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états-unis

  • Ma Vivian, mon amour

    Vivian et Johnny, le documentaire de Matt Riddlehoover, est un hommage autant qu’un essai de réhabilitation d’une femme que le public américain a oublié, pour ne pas dire méprisé (comme le prouve par exemple le biopic de 2005 Walk The Line, avec Joaquin Phoenix et Reese Witherspoon dans les rôles principaux).

    Vivian Liberto Distin est plus connue sous le nom de Vivian Cash, la première épouse de la star de country Johnny Cash. Lorsqu’ils se rencontrent et tombent amoureux, le musicien est un obscur soldat américain de l’Air Force. Les deux amoureux n’ont de cesse de s’écrire lorsque Johnny Cash est en garnison en Allemagne de l’Ouest pendant trois ans. Des centaines de lettres témoignent de leur relation passionnée. S’ensuit un mariage en 1954 puis une première enfant. Trois autres filles suivront, et ce sont précisément ces filles qui viennent donner leur version de ce qu’a été l’existence de Vivian Liberto, ex Cash.  

    Après une période de vache maigre – paradoxalement la plus heureuse, de l’avis même des  intéressées – la carrière de Johnny Cash commence. C'est un véritable raz-de-marée fait de concerts, de disques, de tournées à travers le pays, de groupies mais aussi d’excès en tout genre – drogues, alcool, voyages incessants, invitations à des émissions de radio ou de télé mais aussi rencontres et relations extraconjugales. Pendant ce temps, Vivian reste à la maison pour s'occuper de leurs enfants. Surveillée par des fans enthousiastes, Vivian fait son possible pour élever ses quatre filles et attend jour après jour le retour d’une star de plus en plus absente. La fin du couple est déjà écrite, a fortiori lorsqu’une autre femme - June Carter - a déjà trouvé une place dans la vie du joueur de country. 

    Portrait d’une femme magnifique, héroïque et véritable mère-courage

    Mieux que le récit de la dilution d’une relation amoureuse, Vivian et Johnny, la légende de Nashville est le portrait d’une femme magnifique, héroïque, véritable mère-courage en dépit de ses défauts que ses filles ne cachent pas et qui restait prisonnière d’une cage dorée que son mari avait construite.

    Le documentaire de Matt Riddlehoover fait de Johnny Cash un personnage paumé et abandonnant femme et enfants au bénéfice de sa propre carrière et de ses égarements. Que l’on pense à son arrestation en 1965 au Mexique pour possession de drogues. À cela s’ajoutent ces préjugés sexistes et racistes du sud des États-Unis. Le spectateur découvre avec effarement les rumeurs persistantes sur la couleur de peau de Vivian Cash en raison d’une photo de mauvaise qualité. Le Klu Klux Klan va jusqu'à se manifester pour protester contre ce mariage d'un musicien blanc du sud des Etats-Unis avec une femme qu'ils soupçonnent d'être noire. 

    Vivian et Johnny reste cependant le récit d’une relation qui a malgré tout persisté, en dépit d’un divorce et de l’image féroce que le public et les médias américains ont laissé de Vivian. À la mort du musicien en 2003, son existence est même soigneusement effacée jusque dans les hommages à Johnny Cash. En dépit de tout, elle gardera toujours pour lui une bouleversante affection : "Elle est morte en l’aimant toujours de tout son cœur" affirme l’une de ses sœurs, comme le prouvent ces centaines de lettres que Vivian Liberto Distin, ex Madame Cash, gardait précieusement. 

    Ce document rare et inoubliable est disponible en VOD chez UniversCiné, Orange, Canal VOD, Arte VOD, CinéMutins et Microsoft.

    Vivian et Johnny, la légende de Nashville, documentaire américain de Matt Riddlehoover,
    avec Vivian Loberto, Johnny Cash, Rosanne Cash, Kathy Cash Tittle,
    Cindy Cash et Tara Cash Schwoebel, 90 mn, Destiny Films, 2021
    En VOD chez UniversCiné, Orange, Canal VOD, Arte VOD, CinéMutins et Microsoft

    https://www.destinydistribution.com/distribution/vivian-et-johnny-la-legende-de-nashville

    Voir aussi : "Emmanuelle aime les intellectuels (et les manuels)"

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  • Avant la guerre

    On sera tous d’accord pour dire que les meilleurs sentiments et les combats les plus nobles ne font pas forcément les œuvres les plus inoubliables. La preuve par l’exemple avec Antebellum, le thriller brutal, hésitant sans cesse entre le brûlot politique, le récit fantastique et le film à suspense. Et qui s'en sort par un final certes éclairant, mais confus et frustrant. Evidemment, je ne vous en dirai rien de plus. 

