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Politique, société et environnement - Page 5

  • Le déluge, un an plus tard

    Il y a un an, Montargis comme de nombreuses villes de la région Centre, du Loiret et des bords de Seine (Nemours, Moret-sur-Loing ou Melun) subissaient des crues historiques.

    Le bloggeur était en première ligne et vous avait relaté quelques faits autour de ce déluge et de ses conséquences : les dégâts subis par ces inondations et les conséquences parfois inattendues. Ainsi, pour des milliers d’habitants, se posait la question de savoir comment voyager vers son lieu de travail – pour beaucoup en région parisienne – alors que les voies de chemins de fer étaient coupées pour plusieurs journées.

    Retrouvez les chroniques de ces journées particulières sur ce lien et des photos sur le compte Instagram de Bla Bla Blog.

    Dossier "Inondations à Montargis"

  • Incorrigible Marine

    présidentielles,le penRarement un parti politique n'aura été autant scruté que le Front National, a fortiori en cette période électorale. Marine Le Pen démasquée (éd. Livre de Poche), sorti en 2012, et résolument engagé, apporte un éclairage supplémentaire sur le parti d'extrême-droite français qui a su avec le temps devenir un acteur incontournable de la vie politique française.

    Le grand mérite de Caroline Fourest et Fiametta Venner est de répondre à cette question : après des décennies de gouvernance de Jean-Marie Le Pen, le Front National a-t-il changé avec la présidence de sa fille Marine Le Pen ? Le discours officiel de cette dernière laisse entendre que la "dédiabolisation" de son parti est une réalité et que le Front National est devenu un parti démocratique et "normalisé" à vocation populaire. Un parti devenu la troisième force politique française. Le FN martial, dangereux et arrogant serait-il une histoire ancienne, grâce à sa jeune dirigeante, a priori moins autoritaire et violente que son père ? Voire, répondent les deux journalistes : le Front national garde "le même logiciel", le "même code génétique" qu'il avait durant la présidence de Jean-Marie Le Pen. Il apparaît, au vu des témoignages et des faits collectés, que Marine Le Pen, sous couvert d'un discours laïc - qui d'ailleurs a fait bondir des historiques, Bruno Gollnish en tête, attachés à des valeurs chrétiennes, nationalistes, voire racistes - conserve la même volonté de continuer l'œuvre de son père.

    Montrer l'aspect clanique du parti d'extrême-droite n'est pas le moindre des mérites de cet essai. Car le Front National semble bien fonctionner en huis-clos où le népotisme et le favoritisme ne sont pas des vains mots. Les auteurs reviennent également longuement sur un aspect passé sous silence depuis l'arrivée de Marine Le Pen : le Front National aurait perdu ses éléments les plus sulfureux : nationalistes forcenés, nostalgiques de Vichy, skinheads, antisémites, révisionnistes de tout poil, voire païens néonazis. Erreur, répondent les journalistes ! Même si le "nouveau Front National" prend soin de ne plus apparaître sous ce visage, le parti d'extrême-droite n'a pas renié ces courants catholiques traditionnels, révisionnistes ou fascistes. Ils sont juste conviés à plus de discrétion. Au final, voilà un essai qui montre autant qu'il dénonce un parti d'extrême-droite dangereux et volontiers cynique : l'exemple du suicide d'une ancienne candidate FN - et escort-girl - est l'exemple sans doute le plus frappant.

    Caroline Fourest et Fiametta Venner, Marine Le Pen démasquée,
    Le Livre de Poche, 2012, 461 p.
    Site de Caroline Fourest

  • Les candidats sur le divan

    C'est Roland Barthes qui peut être invoqué lors de la lecture de ces cinq essais regroupés sous le titre Mythologie des Présidentiables de Francis Métivier (éd. Pygmalion). L'auteur de Mythologies est d'ailleurs référencé dans le texte qui est consacré à Marine Le Pen, dans une citation pour le moins peu flatteuse : "Dans son article sur « Poujade et les intellectuels », Roland Barthes considère Le Pen père comme le représentant principal d’une catégorie de racistes dite raciste selon « le Sang »"

    Dans la pléthore de textes sur une campagne présidentielle démente, le philosophe et écrivain Francis Métivier prend le parti d'analyser la posture et surtout les discours idéologiques des candidats, tant il est vrai, écrivait Roland Barthes, que "le mythe ne cache rien, sa fonction est de déformer, non de faire disparaître."

