Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Isild Le Besco ou le parti pris des mots

    On ne le dira jamais assez : l’énorme talent d’Isild Le Besco dépasse très largement le cadre du cinéma et de la télévision. Comédienne, elle est aussi scénariste, écrivaine, peintre et, ici, parolière. Elle propose ici Les mots, un album entier mis en musique par Andréel dont nous avions déjà parlé ici.

    Les fameux Mots d’Isild Le Besco c’est d’abord un album de retrouvailles avec des amies et copines de l’artiste parisienne, que ce soit Josiane Balasko, Sandrine Bonnaire, Judith Chemla, Marianne Denicourt ou la regrettée Émilie Dequenne. La chanteuse et autrice peut se vanter d’avoir trouvé des partenaires entièrement investies dans un opus de chansons françaises poétiques, délicates et à la grande mélancolie.

    Quelle bonne idée que de proposer cet album acoustique (et souvent voix-piano) dans lequel la musique d’Andréel vient servir avec délicatesse sans écraser les mots d’Isild Le Besco !

    Dans Tu sais mon bonheur, Josiane Balasko s’adresse au bonheur, comme au compagnon d’une vie ("Alors aime moi, aime moi enfin, / Allons vivre ensemble, moi et toi / Un homme, une femme, mais qui respecte / Mon âme, ma joie, et mon bonheur").

    On ne peut qu’être ému à l’écoute des Murs de notre maison, un morceau interprété par Émilie Dequenne, décédée l’an dernier. Ce titre à la facture jazzy, à la cruauté feutrée, parlant de départ difficile pour une autre vie, est aussi un chant de départ ("J’ai dit au revoir aux murs de notre maison. / Ils ont tout vu, tout retenu, / Les arbres ont pleuré, je les entendais"). Il est question d’une autre habitation dans Ma maison c’est toi, interprétée par Sandrine Bonnaire. Il s’agit cette fois d’une belle déclaration d’amour, un amour certes tardif mais "essentiel" : "Une vie, j'ai vécu bien assez de temps pour comprendre / que l'essentiel était resté loin de moi. / Cette vie où j'ai pu tant donner d'amour et apprendre / ce qui m'importe le plus c’est toi". Encore une fois, c’est la simplicité guitare sèche et voix qui séduit dans ce joli titre à la simplicité touchante.

    La chanteuse et autrice peut se vanter d’avoir trouvé des partenaires entièrement investies

    Judith Chemla est, comme Isild Le Besco, une artiste qui aime se frotter à la chanson. Rien d’étonnant donc à ce qu’on la retrouve dans le Nos livres qui dansent. La musique, les notes et les mots sont au cœur d’un texte poétique qui dit l’amour, qui dit la séduction, qui dit aussi les mystères de nos pensées souvent pudiquement tues : "La nuit les mots s’échappent, certains jouent du piano. / D’autres dansent encore, ils  vont s’imprégner ailleurs."

    Une très grande mélancolie imprègne l’album d’Isild Le Besco. Les auditeurs et auditrices seront touchés par le titre Au sommet de la montagne. Maria de Medeiros y raconte l’amour, les blessures du passé et, finalement, la consolation : "Vous et moi sommes ensemble et plus rien d'autre ne nous importe que nous. / Nous allons marcher à la montagne jusqu'aux sommets et nous nous endormirons."

    Isild Le Besco chante à son tour dans le titre éponyme de l’opus : "Des mots courent en moi / Voyagent si loin / Tous ces mots que j’entends / Tous ces mots qui soignent" (Les mots). Elle s’y découvre autrice, hypersensible et poétesse. Elle parle de blessures mais aussi de rencontres avec elle-même, de réconciliation et d’amour. Voyager, marcher, tracer son chemin et surtout quitter les êtres toxiques pour se retrouver. Marianne Denicourt le chante elle aussi dans J’ai traversé, avec une fausse légèreté ("Je suis devenue une femme / Et la grâce m’accompagne / Simplement parce que je suis moi-même"). Il y a encore de l’introspection dans L’Abondance, avec la formidable Laëtitia Eïda, mélancolique, nostalgique et à la voix veloutée. Avec, là encore, la recherche de la liberté et du sens intérieur.

    L’album se termine par un morceau plus léger mais tout aussi poétique, peut-être l’un des meilleurs de l’opus. Il s’agit du titre Où l’on s’est rencontré, interprété par Léonor Graser. Il y est question d’amour, de rêverie, de l’attente de l’autre, des étreintes et, finalement de bonheur. Idéal pour terminer un album touchant, à découvrir absolument. 

    Isild Le Besco, Les Mots, Station Anvers 2026
    https://www.instagram.com/isildlebesco

    Voir aussi : "Bizarre, bizarre"
    "Lover dose"

  • Le Garçon qui faisait danser les collines

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Le Garçon qui faisait danser les collines. Il sera visible du 24 au 30 juin. Soirée débat le mardi 30 juin à 20H30.

    Ahmet, 15 ans, grandit au milieu des montagnes de Macédoine, où il garde les moutons de son père tout en prenant soin de son petit frère. Mais lui, ce qui le fait rêver, c’est la musique. Entre les attentes de son entourage et ses envies d’ailleurs, Ahmet pourra-t-il un jour suivre son propre chemin ?

