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états-unis

  • Matthew Rhys sur les pas de Raymond Burr

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    On l’a sans doute un peu oublié, mais Perry Mason fait figure de monument télé depuis une cinquantaine d’années. L’avocat américain créé par l'écrivain Erle Stanley Gardner a fait l’objet de plus de 80 romans policiers avant de devenir célèbre dans le monde entier grâce à une série télé dans les années 60, incarnée par le non-moins légendaire Raymond Burr. Un Raymond Burr qui reviendra presque vingt ans plus tard pour rempiler dans une trentaine de téléfilms, jusqu’à la mort de l’acteur.

    HBO a eu la bonne idée de redonner vie à Perry Mason, tout en choisissant de propulser notre avocat particulièrement obstiné, dans les années 30. Les fans de Raymond Burr s’en étonneront sans doute, mais, réflexion faire, ce choix paraît judicieux pour un personnage qui a été créé en pleine Dépression américaine.

    Pour jouer le rôle de Perry Mason, il fallait un acteur d’envergure qui puisse faire oublier l’acteur qui lui a donné vie pendant cinquante ans. Pour la série sortie cette année, c’est Matthew Rhys qui se colle à l’exercice, et l’on est bien obligé d’admettre qu’il incarne avec justesse et talent le rôle de cet avocat, qui n'est plus la figure aristocratique incarnée par Raymond Burr mais un homme blessé par son passé et un écorché vif.

    Monument télé

    Celui qui n’est au début de la série qu’un détective privée attaché au service du cabinet d’avocat d’EB Jonathan peine à se remettre de son expérience sur le front français pendant la Grande Guerre.

    Dans le Los Angeles des années 30 pourri par la crise et la misère, un enfant est tué après avoir été enlevé à ses parents, deux fervents croyants d’une secte chrétienne, menée par une gourou illuminée, sœur Alice McKeegan (Tatiana Maslany). Cette histoire de meurtre sordide devient bientôt une affaire dans laquelle se mêlent politique, religion, business, règlements de compte mais aussi les rumeurs les plus folles puisque le père puis la mère du petit Charlie sont tour à tour accusés de la mort e leur propre enfant. Perry Mason suit l’affaire qui va bientôt avoir des conséquences inattendues.

    Dans cette série estampillée HBO, la qualité est au rendez-vous pour ce qui s’apparente à une superproduction avec costumes d’époque et reconstitution fidèle du Los Angeles des années 30. Matthew Rhys, qui avait été révélé dans cet autre chef d’œuvre qu’est The Americans, parvient à faire oublier Raymond Burr en donnant à son Perry Mason l’épaisseur d’un antihéros pugnace, perspicace mais aussi fragile. À noter aussi la présence de Della Street, interprétée par la formidable Juliet Rylance.

    J’oubliais : on apprend cette semaine qu’une deuxième saison de Perry Mason est déjà programmée. Chic.

    Perry Mason, série dramatique américaine de Rolin Jones et Ron Fitzgerald,
    avec Matthew Rhys, Tatiana Maslany, John Lithgow,
    Chris Chalk, Shea Whigham et Juliet Rylance,
    HBO, saison 1, 8 épisodes, 2020, sur OCS et Canal+

    https://www.hbo.com/perry-mason
    https://www.canalplus.com
    https://www.ocs.fr

    Voir aussi : "Le paradis d'Hollywood"

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  • Lillie country

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    Mieux vaut tard que jamais : Lilie Mae toque discrètement à nos oreilles grâce à son premier album sorti il y a un an pile (Other Girls for That).

    Mais qu’est-ce qui fait la singularité de cette artiste quasi inconnue en France ? Sans doute qu’elle s’approprie la country, un genre injustement boudé et moqué par le public français, à l’oreille musicale pourtant infaillible – non, je déconne…

    Bref, Lillie Mae, découverte par Jack White en personne, s’impose par son choix de trousser des titres mêlant country et pop folk avec une rare sensibilité (Wash Me Clean, You’ve Got Other Girls for That).

    À l’instar de Ben Harper, ses pairs ne s’y sont pas trompés qui ont fait de Lillie Mae une de ces nouvelles voix américaines à suivre.

    Au public français de se débarrasser de ses préjugés pour craquer sur cette chanteuse pop-rock country, à la voix et au physique fragile et irrésistible.

    Lillie Mae, Other Girls for That, Third Man records, 2019
    https://www.lilliemaemusic.com

    Voir aussi : "O'Brother"

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  • L’expérience Jimi Hendrix en concept album

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    Comment évoquer en images et en BD Jimi Hendrix ? Comment rendre sa mesure à une carrière fulgurante et à bien des égards révolutionnaire ? Car on a tendance à oublier que la carrière du guitariste et chanteur américain n’a duré que quatre années, au sein de son groupe The Jimi Hendrix Experience.

    Mattia Colombara (au scénario) et Gianluca Maconi (au dessin) proposent dans Jimi Hendrix-Requiem électrique un biopic sous forme de bande dessinée qui condense en 144 planches la vie de l’artiste né en 1942 à Détroit et mort à 27 ans après une surconsommation d’alcool et de calmants. Trop court sans doute pour développer tous les aspects de sa vie, mais suffisamment documenté pour proposer un récit qui a vocation à être "universel", comme le disent les auteurs. Les fans de Jimi Hendrix adoreront et les autres se passionneront pour la découverte ou redécouverte de celui qui est considéré comme l’un des plus grands musiciens et guitaristes du XXe siècle.

    Le lecteur replonge dans la vie brève mais passionnante d’un afro-américain, marqué par une vie familiale compliquée (il ne rencontre son père qu’à trois ans, après la démobilisation de celui-ci et la fin de la seconde guerre mondiale) et la découverte de la guitare à l’âge de quinze ans, qu’il apprend quasiment seul. Son début de carrière est chaotique : maigres cachets, petits clubs et groupes plus ou moins obscurs. Il finit par côtoyer quelques grands noms, avec plus ou moins de bonheur : Ike et Tina Turner, Little Richard ou Sam Cooke. Sa rencontre avec la mannequin Linda Keith lui permet d’approcher Chas Chandler, le bassiste des Animals, qui lui ouvre bien des portes.

