simonini"
    Galerie New Image, 31 rue des Tournelles, 75003 Paris
    Jusqu’au 21 octobre 2016

    © Luca Simonini

  • Matthieu Suprin, l’art du portrait

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    De ses voyages en Asie, Mathieu Suprin a rapporté une série de portraits frappants et touchants. Pas de sensationnalisme, de dépaysement facile ou de sensiblerie dans ses clichés au plus près de ces personnes mais des témoignages glanées au fil des rencontres avec des hommes, des femmes, des enfants.

    Né en 1976 à Auxerre, Mathieu Suprin se destinait à une carrière toute tracée dans les médias, la communication et la publicité avant que la photographie ne s’impose à lui via le portrait, de ses proches d’abord, avant une première exposition en 2011 suite à un voyage au Burkina-Faso.

    Dans sa dernière exposition, "La croisée des chemins", présentée à la galerie Art En Transe Gallery (Paris 3e), c’est l’Asie que Mathieu Suprin met à l’honneur après une série de périples de en Birmanie, au Cambodge et au Laos. Ces portraits ramenés de l’autre bout du monde captivants par leur proximité et leur humanisme.

    Matthieu Suprin capte au plus près les visages, les bouches et surtout les regards tour à tour interrogatifs, implorants, rieurs, perdus, cabotins ou innocents.

    Arpentant l’Asie, le photographe a ramené des clichés sans artifice ni misérabilisme, des "morceaux d’une vie" comme il le dit lui-même : scènes de baignades, moments de méditations ou de prières, personnages assoupis ou inconnus pris sur le vif dans leur vie quotidienne . Ce n’est pas l’exotisme que Matthieu Suprin. Son approche artistique est guidée par l’humanité, la simplicité et le respect du sujet : "Il faut parvenir à s’abandonner à un pays, une culture et des gens différents. Prendre le temps d’apprivoiser un nouvel environnement et faire en sorte qu’il nous adopte en retour, et agir avec le plus de respect et d’humilité possible", dit-il.

    L’œil aiguisé, la technique (le sens du cadrage, l’éclairage, le grain) mais aussi "le lâcher prise" du photographe parviennent à capter des moments d’une rare densité que l’on croirait parfois tirées d’un film : la course gracieuse d’une Birmane s’élevant au milieu de colonnades d’un temple, ce pêcheur remontant son filet, un joueur de billard cambodgien immortalisé dans ce qui ressemble à un tripot d’un autre âge ou bien encore cette femme endormie dans son magasin au milieu d’une forêt de statuettes.

    Matthieu Suprin se place à la distance idéale de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants pour nous les révéler dans leur intimité, avec humanité et respect.

    Matthieu Suprin ,"La croisée des chemins",
    Art En Transe Gallery, 4 rue Roger Verlomme, Paris, 3e

    http://www.matthieusuprin.com

    © Matthieu Suprin

    Bla Bla Blog est partenaire de cette exposition

  • Le musée Girodet de Montargis encore sous l’eau

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    Les dégâts collatéraux des inondations de juin dernier n’en finissent pas de marquer la ville de Montargis.

    Le musée Girodet, qui était en travaux de réaménagement au moment des crues historiques, a subi de lourds dommages. Le site de FranceInfo, CultureBox, parlait d’un Zurbaran, Saint Jérôme Pénitent, immergé et ayant subi les avanies climatiques.

    Un musée provisoire, Le P’tit musée Girodet, installé rue Dorée dans la principale artère commerçante de la ville, présente en ce moment au public des clichés de ces dégradations mais aussi de l’entreprise de restauration des œuvres. Cette exposition est opportunément appelée : "Après le déluge." Il n’est pas anodin de saluer l’effort de transparence de la part d’un musée public en pleine mue et secoué par un événement naturel exceptionnel.

    La réouverture du musée Girodet, consacré, rappelons-le, à un peintre historique majeur, était prévu jusque-là en 2017. Bien malin qui pourra dire si un report n’aura pas lieu.

    En attendant, le ministère de la culture s’est intéressé au malade convalescent. Un accord-cadre, nous dit Le Journal des Arts (édition du 30 septembre 2016), a entériné le versement de 800 000 euros pour participer au financement des frais de restauration de pas moins de 2 600 œuvres, soit une bagatelle de 2,4 millions d’euros. Gageons qu’au terme de cette période douloureuse pour la vie des arts montargoise, le Musée Girodet pourra se nommer : "Musée Phénix-Girodet".

    http://www.musee-girodet.fr
    Exposition du P’tit Musée Girodet, "Après le déluge",
    du 17 septembre au 16 décembre 2016, 35 rue Dorée, Montargis
    Edwart Vignot, installation "Ô Montargis", 2016

  • Alex Varenne, libre et libertin

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    En 2005 et 2006, le dessinateur et peintre Alex Varenne a accordé une série d’entretiens à Luc Duthil. Ces entretiens ont été retranscrits dans l’ouvrage richement illustré, Alex Varenne, Itinéraire d’un Libertin : une belle entrée en matière pour qui veut découvrir une figure influente de la bande dessinée érotique, mais également un peintre attachant.

