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  • Fils brisés

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    L'écrivain, philosophe et universitaire Serge Doubrovsky vient de s'éteindre à Paris, le 23 mars 2017, à l'âge de 88 ans. Sa disparition ne fera sans doute pas la manchette des journaux, c'est pourtant un artiste exceptionnel - mais aussi controversé - qui mérite d'être honoré. 

    On doit à Serge Doubrovsky l'invention du concept d'auto-fiction, avec ses romans fracassants, La Dispersion (1969), Fils (1977), mais surtout Le Livre brisé (1989). le très stoïque Bernard Pivot avait, lors de son émission Apostrophe (13 octobre 1989), accusé l'écrivain d'avoir provoqué la mort de la propre compagne de Serge Doubrovsky.

    Bla Bla Blog avait chroniqué cet ouvrage il y a plusieurs mois. Retrouvez cette critique sur ce lien. Et Découvrez ou redécouvrez une œuvre exceptionnelle et, comme l'écrit Michel Contat dans Le Monde, "une des entreprises littéraires les plus passionnantes de son époque." Les auteurs d'auto-fiction perdent leur père spirituel.  

    "Un livre comme une vie se brise"

  • Dans les villes de grande solitude

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    Bien entendu, Fanny de la Roncière ce sont d'abord ces petites nanas à la Pénélope Bagieu, que ce soit cette Bretonne joyeusement déshabillée sous une pluie iroise, ces bandes de copines désœuvrées ou bien ces trentenaires nonchalantes croquées avec humour. Tous ces personnages tendres et attachants sont à découvrir sur le site de l'artiste.

    Mais Fanny de la Roncière excelle surtout dans un autre genre, tout aussi graphique mais dans un style diamétralement opposé : les villes.

    Les cités que l’artiste "arrache" à son imagination ne sont pas de simples collages comme le spectateur pourrait le penser de prime abord. Fanny de la Roncière utilise des techniques mixtes où intervient une part de hasard.

    Sur des panneaux en bois recyclés, l’artiste imprime des pages de magazines ou de journaux. Le résultat de ces impressions aléatoires servent de point de départ à son minutieux travail sur ces "arrachés." Fanny de la Roncière passe à la phase graphique pour faire sortir du chaos visuel des formes, des visages, des personnages et surtout des cités imaginaires, souvent en friches et désertes. "Éloignez-vous, tout se brouille, tout s'aplatit et disparaît, approchez-vous, tout se recrée et se reproduit" disait Diderot, une citation que la plasticienne aime rappeler.

    Il n’est pas anodin de préciser que l’artiste a vécu plusieurs années en Espagne, à l’époque où la crise économique et immobilière a mis au grand jour des villes abandonnées. Fanny de la Roncière exposera par la suite à Bruxelles dans le cadre de la manifestation "Viens dans ma ville" (2009). 

    Le spectateur est happé par la richesse de ces acryliques aux teintes sépia. Dans ces décors urbains à la fois baroques et fragiles surgissent des visages et des personnages désœuvrés, comme surgis de nulle part et allant on ne sait trop où : ici, derrière un building rouge, une mondaine trinque au-dessus d'un autre convive, goguenard (Au-delà des Rêves) ; là, une femme aux traits orientaux et aux lèvres bleus est représentée tête en bas dans un décor déstructuré mêlant influences cubistes et mer moutonneuse à la Hokusai (La Vie dans quel Sens) ; là encore, un groupe de voyageuses sillonne un paysage surréaliste et inquiétant à la Philippe Druillet (Le Souvenir Vignette). L’influence graphique de la bande dessinée est d'ailleurs évidente : lignes claires, traits appuyés, personnages expressifs. Moebius ou Paul Gillon (tous deux auteurs de science-fiction révolutionnaires et graphistes géniaux) font partie des références que le spectateur – et le bloggeur en premier lieu – pourra mentionner. Sans nier ces apports, Fanny de la Roncière cite plus volontiers François Schuiten et Benoît Peeters pour leur œuvre la plus célèbre, Les Cités obscures.

    Il est encore question de mégalopoles dans la série des "Reflets" : des villes poussent, s'élèvent, tourbillonnent (La Nuit je mens, 2016) et semblent vouloir prendre leur liberté (Lame de Fond, 2016) dans des créations graphiques à la fois graphiques et jouant sur une fausse symétrie.

    Fanny de la Roncière aime à travailler sur des objets récupérés. Ce fut, au début de sa carrière, des sachets de thé savamment agencées et d'une grande élégance. Plus tard, l'artiste s'est intéressé aux sous-bocks, créant pièce après pièce, des mosaïques mêlant constructions géométriques et coulées de peintures aléatoires (FDL 100).

    Une de ses dernières séries pourraient bien lui valoir l'attention d'un public beaucoup plus large. Fanny de la Roncière a choisi comme support de création inédit... des enjoliveurs de voiture. Le résultat final convaincra les plus réticents. Ces objets adorés par les fans de tuning deviennent, sous les mains d'une artiste attachante, des joyaux artistiques : villes futuristes aux buildings fins comme des aiguilles, poissons stylisés s'ébrouant joyeusement ou bien décors géométriques archaïsant. La plasticienne expose pour l'instant ces géniaux enjoliveurs, beaux à couper le souffle... en espérant les voir un jour adoptés par des férus d'automobiles ?

    Fanny de la Roncière est à découvrir dans le cadre de la journée In The Mood For Art, au Kiss Keys, le samedi 25 mars 2017.

    www.fannydelaronciere.com
    Instagram de Fanny de la Roncière
    In The Mood for Art
    Samedi 25 mars 2017, de 13H à 23H30
     Au Kiss Keys, 37 bis rue du Colisée Paris 8eme
    Inscription obligatoire
    Métro : saint Philippe du Roule
    http://www.cherry-gallery.fr

    © Fanny de la Roncière

     

  • In The Mood for Art

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    In the mood for Art se présente comme une mystérieuse aventure à vivre en petit comité le temps d’une après-midi à Paris dans un lieu de rêve tenu secret jusqu’à la dernière heure. Vitrine artistique vivante, lieu de rencontre entre artistes, auteurs et collectionneurs, elle se propose de flatter vos sens à travers une exposition d’œuvres contemporaines, puis de taquiner la muse en participant à un "ARTelier" ou atelier d’écriture appliqué à l’art.

    Les ateliers d’écriture de Cherry Gallery explorent l’art sous toutes ses formes, qu’il soit contemporain ou historique, figuratif ou abstrait, pictural, sonore ou sculptural. Ces "ARTeliers" proposent une relation privilégiée entre l’œuvre et son spectateur.

