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seventies

  • Jodie Foster à la trace

    Il y a un peu plus de 40 ans, le 30 mars 1981, à Washington, un homme tirait sur Ronald Reagan. Le Président américain fraîchement élu était évacué d’urgence à l’hôpital. Il devait s’en sortir miraculeusement, auréolé de son image de survivant, presque de héros. Son porte-parole James Brady, le plus sérieusement atteint, sortira paralysé à vie. L’auteur de cette tentative d’assassinat se nomme John Hinckley. Il est arrêté aussitôt mais n’explique pas ce geste par des revendications politiques. La clé de son acte est une femme que l’Amérique connaît bien : l'actrice Jodie Foster.

    Clovis Goux revient, dans Chère Jodie (éd. Stock), sur cet événement qui a marqué le monde et l'Amérique. L’écrivain et journaliste retrace le parcours d’un homme perturbé, frustré et perdu. Mais ce roman richement documenté est aussi le portrait de l’Amérique du milieu des années 70 au début des années 80.

    Le livre de Clovis Goux commence par suivre Ronald Reagan dans cette journée pas comme les autres. Toutefois, il ne faut pas se tromper : ce n’est pas le Président qui intéresse l’auteur, même si l’Amérique est à une période charnière de son histoire. Les États-Unis viennent d’être humiliés en Iran suite à la Révolution islamique et le Président sortant Jimmy Carter est apparu comme un politicien trop prudent et peu à la hauteur des événements. C’est d’ailleurs lui que John Hinckley a pensé s’attaquer lorsqu’il a élaboré son projet fou d’attentat.

    Finalement, ce qui se joue ce 30 mars 1981 se trouve bel et bien dans la tête du tueur, et c’est la raison pour laquelle Clovis Goux suit à la trace cet Américain moyen, fils de bonne famille et rêvant d’une carrière de musicien. Sa vie prend un soudain virage en avril 1976 lorsqu’il découvre au cinéma le film de Martin Scorcese, Taxi Driver, avec Robert de Niro et surtout la toute jeune Jodie Foster. 

    Ce rêve porte un nom : Jodie Foster

    La comédienne, âgée seulement de 13 ans, joue le rôle d’une jeune prostituée à laquelle s'attache le mythique chauffeur de taxi Travis Bickle joué par Robert de Niro. La beauté et le magnétisme de l’actrice frappe John Hinckley : "Elle est là et le monde ne sera plus jamais le même. À cet instant précis, John Hinckley sait avec certitude que son existence a désormais un sens, que sa vie vaut d’être vaincu". Lui qui estimait ne rien valoir, être étouffé par son père, n’exister que pour une mère qu'il vénère, rater ses projets professionnels et artistiques et sa vie sentimentale, voit d’emblée une lumière et un rêve, et ce rêve porte un nom : Jodie Foster.

    Les cinq années qui suivent sont marquées par une obsession de plus en plus maladive : visionnages incessants du chef d’œuvre de Scorcese, collection d’articles de presse sur l’actrice, photos punaisées dans sa chambre, des centaines de courrier envoyés et même des coups de téléphone à l’intéressée. cette dernière tente de mettre une distance entre elle et ce fan qui lui paraît aussi inoffensif que détraqué.  

    Clovis Goux propose une passionnante plongée dans la folie d’un homme, qui est aussi la folie de l’Amérique des seventies. L’auteur ponctue l’odyssée de John Hinckley de chapitres bruts et parfois insoutenables sur l’ultraviolence américaine de ces années 70 : le massacre d'Ogden, l'affaire "Beth Doe" de White Haven ou les tueurs en série John Wayne Gracy, Rodney Alcala, Wayne Williams ou Ted Bunty.

    De très belles pages sont consacrées au cinéma et en particulier à Taxi Driver, proposant par exemple une lecture rarement faite sur la Palme d’Or 1976 : reprenant les propos du scénaristes Paul Shrader, il parle de "la fixation de Travis sur deux femmes, une qu’il peut avoir et l’autre qu’il ne peut pas avoir… Pour sortir de ce dilemme, il décide de tuer la figure paternelle de la bonne fille, qui est un politicien. Comme il n’y parvient pas, il chute et tue la figure paternelle de la mauvaise fille".

    Lorsque John Hinckley tire sur Reagan, sans doute pense-t-il à la figure inquiétante et salvatrice jouée par Robert de Niro. le libérateur d’Iris, la jeune prostituée. Toutefois, c’est bien Jodie Foster qui apparaît comme l’explication de son geste, comme il le lui écrit quelques heures avant son geste qui le conduira dans un hôpital psychiatrique : "En sacrifiant ma liberté et peut-être ma vie, j’espère te changer d’avis à mon sujet… Jodie, je te demande de regarder dans ton cœur et de me donner au moins la chance, avec cet acte historique, de gagner ton amour et ton respect."   