    Alex Varenne, personnage atypique et passionnant, a laissé sa patte reconnaissable entre toutes dans un genre peu connu, quand il n'est pas – injustement – dénigré : la bande dessinée érotique, un paradoxe à notre époque où la pornographie est accessible partout avec l’Internet !

    alex varenneAlex Varenne excelle dans ces planches au noir et blanc élégant, dans ses dessins aux traits précis, dans ses visages délicats et dans les corps féminins soignés et mis en valeur. Le corps féminin reste plus que jamais le sujet principal d’Alex Varenne, y compris dans ses peintures les plus récentes, bientôt exposées à Paris à la galerie Art En Transe Gallery (Paris 3e). L’auteur d’Ardeur ou de de la série Erma Jaguar magnifie les femmes avec un sens du détail et de la mise en scène qu’il travaille sans laisser la place au hasard : l’artiste explique qu’il photographie ses modèles dans toutes les positions avant de se mettre au crayon et de les coucher sur papier.

    Dans Itinéraire d’un Libertin, Alex Varenne n’omet rien de sa carrière, dont il parle avec passion et avec une rare franchise.

    À ses débuts, le futur auteur de La Molécule du Désir est un professeur pour qui la bande dessinée est une activité peu lucrative, en raison notamment de la frilosité des éditeurs. Lorsqu’il entame le premier album de sa série Ardeur, c’est en collaboration avec son frère Daniel Varenne. La collaboration fructueuse donne naissance à un des chefs d’œuvre de la bande dessinée, avant que le scénariste engagé et le dessinateur, qui excelle déjà dans des dessins expressifs (mais aussi des scènes érotiques imposées pour les besoins du récit), ne se brouillent. C’est comme libéré qu’Alex Varenne trouve sa voie dans la bande dessinée érotique, encouragé notamment par Georges Wolinski, avec un passage notable à Charlie Mensuel.

    Dans cette confession sans langue de bois, Alex Varenne parle abondamment des femmes qu’il admire, aime et reproduit sans retenue. Il ne cache pas non plus la portée autofictionnelle – pour ne pas dire autobiographique – de ses réalisations. Fantasmes, pulsions, contes, détournements : Alex Varenne explore le sexe sous toutes ses latitudes, en n’établissant, dit-il, qu’une barrière : celle de la morbidité. Ce qui n’empêche pas l’artiste d’avoir traité malicieusement de sujets comme le SM, le bondage ou la nécrophilie !

    alex varenneIntelligemment, le livre d’entretien dépasse le simple portrait d’un dessinateur capital, à la fois libre et libertin. Luc Duthil met également son travail artistique dans la perspective de ses influences : ses confrères de la BD érotique (Milo Manara ou Guido Crepax en premier lieu), mais aussi les peintres américains contemporains du pop art – Roy Liechtenstein, ajouterons ceux qui ont pu admirer ses toiles. Amoureux de l’Asie, Alex Varenne ne cache pas non plus son intérêt pour les estampes japonaises ou pour les mangas. À ce sujet, le livre d’entretiens rappelle qu’Alex Varenne a été sollicité pour proposer aux lecteurs nippons deux ouvrages aux éditions Kodansha – un projet qui fera, hélas, long feu.

    Alex Varenne ne manque pas non plus de s’arrêter sur ses albums les plus emblématiques (que Bla Bla Blog abordera d’ailleurs dans les prochaines semaines) : Ardeur, Carré noir sur dames blanches, Angoisse et Colère, Erma Jaguar, Les Larmes du Sexe, Amours fous, Gully Traver ou Yumi - La Molécule du Désir (déjà chroniqué dans cet article : "Le Viagra, en plus efficace et plus drôle").

    Sans abandonner la bande dessinée érotique, Alex Varenne s’affirme également dans la peinture, un domaine dans lequel le créateur d’Erma Jaguar excelle : ses thèmes favoris – la femme et l’érotisme – sont déclinés dans des toiles aux aplats colorés, aux personnages saisissants et aux scènes strip-art tour à tour réalistes, oniriques ou mystérieuses. Les femmes de Varenne, "femmes de papier" devenues "femmes de toile", sont peintes amoureusement, sans concession, et parfois avec humour : femmes d’extrême-orient ou de Paris (que le peintre et dessinateur connaît bien), prostituées de nulle part et d’ailleurs, madonnes déshabillées inspirées de la Renaissance, héroïnes fatales, inconnues ordinaires surprises dans l’intimité, dominatrices ou BCBG des quartiers huppées.