    Une carrière marquée par la ségrégation et le racisme

    La suite, se sont d’autres rencontres – les Beatles, Paul McCartney et surtout Eric Clapton – mais surtout des concerts qui vont entrer dans les annales : les premières parties des concerts de Johnny Hallyday en 1966, le festival de Monterrey en 1967, Woodstock un an plus tard et l’Île de Wight l’année de sa mort, durant l’été 1970.

    Les auteurs ont choisi de s’approprier le nom du groupe du guitariste, pour proposer "un livre qui joue avec les règles de la bande dessinée comme Jimi jouait avec les structures musicales." Trois parties constituent cet album "concept", avec une introduction, un intermède (qui est aussi un hommage au 2001 : L’Odyssée de l’Espace de Kubrick) et un épilogue. Chacune des trois parties regroupe trois chapitres consacrés à des chansons de Hendrix : Woodoo Chile, Crosstown Traffic, Burning Of The Midnight Lamp, Castle Made Odf Sand, Fire, All Allong The Watchtower, Machine Gun, Hear My Train Coming et Woodoo Child (Slight Return). De ce point de vue, la lecture des notes des auteurs en toute de livre est intéressante pour comprendre leur démarche artistique. Au passage, l’ouvrage dépeint sans l’enjoliver cette période extrêmement riche, sans gommer ses travers : drogues, producteurs sans état d’âme et discrimination.

    Graphiquement, Gianluca Maconi a fait le choix du noir et blanc pour leur Jimi Hendrix-Requiem électrique. Un choix compréhensible, dans la mesure où la carrière de Hendrix a été marquée par la ségrégation et le racisme, y compris lorsque le chanteur était au sommet de sa gloire. Lors d’une interview, les auteurs lui font dire ce cruel constat : "Les blancs dansaient et s’amusaient en nous écoutant… Mais lorsque la musique s’arrêtait, on redevenait des déchets." Le message est poignant et renvoie bien entendu à une réalité toujours d’actualité. Il reste aujourd’hui son œuvre musicale exceptionnelle… et quelle guitare !

    Mattia Colombara & Gianluca Maconi, Jimi Hendrix-Requiem électrique
    éd. Graph Zeppelin, 2020, 144 p.

    https://www.facebook.com/GraphZeppelin
    https://www.jimihendrix.com/fr/biographie

    Voir aussi : "Clatpton, toujours debout"

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  • Furieux kurofune

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    Cela fait longtemps que le manga a su gagné ses lettres de noblesse bien au-delà du Japon. S’essayant à tous les genres, les mangakas ont aussi investi le domaine de l’histoire : la preuve avec Funestes Vaisseaux du scénariste Wilson Michel Sean et de la dessinatrice Akiko Shimojima.

    L’histoire racontée dans cette bande dessinée, à la facture plutôt classique dans son découpage comme dans son dessin, raconte une période peu connue sous nos contrées : celle de la crise de l’époque Edo, dont l’un des épisodes les plus emblématiques fut la pression des Occidentaux, bien décidés à réitérer le même coup de force qu’ils avaient accomplis en Chine (les deux Guerres de l’Opium et le traité de Nankin). L’Asie est un territoire immense qui aiguise l’appétit des Russes, des Britanniques, des Néerlandais, des Français mais aussi des États-Unis, qui ne sont pas encore la grande puissance qu’ils seront quelques décennies plus tard, mais qu’ils aspirent à devenir : car tel est bien l’enjeu de cet épisode qui va traumatiser le Japon, autant qu’il va permettre de consolider une identité commune.

    En mai 1853, le contre-amiral américain Perry arrive avec trois navires au large des îles Ryuku. Ces "funestes bateaux noirs" ("kurofune") vont bientôt devenir l’obsession des Shoguns au pouvoir ? Perry est chargé par le Président américain Franklin Pierce d’exiger des droits commerciaux et l’installation de mandats commerciaux au cœur du Japon.

    Des conséquences incommensurables

    La jeune nation a des ambitions géopolitiques très gourmandes, et entend bien asseoir sa position, au détriment d’un pays, le Japon, d’autant plus tétanisé par l’agressivité du militaire que le pays est resté replié sur lui-même depuis deux siècles. Seul le port de Nagasaki est ouvert au commerce étranger. Dans ce contexte favorable pour lui et son pays, Perry menace de prendre de force la capitale Edo – future Tokyo. Bientôt, les trois navires arrivent dans la baie de la capitale japonaise. La période d’intimidation commence vraiment, et elle aura des conséquences incommensurables.

    Wilson Michel Sean (The Garden, The Minamata Story) et Akiko Shimojima (Les 47 Ronins, Les Secrets du Ninja) retracent un an d’un épisode important dans l’histoire du pays du Soleil Levant. Un gros travail de documentation autant que de scénarisation permet d’avoir ce manga à la fois passionnant, vivant et accessible. Akiko Shimojima électrise le récit grâce à un découpage des cases très cinématographique. Les traits des personnages sont expressifs et un soin particulier est donné aux décors et aux bateaux.

    Funestes vaisseaux se veut aussi une introduction au Crépuscule des Samouraïs, autre volume de cette collection consacrée à l’histoire du Japon en manga.

    Wilson Michel Sean & Akiko Shimojima, Funestes vaisseaux, éd. Graph Zeppelin, 2020, 192 p.
    https://seanmichaelwilson.weebly.com
    http://akiko2010.blogspot.com
    https://www.facebook.com/GraphZeppelin
    http://www.tabou-editions.com

    Voir aussi : "Merveilleuses artilleuses"

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  • Cours, Etsy, cours

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    Unorthodox a été la série à succès inattendue de cette période de confinement. Une mini-série en réalité : avec quatre épisodes cette création Netflix n’impose pas un temps interminable de binge-watching. Là est sans doute l’une des raisons du succès d’Unorthodox. Mais pas que.

    À vrai dire, la série allemande avait tout pour faire fuir de nombreux spectateurs : le récit a priori aride d’un déracinement et d’une séparation, une plongée dans l’univers peu connu des hassidiques, des acteurs inconnus et le refus du spectaculaire.

    Esther Schwarz est Etsy, une jeune New-yorkaise élevée dans un milieu orthodoxe extrêmement pieux, si pieux que le respect des rituels juifs vire à l’obsession jusque dans la vie quotidienne. Etsy a été élevée par sa grand-mère et sa tante après la séparation de sa mère, Alex, partie vivre en Allemagne. Le père, lui, est incapable de l’élever. Alcoolique et aussi croyant que les autres membres de sa famille, il a laissé sa mère et sœur le soin de s’occuper de sa fille. Et s’occuper d’elle signifie surtout la marier.