    À partir d’une lecture sensible et l’exploration de différents thèmes, ils invitent à poser un regard nouveau, riche de récits inédits sur une peinture, une sculpture, une photographie ou toute autre création. Les participants à l’atelier d’écriture seront invités à explorer une variation contemporaine du Verrou de Fragonard : Le Verrou d’Alex Varenne.

    Pour le premier épisode de cette nouvelle série d’aventures artistiques, Cherry Gallery a le plaisir de mettre en avant les artistes Fanny de la Roncière et Alex Varenne qui présenteront leurs œuvres, ainsi que les écrivains Philippe Lafitte et Anaïd Demir dans le cadre des "ARTeliers".

    Entre initiation à l’écriture et à la narration, lecture créative voire intuitive de l’œuvre d’art, Cherry Gallery en collaboration avec les écrivains Philippe Lafitte et Anaïd Demir, propose une démarche originale où l’art et le récit permettront à chacun d'exprimer en toute liberté son désir d'écriture.

    Dès 13h : Preview autour d’un lunch time, ouvert au public sur invitation
    15h à 18h : Visite privée de l’exposition en présence de l’artiste plasticienne : Fanny de la Roncière
    18h à 20h : Les “ARTeliers” : Quand les arts visuels rencontrent l’écriture
    20h : Cocktail dînatoire en présence de l’artiste Fanny de la Roncière et Alex Varenne, avec le chef Jérôme Marchand.

    In The Mood for Art
    Samedi 25 mars 2017, de 13H à 23H30
     Au Kiss Keys, 37 bis rue du Colisée Paris 8eme
    Inscription obligatoire
    Métro : saint Philippe du Roule
    http://www.cherry-gallery.fr

    © Fanny de la Roncière
    © Alex Varenne

  • Mal aimés

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    Nous avions croisé Nathalie Cougny dans ses voyages, ses créations et ses réflexions autour de l'amour : les relations hommes femmes, la fidélité ou la drague sur Internet (Amour et Confusions..., Sex&love.com, aux éditions Sudarènes)... C'est également d'amour dont il est question dans son dernier livre, Dis, pourquoi tu m’fais du mal ? (éd. Sudarènes), ou plutôt de non-amour ou du "mal amour" infligé aux enfants. Ajoutons qu'il s'agit bien plus qu'un livre, puisque la démarche de l'auteure s'inscrit dans un combat et une sensibilisation contre la maltraitance infantile. Conférences et rencontres ont accompagné la publication de cet ouvrage et d'autres actions d'ampleur sont à venir.

    La sortie de son essai (le 2 mars dernier) coïncidait avec la présentation par le gouvernement du premier plan de lutte contre les violences faites aux enfants, une démarche honorable mais qui souffre dans notre pays d'une certaine idée de l’éducation : "une fessée n’a jamais fait de mal à personne", "qui aime bien châtie bien" ou "moi aussi j’ai reçu des corrections quand j’étais petit et ça ne m’a pas fait de mal."

    Nathalie Cougny brosse en quelques pages éloquentes une histoire de l'éducation violente, des préceptes terribles de l'Ancien Testament ("Lorsqu'un homme a un fils rebelle et révolté, qui n'écoute ni son père ni sa mère s'ils lui font la leçon, alors son père et sa mère s'empareront de lui et l'amèneront aux anciens de la ville, à la porte de sa localité... et tous les hommes de sa ville le lapideront et il mourra", Deutéronome) aux propos singulièrement apaisés d'un s. Paul que l'on imagine souvent beaucoup plus rugueux ("Enfants, obéissez en tout à vos parents, voilà ce que le Seigneur attend de vous. Parents, n'exaspérez pas vos enfants de peur qu'ils ne se découragent").

    La première grosse surprise de ce livre vient du rappel des travaux de Sigmund Freud. Le psychanalyste a pu observer au cours de ses études à la morgue de Paris des cadavres d’enfants qui avaient été "massacrés par leurs parents" : "Dans sa pratique de médecin, il observe puis raconte dans des publications scientifiques que ses patientes névrosées évoquent des violences sexuelles qu’elles ont subies, bien souvent de la part du père ou d’un autre parent proche…" Cette constatation sera accueillie par une désapprobation générale. On ne s’attaque pas impunément à un modèle familial multiséculaire. "La théorie dite de la « séduction » sera finalement abandonnée par le fondateur de la psychanalyse et par ses disciples, au profit de la désormais célèbre théorie de l’œdipe, beaucoup moins inconvenante puisqu’elle renvoie sur l’enfant l’initiative d’un rapport libidinal, voire prédateur, à ses parents."

    Voilà sans doute le cœur du problème : la violence domestique, et particulièrement celle infligée aux enfants, s'inscrit dans l'histoire sombre de nos mentalités. L'auteure rappelle qu'en 1991 le très officiel Ministère de l’Éducation Nationale a cru bon de rappeler l'interdiction des châtiments corporels à l'école élémentaire... qui étaient pourtant hors-la-loi depuis 1887, mais toujours pas interdits au sein des familles.

    Grâce aux nombreuses sources citées (études, rapports officiels, articles de presse ou interview), Nathalie Cougny trace un tableau saisissant de cette violence à géométrie variable, bien plus présente qu'on ne le croie, même si elle est bien souvent cachée au sein de la famille. Seulement 25 % d'actes délictueux arrivent sur les bureaux de la police et de la justice. L'auteure énumère tout au long de son essai des chiffres glaçants : 98 000 victimes de maltraitance dont 78 000 dans des situations à risque, 52 000 signalements transmis à la justice, plus de 250 homicides de nourrissons de moins de 1 an, 20% des appels au 119 concernent des agressions sexuelles, une fille sur huit et un garçon sur dix sont victimes d'abus sexuels avant l'âge de 18 ans, 180 à 200 bébés secoués chaque année et 4 millions de victimes d'incestes en 2015.

    En Europe, la France et la Grande-Bretagne se distinguent par une certaine frilosité à adopter des modèles éducatifs où la coercition représente l'alpha et l'oméga, bien loin en tout cas des pays nordiques, et en particulier de la Suède : "[En Suède, un mouvement dans les années 50] entraînait en 1958 l'interdiction des châtiments corporels à l'école. Puis en 1979, cette interdiction était étendue à tous les éducateurs, y compris aux parents.Plus aucun enfant n'est mort des suites de violence familiale (alors qu'il en meurt 2 par jour en France)." Ce qui a été considéré par un laxisme par certains commentateurs a eu des conséquences donnant à réfléchir : Le criminologue F. Estrada a étudié les tendances de la délinquance juvénile en Europe depuis 1945 : "Les études sur les rapports provenant du Danemark et de la Suède indiquent que les jeunes d'aujourd'hui sont plus disciplinés que les jeunes des années 1970. Le pourcentage de jeunes de 15 à 17 ans condamnés pour vol a diminué de 21 % entre 1975 et 1996, le pourcentage de jeunes qui consomment de l'alcool ou qui ont goûté à la drogue a également diminué régulièrement depuis 1971, les pourcentages de suicides et de condamnations pour viol chez les jeunes ont aussi diminué entre 1970 et 1996."