    On n’ôtera pas à Alex Varenne son combat d’une vie : grâce à la bande dessinée mais aussi la peinture, ce libertin ne nous parle-t-il pas de la liberté, pour toutes les femmes, d’aimer ?

    Luc Duthil et Alex Varenne, Alex Varenne, Itinéraire d’un Libertin, éd. PLG, 2007, 240 p.
    http://www.alexvarenne.com
    "Le Viagra, en plus efficace et plus drôle"
    Alex Varenne, Strip Art, Art En Transe Gallery, du 8 novembre au 4 décembre 2016

    © Alex Varenne 

  • La rue est à eux

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    Il faut lire la préface de 100 Artistes du Street Art, signée par Paul Ardenne ("Street Art, la rue est à nous !") pour comprend l’importance et la spécificité du street art, un mouvement mal aimé, dénigré et moqué : ses pourfendeurs l’accusent d’avoir fait du saccage urbain un moyen d’expression underground. Le dernier exemple en date étant le procès intenté par la SNCF contre l'auteur de Monsieur Chat.

    Voilà qui est sévère, et Paul Ardenne n’écarte pas ce discours critique d’un revers de main. Plutôt que de dresser un tableau chronologique de cet art de la rue, le maître de conférences en histoire de l’art à l’université d’Amiens, et aussi collaborateur pour les revues Art Press et Archistorm, se fait analyste précis et pertinent du street art. Il esquisse les origines d’un mouvement culturel foisonnant, de ses courants hétéroclites, de quelques figures majeures comme des problématiques culturelles, sociales, politiques ou juridiques d’un art engagé et, au départ, clandestin : "L’art de la rue stricto sensu, ce sont (…) toutes les formes d’expressions qui se moulent dans le tissu urbain et au contact direct du spectateur."

    Art intrusif, urbain (la plupart du temps, en tout cas), gratuit, entaché d’une réputation subversive, le street art est indéniablement entré dans une période de légitimité : un certain nombre d’artistes issus de cette mouvance voient de prestigieux musées publics ou privés leur ouvrir leurs portes.

    Quelles sont les origines du street art ? Né en Occident dans les années 60 (les artistes ont pour pseudonymes Cool Earl, Julio204, Phase2, Eva62 ou Flint 707), cette forme de création est en réalité bien plus ancienne. Paul Ardenne rappelle que les premières formes d’expressions artistiques étaient les grattages de surfaces ou les marquages à l’encre naturelle de surfaces rupestres durant le paléolithique. Le street art serait donc un mouvement culturel aussi vieux que l’homme, même si les bombes aérosols mises sur le marché dans les années 60 ont remplacé les empreintes de mains ou les reproductions de buffles à Lascaux ou Chauvet.

    Dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’affirmation et le développement du street art, aussi critiqué soit-il (ou parce qu’il est critiqué et subversif ?) est spectaculaire. Il prend son essor dans les villes de la côte est des États-Unis avant de s’étendre en quelques années aux autres grandes cités occidentales, avec d’autant plus de vigueur que se propagent les grandes crises planétaires, pétrolières, économiques, sociales ou écologiques.

    À ses débuts, rappelle Paul Ardenne, l’expression graphique de ces artistes d’un nouveau genre est avant tout narcissique : le graffeur est dans une course à la visibilité. En taggant son blaze, lui - ou sa bande (le crew) - entend s’approprier en son nom propre l’espace urbain, jusqu’au recouvrement ("pourrissement") de l’espace public (Seen).

    Loin d’être le désœuvré dont on voudrait l’affubler, l’artiste de rue serait avant tout cet activiste utilisant la transgression pour faire de la rue un musée à ciel ouvert (une TAZ, ou Temporary Authonomy Zone), voire un lieu de vie où se mêlent musiques, danses, performances… en toute illégalité (5 Pointz, au Queens, New York).

    Cette illégalité, voire le vandalisme, n’est pas caché par Paul Ardenne dans sa préface. Il en fait d’ailleurs une véritable problématique, la plupart de ces artistes de la rue ayant assumé d’emblée d’être marginalisés.