    Sa famille lui trouve un homme, Yanky Shapiro, aussi respectueux des traditions qu’il peut être doux et très réservé. Mais les relations entre Esther et Yanky s’aggravent en raison de la pression sociale pour qu’elle devienne mère. Un an après les noces célébrées en grande pompe, Etsy décide de fuir pour rejoindre Berlin. Sa mère y vit toujours, mais entre les deux femmes les liens ont été coupés depuis longtemps, car Alex elle-même a dû se séparer de son mari peu de temps après la naissance d’Essther. Pendant ce temps, le rabbin de la communauté hassidique demande à Yanky de partir en Europe récupérer son épouse. Pour l’accompagner, on lui impose la présence de son cousin Moishe. Les deux hommes s'envolent pour Allemagne pour retrouver celle qui a fui leur communauté.

    Il faut la voir débarquer à Berlin, à la fois éblouie, fascinée et apeurée

    Unorthodox est l’adaptation du récit autobiographique de Deborah Feldman, The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots (2012). Pour raconter cette histoire d’une fuite et d’une libération, les showrunneuses ont insisté sur la construction intérieure d’Esty, se trouvant du jour au lendemain livrée à elle-même dans un monde qu’elle ne connaît pas. Il faut la voir débarquer à Berlin, à la fois éblouie, fascinée et apeurée. Une baignade, un concert de musique classique ou une soirée en boîte de nuit prennent des allures de découvertes ahurissantes et déstabilisantes. Esty y découvre à cette occasion l’amitié, l’amour, une vocation mais aussi la grisante incertitude de la liberté.

    Esther est interprétée par Shira Haas, impressionnante de bout en bout et littéralement métamorphosée lors de son arrivée en Europe. Elle endosse avec un naturel désarmant cette femme déracinée d'un milieu toxique et bien décidée à se battre pour exister. Mais cette quête pour son identité en cache une autre : celle d’une jeune femme juive se reconstruisant sur les lieux mêmes où la Shoah a pris corps. La série multiplie les références et les symboles de ce traumatisme : la fameuse baignade dans le lac en face de Wannsee (le lieu de la tragique conférence du 20 janvier 1942), la tête rasée d’Etsy, des conversations sur le nazisme et même une chemise rayée que porte un moment la jeune femme.

    On ne racontera pas la fin de cette série, qui fait d’un concours de musique la conclusion d’un récit intelligent et émouvant sur la liberté, les racines, le féminisme mais aussi la réconciliation.

    Unorthodox, mini-série dramatique allemande d’Anna Winger et Alexa Karolinski
    avec Shira Haas, Amit Rahlav et Jeff Willbursch
    une saison, 4 épisodes, 2020, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/81019069

    Voir aussi : "Mando, l'autre Boba Fett"

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  • Les Formento, par un concours de Circonstance

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    Par un concours de circonstances, je suis tombé sur les bien nommées Circumstance des Formento, grâce au site Rocky Girl.

    Les Formento, BJ et Richeille, est un couple à la ville et dans les arts, alliés dans une photographie élégante et exigeante, réconciliant création contemporaine et pop-art. Leurs clichés sont des mises en scènes savamment travaillées dans lesquelles se devinent l’influence du cinéma américain.

    C’est du reste aux États-Unis que les Formento ont posé leur valise à partir de 2009, pour cinq mois de pérégrination dans une Amérique irréelle, figée dans une époque qui pourrait se situer entre les années 50 et 70. Ils en ont sorti la série Circumstance : American beauty on bruised knees, appelée plus sobrement Circumstance.

    La crise des subprimes est passée par là

    La date de ce projet n’est pas anodine. En 2009, la crise des subprimes est passée par là. Les États-Unis sont à terre, démolis, empêtrées dans une remise en question traumatisante de leur american way of life et du libéralisme anglo-saxon. C'est cette occasion que choisissent les Formento pour se lancer dans un voyage passionnant, traversant 25 États et photographiant 50 femmes rencontrés par hasard, dans la rue ou sur Internet.

    Dans des paysages dévastés ou désertiques, pour ne pas dire post-apocalyptiques, le couple de photographes met en scène des modèles sublimes mais aussi esseulées, abandonnées et en attente de quelque chose ou de quelqu’un. Dans des poses maniéristes, ces femmes s’abandonnent, mélancoliques, bouleversantes et attachantes. En réponse à la crise économique, il semble qu’il y a cette crise existentielle qui n’est jamais apparue aussi prenante et aussi sexy que dans cette série de Circonstances. 

    http://formento2.com

    Voir aussi : "Baigneuse sortant des eaux"

    © Formento

  • Cons et néocons

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    michael wolff,donald trump,steve bannon,ivanka trump,jared kushne,états-unis,maison blanche,tea party,néoconservateurs,essai"Un idiot entouré de clowns" : c’est le punchline en quatrième de couverture de l’essai qui a déstabilisé la Maison Blanche de Donald Trump. C’est à Michael Wolff, écrivain et journaliste américain que l’on doit Le Feu et la Fureur (éd. Robert Laffont), véritable réquisitoire contre le Président américain populiste, arrivé au pouvoir il y a à peine deux ans, à la surprise générale.

    Parlons justement de cette prise de pouvoir. Le 8 novembre 2016, Trump et son équipe s’apprêtent à laisser la Maison Blanche à Hillary Clinton : "Il ne va pas gagner! Ou alors, perdre c’est gagner." Cette défaite annoncée jusque dans l’équipe du candidat républicain sonne en réalité comme un triomphe et un gage de futures victoires : Trump pourrait devenir un véritable martyr politique et asseoir une popularité mondiale, sa fille Ivanka et son gendre Jared Kushner deviendraient des célébrités et permettraient de développer la marque Trump, Steve Bannon, l’idéologue, prendrait la tête du Tea Party et des néoconservateurs et le Parti Républicain retournerait à son fonctionnement habituel après cette parenthèse électorale – un véritable cauchemar pour leurs augustes représentants.

    Sauf que rien ne se passe comme prévu : lorsque après 20 heures les résultats tombent, les témoins croisent le futur Président désigné fantomatique. Quant à sa femme, Melania, elle est en larmes, "et ce ne sont pas des larmes de joie." Seul Banon semble être amusé par ce coup de poker incroyable qui voit accéder le plus improbable des candidats à la tête de la plus grande démocratie du monde.