    Il serait bon, dit en substance Nathalie Cougny, que les citoyens et les décideurs usent de leur raison autant que de leur cœur pour prendre à bras le corps cette violence contre les enfants et les adolescents qui prend des aspects bien différents, des plus tristement ordinaires (la fessée, le harcèlement scolaire ou l’aliénation parentale) aux plus terribles (incestes, pédophilie ou prostitution).

    Comment agir contre cette violence ? Il est aussi difficile de lutter contre les mentalités que contre les préjugés. La thérapie contre la pédophilie est-elle possible ? Voilà ce qu'en dit Nathalie Cougny : "Comme pour l’ensemble des paraphilies, nous pensons que le dogme de l’invariabilité des attirances sexuelles n’est pas fondé. En effet, chez le sujet sain, les attirances sexuelles varient parfois considérablement au cours de l’existence. Si certaines préférences sexuelles restent inchangées tout au long de la vie, beaucoup d’autres évoluent de manière parfois radicale."

    Quant aux victimes, surmonter la violence subie pendant ses jeunes années est possible. Donner des mots aux maux, faire le lien entre ses symptômes et ses traumatismes, se faire accepter comme victime, affronter son ou ses agresseurs pour mieux sortir de cette victimisation : les personnes ayant subi des traumatismes et des abus doivent mener un combat ardu. Au bout du compte, la résilience est possible, comme la reconquête de sa liberté.

    Nathalie Cougny, Dis, pourquoi tu m’fais du mal ?
    Mettons fin aux maltraitances faites aux enfants, éd. Sudarènes
    , 2017, 202 p.
    www.nathaliecougny.fr

    "Mes hommes"
    "En corps troublé"
    "Homo erectus on line"
    Rencontre et signature à la librairie L'Oeil Écoute, Paris 6e

    le vendredi 7 avril de 18h30 à 20h30

     nathalie cougny,maltraitance,essai

  • Chuck Berry, "Johnny B-Goode"

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  • Buffy, vingt ans, tueuse de vampires

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    Nous fêtons cette semaine les 20 ans de la série culte, Buffy contre les Vampires. Les sept saisons et 144 épisodes des aventures de la chasseuse de vampires ont subjugué des millions d’adolescents et de jeunes adultes, mais aussi révolutionné l’histoire de la série télé. Buffy contre les Vampires représente sans doute l’un des musts de ce genre. Sarah Michelle Gellar, l’éternelle interprète de Buffy Summer, a été multi-récompensée et a contribué à donner à cette fiction de divertissement le statut d’œuvre culte. Pour parler de cette série d’urban fantasy multi-récompensée, Bla Bla Blog vous invite à vous reporter à cet article complet du site spécialisé Fantasy à la Carte, pour tout savoir ou presque sur l’une des meilleures séries de l’histoire de la télévision.

    Produite par Joss Whedon, Buffy contre les vampires marque un vrai tournant dans l’évolution des séries américaines. En effet, elle va ouvrir la voie à de nombreuses séries évoluant dans la même mouvance fantasy/fantastique.

    Dès ses premières diffusions, le succès est au rendez-vous en réunissant 4 à 6 millions de téléspectateurs aux États-Unis. En France, la série est diffusée de 1998 à 2003 d’abord sur Série Club, puis sur M6. Buffy compte ainsi 144 épisodes répartis en 7 saisons.

    Son scénario est assez conventionnel même si pour les néophytes du genre, il représente une révolution. Ici, on suit le destin peu ordinaire d’une jeune lycéenne dont la vie se partage entre le lycée, les cours, les amis, les sorties en boîte de nuit et une étrange mission, celle de tuer des vampires et autres démons venant menacer la vie tranquille de Sunnydale. Pour accomplir sa destinée d’élue, la jeune femme est accompagnée par un observateur qui la guide, la conseille, et l’entraine au besoin. Ce rôle est incombé à un bibliothécaire du nom de Rupert Giles dont l’érudition sera un atout majeur pour déterminer la provenance de chaque menace et découvrir ainsi le meilleur moyen pour la vaincre.

    Plus qu’un divertissement pour adolescents en mal d’aventure, Buffy contre les Vampires est une vraie série d’apprentissage car son héroïne va y connaître une sacrée évolution en passant de l’adolescente capricieuse, écervelée parfois à l’adulte sérieuse et responsable. Ce sont sept saisons qui se renouvellent à chaque fois afin d’offrir un programme à la mesure de sa renommée.

    La particularité de cette série est qu’elle est un peu transgenre dans le sens qu’elle ne se contente pas de raconter des attaques de vampires et des combats de tueuses...

    La suite ici...

    Fantasy à la Carte

  • Danse avec les démons

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    Le manga Dance with Devils, produit par le studio Brain’s Base (OAV Assassination Classroom, Kurenai, Rinne ou Blood Lad), sort le 15 mars en DVD.

    Ritsuka suit une scolarité tranquille jusqu’au jour où elle est convoquée par le Président du conseil du lycée, Rem Kaginuki, qui l’accuse de pratiques satanistes au sein de l’établissement. Bouleversée, elle rentre chez elle mais sa maison a été cambriolée et sa mère a disparu. Contre toute attente, Rem vient à son secours et ensemble, ils partent sur les traces de sa mère. Les ravisseurs semblent être à la recherche du grimoire défendu, un livre de magie noire renfermant des secrets sur les vampires et les démons. Quel secret Rem semble-t-il dissimuler ? Et pourquoi la famille de Ritsuka semble-t-elle liée au grimoire défendu ? Après avoir découvert la vérité, quelle voie choisira-t-elle : démon ou humain ?

    À la croisée des genres, entre occultisme, fantastique, romance et gothique, Dance with Devils sort des clichés habituels en proposant une histoire articulée autour d’un harem inversé.

    Une adaptation en long-métrage est prévue pour sortir dans les cinémas japonais en fin d’année.