    L’histoire part pourtant sur de bonnes bases. Eden est une jeune femme noire exploitée comme esclave dans une plantation du sud américain tout entière acquise aux confédérés. Un mot à ce sujet sur le mot "antebellum" qui désigne cette période de pré-guerre civile américaine (la fameuse Guerre de Sécession). Wikipedia fait débuter cet "antebellum" à la première moitié du XIXe siècle (au plus tôt en 1812) au déclenchement de la guerre en 1861.

    Antebellum se perd

    Revenons à Eden qui survit au milieu de ses congénères, sous les coups, les tortures et les exécutions sommaires et spectaculaires (âmes sensibles s’abstenir !). Alors qu’une nouvelle esclave arrive, Julia, une tentative d’évasion (pas la première si l'on en croit l'histoire) est prévue d'ici peu. Mais la situation se complique et Eden prend conscience d’une réalité toute autre : elle est, cette fois, une intellectuelle noire en 2020, renommée et investie dans la lutte contre le racisme.

    Antebellum se perd dans ce qui était un récit qui promettait d’être passionnant. À force de chausse-trappes, de fausses pistes et de détours, le film donne l’impression de se perdre en cours de route. Osons aussi dire qu’il est servi par des interprétations pour le moins déséquilibrées. Les personnages sont tout juste esquissées, ce qui est dommage au regard de l’ambition projet artistique de cette histoire, avec des ellipses frustrantes et des destins qui auraient mérité d'être creusés. 

    Le message inclusif et de tolérance est cependant bien passé et en cela il s’inscrit dans l’Amérique du No Lives Matter, bien que le film soit sorti avant. Dommage. 

    Antebellum, thriller américain de Gerard Bush et Christopher Renz,
    avec Janelle Monáe, Marque Richardson, Eric Lange et Jack Huston, 2020, 106 mn

    https://antebellum.movie
    https://www.facebook.com/AntebellumFilm

    Voir aussi : "Bon sang ne saurait mentir"

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  • 24 heures dans la vie d’une femme

    "Journal illustré d’un combat" : tel est le sous titre de la BD d’Erin Williams, Trajectoire de femme (éd. Massot). C’est effectivement un journal intime que nous propose la dessinatrice américaine. Elle y décrit sur plus de 300 pages une journée de travail, depuis le réveil, avec trajet aller-retour en train jusqu’à Manhattan, jusqu'à son coucher. Elle observe son environnement, croise des passagers et passagères comme elle, parfois en affrontant des regards – masculins – insistants et insupportables.

    Ces heures au milieu de ces semblables, au cours d’une journée "normale", permet à Erin Williams de faire de fréquentes digressions sur son passé et sur les hommes qu’elle a croisés dans sa vie.

    Trajectoires de femme passe ainsi de propos prosaïques et de saynètes ordinaires – le maquillage du matin ("Le ravalement de façade"), la sortie du chien, l’attente sur le quai de gare, les paysages que traverse le train, des publicités machistes, le déjeuner du midi, une femme passant l’aspirateur, une autre se faisant "mater" les seins par un homme – à des monologues intérieures qui la ramènent à ses souvenirs, à des traumatismes et à des réflexions sur sa condition de femme.

    C’est une BD engagée et féministe autant qu’un portrait intime que nous propose l’auteure américaine. Abîmée par plusieurs relations avec des hommes, Erin Williams se montre pour le moins tranchant avec ceux-ci, y compris ces inconnus qu’elle croise lors des trajets quotidiens pour se rendre au travail. C’est aussi l’occasion pour l’auteure de se remémorer des expériences et des rencontres qu’elle décrit avec cruauté : "Tout ce que je disais, c’était pour le mettre en valeur… Je ne participais pas à ce rendez-vous en tant qu’actrice, mais en tant que spectatrice d’une parade masculine ridicule", dit-elle au sujet d'un échange avec un  inconnu qui la drague. Le spectateur est saisi bien plus encore par des souvenirs dans lesquelles l’agression sexuelle est d’autant plus brutale qu’elle se situe parfois dans une zone grise ("Les nombreuses, très nombreuses nuances de gris"), à la frontière du consentement ("Après le départ de Jim, je me suis sentie sale et honteuse"). L’alcool et les drogues finissent de prendre au piège la victime. Plus glaçant encore, l’auteure évoque le viol dont elle a été victime des années plus tôt.