    Steve Bannon est paradoxalement le personnage principal du récit vrai de l’accession au pouvoir du néocon "idiot" et arriviste qu'est Trump. Des chapitres entiers sont consacrés à ce véritable aventurier de la politique américaine qui a fait du Président son instrument pour faire triompher ses thèses d’extrême-droite et faire "crever la bulle du ‘gauchisme internationaliste...’"

    "Jarvanka"

    Un drôle d’instrument en vérité, car Trump se révèle, sans surprise, comme particulièrement retors à comprendre, voire à maîtriser lorsque la diplomatie exige du sang-froid. Le 45e Président américain s’avère être tout aussi atypique dans le paysage politique outre-atlantique que Bannon : capricieux, rancunier, insaisissable et atterrissant dans une Maison Blanche dont il ne comprend pas le fonctionnement.

    Autres personnages de cette saga présidentielle : le couple Ivanka-Jared, dénommés "Jarvanka, telle une entité unique. La fille et le gendre de Trump c’est la famille au pouvoir. Ils bénéficient d’un statut à part et de responsabilités étendues. Trump confie même à son beau-fils le dossier du proche-Orient. Vaste défi pour un tel néophyte ; mais Trump ne l’est-il pas lui-même ?

    Michael Wolff consacre de longues pages, bien documentées, à l’affaire russe, qui continue d’empoisonner la vie politique américaine. La question brûlante est posée : l’équipe Trump a-t-elle truqué les élections à l’aide des Russes ? La justice et les médias s’engouffrent dans cette affaire d’État. Le scandale pousse Trump à surréagir à coup de colères, de limogeages et de fake news.

    Le lecteur français a droit, dans Le Feu et la Fureur, à une véritable plongée dans l’Amérique politique américaine, au point parfois de se perdre au milieu de personnages publics ou médiatiques inconnus de ce côté-ci de l’Amérique. Un index permet, heureusement, de s’y retrouver, et l’on découvre un pays devenu comme fou et sans boussole depuis qu’un con et un néocon a pris la main sur la plus grande démocratie du monde, pour quatre ans – sinon plus.

    Au secours : les populistes sont au pouvoir !

    Michael Wolff, Le Feu et la Fureur, Trump à la Maison Blanche,
    éd. Robert Laffont, 2018, 370 p.

  • Le complotisme est-il un humanisme ?

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    Je sais ce que vous allez dire : le complotisme n’a pas excellente presse depuis 2001, lorsque les attentats islamistes contre Al Qaïda ont eu pour dégât collatéral de réveiller des mauvaises consciences tour à tour antisémites, anarchistes ou d’extrême-droite. Aujourd’hui, parler en public de complot c’est déjà se ranger dans un camp aux contours gris, sinon peu recommandable.

    Il y a pourtant un complot sur lequel il convient de s’arrêter. Il a récemment été mis au devant de la scène à l’initiative de Donald Trump. Le président populiste américain a pris une des rares décisions à saluer : celle de déclassifier 3100 documents secrets défense autour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy le 22 novembre 1963. Il était temps.

    Le moins que l’on puisse dire c’est que plus de cinquante après la mort de JFK, les braises sont encore si chaudes que l’administration américaine – le FBI et la CIA en tête – est peu pressée de livrer au public les dernières documents sous scellés de ce meurtre. Elle se réserve d'ailleurs le droit de garder sous le coude quelques pièces jugées trop sensibles. "Sensibles pourquoi ?" se demandent comme un seul homme celles et ceux qui voient derrière cet assassinat autre chose qu’un coup de folie entrepris par un meurtrier solitaire obnubilé par des idées marxistes ?

    Certes, il y a toujours la version officielle : JFK a été assassiné par l’ancien marine Lee Harvey Oswald de trois coups de fusil tirés depuis le Texas School Book, une bibliothèque de Dallas, avant d’être arrêté dans la journée dans une salle de cinéma de la ville. Le coupable idéal est lui-même assassiné quelques jours plus tard par Jack Ruby, un personnage au parcours pour le moins trouble.

    Cette thèse, appuyée et soutenue par la commission Warren, est également défendue par Vincent Quivy dans son enquête Qui n’a pas tué John Kennedy ? (éd. Seuil) Le journaliste et écrivain malmène les théories complotistes des plus rocambolesques aux plus réalistes dans un essai aussi précis que tendu. En tordant le coup aux légendes d’un "coup d’État" fomenté par une administration conservatrice irritée par le jeune président américain, d’une opération menée par des barbouzes plus ou moins soutenus par la CIA ou d’une vengeance ourdie par les mafias, Vincent Quivy se fait l’apôtre de la version racontée par les manuels d’histoire : un assassinat ordinaire menée contre un personnage extraordinaire.

    D’où vient alors le malaise de la lecture de ce livre ? Sans doute à cette impression que les questions posées et les zones d’ombres sont chassées avec un mélange d’agacement, de froideur et d’ironie.

    Bien différente est la posture de Thierry Lentz qui, dans un essai documenté et épais, décortique jusqu’au moindre détail les faits et les circonstances de l’événement du 22 novembre 1963. L’Assassinat de John F. Kennedy (éd. Nouveau Monde) propose une lecture à plusieurs facettes d’un fait historique majeur de ces cinquante dernières années. Thierry Lentz souligne d’abord à quel point la société américaine des sixties, annihilée par une prospérité insolente, a pu accepter avec une certaine naïveté un crime commis par un jeune homme à la carrière bien mystérieuse : marine, passé à l’Est avec la même facilité qu’il est revenu dans son pays natal, ayant fréquenté aussi bien les cercles anti-castristes que pro-castristes, et capable de tirer à bout portant sur un Président à l’aide d’un fusil italien en mauvais état. L’auteur pose énormément de questions et le lecteur ne peut qu’en sortir pour le moins troublé : pourquoi la commission Warren a-t-elle toujours appuyé que JFK avait été tué par deux balles par l’arrière alors que le film amateur d’Abraham Zapruder – qui fut d’ailleurs longtemps caché du grand public – montre le Président touché par l’avant ? Comment expliquer le parcours intrigant de Lee Harvey Oswald  ? La théorie de l’homme au parapluie pourrait-elle cacher quelque chose ? Qui sont ces clochards arrêtés puis relâchés après le meurtre ? Pourquoi tant de zones d’ombres autour de l’autopsie du Président, au point que le rapport original a été brûlé dans la cheminée du médecin légiste ? Et pourquoi tant de morts brutales de suspects et de témoins dans les mois et les années qui ont suivi l’assassinat ?