    Dance with Devils, 289 minutes, Kazé Anime à partir de 14 ans, en DVD le 15 mars

  • Retenez-moi ou le Valet de pique va faire un malheur

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    Dans Le Valet de pique, le dernier roman de Joyce Carol Oates, l’écrivain Andrew J. Rush a deux visages. Pour tous, il est l’écrivain de polars à succès admiré qui ont fait de lui le "Stephen King du gentleman." C’est un homme de lettres qui a choisi de se consacrer à l’écriture dans sa vaste maison de Mill Brook House, loin des tumultes et des champs de sirène de New York. Mari exemplaire et notable considéré à Harbourton, modeste village dans le New Jersey, il ne manque pas de s’investir dans la vie locale comme dans des œuvres caritatives. Voilà pour le côté pile. Côté face, Andrew J. Rush cache un secret. Il a choisi d’écrire sous le pseudonyme du Valet de pique des thrillers sordides et violents. Personne ne connaît cette identité, pas même sa femme dévouée Irina, et encore moins leurs enfants.

    Sorti du néant, ce Valet de pique s’avère être un personnage encombrant mais également très utile ("Le Valet de pique avait une solution toute prête à tous les problèmes."). Lorsqu’une mystérieuse C.W. Haider intente un procès à l’écrivain irréprochable pour plagiat, Andrew J. Rush choisit de garder le secret à ses proches et de se défendre devant un tribunal : "Je suis une personne que les autres respectent, admirent, aiment. Je ne suis pas un vulgaire malfaiteur. Je ne suis pas un plagiaire. Vous ne me traînerez pas dans la boue !" L’accusatrice devient une ennemie mortelle. Le Valet de pique prend le dessus et entreprend de la débusquer et de la mettre hors d'état de nuire.

    Le dernier ouvrage de Joyce Carol Oates est un délicieux roman vénéneux, tranchant mais aussi teinté d'humour noir. L’auteure de Blonde fait de ce thriller une fiction kafkaïenne – kafkaïenne comme le procès surréaliste qui est imposée au narrateur au début du livre.

    L'affaire de plagiat ouvre une boîte de pandore terrible, libérant pulsions, fantômes du passé... et Valet de pique. Les secrets, les mensonges et la part d’ombre : voilà ce qui intéresse Joyce Carole Oates. Elle se montre féroce dans sa peinture d’un milieu américain cultivé, à travers le personnage de l'écrivain doué, modeste et bienveillant ("Tout le monde aime Andy Rush") et aspirant à une vie confortable. Le "monsieur Bien-sous-tous rapports" laisse au fil des pages son alter ego, le Valet de pique, s'imposer et devenir à la fois son adversaire et complice : "Admets-le, Andy Rush : tu es jaloux du Valet de pique. Et excité, et un peu effrayé." Joyce Carol Oates est habile et incisive lorsqu'elle entre dans l'intimité d'une famille bâtie sur les cachotteries, les dissimulations et les mensonges. Le faux-semblant et le trompe-l’œil deviennent la règle. Ainsi, Irina, la "chère femme", épouse dévouée, aimante et se pliant aux quatre volontés de son mari, s'avère être une femme blessée et frustrée par une carrière littéraire qui lui était promise et que son mari, moins doué qu'elle au départ, a comme vampirisée. Par ailleurs, ne trompe-t-elle pas son écrivain de mari, comme il le pense ? "Admets-le, Andy. Tu es fichtrement jaloux. Jaloux du Valet de pique, et de la femme. Et de cet Asiatique, Machin-Chose..." Lorsque la vérité éclate les dégâts sont considérables.

    Thriller impitoyable autant que fable moderne, Le Valet de pique peut également se lire comme un vibrant hommage à quelques grands noms de la littérature américaine, et en premier lieu à Stephen King, le "rival" imaginaire de Rush. Le dernier livre paru sous le pseudonyme du Valet de pique se nomme Fléau, en référence à l'ouvrage du même nom écrit par l'auteur de Shining. Shining est d'ailleurs mentionné par l'auteure géniale et facétieuse : elle imagine que ce classique de la littérature fantastique (1977) a connu une version antérieure (Glowering, 1974), écrite par cette mystérieuse C.W. Haider. Joyce Carol Oates brouille les cartes, se joue du lecteur, autant qu'elle adresse des clins d’œil appuyés à ses homologues : "Votre adversaire a également tenté de poursuivre, au fil des ans, John Updike et John Grisham, Norman Mailer et Dean Koontz, Peter Straub, James Patterson… et Dan Brown !"

    Outre la littérature fantastique (Edgar Allan Poe, Mary Shelley, Bram Stoker et bien entendu Stephe King), Le Valet de pique n'oublie pas de faire référence au polar américain (Michael Connelly, James Ellroy et Mary Higgins Clark), un genre dont Joyce Carol Oates est familière puisqu'elle a écrit elle-même plusieurs romans policiers sous des pseudonymes, comme son personnage noir, Andrew J. Rush.

    Joyce Carol Oates, Le Valet de Pique, éd. Philippe Rey, 2017, 224 p.

  • Suis-je l'auteur de ma propre vie ?

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    Le café philosophique de Montargis fixe son nouveau rendez-vous le vendredi 24 mars 2017 à la Brasserie du Centre commercial de la Chaussée. Pour cette nouvelle séance, les participants débattront sur cette question : "Suis-je l'auteur de ma propre vie ?"

    Une telle question pose en soi une première réflexion : celle de savoir si notre propre vie pourrait être une œuvre dont nous serions les créateurs. Ne serait-ce pas limiter dans ce cas notre existence à un "work in progress" à l’échelle humaine ? Être auteur de sa propre vie c’est au fond assumer notre propre liberté. N’est-ce pas présomptueux ou, pour reprendre Freud, faire preuve "d’égoïsme naïf" ? Cette liberté totale, clamée par Jean-Paul Sartre est-elle tenable ? Quelles en sont les limites ? Notre libre-arbitre peut-il être faussé ? Autrui est-il un obstacle à ma liberté ?
    Ce sont quelques-unes des questions qui seront traitées au cours de cette séance du 24 mars, à partir de 19 heures à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée de Montargis.

    La participation sera libre et gratuite.

    http://cafephilosophique-montargis.hautetfort.com

  • Ça va être ta fête

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    À l’occasion de la Journée de la femme le 8 mars, paraît en librairie Ça va être ta fête ! de Cécile Delacroix, un livre de 40 courtes nouvelles de la vie de famille, de couples, de femmes célibataires. Une plongée dans la vie de femmes, en proie aux aléas de la vie, qui font souvent montre de beaucoup d’imagination pour en sortir.

    Avec une tendresse grinçante, l'auteure dresse le portrait de femmes, jeunes ou moins jeunes, en prise avec un quotidien qu’elles tentent désespérément de maîtriser ou d’infléchir. Une grande bouffée de rire en ces temps où la place des femmes est constamment discutée par des hommes bien intentionnés.

