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cecile chaminade

  • Harpe en majesté

    Place à l’un des plus beaux instruments qui soient, la harpe, que nous avions déjà mis à l’honneur avec Anaëlle Tourret. Intéressons-nous cette fois à Mélanie Laurent – qui n’a rien à voir avec l’actrice.  

    La jeune harpiste nous offre une déambulation à travers son album Pastel (Indésens). Voyage tout d’abord en Amérique avec The Colorado Trail de Marcel Grandjany (1891-1975). Le compositeur est né en France et naturalisé et décédé aux États-Unis, d’où ce titre somptueux, sentant à la fois les grands espaces, cette intériorité méditative et cette facture très musique française. Le livret de l’album nous rappelle que ce Colorado Trail est au départ une chanson de cowboy pleine de mélancolie. Elle raconte l’histoire d’une jeune fille de 16 ans reposant près de la piste du Colorado. Marcel Grandjany en fait une pièce mêlant tristesse, mélancolie et puissance de la nature. Il est présent dans l’enregistrement avec sa Rhapsodie pour harpe (1921), une pièce très jouée pour cet instrument. C’est un Marcel Grandjany qui a encore la tête en France et en Europe avec un morceau s’inspirant d’un chant grégorien qu’il a dédié à Henriette Renié, sa professeure, et que l’on retrouve plus tard.

    Marcel Tournier (1879-1951), lui, nous invite au Japon dans ses Pastels du Vieux Japon, op. 47. De nouveau un compositeur du XXe siècle, harpiste et compositeur français également. Que Gabriel Fauré se soit intéressé à lui n’est pas étonnant. Mélanie Laurent a choisi une suite orientalisante en forme de peintures musicales que l’on dirait impressionnistes au vu des titres : "Berceuse du vent dans les Cerisiers", "Le Koto chante pour l'Absente" et "Le danseur au Sabre". La harpiste caresse les cordes dans ces miniatures que l’on dirait venues tout droit du Pays du Soleil Levant (l’éloquent "Danseur au Sabre"). Marcel Tournier propose ici un passionnant pont entre Orient et Occident. On parle bien de passion car son amour pour le Japon est indissociable de celui pour Yoshie Abe, une de ses élèves à qui il dédie cette œuvre. Elle est d’autant plus triste et nostalgique que le compositeur français l’a écrite en pleine Occupation pour s’évader autant que pour retrouver en esprit la jeune femme restée dans son pays, lui aussi en guerre.

    Des possibilités sonores quasi infinies

    On est heureux de retrouver Cecile Chaminade (1857-1944) dont nous avions parlé sur Bla Bla Blog. Mélanie Laurent propose sa Valse d’automne, transcrite pour la harpe par l’interprète elle-même. Cecile Chaminade, que Georges Bizet surnommait "mon petit Mozart", a eu une carrière riche et comme compositrice (plus de 400 œuvres) et comme interprète. Elle a été saluée par la critique et aimée par son public, avant ses soucis de santé et une mort triste en 1944. Elle a longtemps été oubliée, avant qu’on ne la découvre depuis quelques années, dans ce mouvement de redécouverte de compositrices souvent reléguées injustement au second plan. Proposer cette féerique valse permet à Mélanie Laurent de souligner que le répertoire pour harpe est relativement peu  important. Cela dit, les pièces de musique de chambre frappent souvent par leur excellente beauté, grâce à un instrument aux possibilités sonores quasi infinies. Preuve supplémentaire avec la pièce Près du Ruisseau, op. 9, de Mel Bonis (1858-1937), de nouveau une transcription pour harpe par Mélanie Laurent. Mel Bonis est une compositrice moins connue, malgré sa production importante. Elle est présente dans l’enregistrement de Mélanie Laurent avec une jolie pièce onirique. Le livret rappelle que le morceau a été composé en 1894, une date qui a son importance chez les harpistes car elle marque l’invention de la harpe chromatique, sans pédales.

    Germaine Tailleferre (1892-1983) était membre du Groupe des Six, avec Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud et Francis Poulenc – elle est la seule femme. On a peine à croire que l’union de ces artistes va remuer le petit monde musical. Créé en pleine première guerre mondiale, le Groupe des Six fait souffler un vent de modernité et de fraîcheur insouciante. De la fraîcheur, il y en a certes dans la Sonate pour harpe de Germaine. On est dans un néo-classicisme typique de la musique française de cette période, harmonique, joueuse (Allegretto), immédiatement attachante (Lento) et aussi naturaliste, avec ces pluies de notes cristallines (Perpetuum mobile). Cette sonate est une œuvre importante pour cet instrument, "la plus moderne de ce programme".