    Ces questions ne sont pas nouvelles. Elles ont été soulevées à partir de 1965 par Jim Garrison, le District Attorney de La Nouvelle Orléans. Outre son témoignage écrit (On the Trail of Assassins), le travail de ce procureur minutieux et opiniâtre ont fait l’objet d’un film à succès d’Oliver Stone à la fin des années 80 (JFK - Affaire non classée). Jim Garrison pointe du doigt la responsabilité de l’administration d’État, et en premier lieu de Lyndon Johnson, vice-président en exercice sous Kennedy, devenu suite à son assassinat son successeur avant d’être élu Président un an plus tard.

    Alors, complot ou pas complot ?

    Durant les années 50 et 60, la société américaine corsetée et engourdie par des envies de consommation et de richesse, la parole officielle pouvait être rassurante. Marc Dugain revisite cette période dans Ils vont tuer Robert Kennedy (Gallimard). Sorti cet automne, ce roman auto- fictionnelle entend parler d’un autre crime célèbre – et d’un autre Kennedy. Il est encore question de complots, que l’auteur lie à sa propre histoire familiale (les décès de son père et de sa mère à un an d’intervalle). Il lie ces interrogations à une analyse forte et troublante de la contre-culture américaine. Marc Dugain transforme sa soif de vérité et sa recherche de complots – imaginaires ou non – à une véritable quête humaine, sinon humaniste, qui n’est pas exempte de paranoïa et de folie.

    Dans son livre dense et passionnant il est amplement question de ces complots qui ont touché une autre famille, les Kennedy et d’autres interrogations portant sur des personnages fondamentaux mais rarement évoqués dans les études sur l’assassinat de Dallas : que faisaient les futurs présidents George Bush, un familier de la CIA, dont il prendra la tête quelques années plus tard, et son fils George W. Bush dans cette ville ? Pourquoi une telle amnésie ?

    Autant de questions que l’ouverture des archives publiques américaines pourraient bien aider à éclaircir. À moins que le FBI et la CIA ne se gardent pour encore quelques années les documents les plus fondamentaux. Jusqu’au décès des derniers acteurs, George Bush en tête ?

    Vincent Quivy, Qui n’a pas tué John Kennedy ?, éd. Seuil, 2013, 285 p.
    Thierry Lentz, L’Assassinat de John F. Kennedy, éd. Nouveau Monde, 2010, 446 p.
    Jim Garrison, JFK, éd. J’ai Lu, 1988, 319 p.
    Marc Dugain, Ils vont tuer Robert Kennedy, éd. Gallimard, 399 p.

  • Trumpatisme en Amérique

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    America, la revue d’investigation politique, sociale et culturelle sur les USA, a été imaginée et conçue par François Busnel après l’élection de Donald Trump. Ce trimestriel allie enquêtes de fond, textes littéraires inédits, reportages photos, interviews et focus afin de comprendre le visage des États-Unis, toujours traumatisés – ou plutôt "trumpatisés" – après l’accession à la Présidence américaine d’un aventurier de la politique, populiste et inquiétant.

    À raison d’un numéro par trimestre pendant quatre ans – à moins que les citoyens américains ne choisissent de donner à l’occupant de la Maison Blanche un second mandat de quatre ans – America se veut le baromètre d’une Amérique que nous ne connaissons finalement pas tant que cela.

    Pour son troisième numéro sorti cet automne, un large dossier est consacré au FBI. Cette enquête est particulièrement opportune tant il est vrai que c’est au cœur de cette administration hautement sensible et régulièrement abonnée aux coups les plus tordus (cf. l’assassinat de JFK) que se joue l’avenir politique du président populiste. "Le FBI aura-t-il la peau Donald Trump ?" s’interroge d’ailleurs le magazine en couverture. Julien Bisson en profite pour retracer plus d’un siècle d’histoire de cette agence dominée par la figure quasi impériale de J. Edgar Hoover.

    François Busnel reste dans cette Amérique grise avec une interview passionnante de James Ellroy. L’auteur du Dahlia noir ou d’American Tabloid se dévoile en écrivain ambitieux, caustique mais aussi volontiers roublard. Il reste l’artiste sur qui l’on peut compter pour comprendre l’Amérique des années 50 à 70 : "Je vis dans le passé : à Los Angeles entre 1941 et 1972" affirme-t-il, ne dévoilant finalement que peu de chose des États-Unis de Trump.

    Tout aussi noire est la chronique de Douglas Kennedy au sujet du film de John Frankenheimer, L’Opération diabolique (Seconds, 1966). C’est encore une fois une Amérique trouble et cynique dont il est question : un "pacte faustien" entre un businessman ordinaire et une entreprise bien décidée à s’offrir les services d’un citoyen au-dessus de tout soupçon , en échange d’une nouvelle jeunesse.

    America s’arrête  entre autres sur la série Les Simpson, qui fêtera en 2018 sa 30e saison. Bart, Homer, Marge, Lisa et Maggie illustrent les torts et les travers d’une Amérique prise au piège de la société de consommation, de la télévision, de la corruption et d’une foule d’incapables aux commandes d’un pays sans boussole. Les Simpson, série caustique de la Fox, toujours bien inspirée et à la durée de vie exceptionnelle, ne représente pourtant pas, selon Julien Bisson, loin s’en faut, l’alpha et l’oméga de la contestation aux États-Unis : "Si elle se moque de la famille, ce n’est que pour mieux la sacraliser, en tant que valeur cardinale d’une Amérique en plein doute."

    Le lecteur d’America pourra enfin découvrir le portrait d’une figure tutélaire de la littérature américaine. Mark Twain est l’auteur d’Huckleberry Finn, le premier grand roman de ce jeune pays : "Toute la littérature américaine vient de ce roman. Il n’y avait rien avant. Il n’y a jamais rien eu depuis" disait Ernest Hemingway à ce sujet.

    America est la revue indispensable pour qui veut comprendre les réalités, les turpitudes, les excès et les trumpatismes de la première démocratie mondiale.

