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fantastique

  • Dans la zone

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    Depuis plusieurs mois, on l’attendait. – Quoi ?– Le retour de Twilight Zone. La Quatrième Dimension a fait les beau jours de la télévision depuis 1959 et a marqué des générations de spectateurs. Rod Steiger, créateur et narrateur concis et froid, présentait des épisodes tour à tour fantastiques, incroyables, facétieux et troublants, parvenant à chaque fois – ou presque – à dérouter des spectateurs scotchés devant ces petits bijoux, ne dépassant souvent pas les 25 minutes. La série américaine s’offrit même le luxe de s’offrir quelques stars : Buster Keaton, Lee Marvin, Mickey Rooney, Robert Redford, Dennis Hopper, Leonard Nimoy, Charles Bronson, Agnes Moorehead, Patrick Macnee, Martin Landau, Roddy McDowall ou Peter Falk.

    Il y a eu dans les années 80 une nouvelle version, cette fois en couleur et avec une voix off venue d’outre-tombe. Avouons-le : la magie n’opérait plus. Une Treizième Dimension, diffusée au début des années 2000, plus discrète encore, ne marqua pas plus les esprits, malgré la présence de Forest Whitaker en narrateur. La version en noir et blanc de Rod Steiger continuait à être la référence considérée comme indépassable. Cette année, nous apprenions que Twilight Zone revenait, avec cette fois Jordan Peele (Get Out, Us, la série Fargo) dans le rôle du narrateur, apparaissant au début et à la fin de chaque épisode. Quelles surprises allaient nous proposer ce nouveau Twilight Zone ? 

    Pour cette saison proposée par CBS, 10 épisodes sont proposés, avec le même ADN : des scénarios alambiqués, une intrigue se terminant par une chute spectaculaire ou étonnante et des personnages perdus dans une réalité qui perd soudain pied, sans oublier la bande originale reprise pour les génériques de début et de fin et le célébrissime thème de Jerry Goldsmith.

    Sans oublier le célébrissime thème de Jerry Goldsmith

    La première saison de la série propose dix histoires mystérieuses et parfois terrifiantes de gens ordinaires perdus dans une autre dimension, faite tour à tour de rêves, de cauchemars ou de folies. Un humoriste sans talent se voit proposer un talent soudain et irrésistible mais à un prix très élevé. Un passager apprend en détail par un podcast que l’avion où il est embarqué va s’écraser. Une femme noire va essayer de déjouer un destin cruel grâce à un caméscope aux étranges pouvoirs. En Alaska, une policière se trouve nez à nez avec un voyageur pendant la nuit de Noël. Un conseiller un communication suit un jeune garçon, persuadé qu’il peut devenir le futur Président. Quatre astronautes sont en toute vers Mars sans doute au plus mauvais moment. Une jeune femme est témoin d’une pluie de météorites aux conséquences incroyables… Voilà quelques épisodes proposés, pouvant séduire ou non, avec des mention spéciales pour Cauchemar à 30 000 pieds pour son ton grinçant, au formidable Replay, interprété de main de maître par Sanaa Lathan et à Pas tous les hommes, efficace, engagé et lorgnant avantageusement du côté de Stephen King.

    Le racisme, le populisme, le féminisme, les menaces qui pèsent sur la planète, la bioéthique ou la soif de célébrité : finalement c’est de notre monde et de nous que parlent ces épisodes fantastiques, tout comme la guerre froide, l’apocalypse nucléaire ou les OVNIS (qui ne sont cependant pas absents de la version de Jordan Pelle) étaient des thèmes abordés dans les épisodes des années 60.

    Ces dix voyages entre rêves et cauchemars, malgré quelques ratés (Six degrés de liberté) sont à découvrir en ce moment. Bienvenue dans la quatrième dimension. Forcément mémorable.

    The Twilight Zone, série de science-fiction et fantastique de Jordan Peele
    saison 1, 2019, sur Canal+

    Voir aussi : "Fallait-il une nouvelle adaptation du Nom de la Rose ?"

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  • Mais que lit donc un geek ?

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    Les geeks souriront au nom "404 Factory" : le célèbre code d'erreur informatique "404" a été choisi pour désigner la "plate-forme d'écriture et de lecture créée par des geeks pour des geeks."