    Tout aussi naturaliste, Le Jardin mouillé de Jacques de la Presle (1868-1969) propose une pièce lumineuse, servie par une Mélanie Laurent impeccable dans ces ruisseaux de notes et faisant découvrir un compositeur rare qui citait des vers d’Henri de Régnier en exergue de sa partition : "Il pleut, et les yeux clos, j’écoute / De toute sa pluie à la fois / Le jardin mouillé qui s’égoutte / Dan,s l’ombre que j’ai faite  en moi".

    Henriette Renié (1875-1956), figure importante de la harpe, fait le choix de la méditation Contemplation, un morceau inhabituellement peu virtuose ("Andante religioso", comme elle le notait). On est heureux de la présence de Debussy avec ces Danses Sacrées et Profanes. Elles sont présentes ici dans une version pour quatuor à cordes. Citons les violonistes Manon Galy et Sarah Jegou-Sageman, Élodie Laurent à l’alto et Maxime Quennesson au violoncelle. On n’insistera jamais assez la modernité de Debussy comme l’attachement que l’on a inévitablement dès sa première écoute. Mélanie Laurent fait plus que maîtriser son sujet. Elle propose une version lumineuse et aux mille nuances de ces deux pièces d’un raffinement extrême. À l’écoute de la Danse profane, Debussy nous paraît proche et semble nous parler.    

    Autre figure majeure de la musique, Maurice Ravel est présent avec le monument qu’est l’Introduction et Allegro pour harpe, flûte, clarinette et quatuor à cordes. Toute l’essence de Ravel est là : poésie, modernité, subtilité des dialogues entre instruments et légèreté qui n’est absolument pas de la facilité. Bien au contraire. .

    Ce très beau programme dédié à la harpe se termine avec Marcel Tournier et sa pièce L’Éternel rêveur. Mélanie Laurent la dédie à son père, décédé peu de jours avant l’enregistrement de l’album. Il s’agit d’une courte pièce infiniment mélancolique, l’une des dernières du compositeur. Elle vient clore à point nommé ce très bel opus de Mélanie Laurent. 

    Mélanie Laurent, Pastel, Chaminade – Debussy – Ravel, Indésens Calioppe, 2025
    https://indesenscalliope.com/boutique/pastel
    https://melanie-laurent-harpiste.com
    https://www.facebook.com/melanie.laurent.3726
    https://www.instagram.com/melanie_laurent_harpiste
    https://www.youtube.com/channel/UCjaneaX0NKjqnfvX-wL67yg

    Voir aussi : "Anaëlle Tourret : ‘Il me tient toujours à cœur de proposer des horizons nouveaux’"
    "Perspectives de la harpe"
    "De la Tchéquie à Vienne avec Vanhal"

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  • Cécile Chaminade et ses amies

    Louis-Victor Bak nous avait fait découvrir Cécile Chaminade (1857-1944) dans un très bel album Debussy-Chaminade. La compositrice, une célébrité à son époque mais que l’on a oubliée par la suite – son sexe n’y était pas pour rien  ! – est remise à l’honneur avec plusieurs consœurs de son époque : Marguerite Canal (1890-1978), Pauline Viardot (1821-1910), Claude Arrieu (1903-1990), Clémence de Grandval (1828-1907), Louise Farrenc (1804-1875) et Joséphine Boulay (1869-1925).

    Yasuko Suzuki et Honoré Béjin proposent une sélection d’œuvres représentatives de leur musique de chambre. Il s’agit pour la plupart de transcriptions pour flûte et piano, à l’exception de la Sonatine de Claude Arrieu qui a été originellement écrite pour ces deux instruments.

    Ce répertoire rare et parfois inédit nous replonge dans une musique française pleine de nostalgie et que la flûte de Yasuko Suzuki vient transcender. La Sonate pour violon et piano – ici, pour flûte et piano – nous fait découvrir une Marguerite Canal largement nourrie des influences de Debussy : la transparence de l’Andantino, le parfum orientalisant du mouvement Sourd et haletant et le néoromantisme de l’Adagio expressivo riche d’une belle ligne mélodique et de l’Allegro con bravura.