    Art démocratique s’il en est, sans exigences académiques a priori (ce qui n’exclut pas les influences de brillants noms comme Jackson Pollock, Jean Dubuffet ou Cy Twombly), le street art a fait et fait toujours l’objet de tensions entre graffeurs et institutions publiques (Paul Ardenne cite justement le cas des pisadores à São Paulo). Pour autant, l’intégration, pour ne pas dire l’adoubement, d’artistes de rues à de grandes institutions publiques – que ce soit Jean-Michel Basquiat, Ernest Pignon-Ernest ou JR – est presque aussi ancienne que cet art lui-même. Des espaces dédiés sont concédés par les autorités pour les graffeurs – souvent du reste pour les canaliser – alors que des grands musées proposent d’ouvrir leurs galeries à ces créateurs venus de la rue.

    Le cœur de cet ouvrage paru aux éditions de la Martinière est la présentation de 100 artistes (ou groupes d’artistes) incontournables. Ils sont classés par ordre alphabétique, de "5 Pointz" à "Zoo Project" et se voient consacrés équitablement deux pages, une de texte, l’autre d’illustrations.

    Grâce à ces 200 pages, le lecteur peut se faire une idée d’un mouvement sans frontières, hétéroclites et aux approches parfois diamétralement opposées.

    Quelques noms connus ressortent : Bansky, Jean Faucheur, Keith Haring, Invaders, JR, Miss.Tic, Monsieur Chat, Ernest Pignon-Ernest ou Jean-Michel Basquiat (alias SAMO).

    Les 100 portraits brossés laissent voir la diversité de parcours chez des artistes que l’on a souvent caricaturés comme des vandales détériorant l’espace public. En réalité, ces artistes, souvent cachés derrière d’obscurs pseudonymes, ou bien œuvrant dans des collectifs plus ou moins influents, peuvent être d’authentiques avant-gardistes, prouvant que le street art ne doit pas se limiter à ces tags tracés en catimini sur des wagons abandonnés ou à des façades défigurés par des blazes.

    L’art urbain, nous disent les auteurs, Marie Maertens, Paul Ardenne et Thimothée Chaillou, peut être d’une très grande technicité et conceptuellement très élaboré, lorsqu’il ne renvoie pas à des influences artistiques reconnues : le land art (JR), le minimalisme (Slinkachu), l’art brut (Nunca), le folklore (Vitché) ou la vidéo (Videoman).

    Finalement, la richesse du street art dépasse, et de beaucoup, le phénomène populaire des tags, qui font tout de même l’objet d’une double page. Les créations conceptuelles de l’art urbain sont d’une richesse qui n’a pas à pâlir de la comparaison avec d’autres courants ou artistes de l’art contemporain : les interventions de Cédric Bernadotte, les peintures à la bombe monumentales d’Ash, les travaux au pochoir pop art de Bleck le Rat, les graffes de Corn-Bread, les actions engagées des Déboulonneurs, les affiches sophistiquées de Diuf, les fresques d’El Mac, les portraits emblématiques de Barack Obama par Sheppard Fairey, les peintures pointillistes (à la bombe!) de Jean Faucheur, les détournements féministes des Guerilla Girls ou ceux de Zevs, les petits personnages reconnaissables entre tous de Keith Haring, les collages monumentaux de JR, les installations minutieuses à base de tessons de bouteilles d’Olivier Kosta-Théfaine ou l’univers iconique de Miss.Tic.

    Citons aussi les détournements de panneaux routiers par le collectif roumain Monotremu, les intrusions urbaines de Monsieur Chat, les poupées mangas de Laidy Aiko, les tressages au scotch rouge de Louis Pavageau (alias Ligne Rouge), les personnages éthérés de Jérôme Mesnager, la performance spectaculaire d’Alexandre Orion dans les tunnels de São Paulo, les interventions d’Ernest Pignon-Ernest, les coulures de Quick, les phrases barrées en police Verdana de Rero, les créations complexes de SAMO (Jean-Michel Basquiat), les jeux de piste de Taki 183, les travaux au scotch de Tape Art ou les grattages monumentaux de Vhils et Zhang Dali.

    Le guide ne met pas sous silence l’une des plus étonnantes réalisations du street art, l’Underbelly Project. Il s’agit d’une vaste exposition secrète dans les sous-sols de New-York. Une station de métro abandonnée a été confiée à des centaines d’artistes. Sorte de "Lascaux contemporain", l’Underbelly Project est destiné à être vu par les spectateurs… des siècles futurs : "Un acte de mémoire, comme un acte d’amour sans attente de retour", commente Paul Ardenne au sujet de ce projet spectaculaire et inédit.

    Un monde underground est dévoilé dans ce livre rigoureux et de qualité. Au terme de la lecture de cet ouvrage collectif, le lecteur ne verra plus de la même manière les tags qu’il croisera au coin de la rue.