    La publication en ligne, déjà bien installée depuis quelques années, est sans doute en passe de prendre un nouveau visage avec l’émergence d’éditeurs numériques et Internet spécialisés. Malin, 404 Factory a choisi de s’attaquer à une niche a priori réceptive : celui des férus et spécialistes en informatique, "no life", nomades numériques, nerds et autres geeks. Créé il y a tout juste un an, 404 Factory revendique d'emblée son positionnement dans la pop-culture, celle de Minecraft ou de la Youtubeuse Andy et son roman en ligne Princesse 2.0.

    Mais que lit au fait un geek ? Et que pourrait-il écrire ? Pour avoir une réponse, le bloggeur a entrepris un tour sur 404 Factory et vous invite à l’imiter pour découvrir d'étonnantes stories, en sachant que cette plate-forme est gratuite.

    Les textes mis à disposition – et dont beaucoup sont à l'état d'ébauche – sont classés en 10 rubriques (ou "univers") : "Fantasy", "Sci-fi", "Objet Littéraire Non Identifié", "Fan Fiction", "In Real Life", "Gaming", Apocalypse", "Super Héros", "Steampunk" et "LOL".

    C'est la fantasy qui constitue le vivier le plus important du catalogue littéraire. Les geeks – et les autres – pourront y trouver des personnages familiers de l'héroïc-fantasy (citons Blanche Diamand et le Secret des Gardiens de Laura Said ou L'Entre-Monde d'Eydal) comme des incursions dans des univers dans la dark fantasy (Bran : Les Gardiens de Londres de Bastien Puech-Cessens) ou des contes d'ailleurs (Six Histoires pas très sages de Nurming).

    La science-fiction est l'autre domaine richement fourni chez 404 Factory : anticipation, voyages spatiaux-temporels, mondes d'ailleurs et créatures extra-terrestres inspirent le monde des geeks, même si nombre de textes restent à l'état d'ébauches comme Aurores d'Antoine Tyson le Maistre. D'autres projets sont plus évolués comme L42 d'EternalBoredorm, voire terminées comme Planète Ourrah d'Eva Colombe.

    404 Factory est une auberge espagnole dont la diversité n'est pas la moindre de ses qualités : à côté des textes plus ou travaillés, plus ou moins maladroits ou de projets arrivés presque à maturité, surgissent de simples pitchs à la faisabilité douteuse, que ce soit un préquel de Star Wars ou un début de spin-off d'Harry Potter mettant en scène le couple Drago Malefoy et Hermione Granger (Un amour haineux d'Elisa Mamet Roussel). Les histoires inspirées d’œuvres existantes font d'ailleurs l'objet d'une rubrique à part entière (Fan Fiction) où se pressent tour à tour le petit sorcier de JK Rowlings, l'Alice de Lewis Carroll, Sherlock Holmes ou les Pokémons !

    Le Objets Littéraires Non Identifiés renferment de petits trésors d'imagination, dont les couvertures ou simples titres font saliver : Je me suis perdu sur Internet de Joseph Bonte, L'envol d'une Cui-Cuillère de Léonardi di Carpaccio (sic), Favolascuro – Vies indépendantes d'Amanda_as ou Comment j'ai épousé mon commandant d'Unité de Sébastien Carré.

    Real Life présente "des stories ancrées dans le réel" : new romance (Amoureuse d'un Bad Boy d'Anastasija), suicide, prostitution ou addiction sont proposés à la "mode geek", avec ce je ne sais quoi d'impertinence mais aussi d'humour, tel le Journal d'une Patate de TheCutestPotato.

    Les univers du gaming et des super-héros s'offrent des places de choix chez 404 Factory. Le geek adore jouer jusqu'à pas d'heures ; le geek adore les personnages de Marvell ou de DC Comics ; le geek dévore les mangas : il se trouvera en terrain familier sur cet espace s'inspirant des jeux de rôles, des livres-jeux, des jeux vidéos ou des figures classiques du super-héros : Les Cauchemars se Peignent haut en Couleurs de Mélodie Wolfheart ou A Marvelous Carnage de Benjamin Beziat pour les deux ouvrages.

    Les sections Apocalypse et Steampunk sont les plus sombres de 404 Factory, que ce soit Apocalypse Doll de June DPZ, Z – Premiers Morts de Sebastien Carré (avec, pour figure à la mode, le traditionnel zombie) ou Chaos³ de MiKL BD. À noter la présence parmi les textes publiées d'une pièce de théâtre, L'Ombrelle de Mme Arriem de Luma.