    Voilà donc cinq essais, à la fois pertinents, intelligents et drôles, consacrés aux cinq principaux candidats, François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Francis Méthivier met volontairement de côté les programmes et les argumentaires politiques pour s'intéresser aux postures (mais aussi aux impostures) de ces hommes et de ces femmes promis à un destin exceptionnel.

    Il est loin le temps du "Président normal" conceptualisé par François Hollande il y a cinq ans. Pour cette élection étonnante, Francis Métivier dissèque chaque candidat pour en faire des mythes aux yeux de la société. Plutôt que de parler de programmes politiques, de représentations de la France ou de traces laissées dans l'histoire, il est plus juste de parler d'idéologies, de doxa et de discours.

    Francis Métivier passe au tamis ces hommes et ces femmes – dont le/la futur(e) président(e) – pour les portraitiser en personnages divins, semi-dieux, héros mythologiques ou véritables démiurges : François Fillon est "le chevalier blanc – bien noirci – de la morale", Benoît Hamon représente "la résurgence du mythe hippie", Marine Le Pen est "l’anti-Jeanne d’Arc », Emmanuel Macron "le nouveau Moïse" et Jean-Luc Mélenchon "le Zeus révolutionnaire." Rien que ça.

    Aux yeux de l'auteur, Fillon endosse le costume sur mesure (sic) du héros sans tâche devenu en quelques semaines un "Raspoutine des urnes", renversant complètement la grille de lecture de ce candidat malmené par les affaires. "Sa mythologisation l’a fait accéder à un piédestal et il refuse d’en descendre." Au cœur de sa démarche de poursuivre sa campagne contre vents et marées, il y a cette idée machiavélique que la realpolitik et le sens de l'État guident l'homme de pouvoir : "Un esprit sage ne condamnera jamais quelqu’un pour avoir usé d’un moyen hors des règles ordinaires pour régler une monarchie ou fonder une république." Mentir serait une vertu politique et une marque de virilité.

    Bien plus cruelle est l'analyse que Francis Métivier fait de Marine Le Pen, "l'anti-Jeanne d'Arc". Les vertus cardinales prônées par la candidate d'extrême-droite - prudence, tempérance, justice et courage - cadrent assez mal avec le discours et la posture de la présidente du FN. Contre l'apocalypse sur terre et en France, la leader d'extrême-droite entend se dresser violemment contre un complot général : "Les étrangers qui ne réussissent pas et sont des prédateurs, les étrangers qui réussissent et prennent nos places." Un ennemi sans visage viendrait dénaturer "notre" France. Le salut viendrait des Le Pen : faire table rase du passé et refaire notre pays à notre image. "La France Le Pen, c’est Sun City, une senior transition, avec tout le confort auquel le bon Français de souche a droit, protégé par des vigiles et de hauts barbelés. Bref, une prison qui s’ignore." La filiation Jean-Marie Le Pen - Marine Le Pen est tout sauf anecdotique. Elle construit la mythologie familiale de la candidate, et les pièces rapportées (Bruno Gollnish, Gilbert Collard, Florian Philippot, et cetera) n'ont de fonctions que servir "le sang" des membres naturels du FN (Jean-Marie, Marine mais aussi Marion-Maréchal).