    "Je ne lis pas de livres écrits par des hommes"

    Traumatisée par ces expériences, Erin Williams prend de la hauteur et s’engage dans des réflexions où le féminisme prend peu à peu le dessus, à l’exemple de ce détail éloquent au sujet de ses lectures dans le train : "Je ne lis pas de livres écrits par des hommes. Je me sens suffisamment imprégnée de l’expérience masculine humaine au travers de mon éducation."

    Féministe dans l’âme, Erin Williams ausculte avec finesse le piège des clichés, en admettant y être tombée, lorsque par exemple elle avoue s’être pliée à des "fantasmes sexuels". Cette journée de la vie d’une femme du début du XXIe siècle devient le reflet de stéréotypes masculins, qui sont notamment illustrées par la figure de Freud apparaissant sur deux planches ("Les femmes sont opposées au changement, reçoivent passivement des informations et n’apportent rien de personnel"). Dans ses relations avec les hommes, même lorsque certains semblent sortir du lot à l’instar d’un ex, il y a toujours cet élément ou cette phrase anodine qui va blesser, rabaisser et humilier ("Il m’a dit… que j’avais pris du poids").  "Violeur ou sauveur ?" se demande l’auteure au sujet d’un inconnu croisé au retour de la gare  : une interrogation qui peut s’appliquer, symboliquement ou non, à l’ensemble des hommes qu’elle croise.

    Dans ce récit chirurgical, Erin Williams consacre plusieurs pages sur le corps, indissociable du genre féminin et souvent un fardeau : "Je me bats toute la journée pour maîtriser mon corps, en public comme en privé", avoue-t-elle. Ses réflexions sur le corps l’amènent à parler de sa condition de mère, sans tabou ni angélisme : "La maternité c’est faire le deuil de soi en tant qu’individu." Abandonnant le récit du voyage en train au profit d’une introspection sur son être et sur son corps, Erin Williams consacre les 50 dernières pages de son livre à son travail de renaissance, à travers des rencontres ("Ce sont les femmes qui m’ont transformée"), de nouvelles expériences. Elle y parle du viol, du désir, du pouvoir masculin ("Les dés sont pipés. Le pouvoir est concentré de l’autre côté"), mais aussi du fait de devenir mère ("Nourrir et faire grandir un enfant peut être un processus indirect").

    Dans ce livre personnel à bien des égards, frontal et engagé, Erin Williams se livre avec audace, éloquence et fierté : " Raconter nos histoires, c’est témoigner de nos souffrances."

    Erin Williams, Trajectoire de femme, Journal illustré d’un combat, éd. Massot, 2020, 304 p.
    https://www.erinrwilliams.com
    https://massot.com/collections/trajectoire-de-femme

    Voir aussi : "Des bulles pour balancer"

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  • Noir coton

    Autres temps, autres mœurs : alors que durant la longue carrière de Lucky Luke, l’homme qui tire plus vite que son ombre et son fidèle cheval Jolly Jumper côtoyaient la population du Far West la plus bigarrée qui soit – indiens, noirs, chinois ou latinos –, celle-ci était la plupart du temps réduite au second plan, pour ne pas dire caricaturée. Rien de grave à l’époque, car il ne s’agissait que de divertissement et d’humour. Sauf que l’époque a changé, et que des mouvements sociaux sont passés par là. 

    Lucky Luke, semble prendre un nouveau virage dans son dernier album, Un cow-boy dans le Coton. Le justicier solitaire sans peur et sans reproche, au courage et à la générosité chevillés au corps, se frotte cette fois au racisme du sud américain, suite à un héritage inattendu.

    Devenu propriétaire d’un champ de coton dans la Nouvelle-Orléans, Lucky Luke ne se voit pas abandonner l’aventure avec son fidèle destrier. Bien décidé à refuser l’héritage, il se décide à aller visiter ses terres, avant de les rendre aux ouvriers qui les exploitent. Évidemment, il faudra compter avec les voisins du domaine, des propriétaires blancs sans vergogne.

    Figures anachroniques et références bien actuelles

    Achdé au dessin et Jul au scénario font de ce nouvel album une savoureuse et intelligente respiration sociale dans un Far West – ou plutôt un Deep South – rarement vu dans un Lucky Luke. Les auteurs ont redonné vie à Bass Reeves, un cow-boy tombé dans l’oubli en raison de sa couleur. Une postface précise que 25 % des cow-boys étaient noirs et une grande partie de leur collègue était hispanique : ce "secret le mieux gardé du Far West" est révélé au grand jour.