    Le Garçon qui faisait danser les collines, drame Croate, Macédonien, Tchéque et Serbe de Georgi M. Unkovski avec Arif Jakup, Agush Agushev, Dora Akan Zlatanova, 2026, 99 mn
    Titre original : DJ Ahmet
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5225

    Voir aussi : "Soumsoum, la nuit des astres"

  • L’autre Mendelssohn

    Mendelssohn, pour piano. "OK", me direz-vous. Rien de très marquant. Sauf qu’il s’agit ici de Fanny Mendelssohn (1805-1847). Une femme donc, proposée et même célébrée par le label Présences compositrices. Cette Mendelssohn-là est la sœur de Felix. Peu connue, elle a été pourtant une pianiste de renom. Elle peut se targuer d’une œuvre abondante, quoique peu publiée de son vivant – son père, mais aussi son frère, voyaient sans doute mal une compositrice capable de faire de l’ombre à Felix Mendelssohn. Inconcevable de la part d’une femme pour l’époque.

    La pianiste Marie Vermuulin nous la fait découvrir à travers le cycle pour piano Das Jahr, proposé par Présences compositrices. Cette fameuse "année", c’est 1841 durant laquelle cet opus fut composé, soit six ans avant la mort de l’artiste. L’œuvre est composée de douze pièces, comme les douze mois de l’année – elles portent d’ailleurs leur nom. Un Choral (Nachspiel) vient compléter ces douze sections.

    Le romantisme fait la part belle à la nature comme reflet des passions humaines. Autant dire qu’on est en plein dedans. Que l’on pense à ce lugubre Janvier (Januar. Ein traum), joué adagio . Marie Vermeulin séduit d’emblée avec l'Adagio ("quasi una fantasia, presto"), suivi par un Février (Februar), joué scherzo et presto. Il y a une sorte de joyeuse impatience, comme si la compositrice voulait hâter le cours du temps, traverser l’hiver et arriver au printemps.

    Le recueillement frappe aux oreilles dans la partie März. Pas de printemps ensoleillé et réconfortant mais un Andante mélancolique. Fanny Mendelssohn exprime des tourments intérieurs tus pudiquement, la tête ailleurs et pas forcément vers la nature qui s’éveille. La pianiste laisse la place aux silences et à la retenue, non sans quelques éclats, avant un mois d’avril plus léger, plus frais et en forme de caprice (April. Capriccioso. Allegretto, allegro). Nous sommes au cœur du printemps. Marie Vermeulin s’y ballade avec insouciance, à la suite de son aînée (Mai, Frühlingslied. Allegro vivace e gioioso). Il faut souligner que l’art de Fanny Mendelssohn s’épanouit dans cette partie, prouvant qu’elle est une musicienne majeure de l’époque romantique.

    Une compositrice capable de faire de l’ombre à Felix Mendelssohn

    En revisitant la sérénade pour son mois de Juin (Juni. Serenade. Larghetto), la compositrice fait preuve d’une certaine audace : sens de la mélodie, rythme, expressivité, le tout servi par une pianiste au jeu tour à tour alerte, concentré, mélancolique, sombre et faussement léger.

    Étrange Juillet (Juli). Il est joué lui aussi comme une sérénade, avec une profonde langueur (Larghetto), comme si la chaleur ardente venait écraser l’auditeur ou l’auditrice, avant un mois d’août aux couleurs estivales (August. Allegro, tempo di marcia, allegro assai), sur un rythme de marche.

    Le début de l’automne est idéal pour refléter l’esprit romantique (September. Am flusse). Il faut une certaine virtuosité pour jouer ces vagues mélodieuses, aux sacs et ressacs mélancoliques. Octobre (Oktober) est plus joyeux, presque insouciant. Novembre prend des couleurs automnales, et même vives si l’on écoute November joué allegro. Pas de tristesse ici mais la chaleur d’un âtre rassurant, jusque dans le début d’un hiver apaisant (Dezember). Il y a pourtant un je ne sais quoi de nostalgique dans cette dernière partie des quatre saisons. Un sombre, bachien et court Choral (Nachspiel) vient conclure l’œuvre.  

    Au final, on se dit que Das Jahr déploie une panoplie de teintes, de rythmes et d’atmosphères, à l’image des sentiments qui peuvent nous assaillir pendant les douze mois d’une année – la joie, la tristesse, la déception, l’espoir ou l’inquiétude. Voilà qui prouve tout le talent de Fanny Mendelssohn que Marie Vermeulin nous fait découvrir avec cœur, intelligence et infiniment de persuasion. 

    Fanny Mendelssohn, Das Jahr, Marie Vermeulin (piano), Présences compositrices, 2025
    https://www.presencecompositrices.com/mag/das-jahr-fanny-mendelssohn-marie-vermeulin
    https://www.marievermeulin.com

    Voir aussi : "Compositrices entre classicisme et romantisme"
    "Trip en Écosse"

  • Expliquer est-ce justifier ?

    Le Café philosophique de Montargis proposera son prochain rendez-vous le vendredi 26 juin à la Médiathèque de Montargis, à 19 heures. Le sujet de la soirée portera sur cette question : "Expliquer est-ce justifier ?"

    Voilà un sujet qui touche autant la science que l’éthique. Mais qu’entend-on par expliquer ? Et par justifier ? Ces notions sont-elles complémentaires ou opposées ? Une explication peut-elle, à elle seule, servir de justification ?Quels sont les risques de confondre explication et justification ? La science, qui a pour but d’expliquer, est-elle toujours neutre ? Et doit-elle l’être ?

    Ce sont autant de questions qui pourrons être débattues lors de la prochaine séance du Café philosophique de Montargis. Rendez-vous à l’Atrium de la Médiathèque de Montargis pour ce débat le vendredi 26 juin 2026 à 19 heures.

    La participation sera libre et gratuite.

    "Expliquer est-ce justifier ?"
    Médiathèque de Montargis
    Vendredi 26 juin 2026, 19H
    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com
    https://www.facebook.com/cafephilosophique.montargis

    Voir aussi : "Le temps libre est-il celui de la liberté ?"

    Photo : Pexels - MERVE