    La dernière section, symptomatiquement appelée "Lol", rassemble quelques stories – ou plutôt projets de stories – inclassables : textes poétiques, loufoques, absurdes, dialogues décousus et expérimentations pour geek littérateur. Mais il est vrai que 404 Factory dans son ensemble reste un vaste champ d'expérimentations et de works in progress.

    www.404-factory.fr

  • Une chose venue d’un autre temps

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    Stranger Things est cet objet télévisuel comme venu d’une autre époque, ou plus précisément d’une autre décennie tant cette série à succès produite par Netflix utilise à plein la nostalgie des années 80.

    Les auteurs ont soigné les détails pour une immersion totale et régressive. Rien ne manque : la musique (Toto, The Clash et une bande son dégoulinante de synthétiseurs), les références cinématographiques et littéraires (Spielberg, King), sans oublier ces détails du quotidien, voitures, vêtements, téléphones (à fil), talkies-walkies et autres radio-cassettes...

    Maintenant, l’histoire. Un enfant disparaît. Il se nomme Will, a dix ans, et est recherché conjointement par sa mère, par un shérif blasé mais opiniâtre et par trois amis de Will, des gamins futés biberonnés à la science-fiction, à Star Wars, aux jeux de rôle et aux super-héros.

    Le spectateur croisera au passage quelques figures classiques : un couple d’adolescents stéréotypé accompagné de la bonne copine qui regrettera longtemps d'avoir tenu la chandelle, un savant fou (Matthew Modine) et des policiers dépassés par la situation. Le tout est sur fond de disparitions, de phénomènes surnaturels, de créatures étranges et d’expériences secrètes.

    Les références de Stranger Things sont multiples : Spielberg, bien entendu (ET, Poltergeist, Rencontres du Troisième Type), mais aussi Stephen King, auxquels il faudrait ajouter JJ Abrams qui avait déjà fait une incursion similaire pleine de nostalgie dans Super 8.

    On pourrait pinailler sur le fait que Stranger Things ne révolutionne pas l’histoire de la série. Ce serait cependant dénigrer une création maligne de Netflix qui joue avec l’hommage et les références nostalgiques pour alpaguer les quadras et les autres.

    Stranger Things, de Matt Duffer et Ross Duffer
    avec Winona Ryder, David Harbour, Finn Wolfhard, Millie Bobby Brown,
    Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin, Natalia Dyer, Charlie Heaton et Matthew Modine

  • Dans les séries HBO, je demande Leftovers

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    HBO se signale une fois de plus, après Rome, Game of Thrones ou Les Soprano ou True Detective, par une série qui séduit par son originalité et sa qualité.

    Leftovers vous happe dès les premières minutes : une femme au bord de la crise de nerf revient d'une laverie avec son bébé qu'elle installe dans la voiture. En quelques secondes, le cauchemar survient : son enfant disparaît. Son enfant, mais pas que : des millions de personnes dans le monde connaissent à cet instant la même tragédie.

    Nous sommes le 14 octobre, et, ce jour-là, la terre voit 2 % de sa population se volatiliser soudainement. Cet événement planétaire, à la fois fantastique et sociologique est le début de la trame de Leftovers.

    Trois années plus tard, les habitants d'une petite ville américaine vivent intensément ce traumatisme qui a bousculé tous ses repères. Il apparaît bien vite que la question "Comment vivre sans ces disparus ?" est plus capitale que cette autre : "Que s'est-il passé ?" Nous suivons avec les personnages principaux de cette série, le shérif Kevin Garvey (très bon Justin Théroux), sa petite amie Nora Durst (Carrie Coon), le révérend Matt Jamison (Christopher Eccleston) ou la convertie Megan Abbott (Liv Tyler), les aléas d'une société bouleversée qui voit s'effondrer toutes ses certitudes.

    Dans le même temps, des groupes sectaires avancent leur pion. En premier lieu, figurent les CS, Coupables Survivants, d'inquiétants illuminés vivant repliés sur eux, silencieux, vêtus de blanc et passant leur journée à manifester en ville... et à fumer ! Ces CS ne sont pas la moindre des inventions de Leftovers, et de ses auteurs Damon Lindelof et Tom Perrotta.

    Il se pourrait bien que cette série devienne une oeuvre emblématique de notre époque. Elle est en tout cas à découvrir absolument.

    The Leftovers, série TV américaine de Damon Lindelof et Tom Perrotta,
    avec Justin Theroux, Amy Brenneman,
    Christopher Eccleston, Carrie Coon et Liv Tyler,
    en ce moment sur Canal +

  • Random : en attendant la saison 2

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    Je parlais il y a peu de Random, la série française, révélation de l'année 2015. 