    De la Saint-Roméo à la Saint-Aimé, en passant par la Saint-Vincent-de-Paul, Cécile Delacroix revisite les saints pour mieux égratigner les humains ; les hommes de préférence, tour à tour lâches, escrocs, machos mais tendres aussi. En une quarantaine de courtes chroniques de la vie ordinaire, toujours drôles, souvent désopilantes, parfois même dramatiques, elle nous emmène dans la vie de femmes aimantes, amantes, soumises ou révoltées, qui nous touchent parce qu’elles nous ressemblent.

    La rupture à la Saint-Sylvestre, les déboires d’une actrice à la Saint-Oscar, la retraite tant attendue de Martine à la Sainte-Félicité, le week-end en amoureux d’amants adultères à la Saint-Fidèle, les gaffes de Sophie à la Sainte-Prudence... Cécile Delacroix s’empare de l’éphéméride pour revisiter avec humour les aléas de la vie, de l’amour, de l’amitié.

    Cécile Delacroix, Ça va être ta fête !, éd. Le Texte Vivant, 180 p.

  • Futurophilie

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    Le magazine Beaux-Arts continue son aventure dans le neuvième art, en proposant un hors-série passionnant sur la bande dessinée de science-fiction. Après la BD érotique, paru l’an dernier, c’est un autre genre qui est mis à l’honneur par le prestigieux magazine d’art, un genre populaire, souvent considéré de haut, mais à l'influence considérable. "La bande dessinée de S.F. a contaminé les blockbusters du cinéma contemporain, de Star Wars à Blade Runner en passant par le futur Valérian de Luc Besson. Les petits Français n’y sont pas étrangers. Dans les années 1970 et 1980, les bibliothèques des studios hollywoodiens étaient remplies de numéros de Métal Hurlant" dit à ce sujet Vincent Bernière dans son éditorial.

    Il est vrai que ce hors-série de Beaux-Arts fait la part belle à la science-fiction dessinée tricolore : Les Pionniers de l’Espérance de Roger Lécureux et Raymond Poïvet, Les Naufragés du Temps de Jean-Claude Forrest et Paul Gilon, Valérian et Laureline de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, Lone Sloane de Jacques Lob, Beanjamin Legrand et Philippe Druillet, L’Incal d’Alejandro Jodorowsky et Moebius, La Trilogie Nikopol d’Enki Bilal et Le Transperceneige de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette.

    Bien entendu, BD et SF font aussi bon ménage qu’il n’est possible, pour une raison évidente : avant le développement des effets spéciaux au cinéma – et leur corollaire, les effets numériques –, la bande dessinée était un médium sans nul autre pareil pour donner la vie à des mondes imaginaires et des univers extraordinaires.

    Les auteurs du magazine datent la naissance de la BD de SF française à l’immédiate après-guerre, avec la parution des Pionniers de l’Espérance de 1945 à 1973. L’élégante et futuriste saga de Roger Lécureux et Raymond Poïvet, de par sa longévité exceptionnelle, va marquer un nombre considérable d’auteurs. Parmi ses héritiers figure Les Naufragés du Temps de Jean-Claude Forrest et Paul Gilon. Un large public va se laisser conquérir par ce space opera somptueux, palpitant et sexy. Ce chef d’œuvre, aussi magistral soit-il, n’aura pas autant d’influence que l’épopée de Valérian, l’agent spatio-temporel et de la "jeune et jolie sauvageonne Laureline", "une anti Barbarella." Les aventures de ce couple, berçant entre réalisme et fantaisie, sont si marquantes que l’oeuvre de Christin et Mézières est présente jusque dans la mythique saga Star Wars.

    Les lecteurs français de Beaux-Arts découvriront une figure légendaire de la BD de SF : L’Éternaute des Argentins Héctor Oesterheld et Victor Solano López. Cette histoire d’un pays tombé dans l’apocalypse suite à la chute d’une neige mortelle donne des sueurs froides, mais pas pour les raisons que l’on pense. L’Éternaute devient un personnage emblématique et politisé lorsqu’en 1976 ce héros, créé en 1957, reprend du service. Nous sommes en pleine dictature argentine et les militaires prennent très au sérieux cette bande dessinée de science-fiction allégorique et engagée. Considéré comme un opposant, le scénariste Oesterheld est poursuivi avant d’être arrêté et de disparaître en 1977. Auparavant, il a dû vivre les enlèvements et les morts atroces de ses quatre filles, non sans avoir choisi de terminer malgré tout l’épisode de la série mythique entré dans la culture argentine.

    En parlant de ce scénariste ayant donné sa vie pour son œuvre et ses idées, il faut souligner la place que Beaux-Arts donne aux scénaristes de BD, insuffisamment mis en avant : Roger Lécureux, Jean-Claude Forrest, Pierre Christin, Brian K. Vaughan ou Alejandro Jodorowsky. Il est rappelé que Jacques Lob est à ce jour le seul scénariste à avoir reçu le Grand Prix du Festival d’Angoulême, en 1986.

    Déconsidérée, méprisée ou ignorée, la science-fiction dessinée a trouvé dans le prestigieux magazine d’art un précieux soutien.

    Les Secrets des chefs d’oeuvre de la BD de science-fiction, Beaux-Arts,
    hors-série, février 2017, 154 p.

  • Au 21 rue la Boétie

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    Regardez cette petite fille au teint de porcelaine se fondant avec un haut de robe de la même couleur. Ses lèvres roses prononcées semblent répondre aux rayures du vêtement. Marie Laurencin représente l’enfant de face mais celle-ci ne regarde pas le spectateur. Elle fixe de ses immenses yeux bleus le sol, avec un mélange de timidité et d’intense concentration. Cette fillette, peinte par une artiste majeure du XXe siècle, s’appelle Anne Sinclair. Elle a quatre ans en 1952, lors de l’exécution de ce tableau, et appartient à la famille des Rosenberg. Son grand-père Paul Rosenberg (1881-1959) a été l’un des plus grands marchands d’art de la première moitié du XXe siècle et aussi le soutien d’un nombre importants de grands maîtres de l’art moderne : Pablo Picasso, Georges Braque, Fernand Léger, Henri Matisse et bien sûr Marie Laurencin.

    Le Musée Maillol propose du 2 mars au 23 juillet 2017 l’exposition 21 rue La Boétie qui retrace l’histoire de cette aventure artistique, historique mais aussi familiale, à travers une impressionnante et émouvante exposition de 60 chefs d’œuvres issus de cette famille de collectionneurs d’art, à l’influence considérable.