    Emmanuel Marcron, figure atypique de cette campagne décidément pas comme les autres, est présenté par Francis Métivier comme ce "dragueur de supermarché," d'abord habile à manager et à vendre : "La fin du discours de la porte de Versailles est éloquente (criez dans votre tête) : « Mais maintenant, votre responsabilité, c’est d’aller partout en France, pour le porter, et pour gagner ! Ce que je veux, c’est que vous, partout, vous alliez le faire gagner, parce que c’est notre projet ! »" Pour le reste, l'auteur pourfend le manque d'idées et de projets politiques à ce candidat surprise : "« Que m’est-il permis d’espérer ? » demandait Kant. Macron répond : du pouvoir et de l’argent." Emmanuel Macron serait un "évangéliste sans dieu", une rock-star et même, plus sévère, "un Hun, le Attila de la politique qui brûle par la parole les terres de la politique, sans être capable d’y faire repousser quoi que ce soit."

    Jean-Luc Mélenchon n'est pas plus ménagé par Francis Métivier. Se situant dans "la mythologie marxiste," le chef du principal parti d'extrême-gauche adopte une posture (ou imposture?) révolutionnaire : la veste mao, le triangle rouge inversé ( triangle maçonnique, triangle du déporté politique et rouge communiste) et le φ (phi) comme symbole de la France Insoumise "fi"). "Mélenchon est le héros caché d’une révolution inéluctable qui n’aura pas lieu. Les promesses vaines d’une vraie dictature du prolétariat, juste et fabuleuse, qui aurait réussi." L'auteur s'arrête longuement sur ce fameux φ et en analyse la portée symbolique particulièrement riche (la validation sur le bulletin de vote, la signification en grec ou le nombre d'or). Mélenchon revêt le costume d'un Zeus vengeur, colérique et tout puissant. "Il y a aussi l’écologie Mélenchon. Il s’est ajouté cette nouvelle fonction divine : faire la pluie et le beau temps." Cette omnipotence (symbolisée par ces fameux hologrammes des meetings) va jusqu'à un certain culte de la personnalité : "« Le média, c’est moi », déclare-t-il. Là encore, tel un dieu du polythéisme, il cumule les fonctions : il est à la fois la parole et le moyen de sa circulation. Une manière à la Trump de mépriser une presse pourtant indispensable."

    Dans cette galerie de candidats croqués férocement, Francis Métivier analyse Benoît Hamon avec une certaine bienveillance. Le candidat socialiste est l'idéaliste de service, l'homme de cœur et le "hippie" aventurier. Ce "baba-cool" en costume trois pièces "pense la politique" et regarde l'avenir avec une obstination qui suscite l'admiration de l'essayiste : "Le programme Hamon relève de la fabulation au sens de Bergson... Bergson écrit, dans Les Deux Sources de la morale et de la religion : « Demandons-nous quel était le besoin. Il faut remarquer que la fiction, quand elle a de l’efficace, est comme une hallucination naissante : elle peut contrecarrer le jugement et le raisonnement, qui sont les facultés proprement intellectuelles. » La raison politique est déprimante. La fabulation revigore." Le revenu universel pour tous et le cannabis légalisé relèvent d'une utopie nouvelle dans cette campagne comme pour un parti socialiste habitué à plus de pragmatisme. Là où Mélanchon est dans les gadgets de l'auto-consommation, Hamon est un poète autant qu'un philosophe idéaliste qui entend "faire planer" et rendre le "futur désirable". "

    Tous les candidats travaillent dans l’urgence et obéissent à la demande d’immédiateté, la dictature du « maintenant ». Les réponses et des mesures maintenant ! Tout le monde cède. Sauf Hamon. Il ne gagnera pas, alors autant qu’il soit cool." Voilà qui est dit.

    Francis Métivier, Mythologie des Présidentiables, éd. Pygmalion,
    5 essais de 30 p. chacun, 2017

  • Exclusivité Bla Bla Blog : bla-bla avec Jacques Cheminade

    Bla Bla Blog poursuit son dossier Présidentielles. Pour cette Chronique, nous avons interrogé Jacques Cheminade, président du parti Solidarité et Progrès et candidat à l'Elysée. Il a bien voulu se prêter à un questionnaire qui intéresse Bla Bla Blog : livres ou films préférés, dernier spectacle et exposition vus, acteur et musicien préféré, etc. Cette manière de mieux connaître les candidats est aussi un moyen de faire le focus sur les arts et la culture, des sujets bien trop discrets dans cette campagne électorale décidément atypique.