    En attendant une saison 2 (prévue pour le printemps 2016), déjà très attendue, les auteurs nous proposent une vidéo bonus, Random Origins

  • Random : que personne ne sorte

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    random2.jpgUne fois n'est pas coutume, TF1 se distingue dans sa programmation en proposant Random, l'une des séries françaises les plus originales du moment.

    Ne cherchez cependant pas cette fiction sur la TNT. Cette production originale a eu l'exclusivité de Mytf1.fr. C'est mieux que rien, me direz-vous, la chaîne commerciale n'étant sans doute pas prête à troquer quelques épisodes de Joséphine Ange Gardien contre une production ambitieuse ou innovante.

    Random révèle que dans le monde des séries télévisées françaises les mentalités évoluent doucement et que les chaînes ont tout intérêt à répondre à l'engouement croissant du public pour des créations originales et de qualité. Random, apparue sur le web après quatre années de travail (elle est aussi disponible sur Wat.tv et Xtra), financée via Ulule (76 contributeurs Internet), a rapidement fait le buzz. Preuve de ses qualités indiscutables, elle a été primée à plusieurs reprises : Coupe du Monde des webséries de Montréal, prix et nominations dans les festivals internationaux de WebFest à Berlin, Rome, Bilbao et, dernièrement, Rio (Rio Web Fest, prix du "Meilleur casting", début novembre 2015). Au Sicily Web Fest, Random a été nommé dans trois prestigieuses catégories et est repartie avec le prix de la meilleure websérie dramatique et le prix ''Special Mention Rockzeline''. Plus récemment, le Dub Web Fest de Dublin a récompensé Random avec deux prix : la meilleure web série drame/thriller/mystère et la meilleure actrice pour Lola Coipeau. Pas mal pour une série au format atypique (12 épisodes de 5 à 9 minutes) ayant coûté, selon les réalisateurs, 2 575 euros !

    Parlons maintenant de l'intrigue. Random a pour point de départ une bande d'amis qui, après une fête bien arrosée, se retrouvent le lendemain matin enfermés dans un appartement. Ils se retrouvent dans l'impossibilité de sortir à cause d'un phénomène surnaturel. Sans vouloir dévoiler l'intrigue, durant cette première saison il est question d'espace-temps capricieux, de rencontres surnaturelles, de doubles, de cohabitations compliquées mais aussi d'un crime qui va compliquer la situation.

    Audacieusement, cette série tournée en huis-clos (à l’exception de l'ultime scène du dernier épisode) s'approprie les codes de la science-fiction, sans oublier de faire la part belle aux ressorts dramatiques et à l'épaisseur des personnages : "On voulait que le côté scientifique soit une sorte de contexte/prétexte pour s’intéresser aux personnages et au format dramatique de la série. C’est vrai que la SF n’est pas si présente que ça, hormis le huis-clos paranormal", dit le co-réalisateur Sullivan Le Corvic dans une interview pour Les Plumes Asthmatiques.

    Le spectateur pourra aisément deviner les influences des auteurs, à chercher essentiellement du côté des séries américaines (Lost, Breaking Bad, X-Files ou Sliders). Plus anecdotique, on pourra trouver un clin d’œil à Agnès Varda au cours de cette première saison : rien d'étonnant pour une production tournée à Nantes ! Côté réalisation et interprétation, on saluera le soin et le professionnalisme de cette création qui ringardise pas mal de séries françaises. Qu'une chaîne comme TF1 la propose dans ses programmes en replay est en soi le signe qu'il se passe quelque chose d'important. La jeunesse et la créativité de Random pourrait bien faire bousculer les lignes, ici comme ailleurs.

    Une saison 2 est déjà en préparation (le tournage est prévu à partir de mars 2016) et les auteurs en projettent déjà deux autres.

    Random, la série
    Random, série française, saison 1, 12 épisodes,
    de Rémi Noëll & Sullivan Le Corvic, avec Valentin Naulin, Lola Coipeau,
    Fleur Monharoul, Arnaud Ménard, Pierre Bedouet et Enora Marcelli
    Random - Page Facebook

    "Random une webserie nantaise nominée deux fois à Montréal ce week-end",
    Presse Ocean, 14 mai 2015

    Websérie : long entretien avec l’équipe de Random,
    Les Plume Asthmatique, 31 octobre 2015