    Autre adaptation d’un opus au départ pour violon et piano, la Sonatine de Pauline Viardot. La courte pièce transcrite par Yasuko Suzuki ravit par sa légèreté et son insouciance. Nous sommes en présence d’une très belle pièce dont le mouvement unique est découpé en trois parties vive-lente-vive. Pauline Viardot puise autant son inspiration dans les compositeurs romantiques du XIXe siècle que dans des mouvements folkloriques et les danses traditionnelles.   

    Une célébrité à son époque mais que l’on a oubliée par la suite – son sexe n’y était pas pour rien !

    La Sonatine de Claude Arrieu a été, comme nous le disions, composée pour flûte et piano au lendemain de la seconde guerre mondiale. Nous sommes dans une facture néo-classique typique des années 30. La compositrice a choisi une forme tout aussi classique, vive-lente-vive (Allegro, Andantino et Presto). Il semble que le morceau balance entre classicisme et modernité. Il y a une grande simplicité dans ces trois mouvements brefs, inférieurs à 3 minutes et dans lesquelles s’écoutent les influences, notamment, de Debussy et de Ravel.

    Autre musicienne à l’honneur, Clémence de Grandval. Cette femme a particulièrement lutté contre les préjugés. Cantatrice et compositrice, elle s’est faite remarquer dans l’opéra mais aussi dans la musique sacrée. La Valse mélancolique proposé dans cet enregistrement était au départ destiné à la flûte et à la harpe. D’où la légèreté et la transparence du jeu fluide d’Honoré Béjin. À noter que, de son vivant, Clémence de Grandval a reçu le Prix Chartier pour sa musique de chambre. Très musique française, cette jolie valse est l’un des rares et convaincants exemples de sa maîtrise qui a fait dire à Saint-Saëns que ses mélodies "seraient certainement célèbres si leur auteur n'avait le tort, irrémédiable auprès de bien des gens, d'être femme". Injustice, encore.

    Louise Farrenc, née sous Napoléon Ier est la compositrice la plus ancienne de ce programme. Connue pour ses talents de pédagogue et de professeure, elle a, tout comme sa consœur Clémence de Grandval, était récompensée par un Prix Chartier pour sa musique de chambre. On trouve dans l’opus de Yasuko Suzuki et Honoré Béjin ses Variations concertantes sur un air suisse op. 20 d’un beau classicisme, déjà préromantique. Une vraie découverte interprété par une Yasuko Suzuki tout en délicatesse et en espièglerie.

    Deux courtes pièces viennent conclure cet album. Le premier, une Romance sans paroles, titre cher aux Schumann, nous vient de Joséphine Boulay. Aveugle dès son plus jeune âge, la musicienne née à la fin du XIXe siècle trouve très rapidement sa voie dans la musique. Élève de César Franck grâce à qui elle devient une organiste réputée, elle devient professeure au Conservatoire de Paris. Compositrice, elle s’inscrit parfaitement dans ce mouvement de musique française porté par césar Franck, Jules Massenet ou Gabriel Fauré qui ont été ses maîtres. Yasuko Suzuki et Honoré Béjin proposent sa Romance sans paroles néoromantique, mélancolique et non sans modernité. On se laisse porter par cette pièce dans laquelle la passion est teintée de profonde tristesse.  

    Le dernier morceau nous vient de Cécile Chaminade. Il est vrai que l’album est placé sous son auspice. La pièce est relativement courte – un peu moins de cinq minutes. Les Sylvains op. 60A a été au départ composé pour violon et piano. Cela devient un opus pour flûte et piano. Compositrice prolifique (plus de 400 œuvres à son actif), elle se distingue par son style néo-romantique qui a fait son succès lors de ses tournées internationales, même si elle est morte oubliée. On découvre ou redécouvre une artiste attachante, mélodieuse et d’une grande finesse. La flûte y ajoute un magnifique accent onirique.  

    Cécile Chaminade et ses amies et consœurs trouvent dans cet album de quoi faire résonner plus d’une âme. Yasuko Suzuki et Honoré Béjin peuvent en être fiers.

    De Grandval, Canal et Chaminade, L’âme résonnante, Hommage aux compositrices françaises,
    Yasuko Suzuki (flûte) et Honoré Béjin (piano), Indésens Calliope Records, 2024

    https://indesenscalliope.com
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    https://www.yasukosuzuki.com/html/profile_fr.html

    Voir aussi : "Bak et la Belle Époque "
    "Pierre Boulez, le maître au marteau et à la baguette"

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