    Dans cette histoire d’héritage encombrant et sur fond d’esclavagisme, les auteurs parsèment joyeusement la BD de figures anachroniques et de références bien actuelles : Angela, une femme noire revendicative qui n’est pas sans rappeler Angela Davis, deux enfants s’appelant Ophrah et Barack (sic), une sémillante blonde sudiste prénommée Mélania ou un gros propriétaire qui pourrait être un croisement entre Donald Trump et le personnage de Calvin Candie, joué par Leonardo DiCaprio dans Django Unchained.

    Étincelles garanties pour ce nouvel album du cow-boy solitaire le plus célèbre de l’histoire, et qui se termine par un événement qui n’est pas sans rappeler une actualité plus récente, toujours dans le sud profond américain.

    Achdé et Jul, Un Cow-boy dans le Coton, éd. Lucky Comics, 2020, 46 p.
    https://www.dargaud.com
    http://www.lucky-luke.com/fr

    Voir aussi : "Complètement baba de bulles"

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  • Trump vu par Karel

    Ce dimanche, M6 diffusera un documentaire exceptionnel réalisé par le multi primé William Karel.

    Avec son film Le Monde selon Trump, le cinéaste propose un éclairage intransigeant sur le 45e Président, que les électeurs américains vont réélire ou non, le 3 novembre prochain.

    L’homme d’affaire et chef d’état républicain et populiste, candidat à sa propre succession, est lancée dans une course contre son concurrent Joe Biden pour l’emporter sur une élection que tous les observateurs considèrent comme capitale pour le pays… et aussi dangereuse pour la démocratie américaine.

    Dans quel état Donald Trump laissera-t-il son pays après quatre années d'un mandat déjà marqué par un nombre incalculable de décisions ubuesques, de scandales et de tweet rageurs ? Le plus imprévisible des dirigeants de l'histoire des États-Unis pourra-t-il être réélu ?

    Intransigeant

    William Karel retrace quatre années d'une présidence hors-normes qui a laissé l'Amérique profondément divisée. Pour raconter Donald Trump au pouvoir, de l'intérieur, William Karel a interviewé plusieurs de ses anciens proches collaborateurs, comme John Bolton, ex-conseiller à la sécurité nationale, et Anthony Scaramucci, ex-directeur de la communication de la Maison-Blanche, mais aussi des journalistes vedettes qu'il a pris pour cible dans sa croisade contre la presse. Le réalisateur a également rencontré des psychologues et des psychiatres qui ont étudié la personnalité de Trump et aussi les responsables sanitaires, une militante de Black Lives Matter et un pasteur évangélique qui, lui, le soutient sans réserve.

    William Karel (Le Monde selon Bush, Opération Lune ou Poison d'avril) propose au final un portrait engagé, implacable et sans concessions sur le plus controversé des présidents américains, à quelques jours d'une élection décisive pour l'avenir des États-Unis.

    Le Monde selon Trump, documentaire de William Karel, Roche Productions, sur M6
    Avec la Participation de : M6, RDI, RTBF, TV4 Sweden, Canal + Polska,
    TV3, TV Canaria, PTS Taïwan, ORF 3, HRT

    Diffusé ce dimanche 25 octobre à 23h10 sur M6 dans Enquête Exclusive
    Jusqu'au 1er octobre 2021 sur M6 Replay
    https://pro.m6.fr/paris-premiere/programme/2020-45/le-monde-selon-trump-12047756
    https://www.imdb.com/name/nm0439137

    Voir aussi : "Cons et néocons"

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  • Billie Eilish est-elle une bad girl ?

    Le 26 janvier dernier, la 62e cérémonie des Grammy Awards récompensait de cinq prix une gamine de 18 ans, moins d’un an après la sortie de son premier album, When We All Fall Asleep, Where Do We Go? : artiste révélation de l’année, chanson de l’année, enregistrement de l’année et meilleure prestation pop solo pour Bad Guy, meilleure album pop et album de l’année pour son premier opus : n'en jetez plus ! Billie Eilish marquait de son empreinte la scène pop-rock, tout en devenant la première star milléniale, puisque la jeune femme est née en Californie le 18 décembre 2001.