    Marie Maertens, Thimothée Chaillou et Paul Ardenne, 100 Artistes du Street Art,
    éd. La Martinière, 2011, 236 p.
    "Qui veut la peau de Monsieur Chat ?"

  • Qui veut la peau de Monsieur Chat ?

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    Monsieur Chat est ce personnage devenu célèbre, un chat jaune aux yeux en forme d’amande et au large sourire espiègle, créé par l’artiste franco-suisse de street-art, Thoma Vuille. Monsieur Chat est devenu si familier pour des millions de citadins de Paris, New-York ou Tokyo que l’on peine à imaginer que cette icône puisse être attaquée.

    C’est pourtant ce qui se passe en ce moment. La SNCF a en effet traîné en justice Thomas Vuille pour avoir dessiné Monsieur Chat sur des parois en travaux de la Gare du Nord. Le facétieux félin, figure emblématique de l’art de rue, pourrait valoir à son auteur trois mois de prison ferme, pour récidive, Thomas Vuille ayant déjà été, par le passé, condamné à des amendes pour des faits similaires. La vieille compagnie ferroviaire ne rigole pas avec la dégradation de ses biens, y compris pour de sordides panneaux en travaux, et ce même s’il s’agit d’œuvres d’arts éphémères par un artiste internationalement reconnu.

    Quel que soit le verdict, attendu le 13 octobre 2016, pas sûr que la SNCF sorte grandie par ce procès d’un autre temps.

    Le bloggeur reviendra plus longuement sur le street-art dans un article à paraître demain sur Bla Bla Blog.

    http://www.monsieurchat.fr

  • No signal

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    Comment et pourquoi retourner à la nature ? Alors que plus de la moitié de la planète vit en milieu urbain, l’homme n’a jamais été aussi déconnecté de la nature et des grands espaces. Commencé en 2013, le projet de Brice Portolano, “No Signal” (en référence aux ondes radios et autres réseaux wifi omniprésents dans le monde contemporain), choisit de nous parler du retour, en plein XXIe siècle, de l’homme à la nature.

    Sans pour autant s’affranchir de la modernité ni se marginaliser, il s’agit pour ces individus de remettre en question des valeurs qui ne leur correspondent plus. Ces hommes et ces femmes ont fait le choix de vivre en pleine nature, que ce soit Tinja, éleveuse de chiens de traîneaux en Laponie, Ben et Katherine, éleveurs et agriculteurs non loin de Salt Lake City ou Jerry, ostréiculteur en Alaska.

    Dès sa sortie de l’École des Gobelins et durant trois ans, Brice Portolano, né en 1991, explore les grands espaces pour partir à la rencontre de ceux qui les habitent, des forêts enneigées de la Laponie aux steppes désertiques de l’Iran en passant par l’Alaska, l’Ouest Américain ou encore les Alpes Françaises.

    Ses maîtres mots : authenticité, aventure et liberté. Du haut de ses 25 ans, le photographe ne se targue pourtant pas d’être de la trempe d’un photo-journaliste mais d’un photographe documentaire inspiré et baroudeur : “Je suis fasciné par les photographes de mode qui arrivent à créer de belles images à Paris. pour moi c’est impossible, j’ai besoin de déséquilibre, de météo instable et d’un peu de chaos – c’est pour ça que j’aime autant voyager, il n’y a rien de plus agréable que d’être surpris par les éléments naturels.

    Brice Portolano est régulièrement publié en France et à l’international, notamment dans L’Obs, Le Monde, Stern, VSD, National Geographic Traveler ou The Daily Mail UK. L'exposition "No Signal" lui est consacrée à la galerie Art en Transe du 8 au 25 septembre 2016.

    Brice Portolano, “No Signal”, Exposition photo du 8 au 25 septembre 2016
    Art en Transe Gallery, 4, Rue Roger Verlomme, 75003 Paris
    du mardi au samedi de 12h à 19h30 et le dimanche de 14h30 à 19h30

    www.entransegallery.com
    http://www.briceportolano.com

  • Bouées, sardines et jolies poupées

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    patricia lm,concarneau,bretagne,porto,douarnenez,brest,warhol,polockC’est par hasard que je suis tombé il y a quelques jours sur la galerie d’art de Patricia LM, à Concarneau, non loin de la Ville Close. Sur quelques mètres carrés, l’artiste y présente un choix d’œuvres, après plusieurs expositions cette année à Porto (Galeria Adorna Corações, en mai et juin 2016), Brest (La Non Galerie, en mai et juin) et Douarnenez (août).