    Clovis Goux, Chère Jodie, éd. Stock, 2020, 335 p.
    https://www.editions-stock.fr

    Voir aussi : "Eva, mon amour"

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  • Joplin's families

    Il était question il y a peu du biopic en BD consacré à Jimi Hendrix, publié par Graph Zeppelin. L’éditeur poursuit sa série musicale avec une autre figure de la pop : Janis Joplin (Janis Joplin, Piece of my heart, éd. Graph Zeppelin).

    Pour ce deuxième volume de la collection Rock Odyssée, c’est Giulia Argnani qui s’empare de cette légende musicale, morte à 27 ans – elle aussi, à l’instar de Jim Morrison, Kurt Cobain, ou Jimi Hendrix.

    La scénariste et dessinatrice italienne a choisi de coller au parcours à la fois personnel, familial et artistique, depuis son enfance à Port-Arthur dans le Texas jusqu’à Los Angeles en 1970, dans un hôtel où Janis Joplin est morte d’une overdose, seule et désespérée. Un paradoxe pour cette musicienne saluée et admirée, et que Giulia Argnani explique en s’arrêtant sur ses fêlures qu’elle date de ses primes années.

    Dès le début des années 60, Janis Joplin se démarque avec son look androgyne et son refus d’être une fille "convenable" et traditionnelle, qui ne s’habille pas comme les autres : "J’aime être à l’aise ! On ne peut rien faire avec une robe !", lui fait dire la dessinatrice italienne. Dans un État conservateur, les revendications féministes – nous pourrions ajouter "inclusives", même si le terme est anachronique – ne pouvaient que se solder par une rupture avec son milieu et sa famille, à l’exception de sa sœur Julie.

    Blessure originelle

    Très tôt, l’adolescente se trouve une passion et un talent pour la musique, le chant, et en particulier le blues, qu’elle interprète comme personne. "Je ne connais aucune blanche capable de chanter comme ça !" commente un de ses amis.

    La rupture avec sa famille entraîne pour Janis Joplin la construction de son autre famille, musicienne, via ses groupes, Big Brother and The Holding Company, les Kozmic Blues puis le Full Tilt Boogie Band. Des noms qui restent inconnus pour beaucoup de lecteurs, mais qui ont une importance capitale pour la blues woman, dans la mesure où c’est avec eux que l’artiste s’est libérée, dans tous les sens du terme.

    Drogues, dragues, vie communautaire hippie et surtout rock and roll : Janis Joplin, Piece of my heart est une plongée dans les sixties, jusqu’au décès de l’artiste, un an après Woodstock. Janis Joplin apparaît, y compris dans ses excès, comme une artiste très en avance sur son époque, et qui a été capable de révolutionner le blues comme sans doute jamais personne avant elle – si on excepte toutefois les Rolling Stones.

    Giulia Argnani a choisi de ne pas suivre un scénario stricto sensu chronologique, grâce à des va-et-vient entre ses dernières années et les années 60, comme si Janis Joplin en revenait toujours à sa famille naturelle. Sa blessure originelle. De là aussi viennent aussi sans doute ses blessures qu’elle a su si admirablement transcender en musique.

    Giulia Argnani, Janis Joplin, Piece of my heart, éd. Graph Zeppelin, 2020, 160 p.
    https://graphzeppelin.com
    https://www.facebook.com/GraphZeppelin
    https://janisjoplin.com

    Voir aussi : "L’expérience Jimi Hendrix en concept album"

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  • Rock’n’roll, rouflaquettes, chrome et pin-ups en Bourgogne

    Voyage dans le temps garanti cet été en Bourgogne avec le Vintageland, dont les organisateurs promettent ni plus ni moins qu’une immersion dans les années 50 à 80.

    Pour tenir cet engagement, du 31 juillet au 4 octobre, des animations sont proposées, mêlant cinéma, concerts (la troupe Abba story, le groupe Woodstock spirit, les Satin Dolls Sisters ou les Vagabonds), cabarets, arts forains et défilés de voitures anciennes, afin de revivre ce que l’on est tenté d’appeler avec du recul "les années insouciantes."

    Dans une ambiance musicale mêlant rock, blues, jazz, soul, pop et chanson française, le public passera dans une autre dimension : la grande roue de Grease, les motels américains sortis tout droit des sixties, un dress code pour coller à son époque favorite (cols pelles à tarte, jupes trapèze, perfectos, santiags, costumes à paillettes, bananes ou rouflaquette), sans oublier les traditionnelles pin-ups.

    "Les années insouciantes"

    Radio Vintageland diffusera les grandes voix de l'époque et les meilleurs moments de la soirée sur ses ondes.
    Au total, 51 expériences sont prévus par les organisateurs, Jacques Le Disez et David Butet, tous deux nostalgiques de la Nationale 6, "notre Route 66 à la française."