    L’Excusemoihiste, automne 2017
    http://america-mag.com

    AMERICA-N3-GIF from ROSEBUD PRODUCTIONS on Vimeo.

  • Ma consœur à la Maison Blanche

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    Il ne reste plus que quelques jours pour découvrir sur Canal+ Menaces sur la Maison Blanche d’Erik Van Looy. Il ne faut pas s’arrêter sur le titre français qui pourrait faire penser à un de ces blockbusters américains des années 90, lorsque Harrisson Ford jouait le rôle des Présidents survitaminés et indestructibles.

    Sous ses airs yankees, le long-métrage que propose en ce moment la chaîne cryptée a cette première caractéristique originale d’être 100 % belge, tournée autour de Bruxelles et jouée en flamand.

    Menaces sur la Maison Blanche ose le thriller complotiste à partir d’une intrigue tenue et maligne. Lors d’une visite en Europe de la Présidente américaine (Saskia Reeves), un groupe terroriste infiltré au cœur de l’appareil d’État américain kidnappe la femme et l’une des filles du premier ministre belge (Koen De Bouw). On lui promet qu’elles seront rendues s’il assassine lui-même la Présidente américaine lors de sa visite officielle.

    Voilà le premier homme belge face à un dilemme insupportable, et avec pour toute aide celui de sa collaboratrice Eva (Charlotte Vandermeersch), enlevée elle aussi. Le premier ministre a quelques heures devant lui pour faire face à un groupe d’extrémistes bien décidés à semer le chaos en Europe, "pour réveiller le monde".

    Menaces sur la Maison Blanche est un petit bijou de série B, à la facture qui ne dépaysera pas les fans de film d’action, à ceci près que les lieux de ce thriller se situent au cœur de l’Europe, avec dans le rôle principal un fringant premier ministre, formant avec sa collaboratrice un duo attachant pris au piège dans un piège diabolique et palpitant. Comme le dit l’organisateur de ce complot : "Des avions qui s’écrasent dans des tours on a déjà vu. Mais un premier ministre obligé d’abattre la Présidente des USA, reconnaissez que c’est spécial."

    Menaces sur la Maison Blanche, d’Erik Van Looy, avec Koen De Bouw, Stijn Van Opstal, Charlotte Vandermeersch, Saskia Reeves, Adam Godley, Truus de Boer, Wim Willaert
    et Nathan Wiley, Belgique, 2016, 1h55

    Sur Canal+, jusqu'au 24 novembre

  • Ivre de vers et d’alcool

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    Le lecteur français trouvera dans Sur l’Écriture (éd. Au Diable Vauvert), passionnant recueil de lettres de Charles Bukowski, l’un des meilleurs moyens de découvrir l’un des plus grands poètes américains des cinquante dernières années. Dans sa postface, Abel Debritto parle de cette anthologie comme d’une "photographie très nette de l’humeur de Bukowski à cet instant précis."

    La correspondance de l’auteur de Women ou des Contes de la Folie ordinaire commence en 1945. Le jeune Henry Charles Bukowski, tout juste 25 ans, s’adresse avec un certain culot à la revue Story qui vient de lui refuser un de ses textes : "Si jamais vous aviez besoin d’un lecteur de manuscrit en plus, n’hésitez pas à me faire signe. Je ne trouve aucun boulot nulle part, donc autant m’adresser directement à vous."

    Cette première lettre donne le ton d’un recueil nous faisant pénétrer dans le quotidien autant que dans l’esprit d’un homme à la dérive qui sera toute sa vie obsédé par l'alcool, les femmes ("Les femmes sont meilleures que nous. Tout autant qu'elles sont... Les femmes ne sont pas conçues pour le mal. Les hommes le sont"), les courses de chevaux, mais surtout l’écriture. Artiste maudit, écrivain dans la dèche et peinant à vendre ses textes, Charles Bukowski s’accroche désespéramment à un idéal littéraire : "L’écriture est juste le résultat de ce qu’on est devenu jour après jour au fil des ans… C’est une vie qui se passe de toute considérations morales et mortelles" écrit-il le 27 mars 1986.

    Le lecteur suit le long chemin qui le mène du statut d’écrivain pauvre, maudit et ignoré, "avec ses bouffées de spleen, des envies de suicide, des rêves avinés" à celui d’idole de la contre-culture américaine. Dans sa correspondance, Bukowski parle de son admiration pour Céline, Kafka, Dostoïevski ou John Fante (lettres du 31 janvier 1979 et du 2 décembre 1979). Par contre, il ne se prive pas de se montrer critique et féroce contre quelques-uns de ses contemporains, dont Ernest Hemingway, Karl Shapiro ou Allen Ginsberg. La route est longue vers le succès. Elle est ponctuée par les excès de toute sorte, et en premier lieu l’alcool. On est également frappé par la légèreté avec laquelle il arrose les éditeurs de textes perdus dans la nature ("Je suis bordélique", avoue l’écrivain américain en août 1961, qui regrette de ne pas avoir le même sens de la méthode que son ex femme Barbara Fry) ou de dessins formidables récupérés par des graphistes sans scrupule (l’histoire de l’enseigne de Texaco dans la lettre d’avril 1962).

    La reconnaissance vient avec la parution plus ou moins régulière de poèmes :"Un peu vieux pour débuter en poésie : j’ai eu 38 ans", avoue-t-il non sans morgue. Nous sommes en 1958 et Bukowski parvient à placer des histoires et à réveiller les critiques, souvent peu élogieuses pour ses textes underground. Bukowski défend en 1960, avec sa langue verte, sa conception d’une littérature âpre, indépendante et rigoureuse : "La plupart des merdes ‘modernes’ sont des coquilles vides… Il y a des faux-poètes dans toutes les écoles." Bukowski se voit en écrivain rigoureux, en marge et autant critique envers ses contemporains de la beat generation que pourfendeur de l’american way of life, lui qui a multiplié des dizaines de métiers avant de se consacrer corps et âmes à l’écriture. Une écriture souvent noyée, du reste, dans l’alcool : "La bouteille et les poèmes sont parfois les seuls alliés pour surmonter une mauvaise passe" (6 juillet 1988).