    C’est d’abord de photographie dont il est question, une photographie qui s’affranchit des règles, au point que spectateur peut légitimement hésiter sur la technique utilisée : s’agit-il de clichés ou de peinture  hyperréaliste ? Patricia LM utilise l’informatique et la technologie pour donner à ses photographies, imprimées sur plexiglas, métal ou toile, une nouvelle fraîcheur. Les objets les plus triviaux, tels ces robinets d’un autre âge, deviennent des tableaux warholiens d’une grande puissance, habillées d’un bleu subtil.

    Patricia LM retravaille de la même manière ses modèles féminins. L'artiste a pris le parti de les photographier en gros plan, s’intéressant aux jambes, aux pieds ou aux bustes. Les corps et les vêtements (dont une série sur les jeans) sont mis en valeur avec d’autant plus de respect que les clichés sont là aussi retravaillées et rehaussés de couleurs chaleureuses. Le bleu pastel, le gris velouté et le rose délicat se répondent, au service de photographies qui nous parlent d’intimité, de pudeur, de séduction ou de rendez-vous amoureux secrets dans des lieux interlopes.

    L’atelier de Patricia LM propose, outre les dessins au format à l’italienne de pin-up, d’autres créations étonnantes et qui ne sont pas à manquer. Ce sont d’abord ces bouées, en réalité parfaitement submersibles car elles ont été élaborées à partir de tuyaux métalliques. L’artiste en a fait de faux objets maritimes, transformés dans son atelier en installations légères grâce aux couleurs – le rose, le vert – et à l’utilisation du dripping, cher à Jackson Pollock.

    D’étranges et cocasses objets sont également proposés au visiteur : des boîtes de sardines "à l’ancienne", ouvrables grâce à une clé ("Mais c’est devenu difficile d’en trouver", précise, amusée, l’artiste). Patricia LM a fait de ces anciennes conserves de poissons de délicats objets colorés, complétés par quelques fragments de filets de pêche (après tout, nous sommes en Bretagne). Ce sont encore des filets de pêche qui sont utilisés comme matière pour construire d’étonnants bijoux. Cette jolie variété de créations fait tout le charme de cet atelier concarnois.

    Lorsque le folklore maritime rencontre le pop-art, ça donne ça.

    Atelier de Patricia LM, au coin de la rue Laënnec et de la rue Dumont D'Urville,
    Concarneau (Finistère)

    Page Facebook de Patricia LM
    ©Patricia LM

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  • Baigneuse sortant des eaux

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    Regardez cette photo devenue culte dans l'art contemporain. Qu'y voyons-nous ? Sur ce cliché de la photographe néerlandaise Rineke Dijkstra, une jeune fille est saisie un jour de baignade. L'adolescente, en maillot de bain une pièce, se tient figée face à l'objectif, devant une plage déserte, un paysage aux contours imprécis, une mer agitée et un ciel grisâtre. Elle a l'apparence d'une adolescente frêle et timide. Sur sa peau blanche, des marques de bronzage se devinent et quelques mèches de cheveux s'agitent au vent. Son sourire est énigmatique et sa pose cambrée comme empruntée. À quoi pense-t-elle ? Son regard bleu soutient celui du spectateur sans rien dévoiler de l'expression de cette plagiste.

    Qu'est-ce qui a bien pu faire la postérité de ce cliché, le premier d'une longue série qui a mené la photographe Rineke Dijkstra sur des plages d'Europe et d'Amérique du Nord, sur les traces de jeunes baigneuses comme celle-ci ? Le modèle, une adolescente comme il en existe des millions d'autres dans nos contrées, n'est pas mise en valeur pour sa plastique et le cliché est dénué de tout érotisme.

    La scène racontée par Rineke Dijkstra est banale : la jeune baigneuse photographiée le 26 juillet 1992 sur une plage de Pologne (Kołobrzeg) aurait tout aussi bien pu être photographiée de nos jours, sans qu'aucun détail ne change. Alors d'où vient alors l'irrésistible attraction de cette scène ordinaire si elle ne vient ni du modèle ni de l'histoire racontée ? Peut-être justement à son intemporalité et à son classicisme.

    Classique, justement, est le sujet choisi par Rineke Dijkstra : une scène de bain. À ceci près que les artistes passés ont souvent représenté leur modèle nue et le plus souvent dans des poses érotiques. Tel n'est pas le cas, comme nous l'avons dit, pour cette photographie de 1992.

    naissancedevenus.jpgUne peinture est d'ailleurs emblématique de cette tradition : La Naissance de Vénus de Boticelli. Cette peinture profane représente un personnage mythologique, Vénus, sortant des eaux sur une coquille Saint-Jacques géante. Sous une pluie de roses, elle est accueillie sur une plage par, à sa droite, Zéphyr et sa femme Chloris, la déesse des fleurs, et à sa gauche par une des trois Heures personnifiant le printemps. L'observation de l’œuvre de Botticelli remet en perspective la photographie de Rineke Dijkstra. La fascination pour cette baigneuse polonaise prend ici tout son sens : l'adolescente polonaise en maillot une pièce, c'est Vénus.