    Jacques Cheminade a répondu à notre portait chinois. L’intérêt d’un tel questionnaire est autant de donner à la personne interrogée un visage inédit en lui faisant parler de ses goûts qu’à faire des découvertes étonnantes.

    Le candidat de Solidarité et Progrès manifeste de prime abord des préférences culturelles plutôt classiques : Le Quart Livre de François Rabelais est cité comme livré préféré. Ce roman d’aventure mettant en scène un voyage de Pantagruel à l’autre bout du monde, est inspiré par les découvertes du Nouveau Monde.

    Parmi les autres références classiques figurent son auteur fétiche, Platon, "pour ses dialogues socratiques". La musique de chambre et Ludwig Van Beethoven sont évoqués comme respectivement style et compositeurs favoris, ce qui n’empêche pas l’homme politique de citer également le rappeur français Kery James. En peinture, c’est Rembrandt qui a les faveurs de Jacques Cheminade.

    Le candidat sort des sentiers battus lorsqu’il est question de cinéma et de séries télé. Son film préféré ? Le Professeur de Violon de Sérgio Machado. Ce drame brésilien sorti en 2015 suit le parcours d’un violoniste doué qui, faute de pouvoir suivre une carrière rêvée dans un orchestre symphonique, choisit d’enseigner dans la favela d’Héliopolis à São Paulo.

    Alors que Jacques Cheminade parle de Lambert Wilson comme acteur favori, il choisit de nommer comme metteur en scène Stanislas Nordey. Cet homme de théâtre, peu connu du grand public, travaille au Théâtre national de Strasbourg. On lui doit notamment la mise en scène d’Incendies de Wajdi Mouawad au TNS, en 2016.

    Le candidat à la Présidentielle cite une fiction policière française pour sa série favorite : Capitaine Marleau (photo), réalisée par Josée Dayan, avec Corinne Masiero dans le rôle titre, et dont la première saison a été tournée et diffusée sur France 3 en 2015.

    Nous avons interrogé le candidat au sujet de la dernière exposition vue. Il nous a répondu en citant le Musée National du Liban. Le candidat fait référence au Musée national de Beyrouth. Ce lieu important de la vie culturelle libanaise renferme une importante collection archéologique de la Préhistoire à la période mamelouke, avec notamment des pièces phéniciennes et une remarquable collection des époques romaine et byzantine.

    La dernière pièce de théâtre vue par Jacques Cheminade est Résister c'est exister de Alain Guyard mis en scène par Isabelle Starkier pour le studio Herbertot, avec François Bourcier. Seul sur scène, le comédien incarne une quarantaine de personnages issus de la Résistance française pendant la seconde guerre mondiale.

    Grand lecteur de journaux et de magazine – bien qu’il n’en cite aucun – Jacques Cheminade est également un amateur et un auteur de poésie. N’avait-il pas indiqué à RTL à l’occasion du grand débat du 20 mars dernier qu’il s’y était préparé "en lisant de la poésie" ? A notre connaissance, le candidat n’a cependant pas publié de poésie, en tout cas à ce jour.

    Retrouvez ici le questionnaire complet, avec également la réponse in extenso à la dernière question : "Quelle politique culturelle envisagez vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?"

    Le questionnaire complet de Bla Bla Blog, avec les réponses de Jacques Cheminade :

    Quel est votre livre préféré ?

    Le Quart Livre de Rabelais.

    Quel est votre auteur fétiche ?

    Platon pour ses dialogues socratiques.

    Quel film avez‐vous récemment vu au cinéma ?

    Le professeur de Violon, film brésilien de Sérgio Machado.

    Quel est votre acteur ou actrice favori ?

    Lambert Wilson.

    Quel metteur en scène admirez‐vous ?

    Stanislas Nordney.

    Quelle série suivez‐vous assidûment en ce moment ?

    Capitaine Marleau.

    Quel est votre style de musiques favori ?

    La musique de chambre.

    Quel est votre compositeur, musicien et/ou chanteur favori ?

    Beethoven et Kery James.