    Car l’écriture est bien ce qui motive l’homme. Une écriture sincère, spontanée, ancrée dans la vérité ("Je ne retravaille pas mes poèmes") et qui n’est pas sans virulence lorsqu’il est question des éditeurs frileux, des directeurs de magazine hautains, des fans, des critiques ou des confrères écrivains. À ce sujet, le lecteur s’arrêtera sans doute plus longuement sur deux lettres d’août 1965 adressées à Henry Miller. L’écrivain, écorché vif, suicidaire et parfois insupportable (les Français se souviendront à ce sujet de ce personnage scandaleux véhiculée par la séquence culte de l’émission Apostrophe en 1978), se transforme en admirateur autant qu’en confrère devenu une référence contemporaine. Une étude critique de l’œuvre de Charles Bukowski paraît d’ailleurs peu de temps plus tard, en 1969.

    Avec la reconnaissance nationale et internationale, vient la période des scandales qui vont coller à la peau de Bukowski jusqu’à la fin de sa vie. Le 30 octobre 1970, il parle ainsi de la nouvelle Christ with Barbecue Sauce qui vient d’être publiée et qui traite de cannibalisme. Sa publication fait du bruit : "C’est une histoire drôle car elle peut s’appliquer à toutes les variables humaines dépourvues de culpabilité." Le 13 août 1972, il défend avec véhémence son œuvre face aux critiques d’Alta, poète et éditrice féminine : "Je me réserve le droit de créer librement selon ce que me dicte la réalité, l’humour ou même une lubie." Le 8 novembre 1973, face à une levée de boucliers de lecteurs réclamant la fin de publications de nouvelles de Bukowski, celui-ci réagit avec un mélange de dédain et de fierté. Il y parle de "révolution… dans les Arts" et se décrit comme "un récepteur, pas un penseur." Il ajoute ce commentaire : "La nature de mon travail dans l’ensemble n’est qu’une spéculation." Le 22 janvier 1985, c’est cette fois contre l’interdiction dans les librairies néerlandaises de son livre sulfureux  Contes de la Folie ordinaire que se dresse Charles Bukowski : "La censure est l’outil de ceux qui éprouvent le besoin de passer certaines réalités sous silence."

    Alors qu’il est dans la cinquantaine, Bukowski n’est plus cet écrivain maudit et fauché mais un auteur pouvant se permettre de négocier ses émoluments ("J’aime bien voir des $$$$ débouler dans ma vie"), sans pourtant perdre de vue ce qui est au cœur de sa vie : l’écriture : "C’est le miracle des miracles de gagner sa vie parle biais de la machine à écrire" (novembre 1970). Il écrit également ceci le 27 mars 1986 : "Et quand mon squelette reposera au fond du cercueil, si je dois y passer, rien ne pourra m’enlever le souvenir de ces nuis splendides, assis là devant cette machine."

    La lettre brève et touchante qui clôt le recueil est celui d’un auteur approchant de ses derniers jours. Presque cinquante ans plus tôt, Charles Bukowski tentait sans succès de publier des textes dans la revue Story. En février 1993, il voit trois de ses poèmes sélectionnés dans le magazine Poetry qui l'avait toujours snobé. L’écrivain, devenu célèbre et reconnu, ne cache pas sa joie : "Maintenant, voilà, je suis des vôtres… Merci, on peut dire que cette nouvelle année me gâte… Plus je vieillis, plus cette folie magique semble s’emparer de moi. Très étrange, mais je l’accepte."

    Charles Bukowski, Sur l’Écriture, éd. Au Diable Vauvert, 2017, 322 p.
    http://charlesbukowski.free.fr
    https://bukowski.net

  • L'odyssée de Nicci, vers l'infini et au-delà

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    Je vous ai trouvé une lecture idéale pour cet été. Je ne vous parle pas de polars, de romans historiques ou d’une guimauve sentimentale. Non, l’un des musts pour cet été est de mettre dans votre valise un livre de fantasy, et de la bonne si possible.

    Terry Goodkind a signé L’Épée de vérité, un cycle de 15 volumes (sans les préquelles), bien connu des amateurs de fantasy. La Maîtresse de la Mort est le premier volume de son nouveau cycle, Les Chroniques de Nicci.

    Cette Nicci, aux lointains airs de Daenerys Targaryen et au doux surnom de "Maîtresse de la Mort", est une magicienne apparue avec L’Épée de vérité. Elle devient le personnage principal de cette nouvelle série de Terry Goodkind.

    Accompagnée du sorcier Nathan Rahl, un autre revenant du précédent cycle, la magicienne a été chargée par le seigneur Richard Rahl de visiter les limites de l’empire connu – et au-delà. C’est en diplomate vers des terres inconnues que Nicci entend aussi tourner une page de sa propre existence et retrouver "sa vie et sa liberté".

    Les voyageurs entament la mission par la visite de Rouge, une voyante réputée. Le sorcier se voit délivrer son Livre de Vie, sensé contenir le passé et le l’avenir de son possesseur. Or, le futur des deux envoyés pourrait bien se situer dans un étrange lieu, Kol Adair, dans une zone de l’Ancien Monde.

    Ainsi commence cette première Chronique de Nicci. La magicienne et Nathan sont bientôt rejoints par un troisième compagnon, Bannon. Le voyage de ces ambassadeurs d’un nouveau genre devient une odyssée épique et picaresque dans des régions inconnues et reculées. L’aventure, les dangers, les rencontres impromptues et les morts brutales jalonnent ce premier volume passionnant où l’imagination de Terry Goodkind fait merveille : attaque de selka et de morts-vivants, découvertes de villes surnaturelles, raid d’esclavagistes Norukai, affrontement avec l’impitoyable Juge Suprême et, the last but not the least, la guerre contre les éléments naturels de vie et de mort à partir du Surplomb du Monde.

    Nicci, dangereuse et mystérieuse magicienne guerrière, porte à elle seule cette odyssée aux rebondissements incessants. Les derniers chapitres ouvrent même la porte non seulement à une suite mais aussi à un futur cycle : gageons que nous pourrons trouver en librairie d’ici quelques années de nouvelles chroniques autour des érudits et mémorialistes du Surplomb du Monde, Oliver et Peretta, chargés de faire le voyage inverse de celui de Nicci.