    La similitude des deux modèles est flagrante : la pose déhanchée des personnages à la peau blanche, les boucles de cheveux agités par le vent, la main gauche posée sur une cuisse, jusqu'aux pieds de cette baigneuse polonaise reprenant dans un mimétisme troublant la posture de la Vénus renaissante. L'adolescente gracile devient sous l’œil de la photographe néerlandaise une jeune déesse, au milieu d'un paysage désert lui aussi "très renaissance" : l'effet vaporeux de la plage et de la mer n'est pas sans rappeler la technique du sfumato, chère à Léonard de Vinci.

    La jeune baigneuse de Rineke Dijkstra, vue et interprétée sous l'angle du tableau du tableau de Botticelli, devient une œuvre d'art fascinante et, du même coup, un classique de la photographie contemporaine.

    Dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste, Rineke Dijkstra est une des artistes invitées par la Frac Haute-Normandie pour l’exposition "Portrait de l'artiste en Alter" à Sotteville-lès-Rouen, du 28 avril au 4 septembre 2016.

    Rineke Dijkstra, Kołobrzeg, Pologne, 26 juillet 1992
    Sandro Botticelli, La Naissance de Vénus, 1486, Florence, Galerie des Offices
    "Portrait de l’artiste en alter", FRAC Haute-Normandie, Sotteville-lès-Rouen
    du 28 avril au 4 septembre 2016, du mercredi au dimanche de 13H30 à 18H30, entrée libre

  • Thibault Jehanne revisite Frits Thaulow

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    thaulow,thibault jehanne,normandie,impressionnisme,caen,contemporainThibault Jehanne propose sa vidéo Éclipse dans le cadre de l'exposition Frits Thaulow, Paysagiste par nature (Musée des beaux-arts de Caen, 16 avril-26 septembre 2016). Cette œuvre d’un artiste contemporain normand propose un jeu de l’eau, de la lumière et du blanc, en référence au peintre impressionniste Frits Thaulow, à l'honneur pour le festival Normandie Impressionniste.

    Thibault Jehanne a choisi de travailler sur le thème des routes submersibles en Manche, filmées au petit matin. Éclipse vient offrir un clin d’œil et un hommage appuyé au travail de Frits Thaulow, le peintre de la lumière, de la neige, du blanc et de l’obscurité.

    Thibault Jehanne, Éclipse, au Musée des beaux-arts de Caen,
    jusqu’au 26 septembre 2016

    dans le cadre de l’exposition Frits Thaulow, Paysagiste par nature
    http://thibaultjehanne.fr
    "Frits Thaulow, un bobo chez les impressionnistes"

  • Frits Thaulow, un bobo chez les impressionnistes

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    Il y a sans nul doute urgence à découvrir l’exposition qui lui est consacrée : Frits Thaulown Paysagiste par Nature, jusqu’au 26 septembre 2016. D’abord parce qu’il s’agit de la plus importante rétrospective en France de cet impressionniste : dans le cadre de Normandie Impressionniste, le musée des beaux-arts de Caen présente 61 œuvres, issues pour la plupart de la Galerie Nationale d’Oslo. Ensuite parce que Thaulow offre le visage d’un artiste à la fois attachant et proche de nous. Son ami et peintre Christian Krohg dit de lui en 1874 : "C’est un type épatant, le seul parmi les peintres ici chez qui on trouve un peu d’humour et d’amabilité. En revanche, les autres sont de tristes sires tout autant qu’ils sont."

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    L’exposition temporaire s’ouvre sur une toile certainement emblématique de l’homme, Sillage d’un Paquebot (vers 1898). Cette huile est moins à voir comme une peinture de marine que comme l’expression d’un voyageur, un artiste ayant parcouru le monde au point d’avoir été internationalement connu à son époque. L’artiste a choisi de représenter, dans cette petite toile, non le bateau en lui-même mais son sillage évanescent : "Je suis resté longtemps à regarder l’océan. Les larges masses d’écume s’élargissaient en lignes merveilleuses et en masses décoratives semblables à des dalles de marbre noir et blanc, polies par les flancs durs du navire" raconte-t-il.