    Quel est votre peintre favori ?

    Rembrandt.

    Quelle est la dernière exposition que vous ayez vue ?

    Le Musée National du Liban.

    Quelle est la dernière pièce de théâtre ou spectacle que vous ayez vue?

    Résister, c'est exister (au studio Hébertot).

    Quel journal et/ou magazine lisez‐vous régulièrement ?

    Il y en a une dizaine...

    Pratiquez-vous vous‐même un art ?

    Oui, la poésie.

    Quelle politique culturelle envisagez vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?

    Je soutiendra une culture de la découverte qui rende l'art au peuple, avec un budget de la Culture porté à 2% du PIB.

    http://www.cheminade2017.fr 

  • GIF de campagne

    Tous les candidats.gif

    Bla Bla Blog poursuit son dossier Présidentielles avec une ITW inédite très bientôt.

  • Un peu d'Utopia ce n'est pas trop demander

    Un peu d'utopie ne fait pas de mal, n'est-ce pas ? En cette période électorale, peu de candidats nous en proposent.
    L'utopie, nous irons la chercher du côté de l'humanitaire, avec la bien nommée Utopia 56. Cette association se propose d'aider les réfugié de Calais. L'association est également active à Paris, au centre d’accueil Paris Nord, Porte de la Chapelle.

    Un collectif d'artistes, Céleste, Jean-Baptise Larché et Fleur Offwood (dans une prochaine chronique je vous reparlerai de cette musicienne, dont il avait déjà été question sur ce lien), a composé Cover You, un titre dont les dons sont directement versés à l'association Utopia 56. Cover You, en français "couvre-toi" ou "couvrez-vous" fait référence aux couvertures de survie, ces premiers biens offerts à ces hommes, ces femmes et ces enfants venus d'ailleurs. Une jolie et pertinente référence qui fait de ce morceau un véritable hymne en faveur des réfugiés.

    Musicalement, Cover You séduit par son savant mélange de pop et d'électro (mais "sans Auto-Tune", précisent les artistes), méditatif et planant. Le titre est d'ailleurs illustré par une photo aérienne ("céleste", comme le nom d'une des artistes).

    Soyons utopiques, disent en substance les artistes : faisons appel à l'altruisme de chacun. Ce n'est pas trop demander. Rendez-vous pour cela sur ce site : https://celestecoveryou.bandcamp.com/track/cover-you.

    https://celestecoveryou.bandcamp.com/track/cover-you
    http://utopia56.com/fr
    Une Fleur pour l'Orage nu

  • Mal aimés

    Nous avions croisé Nathalie Cougny dans ses voyages, ses créations et ses réflexions autour de l'amour : les relations hommes femmes, la fidélité ou la drague sur Internet (Amour et Confusions..., Sex&love.com, aux éditions Sudarènes)... C'est également d'amour dont il est question dans son dernier livre, Dis, pourquoi tu m’fais du mal ? (éd. Sudarènes), ou plutôt de non-amour ou du "mal amour" infligé aux enfants. Ajoutons qu'il s'agit bien plus qu'un livre, puisque la démarche de l'auteure s'inscrit dans un combat et une sensibilisation contre la maltraitance infantile. Conférences et rencontres ont accompagné la publication de cet ouvrage et d'autres actions d'ampleur sont à venir.

    La sortie de son essai (le 2 mars dernier) coïncidait avec la présentation par le gouvernement du premier plan de lutte contre les violences faites aux enfants, une démarche honorable mais qui souffre dans notre pays d'une certaine idée de l’éducation : "une fessée n’a jamais fait de mal à personne", "qui aime bien châtie bien" ou "moi aussi j’ai reçu des corrections quand j’étais petit et ça ne m’a pas fait de mal."