    Homme d’affaire avisé et amateur éclairé, Paul Rosenberg ouvre en 1910 sa galerie parisienne au 21 rue de Boétie :"Je compte faire des expositions périodiques des Maîtres du XIXe siècle et des peintres de notre époque" écrit-il à l’époque.

    Ces maîtres du XIXe siècle, ce sont Renoir, Monet, Manet, Toulouse-Lautrec, Sisley et même Van Gogh qui ont été achetés par le premier collectionneur de la famille, Alexandre Rosenberg. Paul Rosenberg poursuit les acquisitions de son père en regardant d'abord du côté des impressionnistes, des représentants de l'école de Barbizon et de grandes figures du XIXe siècle. Le Musée Maillol consacre une salle dédiée aux œuvres d’Édouard Manet (La Sultane, v. 1871), de Renoir (Le Poirier d'Angleterre, (1873) ou une marine précoce de Claude Monet (Bateaux de Honfleur, 1866).

    Mais c'est dans l'art moderne que l'influence des Rosenberg va s'avérer décisive, grâce notamment à Léonce Rosenberg (1878-1947). Passionné de cubisme et d'abstraction, le frère de Paul ouvre sa galerie, rue de la Baume, à Paris. La première guerre mondiale ouvre des perspectives inattendues pour les deux frères. Jusqu'en 1914, le marchand d'art allemand Daniel-Henry Kahnweiler avait pris sous son aile plusieurs pointures de l'art cubiste. La Grande Guerre impose son départ du sol français, si bien que, orphelins de leur soutien et protecteur, c'est naturellement vers les Rosenberg que se tournent les modernes.

    laurencin,picasso,matisse,kann,renoir,toulouse-lautrec,van gogh,monet,manet,braque,sisley,impressionnisme,cubisme,léger,rosenberg,anne sinclair,kahnweiler,apollinaire,masson,wildenstein,delacroix,ensor,streit,höhn,hirsh,kokoschka,junghanns,maillol,rodin,rothschild,bernheim-jeune,seligmannEn quelques années, non content d'acquérir une collection d’œuvres majeures, la famille tisse des liens professionnels, artistiques mais aussi personnels avec ces artistes. Ainsi, Pablo Picasso, intime des Rosenberg, représente Micheline Rosenberg dans une toile (Mademoiselle Rosenberg, 1919) qui marque le retour du peintre d'origine espagnole à la figuration. Marie Laurencin, l'ancienne maîtresse et muse de Guillaume Apollinaire, sera un membre à part entière du cercle privé, jusqu'à faire poser la petite-fille de Paul (Anne Sinclair à l'âge de quatre ans, 1952). L'exposition a, entre autres, le mérite de présenter un nombre significatif de cette artiste trop mal connue : Les Deux Espagnoles (1915) ou La Répétition (1936).

    Léonce ouvre les collections familiales au cubisme, contribuant à défendre avec pugnacité cet art, décrié à l'époque. Le Musée Maillol présente, dans plusieurs salles, un choix représentatif d'acquisitions : Georges Braque (Nu couché, 1955), Fernand Léger (Composition, 1929) et bien entendu Picasso (Guitare sur tapis rouge, 1922). Le surréalisme n'est pas absent (André Masson, Enlèvement, 1931) et l'avant-garde est mise en avant (Henri Matisse, La Leçon de Piano, 1923). Marchand d'art, Paul Rosenberg entend être un découvreur de talents, tout autant qu'un passeur auprès du public. Voilà ce qu'il écrit en 1941 à ce sujet : "Les peintures en avance sur leur époque n’existent pas. C’est le public qui est parfois à la traîne de l’évolution de la peinture. Combien d’erreurs ont été commises, combien de jeunes futurs grands peintres ont connu la misère à cause de l’ignorance des marchands et leur refus de les soutenir, tout simplement parce qu’ils n’aimaient pas cet aspect de leur art ou parce qu’ils ne les comprenaient pas ! (…) Trop souvent, le spectateur cherche en lui-même des arguments contre leur art plutôt que de tenter de s’affranchir des conventions qui sont les siennes."

    Passionné et rigoureux, Paul Rosenberg met en place un système pour essaimer ses idées de progrès. Il pressent très tôt l'importance du marché américain et choisit de s'associer avec Georges Wildenstein (1923). Il conseille des musées parisiens et provinciaux, édite des catalogues, cartographie, photographie et indexe avec précision ses œuvres, s'intéresse à la publicité dans les journaux et bien entendu achète, achète et achète ! Anne Sinclair écrit ceci : "Comme l’a souligné de nombreuses fois la presse américaine, Paul fut, jusqu’à la guerre, le plus grand marchand en Europe, de Delacroix à Picasso. « Imaginez, racontait un grand journal californien dans les années quarante, être capable d’entrer dans le studio de Matisse ou de Picasso deux fois par an, de regarder quarante de leurs meilleures toiles et dire “je les prends toutes” ! Jusqu’à la guerre, c’est ce que faisait Paul Rosenberg. »" Le musée Maillol a eu l'idée astucieuse d'entrer virtuellement dans la galerie du 21 rue La Boétie, via le système ancien et remis au goût du jour des jumelles à diapositives, que beaucoup ont expérimenté durant leur enfance. Les photographies en noir et blanc de la galerie Rosenberg dévoilent un lieu d'une richesse incomparable qui ne survivra pas à la seconde guerre mondiale.

    laurencin,picasso,matisse,kann,renoir,toulouse-lautrec,van gogh,monet,manet,braque,sisley,impressionnisme,cubisme,léger,rosenberg,anne sinclair,kahnweiler,apollinaire,masson,wildenstein,delacroix,ensor,streit,höhn,hirsh,kokoschka,junghanns,maillol,rodin,rothschild,bernheim-jeune,seligmannUne salle passionnante, moins artistiquement qu'historiquement, plonge dans les années sombres de l'Occupation. Dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler, apparaît la notion politique et idéologique "d'art dégénérée" (Entartete Kunst). La double exposition de Munich en 1937 s'attaque à l'art moderne, émancipé et novateur (James Ensor, La Mort et les masques, 1897). Plus de 20 000 œuvres sont mises au pilori, lorsqu'elles ne sont pas détruites. Une certaine esthétique aryenne, figurative et valorisant la culture et le peuple allemands est utilisée à des fins de propagande. Le pouvoir nazi encourage une imagerie traditionnelle et volontairement apaisante : paysages bucoliques de Robert Streit (Matin d'été, avant 1944) ou Franz Marc (Chevaux au pâturage, 1910), jeunes allemandes idéalisées (Alfred Höhn, Jeune femme, v. 1939), paysans traditionnels allemands magnifiés (chez Julius Paul Junghanns), scènes mythologiques ou vues modernes de villes idéales (Albert Hirsh, Retour de la flotte, v. 1939).