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    Car les influences de Thaulow sont d’abord à chercher du côté de ses compatriotes : Sørensen, je l'ai dit, mais aussi Hans Budde. Le jeune peintre est marqué par le courant naturaliste de ce dernier. Pour ses premières œuvres, il cherche à transmettre le réalisme de ses sujets et de ses matières, utilisant des teintes grises et brunes. En Norvège, Thaulow est également en contact avec un autre de ses condisciples, Edvard Munch. Le musée des beaux-arts de Caen présente une des toiles de l’auteur du Cri : Saxegådsgate (v. 1882).

    En 1872, Thaulow s’arrête dans un modeste village de pêcheur, Skagen, pour représenter la vie simple de ses habitants (Le Cotre Liberté, 1872), à la manière d’Eugène Boudin : larges touches de pinceau, teintes grises du ciel, personnages à peine esquissés. En Norvège, c’est à la vie de ses contemporains qui l’intéresse : Le Retour des Pêcheurs, à Skagen (1879), Rivage (1879) montrant l’embouchure de la rivière Ogna dans la mer à Jæren. Thaulow s’affirme comme un dessinateur et un coloriste hors pair lorsqu’il représente le port de Christiana (Revierhavnen, 1881).

    En 1874, Thaulow découvre la France, un pays qu’il arpentera toute sa vie : Normandie, Bretagne, Picardie ou Paris. Il ramène de ses voyages des représentations de paysages et de côtes : Montreuil-sur-Mer dans le Pas-de-Calais, les rives de la Somme en Picardie, la Dordogne en Corrèze, la Seine à Paris de 1892 à 1893 ou Quimperlé dans le Finistère (Le Soir à Quimperlé, Bretonne sur le Pont, v. 1901-1902).

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    Influencé par l’école pleinairiste, Thaulow suit l’exemple de ses contemporains impressionnistes, Monet en premier lieu : il peint d’après nature, en plein air, et s’impose comme un coloriste passé maître dans l’art de reproduire les teintes aquatiques bleutées : "Je ne vois qu’un homme qui sache dessiner l’eau comme Boecklin, l’architecture des vagues, le remous des ondes. j’ai nommé : Thaulow" dit à son sujet Robert de Montesquiou en 1897. Thaulow impressionne littéralement lorsqu’il représente les remous d’un moulin à eau (Moulin à Eau, 1892) le bouillonnement d’une rivière à Manéhouville (v. 1897) ou l’écume des vagues sur une plage à Dieppe (v. 1899). 

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    Après 1886, s’ouvre une période artistique marquée par le pastel, une technique qui avait été en vogue au cours du XVIIIe siècle (Quentin de La Tour, Chardin, Nattier), avant d’être boudée au tournant du XIXe siècle. Il revient en force grâce à Boudin et Millet. Frits Thaulow s’y intéresse à son tour. L’artiste voit tout l’apport du pastel, moyen d’expression énergique, nerveux et d’une rare expressivité grâce aux contrastes saisissants qu’il offre. Mais Thaulow y apporte sa patte. Il représente des canaux, des vues marines (Un Îlot en pleine Mer, 1890), des paysages enneigés (Effet de Neige, Norvège, 1904) et parvient à traduire les effets de matières, de reflets, de lumières et d’eaux. Il sait jouer des contrastes pour représenter les nuits les plus sombres, éclairées de quelques lampadaires et peuplées d’arbres d’un vert tranchant, ectoplasmes inquiétants.

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    Frits Thaulow est présent à Caen jusqu’au 26 septembre, en compagnie d’autres artistes de son époque : Eugène Boudin, Lowell Birge Harrison, Christian Korhg, Henri Le Sidaner, Max Liebermann, Claude Monet ou Edvard Munch. C’est l’occasion de découvrir l’un des artistes les plus attachants du XIXe siècle.

    Frits Thaulow, Paysagiste par nature, Musée des beaux-arts de Caen, 16 avril-26 septembre 2016
    Avec un espace pédagogique et ludique pour les enfants
    Collectif, Frits Thaulow, Paysagiste par nature, éd. Snoek, 2016
    Normandie Impressionniste

    Alfred Roll, Le Peintre Frits Thaulow et sa femme Alexandra, 1890,
    Petit Palais, Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
    Frits Thaulow,
    Une Rue à Christiana (détail), 1880, Oslo, Bymuseum
    Frits Thaulow,
    Monticule rocheux, motif de Kragerø, 1882, Göteborgs kunstmuseum
    Frits Thaulow,
    Le Havre : Marée basse, 1877, Thiers, Musée de la Coutellerie
    Frits Thaulow,
    La Rivière Simoa en Hiver (Modum), 1883, Oslo Nasjonalgalleriet
    Frits Thaulow,
    Le Soir à Quimperlé. Bretonne sur le Pont, 1901-1902, Royaume-Uni, collection particulière