    Nathalie Cougny brosse en quelques pages éloquentes une histoire de l'éducation violente, des préceptes terribles de l'Ancien Testament ("Lorsqu'un homme a un fils rebelle et révolté, qui n'écoute ni son père ni sa mère s'ils lui font la leçon, alors son père et sa mère s'empareront de lui et l'amèneront aux anciens de la ville, à la porte de sa localité... et tous les hommes de sa ville le lapideront et il mourra", Deutéronome) aux propos singulièrement apaisés d'un s. Paul que l'on imagine souvent beaucoup plus rugueux ("Enfants, obéissez en tout à vos parents, voilà ce que le Seigneur attend de vous. Parents, n'exaspérez pas vos enfants de peur qu'ils ne se découragent").

    La première grosse surprise de ce livre vient du rappel des travaux de Sigmund Freud. Le psychanalyste a pu observer au cours de ses études à la morgue de Paris des cadavres d’enfants qui avaient été "massacrés par leurs parents" : "Dans sa pratique de médecin, il observe puis raconte dans des publications scientifiques que ses patientes névrosées évoquent des violences sexuelles qu’elles ont subies, bien souvent de la part du père ou d’un autre parent proche…" Cette constatation sera accueillie par une désapprobation générale. On ne s’attaque pas impunément à un modèle familial multiséculaire. "La théorie dite de la « séduction » sera finalement abandonnée par le fondateur de la psychanalyse et par ses disciples, au profit de la désormais célèbre théorie de l’œdipe, beaucoup moins inconvenante puisqu’elle renvoie sur l’enfant l’initiative d’un rapport libidinal, voire prédateur, à ses parents."

    Voilà sans doute le cœur du problème : la violence domestique, et particulièrement celle infligée aux enfants, s'inscrit dans l'histoire sombre de nos mentalités. L'auteure rappelle qu'en 1991 le très officiel Ministère de l’Éducation Nationale a cru bon de rappeler l'interdiction des châtiments corporels à l'école élémentaire... qui étaient pourtant hors-la-loi depuis 1887, mais toujours pas interdits au sein des familles.

    Grâce aux nombreuses sources citées (études, rapports officiels, articles de presse ou interview), Nathalie Cougny trace un tableau saisissant de cette violence à géométrie variable, bien plus présente qu'on ne le croie, même si elle est bien souvent cachée au sein de la famille. Seulement 25 % d'actes délictueux arrivent sur les bureaux de la police et de la justice. L'auteure énumère tout au long de son essai des chiffres glaçants : 98 000 victimes de maltraitance dont 78 000 dans des situations à risque, 52 000 signalements transmis à la justice, plus de 250 homicides de nourrissons de moins de 1 an, 20% des appels au 119 concernent des agressions sexuelles, une fille sur huit et un garçon sur dix sont victimes d'abus sexuels avant l'âge de 18 ans, 180 à 200 bébés secoués chaque année et 4 millions de victimes d'incestes en 2015.

    En Europe, la France et la Grande-Bretagne se distinguent par une certaine frilosité à adopter des modèles éducatifs où la coercition représente l'alpha et l'oméga, bien loin en tout cas des pays nordiques, et en particulier de la Suède : "[En Suède, un mouvement dans les années 50] entraînait en 1958 l'interdiction des châtiments corporels à l'école. Puis en 1979, cette interdiction était étendue à tous les éducateurs, y compris aux parents.Plus aucun enfant n'est mort des suites de violence familiale (alors qu'il en meurt 2 par jour en France)." Ce qui a été considéré par un laxisme par certains commentateurs a eu des conséquences donnant à réfléchir : Le criminologue F. Estrada a étudié les tendances de la délinquance juvénile en Europe depuis 1945 : "Les études sur les rapports provenant du Danemark et de la Suède indiquent que les jeunes d'aujourd'hui sont plus disciplinés que les jeunes des années 1970. Le pourcentage de jeunes de 15 à 17 ans condamnés pour vol a diminué de 21 % entre 1975 et 1996, le pourcentage de jeunes qui consomment de l'alcool ou qui ont goûté à la drogue a également diminué régulièrement depuis 1971, les pourcentages de suicides et de condamnations pour viol chez les jeunes ont aussi diminué entre 1970 et 1996."