    Le Musée Maillol rappelle un événement peu connu du grand public mais à la portée artistique, éthique et symbolique peu commune : la vente à Lucerne en 1939 de 125 œuvres "dégénérées" (109 tableaux et 16 sculptures) accaparées par les nazis. Y figurent des peintures de Fernand Léger (Trois femmes, Le grand déjeuner, 1921-1922) ou Oskar Kokoschka (Monte-Carlo, 1925). Le monde de l'art se déchire sur la question d'acheter ou non des peintures et des sculptures exceptionnelles pour les sauver, ou, plus cyniquement, enrichir une collection. Paul Rosenberg refuse catégoriquement de participer à cette vente.

    Suite à la défaite française, Paul Rosenberg, marchand d'art d'origine juive en vue, doit quitter la France. Il finit par atterrir aux États-Unis et ouvre en 1941, à New-York, une nouvelle galerie, au 79 East 57th Street. Auparavant, il a essayé de mettre à l'abri quelques-unes de ses toiles (Nature morte à la cruche et Baigneur et baigneuses de Picasso), en vain : le coffre-fort à Libourne où il pensait avoir mis à l'abri ses tableaux les plus précieux est récupéré par l'armée allemande.

    À Paris, la galerie du 21 rue La Boétie est fermée, réquisitionnée par les autorités et devient - ironie du sort - l’Institut d’Études des Questions juives. Anne Sinclair écrit ainsi de cette période : "Le 4 juillet 1940, Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich à Paris, adressa donc à la Gestapo la liste des collectionneurs et marchands juifs les plus connus de la place : Rothschild, Rosenberg, Bernheim-Jeune, Seligmann, Alphonse Kann, etc. C’est dès ce jour-là que l’hôtel du 21 rue La Boétie aura été perquisitionné, avec saisie des œuvres d’art que Paul avait laissées, d’une bibliothèque de plus de mille deux cents ouvrages, de l’équipement de toute une maison (des meubles anciens aux accessoires de cuisine), de plusieurs centaines de plaques photographiques et de toutes les archives professionnelles de la galerie depuis 1906. Figuraient aussi des sculptures, restées à Paris car difficilement transportables – dont un grand Maillol, et les deux statues célèbres de Rodin, Eve et L’Age d’airain, qui ornaient le hall de la rue La Boétie."

    laurencin,picasso,matisse,kann,renoir,toulouse-lautrec,van gogh,monet,manet,braque,sisley,impressionnisme,cubisme,léger,rosenberg,anne sinclair,kahnweiler,apollinaire,masson,wildenstein,delacroix,ensor,streit,höhn,hirsh,kokoschka,junghanns,maillol,rodin,rothschild,bernheim-jeune,seligmannAvec la Libération s'ouvre l'étape compliquée de récupération des œuvres spoliées. Cette période dure encore aujourd'hui, 70 ans plus tard. Très vite, les alliés se sont intéressés au pillage par les nazis des musées et des collections privées. À l'été 1944, le train 40044 à destination de la Tchécoslovaquie est détournée par la Résistance. Elle y récupère 967 œuvres d'art. L'organisateur, Alexandre Rosenberg, a la surprise de découvrir dans ce stock des tableaux de son propre père !

    Les années suivantes, ces marchands d'art n'auront de cesse de récupérer leur bien. De nombreux tableaux, disparus puis sauvés par les Rosenberg, sont exposés au Musée Maillol : le fameux Baigneur et Baigneuses de Pablo Picasso (1920-1921), ou Profil bleu devant la cheminée de Matisse (1937).

    La seconde guerre mondiale aura finalement mis à mal durablement la capitale parisienne du marché de l'art. À partir des années 50, c'est aux États-Unis, et plus en Europe, que se fera la pluie et le beau temps dans l'art moderne. La dernière salle de l'exposition est consacrée aux années américaines de Paul Rosenberg, marquées par l'exposition itinérante consacrée à Aristide Maillol de 1958 à 1960. Rien d'étonnant que près de 60 ans plus tard le Musée Maillol ouvre à son tour ses portes à l'une des plus belles collections d'art moderne, sous le regard bleu et chavirant de la petite Anne peinte par Marie Laurencin.

    21 rue La Boétie, Musée Maillol, du 2 mars au 23 juillet 2017
    http://www.museemaillol.com

    Anne Sinclair, 21 rue la Boétie, Paris, éd. Grasset, 236 p., 2012

     Marie Laurencin, Anne Sinclair à l’âge de quatre ans, 1952, Huile sur toile, 27 x 22 cm, Collection particulière © Fondation Foujita / ADAGP, Paris, 2016

    Georges Braque, Nu couché, 1935, Huile sur toile, 114,3 x 195,6 cm, Collection David Nahmad, Monaco

    Pablo Picasso, Nature morte à la cruche, 19 avril 1937, Huile sur toile, 46,3 x 64,8 cm,
    Collection David Nahmad, Monaco. © Succession Picasso © Photo: Collection David Nahmad, Monaco

    Pablo Picasso, Baigneur et baigneuses (Trois baignants), 1920-1921, Huile sur toile, 54 x 81 cm
    Collection David Nahmad, Monaco. © Succession Picasso © Photo: Collection David Nahmad, Monaco

  • C’est le plus dandy des albums

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    Si L’Absinthe de MoonCCat, était sorti il y a plus de quinze ans, le bloggeur (et sans doute pas que lui) se serait fait une joie de le classifier parmi les œuvres "fin de siècle." Décadent, dandy, d’un romantisme noir : les qualificatifs ne manquent pas pour ce deuxième album d’un artiste atypique sur la scène musicale française, et qui a fait récemment la première partie d’un concert de La Femme à La Rochelle, le 26 janvier dernier.

    MoonCCat fait de l’absinthe, cette boisson verte alcoolisée mythique et polémique, le thème d’un album enivrant et puisant ses références dans la cohorte d’artistes dits "décadents" de la seconde moitié du XIXe siècle : Charles Baudelaire, Oscar Wilde, Edgar Allan Poe ou Thomas Lovell Beddoes.

    La "fée verte" a inspiré au poète et musicien des titres sombres, élégants, étranges et renvoyant l’auditeur à une certaine idée de l’artiste maudit.

    MoonCCat impose son univers avec une constance qui impose l’admiration. Les textes parlent d’ivresses, de visions gothiques ou d’amours noirs, à l’exemple de Poison, une adaptation d’un poème de Charles Baudelaire : "Tout cela ne vaut pas le poison qui découle / De tes yeux, de tes yeux verts, / Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers."