    Dans la biographie qu’Adrian Besley consacre à la chanteuse (Billie Eilish, La biographie non officielle, éd. Albin Michel), c’est autant la précocité que l’importance de l’Internet et des réseaux sociaux dans la révélation de cette chanteuse qui frappe les esprits.

    Certes, l’enfance et la famille de Billie Eilish Pirate Baird O’Connell ont une importance capitale dans sa carrière, puisque ses parents sont tous les deux des artistes et que la jeune star travaille étroitement avec son frère Finneas, lui aussi récompensé lors des Grammy Awards (Adrian besley lui consacre un chapitre entier, preuve de son importance). Pour autant, l’auteur insiste sur l’éducation "ordinaire" de Billie Eilish, si l’on oublie toutefois une scolarisation à domicile par un père et une mère, artistes mais modestes.

    Sa précocité ahurissante a été soulignée à de multiples reprises : "Son histoire fait désormais partie de la grande histoire de la pop, et sera répétée un million de fois", avance Adrian Besley, non sans ostentation. À l’âge de 14 ans, suivant les pas de son frère de quatre ans son aîné, Billie Eilish publie sur Soundcloud les morceaux sHE’s brOKen, Fingers Crossed, puis Ocean Eyes. Ils portent déjà l’empreinte de la chanteuse : textes personnels et sombres, rythme électronique, accompagnements minimalistes et voix fragile, presque murmurée. Ocean Eyes se fait remarquer sur les réseaux sociaux et le morceau reçoit en quelques mois un accueil enthousiaste, tant de la part des professionnels que du grand public.

    "Son histoire fait désormais partie de la grande histoire de la pop, et sera répétée un million de fois"

    La suite est un engrenage de concerts électriques, de collaborations artistiques prestigieuses, de clips tous aussi originaux les uns que les autres et d’une ascension irrésistible. Son succès passera par les États-Unis mais surtout, singulièrement, par la Nouvelle Zélande et l’Australie, qui ont accueilli avec enthousiasme ses premiers concerts dès 2017.

    L’ouvrage d’Adrian Besley est évidemment destinée avant tous aux fans de l’artiste américaine, membre emblématique de la génération Z. Adolescente starisée, Billie Eilish apparaît aussi comme une jeune femme n’ayant jamais caché ses fragilités et sa longue période de dépression, tout en assumant pleinement son nouveau statut, grâce à des looks toujours plus extravagants les uns que les autres – une vraie bad girl –, sans oublier ses engagements (le droit des femmes et l’écologie notamment). Adrian Besley ne met pas de côté ses autres passions : la danse, la réalisation de clips, la mode (nous l’avons dit), mais aussi le rap (XXXTentacion, Drake, Mehki Raine), qui continue d’influencer sa musique, avant tout pop (surnommée "gloom pop", "pop dépressive", pour ses détracteurs).

    Un chapitre entier est consacré à l’album phare de sa jeune carrière, When We All Fall Asleep, Where Do We Go?, que le journaliste intitule tout simplement : "Quatorze œuvres d’art" : "une collection soigneusement composée de pistes [titres] qui, si elles fonctionnent indépendamment, s’alimentent les uns des autres pour créer un ensemble harmonieux." Cet opus sera suivi de concerts marquants qui vont finir d’asseoir son statut : "Billie est la nouvelle reine de la pop, mais il lui reste à procéder à son couronnement. Et peut-on rêver mieux pour célébrer sa réussite que Coachella ?" C’est lors de l’édition d’avril 2019 du prestigieux festival américain, au cours de deux soirées, que Billie Eilish finit de s’imposer, avant ses récompenses quelques mois plus tard aux Grammy Awards.

    La biographie d’Adrian Besley a été terminée en mars 2020, alors que le Grand Confinement obligeait à mettre à l’arrêt l’essentiel de sa vie musicale. Il faudra attendre cet automne pour la découvrir finalement dans un autre rôle : celle d’auteure et d’interprète du titre phare du prochain James Bond, Mourir peut attendre. Le plus célèbre des bad boys sera célébré par celle qui les a chantés avec génie, mais qui n’est pas, à coup sûr, une bad girl, elle.

