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  • Takata takata, voilà les Dassin

    Voilà un album qui sent bon et la nostalgie, et l’hommage. Il est aussi une invite à ne pas oublier Jo Dassin, l’un des artistes les plus populaires de la scène française, disparu trop tôt en 1980, à l’âge de 41 ans. C’est Julien Dassin, son fils, qui prend le micro pour reprendre les grands tubes de son père.

    L'Amérique Live USA est la captation de lives lors lors de la dernière tournée de Julien Dassin aux États-Unis, entre New-York, Miami, Los Angeles, Chicago, Seattle et San Francisco. "C’était plus qu’un concert... c’était une rencontre entre deux générations et deux continents" a expliqué le chanteur, dont l’émotion est palpable lors de ces revisites forcément singulières.

    L’auditeur ou l’auditrice retrouvera les grands tubes de Jo Dassin, que ce soit L’Amérique – bien sûr –, Les Champs-Élysées, Salut les amoureux ou L’été indien. Ajoutons à ce sujet que le regretté artiste franco-américain n’a jamais été oublié, si l’on pense au titre Dans les yeux d’Émilie résonnant jusque dans des stades, plus de quarante ans après sa disparition.

    Pas de trahison chez Julien Dassin mais l’envie de retrouver la source de ces chefs-d’œuvre : l’acoustique, une voix simple et, parfois, des lectures légèrement différentes, à l’exemple de Salut les amoureux, aussi mélancolique que l’original mais sans cette fausse légèreté propre à Jo Dassin.

    Des chansons qui auraient pu paraître des bluettes sans aspérité sont devenus des classiques incontournables

    Ce qu’apporte Julien Dassin c’est une redécouverte incroyable de succès passés à la postérité. Il y a une magie certaine : comment des chansons qui auraient pu paraître des bluettes sans aspérité sont devenus des classiques incontournables (Le pain au chocolat, Et si tu n’existais pas) ?

    On peut saluer la fidélité de Julien Dassin au répertoire de Jo Dassin, jusqu’à l’intonation de certains passages (À toi). Pour L’Été indien, le chanteur assume le talk-over ("Tu sais, je n'ai jamais été aussi heureux que ce matin-là / Nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci / C'était l'automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n'existe que dans le Nord de l'Amérique"), avec sa propre personnalité, celui d’un homme de 2026, en gardant l’esprit du tube de 1975 – mais aussi son orchestration.

    Cet enregistrement public est bienvenu, tant le répertoire de Jo Dassin est un hymne aux autres, à l’humanité et bien sûr à l’amour (Il était une fois nous deux). L’amour, justement, est chanté avec joie et légèreté (Et si tu n’existais pas) et même les séparations ne sont pas si graves que cela (Ça va pas changer le monde).

    Après le cinéaste Jules Dassin (on l’oublie souvent), le chanteur Jo, donc, voici Julien Dassin, le représentant de la troisième génération d’une dynastie, bien loin d’être tarie. Chic.

    Julien Dassin, L'Amérique Live USA, FGL Productions, 2026
    https://juliendassinofficiel.com
    https://www.facebook.com/JulienDassinStory
    https://www.instagram.com/juliendassin

    Voir aussi : "Glamour western"

  • Trois actes et deux interludes

    Oui, un roman en trois actes. L’Illusionniste d’Édouard Jousselin (éd. Rivages) commence par suivre un écrivain, Étienne Pois. Un intellectuel parisien installé, reconnu, mais qui se sent dans une impasse. Aussi a-t-il décidé de traîner dans un de ces hôtels de la côte atlantique, sans âme mais bien tenu. Le lecteur ou la lectrice vont par la suite comprendre que, derrière ce séjour, il y a aussi une obligation contractuelle, qui va d’ailleurs faire l’objet d’une série de séquences d’une belle causticité.

    En attendant, dans cet hôtel de l'Atlantique, Étienne Pois observe la clientèle, sympathise – un peu –, se ballade et remarque surtout une réceptionniste, Charlotte, qu’il aborde puis drague sans réel espoir. La solitude devient finalement la seule compagne de l’écrivain qui finit par se persuader que son séjour sera au cœur de son nouveau texte, une pièce de théâtre. Fin du premier acte.

    Le deuxième suit cette fois Charlotte, notre réceptionniste. C'est une vie bien différente que la sienne. La jeune femme travaille en horaires décalés, cohabite avec son compagnon Christian dans une vie sans réels projets, sans réels envies, bref une existence morne et sans réelle aspérité, à l'image de l'hôtel où elle travaille. La solitude encore, jusqu’à ce que lui parvienne le courrier d’un ancien client de l’hôtel.

    Vous avez deviné : il s’agit d’Étienne Pois. L’écrivain l’invite à Paris pour y découvrir sa dernière pièce, intitulée La réceptionniste. Charlotte hésite et finit par prendre le TGV pour Paris. Charlotte quitte pour quelques heures sa vie triste pour se découvrir dans une pièce de théâtre. Fin du deuxième acte.

    Fascination, manipulation, mensonges et toxicité

    Le troisième et dernier acte s’intéresse à la relation entre Étienne et Charlotte, entre fascination, manipulation, mensonges et toxicité. Un jeu du chat et de la souris dont nous tairons bien entendu le final.

    Édouard Jousselin se joue du lecteur et de la lectrice dans un roman passionnant, tendu et aux multiples faux-semblants : l’écrivain paumé et morose, la réceptionniste morne et professionnelle jusqu’au sourire de bon aloi. L’illusion est reine dans ce roman à la double voix et qui est aussi un hommage au théâtre et à la puissance de la fiction. Dans le même temps, Édouard Jousselin règle quelques comptes au microcosme parisien, en particulier dans le troisième acte justement intitulé "La tragédie".

    L’écriture précise et sèche de l’auteur fait de ce roman un livre hyper-moderne, parlant de solitude, de l’importance des apparences jusque dans cet hôtel aseptisé, de l'art dans ce qu'il peut avoir de creux, sinon de destructeur, de la création au service de la consommation et du mal couvant sous un vernis respectable. 

    Édouard Jousselin, L’Illusionniste, éd. Rivages, 2026
    https://editions-rivages.fr/catalogue/lillusionniste-021584
    https://www.facebook.com/edouard.jn

    Voir aussi : "De bonnes nouvelles de Déborah Creff"