    MoonCCat instille ce je ne sais quoi de poison raffiné dans les onze titres de cet album pop-rock et lo-fi. Le style du chanteur n’est pas sans rappeler Bryan Ferry, donnant à L’Absinthe l’éclat d’un diamant noir. Enivrant comme la fée verte, vous disais-je.

    MoonCCat, L’Absinthe, Vert d’Absinthe, 2016
    www.moonccat.com

  • Julia Palombe : Au lit, Citoyens !

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    Candidate à l'élection présidentielle, l'auteure, danseuse, chanteuse et actrice Julia Palombe s'est lancée dans la course vers l’Élysée, avec, chevillée au corps, son engagement pour "la liberté, l'égalité et les sexualités." En septembre 2016, son un livre manifeste Au lit citoyens !" (éd. Hugo Doc-Blanche) signe le départ de sa campagne aux Présidentielles, avec le parti du Jouir Ensemble. Tout un programme !

    Entre deux meetings et trois concerts, Julia Palombe a accepté de répondre au questionnaire "Présidentielles 2017" de Bla Bla Blog. Qu'aimez-vous et qui aimez-vous, Julia ? Les réponses, ici.

    En littérature, Julia Palombe cite deux auteurs aux antipodes de son image rock et libérée, avec Pablo Neruda comme auteur fétiche et La plus que Vive (1996) du poète et moraliste chrétien (sic) Christian Bobin comme livre de chevet.

    Nous serons moins surpris d'apprendre que la candidate et musicienne a été voir récemment – comme beaucoup – La La Land. Que Fellini fasse partie de ses cinéastes préférés n'étonnera guère chez cette artiste qui a fait de la sexualité un de ses chevaux de bataille. Marcello Mastroianni fait partie de ses acteurs favoris : là encore, qui pourrait l'en blâmer ? Nous restons en Italie pour la question au sujet des séries que Julia Palombe suit assidûment. Elle cite "la superbe" et audacieuse série Gomorra.

    Musicalement, pas de surprise : c'est le rock et les Rolling Stones vers lesquels vont les goûts de l'artiste et candidate de Jouir Ensemble.

    Deux questions de Bla Bla Blog concernaient les beaux-arts et les expositions. Julia Palombe cite parmi ses peintres favoris Salvador Dalí. La dernière exposition qu'elle a vue est "Strip Art" consacrée au peintre et dessinateur de BD érotiques Alex Varenne. Le dernier spectacle que Julia Palombe a vu est Françoise par Sagan au Théâtre du Marais, par Caroline Loeb, un monologue sensible et plus vrai que nature sur Françoise Sagan. Le texte a été composé à partir d'authentiques interviews de l'auteur de Bonjour Tristesse.

    À la question sur les journaux et magazines lus par Julia Palombe, cette dernière cite We Demain, élégant et riche "mook" (contraction de "magazine" et "book").

    Retrouvez ici l'intégralité des réponses de Julia Palombe, avec cette dernière question : "Quelle politique culturelle envisagez-vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?"

    Le questionnaire complet de Bla Bla Blog, avec les réponses de Julia Palombe

    Quel est votre livre préféré ?

    Christian Bobin, La plus que vive. L'auteur décrit avec tant de justesse et d'émotion la perte de l'être aimé. J'avais été bouleversé par le portrait de cette femme, la description de "ses manières" de maman...

    Quel est votre auteur fétiche ?

    Pablo Neruda. J'avais crée une pièce chorégraphique autour de ses Poèmes d'amour. La passion et la fougue qui transparaissent dans ses vers sont irrésistibles pour moi. J'ai rêvé d'être Mathilde...

    Quel film avez‐vous récemment vu au cinéma ?

    La La LandUn chef petit bijou ! Et quel thème musical délicieux !

    Quel est votre acteur ou actrice favori ?

    Marcello Mastroianni. Je peux regarder en boucle des nuits durant les films 8 et 1/2 ou La Dolce Vita. Je suis une admiratrice inconditionnée de son allure, de son regard. Il est toujours juste ! Et il peut être très drôle aussi ! 

    Quel metteur en scène admirez‐vous ?

    Fellini forever. Une amie m'a offert le livre de ses rêves, et j'y replonge régulièrement, pour m'y perdre... ou m'y retrouver. Cet artiste était un génie de la réalisation, un visionnaire extrêmement talentueux. 

    Quelle série suivez‐vous assidûment en ce moment ?

    En ce moment aucune… La dernière que j’ai vu c’est la superbe Gomorra. Réalisation "sur le fil du rasoir" comme on dit ! Tendu, violent, mais magistral.

    Quel est votre style de musiques favori ?

    Rock : Hendrix, Led Zeppelin, Zappa, Presley... Le rock c'est la musique du plaisir, de la magie, du sexe ! 

    Quel est votre compositeur, musicien et/ou chanteur favori ?

    Je ne me lasserai jamais des Rolling Stones ! Emotional rescue, Hot Stuff... Les riffs de Keith, le look et la voix de Jagger... Ce sont les maîtres en matière de rock'n'roll.

    Quel est votre peintre favori ?

    Le peintre surréaliste Dalì, pour sa vision très personnelle de la fuite du temps en particulier. Et puis vers la fin de sa vie, il a fait des déclarations brillantes que j'apprécie grandement, comme par exemple: "Je suis de moins en moins fou, et je suis tellement équilibré que au point de vue bonheur...J'ai souvent peur de crever d'excès de satisfaction."

    Quelle est la dernière exposition que vous ayez vue ?

    Varenne à Paris. J'étais invitée à faire une signature de mon manifeste lors du premier salon littéraire érotique qui s'est tenu pendant l'exposition. 

    Quelle est la dernière pièce de théâtre ou spectacle que vous ayez vue?

    Françoise par Sagan au Théâtre du Marais, par Caroline Loeb. Une merveilleuse actrice très bien entourée (lumières, mise en scène). Une partition que de nombreuses actrices rêveraient de jouer...

    Quel journal et/ou magazine lisez‐vous régulièrement ?

    We Demain. Le seul magazine qui soit positif tout en étant instructif. We Demain me donne envie de faire des choses, d'améliorer mon quotidien et celui de tous. Car je ne supporte plus les torchons dépressifs qui plongent le peule dans une léthargie...

    Pratiquez-vous vous‐même un art ?

    Je suis une artiste.

    Quelle politique culturelle envisagez vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?

    La culture est essentielle dans la société, elle permet de lutter contre l’ignorance, la violence, la bêtise, la haine. Elle concerne 700 000 emplois en France et contribue 7 fois plus au PIB français que l’industrie automobile ! La culture doit être placé au centre de la vie des français, et au cœur de l’éducation.

    http://www.juliapalombe.com