    Adrian Besley, Billie Eilish, La biographie non officielle, éd. Albin Michel, 2020, 245 p.
    https://www.youtube.com/channel
    https://www.albin-michel.fr/ouvrages/billie-eilish-la-biographie-non-officielle

    Voir aussi : "Quatre filles dans le Levant"

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  • Matthew Rhys sur les pas de Raymond Burr

    On l’a sans doute un peu oublié, mais Perry Mason fait figure de monument télé depuis une cinquantaine d’années. L’avocat américain créé par l'écrivain Erle Stanley Gardner a fait l’objet de plus de 80 romans policiers avant de devenir célèbre dans le monde entier grâce à une série télé dans les années 60, incarnée par le non-moins légendaire Raymond Burr. Un Raymond Burr qui reviendra presque vingt ans plus tard pour rempiler dans une trentaine de téléfilms, jusqu’à la mort de l’acteur.

    HBO a eu la bonne idée de redonner vie à Perry Mason, tout en choisissant de propulser notre avocat particulièrement obstiné, dans les années 30. Les fans de Raymond Burr s’en étonneront sans doute, mais, réflexion faire, ce choix paraît judicieux pour un personnage qui a été créé en pleine Dépression américaine.

    Pour jouer le rôle de Perry Mason, il fallait un acteur d’envergure qui puisse faire oublier l’acteur qui lui a donné vie pendant cinquante ans. Pour la série sortie cette année, c’est Matthew Rhys qui se colle à l’exercice, et l’on est bien obligé d’admettre qu’il incarne avec justesse et talent le rôle de cet avocat, qui n'est plus la figure aristocratique incarnée par Raymond Burr mais un homme blessé par son passé et un écorché vif.

    Monument télé

    Celui qui n’est au début de la série qu’un détective privée attaché au service du cabinet d’avocat d’EB Jonathan peine à se remettre de son expérience sur le front français pendant la Grande Guerre.

    Dans le Los Angeles des années 30 pourri par la crise et la misère, un enfant est tué après avoir été enlevé à ses parents, deux fervents croyants d’une secte chrétienne, menée par une gourou illuminée, sœur Alice McKeegan (Tatiana Maslany). Cette histoire de meurtre sordide devient bientôt une affaire dans laquelle se mêlent politique, religion, business, règlements de compte mais aussi les rumeurs les plus folles puisque le père puis la mère du petit Charlie sont tour à tour accusés de la mort e leur propre enfant. Perry Mason suit l’affaire qui va bientôt avoir des conséquences inattendues.

    Dans cette série estampillée HBO, la qualité est au rendez-vous pour ce qui s’apparente à une superproduction avec costumes d’époque et reconstitution fidèle du Los Angeles des années 30. Matthew Rhys, qui avait été révélé dans cet autre chef d’œuvre qu’est The Americans, parvient à faire oublier Raymond Burr en donnant à son Perry Mason l’épaisseur d’un antihéros pugnace, perspicace mais aussi fragile. À noter aussi la présence de Della Street, interprétée par la formidable Juliet Rylance.

    J’oubliais : on apprend cette semaine qu’une deuxième saison de Perry Mason est déjà programmée. Chic.

    Perry Mason, série dramatique américaine de Rolin Jones et Ron Fitzgerald,
    avec Matthew Rhys, Tatiana Maslany, John Lithgow,
    Chris Chalk, Shea Whigham et Juliet Rylance,
    HBO, saison 1, 8 épisodes, 2020, sur OCS et Canal+

    https://www.hbo.com/perry-mason
    https://www.canalplus.com
    https://www.ocs.fr

    Voir aussi : "Le paradis d'Hollywood"

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  • Lillie country

    Mieux vaut tard que jamais : Lilie Mae toque discrètement à nos oreilles grâce à son premier album sorti il y a un an pile (Other Girls for That).

    Mais qu’est-ce qui fait la singularité de cette artiste quasi inconnue en France ? Sans doute qu’elle s’approprie la country, un genre injustement boudé et moqué par le public français, à l’oreille musicale pourtant infaillible – non, je déconne…

    Bref, Lillie Mae, découverte par Jack White en personne, s’impose par son choix de trousser des titres mêlant country et pop folk avec une rare sensibilité (Wash Me Clean, You’ve Got Other Girls for That).

    À l’instar de Ben Harper, ses pairs ne s’y sont pas trompés qui ont fait de Lillie Mae une de ces nouvelles voix américaines à suivre.

    Au public français de se débarrasser de ses préjugés pour craquer sur cette chanteuse pop-rock country, à la voix et au physique fragile et irrésistible.

    Lillie Mae, Other Girls for That, Third Man records, 2019
    https://www.lilliemaemusic.com

    Voir aussi : "O'Brother"

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