    Cette série d'événements, soutenue par le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, entend préfigurer l'ouverture de Vintageland en 2021 : un concept unique sur la plus grande aire d'autoroute d'Europe. Plus de 20 hectares boisés seront aménagés au départ de l'aire pour la création du premier parc vintage réconciliant l’American Dream et "la France des jours heureux."

    Crise sanitaire oblige, le respect des consignes sanitaires est souligné par les organisateurs de Vintageland : Capacité maximale de 281 places, réparties en loges de 2, de 4 à 7 ou de 7 à 10 personnes.

    Vintageland, du 31 juillet au 4 octobre 2020
    Motel aire de Beaune, Tailly, 21190 Merceuil
    Tarif adulte : entre 89 et 139 euros (têtes d'affiche)
    www.vintageland.fr

    Voir aussi : "Chez Jedi Shop, en goodies tu te fourniras"

    Photo : Doll fenêtre caravane@Vintage Bel Air

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  • Phyllis et les féministes

    Cate Blanchett est méconnaissable dans son rôle de Mrs America, alias Phyllis Schlafly, cette mère de famille républicaine collet monté, partie en guerre contre un amendement constitutionnel pour l’égalité hommes-femmes, l’Equal Rights Amendment. Un paradoxe, mais cette série n’en est pas à un près.

    Nous sommes en 1972 lorsque l’État fédéral américain s’apprête à voter ce vieil amendement qui semble faire quasi consensus, si on excepte quelques vieux Républicains arc-boutés sur une vision traditionnelle de la famille. Mais contre toute attente c’est une femme, une inconnue au nom imprononçable, qui se lève contre cette loi et organiser une bataille idéologique impitoyable.

    Cate Blanchett interprète Phyllis Schlafly, impressionnante de roublardise, d’intelligence, de culture, de pugnacité, d’efficacité, de cynisme mais aussi de contradictions et de mauvaise foi. Cette mère de famille, mariée à un homme aussi traditionnel et républicain qu’elle, se lance dans un combat perdu d’avance. L’Amérique du début des années 70 est en plein bouleversement : luttes contre la ségrégation, mouvement hippie, révolution sexuelle, guerre froide et guerre du Vietnam. L’Equal Rights Amendment enverra-t-il les filles dans les tranchées du Mekong et les toilettes mixtes seront-elles bannies ? Phyllis Schlafly est la figure de cette contre-culture conservatrice qui cherche à préserver le contrat social traditionnel : les femmes au foyer et la conviction que l’inégalité entre hommes et femmes est une réalité intangible.

    Après le vote au Congrès de cet amendement (premier épisode), Phyllis et ses amies se lancent dans une course de fond pour empêcher la ratification de la loi au niveau des États. Pour mener à bien sa mission quasi divine, Phyllis/Cate Blanchett doit utiliser des trésors d’inventivité pour imposer son lobbying, dans un mouvement qui peut être qualifié d’ancêtre du Tea Party.

    Phyllis et ses amies se lancent dans une course de fond

    Mais ce combat porte en lui son lot de contradictions. Car en se soulevant comme un seul homme contre l’égalité qu’elle, femme, serait en droit d’au contraire réclamer, Phyllis Schlafly se lance surtout dans une guerre qui bouleverse aussi son propre rôle social. Pire, face à un mari conservateur, contre qui se joue une lutte sournoise, la mère de famille doit aussi échapper à son rôle de mère de famille effacée. Elle use finalement d’armes féministes et de convictions féministes contre ses adversaires idéologiques – précisément les féministes.

    Justement, la force de Mrs America est de s’intéresser au camp féministe. Face à une Phyllis Schlafly déterminée, les progressistes de tout poil (féministes, pro-avortements ou noirs) pèchent moins en raison de leurs convictions que de leurs dissensions internes, des guerres d’ego, le tout dans un contexte politique détonnant : les élections présidentielles de 1972, avec un Richard Nixon conquérant pour sa réélection et son outsider démocrate, George McGovern, incapable de gérer correctement les courants progressistes de son propre camp.

    Cate Blanchett est parfaite dans le rôle de cette mère de famille lancée dans un combat d’une autre époque. Les années 70 sont d’autant mieux décrites que les apparitions de personnalités historiques ne manquent pas. Le tableau de l’Amérique traditionnelle de cette décennie est d’autant plus frappante qu’elle se confronte aux réalités de notre époque : néo-conservateurs, combats féministes, luttes contre les inégalités. Voilà, qui fait de cette série historique une formidable caisse de résonance pour le monde d’aujourd’hui.

    Mrs. America, série historique de Dahvi Waller
    Avec Cate Blanchett, Uzo Aduba, Rose Byrne, Kayli Carter et Ari Graynor
    États-Unis, 2020, sur Canal+

    https://www.canalplus.com/series/mrs-america/h/13631742_50001

    Voir aussi : "Kad Merad, Baron noir et très noir"

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