    Il serait bon, dit en substance Nathalie Cougny, que les citoyens et les décideurs usent de leur raison autant que de leur cœur pour prendre à bras le corps cette violence contre les enfants et les adolescents qui prend des aspects bien différents, des plus tristement ordinaires (la fessée, le harcèlement scolaire ou l’aliénation parentale) aux plus terribles (incestes, pédophilie ou prostitution).

    Comment agir contre cette violence ? Il est aussi difficile de lutter contre les mentalités que contre les préjugés. La thérapie contre la pédophilie est-elle possible ? Voilà ce qu'en dit Nathalie Cougny : "Comme pour l’ensemble des paraphilies, nous pensons que le dogme de l’invariabilité des attirances sexuelles n’est pas fondé. En effet, chez le sujet sain, les attirances sexuelles varient parfois considérablement au cours de l’existence. Si certaines préférences sexuelles restent inchangées tout au long de la vie, beaucoup d’autres évoluent de manière parfois radicale."

    Quant aux victimes, surmonter la violence subie pendant ses jeunes années est possible. Donner des mots aux maux, faire le lien entre ses symptômes et ses traumatismes, se faire accepter comme victime, affronter son ou ses agresseurs pour mieux sortir de cette victimisation : les personnes ayant subi des traumatismes et des abus doivent mener un combat ardu. Au bout du compte, la résilience est possible, comme la reconquête de sa liberté.

    Nathalie Cougny, Dis, pourquoi tu m’fais du mal ?
    Mettons fin aux maltraitances faites aux enfants, éd. Sudarènes
    , 2017, 202 p.
    www.nathaliecougny.fr

    "Mes hommes"
    "En corps troublé"
    "Homo erectus on line"
    Rencontre et signature à la librairie L'Oeil Écoute, Paris 6e

    le vendredi 7 avril de 18h30 à 20h30

     nathalie cougny,maltraitance,essai

  • Julia Palombe : Au lit, Citoyens !

    Candidate à l'élection présidentielle, l'auteure, danseuse, chanteuse et actrice Julia Palombe s'est lancée dans la course vers l’Élysée, avec, chevillée au corps, son engagement pour "la liberté, l'égalité et les sexualités." En septembre 2016, son un livre manifeste Au lit citoyens !" (éd. Hugo Doc-Blanche) signe le départ de sa campagne aux Présidentielles, avec le parti du Jouir Ensemble. Tout un programme !

    Entre deux meetings et trois concerts, Julia Palombe a accepté de répondre au questionnaire "Présidentielles 2017" de Bla Bla Blog. Qu'aimez-vous et qui aimez-vous, Julia ? Les réponses, ici.

    En littérature, Julia Palombe cite deux auteurs aux antipodes de son image rock et libérée, avec Pablo Neruda comme auteur fétiche et La plus que Vive (1996) du poète et moraliste chrétien (sic) Christian Bobin comme livre de chevet.

    Nous serons moins surpris d'apprendre que la candidate et musicienne a été voir récemment – comme beaucoup – La La Land. Que Fellini fasse partie de ses cinéastes préférés n'étonnera guère chez cette artiste qui a fait de la sexualité un de ses chevaux de bataille. Marcello Mastroianni fait partie de ses acteurs favoris : là encore, qui pourrait l'en blâmer ? Nous restons en Italie pour la question au sujet des séries que Julia Palombe suit assidûment. Elle cite "la superbe" et audacieuse série Gomorra.

    Musicalement, pas de surprise : c'est le rock et les Rolling Stones vers lesquels vont les goûts de l'artiste et candidate de Jouir Ensemble.

    Deux questions de Bla Bla Blog concernaient les beaux-arts et les expositions. Julia Palombe cite parmi ses peintres favoris Salvador Dalí. La dernière exposition qu'elle a vue est "Strip Art" consacrée au peintre et dessinateur de BD érotiques Alex Varenne. Le dernier spectacle que Julia Palombe a vu est Françoise par Sagan au Théâtre du Marais, par Caroline Loeb, un monologue sensible et plus vrai que nature sur Françoise Sagan. Le texte a été composé à partir d'authentiques interviews de l'auteur de Bonjour Tristesse.

    À la question sur les journaux et magazines lus par Julia Palombe, cette dernière cite We Demain, élégant et riche "mook" (contraction de "magazine" et "book").

    Retrouvez ici l'intégralité des réponses de Julia Palombe, avec cette dernière question : "Quelle politique culturelle envisagez-vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?"

    Le questionnaire complet de Bla Bla Blog, avec les réponses de Julia Palombe

    Quel est votre livre préféré ?

    Christian Bobin, La plus que vive. L'auteur décrit avec tant de justesse et d'émotion la perte de l'être aimé. J'avais été bouleversé par le portrait de cette femme, la description de "ses manières" de maman...

    Quel est votre auteur fétiche ?

    Pablo Neruda. J'avais crée une pièce chorégraphique autour de ses Poèmes d'amour. La passion et la fougue qui transparaissent dans ses vers sont irrésistibles pour moi. J'ai rêvé d'être Mathilde...

    Quel film avez‐vous récemment vu au cinéma ?

    La La LandUn chef petit bijou ! Et quel thème musical délicieux !

    Quel est votre acteur ou actrice favori ?

    Marcello Mastroianni. Je peux regarder en boucle des nuits durant les films 8 et 1/2 ou La Dolce Vita. Je suis une admiratrice inconditionnée de son allure, de son regard. Il est toujours juste ! Et il peut être très drôle aussi ! 

    Quel metteur en scène admirez‐vous ?

    Fellini forever. Une amie m'a offert le livre de ses rêves, et j'y replonge régulièrement, pour m'y perdre... ou m'y retrouver. Cet artiste était un génie de la réalisation, un visionnaire extrêmement talentueux. 

    Quelle série suivez‐vous assidûment en ce moment ?

    En ce moment aucune… La dernière que j’ai vu c’est la superbe Gomorra. Réalisation "sur le fil du rasoir" comme on dit ! Tendu, violent, mais magistral.

    Quel est votre style de musiques favori ?

    Rock : Hendrix, Led Zeppelin, Zappa, Presley... Le rock c'est la musique du plaisir, de la magie, du sexe ! 

    Quel est votre compositeur, musicien et/ou chanteur favori ?

    Je ne me lasserai jamais des Rolling Stones ! Emotional rescue, Hot Stuff... Les riffs de Keith, le look et la voix de Jagger... Ce sont les maîtres en matière de rock'n'roll.

    Quel est votre peintre favori ?

    Le peintre surréaliste Dalì, pour sa vision très personnelle de la fuite du temps en particulier. Et puis vers la fin de sa vie, il a fait des déclarations brillantes que j'apprécie grandement, comme par exemple: "Je suis de moins en moins fou, et je suis tellement équilibré que au point de vue bonheur...J'ai souvent peur de crever d'excès de satisfaction."

    Quelle est la dernière exposition que vous ayez vue ?

    Varenne à Paris. J'étais invitée à faire une signature de mon manifeste lors du premier salon littéraire érotique qui s'est tenu pendant l'exposition. 

    Quelle est la dernière pièce de théâtre ou spectacle que vous ayez vue?

    Françoise par Sagan au Théâtre du Marais, par Caroline Loeb. Une merveilleuse actrice très bien entourée (lumières, mise en scène). Une partition que de nombreuses actrices rêveraient de jouer...

    Quel journal et/ou magazine lisez‐vous régulièrement ?

    We Demain. Le seul magazine qui soit positif tout en étant instructif. We Demain me donne envie de faire des choses, d'améliorer mon quotidien et celui de tous. Car je ne supporte plus les torchons dépressifs qui plongent le peule dans une léthargie...

    Pratiquez-vous vous‐même un art ?

    Je suis une artiste.

    Quelle politique culturelle envisagez vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?

    La culture est essentielle dans la société, elle permet de lutter contre l’ignorance, la violence, la bêtise, la haine. Elle concerne 700 000 emplois en France et contribue 7 fois plus au PIB français que l’industrie automobile ! La culture doit être placé au centre de la vie des français, et au cœur de l’éducation.

    http://www.juliapalombe.com