    En attendant, cette dernière production de Terry Goodkind ne trahit pas l’essence de la fantasy, la littérature de l’imaginaire par excellence. Tout y est : quête pour sauver le monde, luttes entre le bien le mal, héros attachants, messages édifiants ("Mes vœux, je fais en sorte qu'ils se réalisent, et ma chance je la fabrique", dit par exemple la magicienne), voyages initiatiques ("L'avenir et le destin dépendant à la fois du voyage et de la destination"), créatures fantastiques et civilisations créées de toute pièce. Ajoutez à cela quelques dragons, des femmes fatales, de l’humour et des dialogues vivants : Terry Goodkind offre à ses millions d’admirateurs le parfait compagnon de lecture et de voyages.

    Terry Goodkind, La Maîtresse de la Mort,
    Les Chroniques de Nicci
    , tome 1, éd. Bragelonne, 2017, 478 p.

    http://www.terrygoodkind.fr

  • Pleure, ô pays bien-aimé

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    On avait quitté Carrie Mathison à Berlin, dans une cinquième saison 5 décevante de Homeland. Décevante mais ambitieuse et à risques, car les showrunners, Howard Gordon, Alex Gansa et Gideon Raff devaient faire faire à cette création de Showtime un virage fondamental, après la mort brutale d’un de ses personnages principaux.

    Contre toute attente, Homeland a rebondi en Europe dans ce qui peut être vu, rétrospectivement, comme une saison intermédiaire. Pour les douze derniers épisodes, c’est cette fois aux États-Unis que Carrie Mathison (Claire Danes), Saul Berenson (Mandy Patinkin) et Peter Quinn (Rupert Friend) ont posé leurs valises.

    Le pays vient d’élire leur prochaine Présidente. Elizabeth Keane (Elizabeth Marvel) est une femme politique détestée par la moitié de la population, en dépit de la mort héroïque de son fils au champ de bataille en Irak. En retrait de la CIA, Carrie Mathison travaille dans un cabinet d’avocats. Elle a en charge un dossier hautement sensible : l’arrestation d’un jeune homme accusé de propagande djihadiste. Dans le même temps, elle tente de prendre sous son aile son ami Peter Quinn, gravement blessé et traumatisé après sa mission en Allemagne. Même si elle est dans le privé, Carrie entretien toujours d’étroits liens avec la CIA. Saul Berenson et Dar Adal (F. Murray Abraham : brillant, comme à son habitude) s’agitent, complotent et agissent en sous-main dans cette période troublée et à haut risque qui précède l’investiture de la présidente élue.

    Les créateurs de la série osent un virage sans doute bien plus fondamental dans cette nouvelle saison. Ils nous proposent une intrigue à tiroirs et aux enjeux complexes : guerres contre l’État islamique, conflits stratégiques autour du nucléaire iranien et de la Corée du Nord, travail en sous-main du Mossad et crises à l’intérieur du pays avec les adversaires du Patriot Act, les faucons républicains et des groupuscules extrémistes.

    Depuis six ans, Homeland est, en dépit de son caractère fictionnel, l’un des baromètres les plus pertinents pour interpréter l’état des relations internationales et des États-Unis. En collant au plus près de l’actualité (même si les créateurs n’ont pas anticipé l’élection du président populiste Donald Trump), la série d’espionnage et de contre-espionnage interroge une Amérique nerveuse, souffrante et en mal de repères.

    Carrie Mathison joue bien évidemment le rôle central. Au-dessus d’elle, s’agitent, telles des fourmis dans leur tanière, des hommes et des femmes aux mobiles mystérieux. Les protagonistes aiguisent leurs armes et usent de tous les stratagèmes pour parvenir à leur fin. Le pays pourrait bien en être la première victime.

    La précédente mission de Carrie Mathison et consorts en Europe entraînait le spectateur dans une intrigue intéressante mais classique. Pour cette saison, après les quatre premiers épisodes plutôt poussifs, la série prend subitement son envol. Les victimes s’additionnent, les coups de théâtre se multiplient et les masques tombent, jusqu’à un dernier épisode (America First) qui fera date. Un cliffhanger d’anthologie annonce une saison 7 que les fans de Homeland attendent déjà en trépignant d’impatience.

    Homeland, saison 6, avec Claire Danes, Mandy Patinkin, Rupert Friend, F. Murray Abraham et Elizabeth Marvel, 2017, sur Canal+, jusqu’au 1er septembre 2017
    http://www.sho.com/homeland

     

  • 5.000 amies

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    En l'honneur de la Journée internationale de l'amitié, le 30 Juillet prochain, le recueil de nouvelles américaines Sisterhood Folios: Live Out Loud (pas encore traduit en français) s’est donné pour objectif d'avoir un impact positif sur 5.000 femmes grâce à ce livre. À partir du 31 Juillet, et pendant 24 heures, Sisterhood Folios: Live Out sera disponible pour seulement 99 cents. Les 50 premiers qui téléchargeront et publieront une critique sur Amazon seront remboursés de leur achat.
     
    Dans The Sisterhood Folios: Live Out Loud, 19 histoires nous parlent de ces femmes qui ont choisi de sortir de leur zone de confort et de se mettre à nu. Elles nous parlent de liens humains, d’attention, de bienveillance mais aussi d’amour.

    Le lecteur découvrira dans The Sisterhood Chronicles Folios: Live Out des récits de relations fortes et réconfortantes, de chagrins d'amour, de voyages initiatiques et de rencontres aussi fortuites que vitales, dans une approche qui est très similaire à la mission d’un militaire, dans ce champ de bataille qu’est notre existence.

    In honor of International Day Of Friendship on July 30 The Sisterhood folios: Live Out Loud is on a mission to positively impact 5,000 women with their book. For 24 hours starting on July 31 The Sisterhood folios: Live Out Loud will be made available to everyone for only 99 cents. The first 50 that download and post a review on Amazon will be refunded their $0.99

    In The Sisterhood folios: Live Out Loud you will find 19 stories from average women who have stepped out of their comfort zone to bare their own souls. These connections are supportive, caring and passionate, and filled with love.

    Skimming the pages of The Sisterhood Chronicles folios: Live Out Loud you will find narratives describing heartwarming relationships, heartache, and journeys of self-discovery created by interactions with people brought into our lives; something very similar to the Army’s mission. Living out loud can mean something to one person and create a completely different scenario to someone else. Yet, no matter what the circumstance, as long as we embrace true authenticity and the people that make our lives possible we will always succeed!

    "If you loved reading Chicken Soup for the Soul when you were younger, you will love this book. The Sisterhood Chronicles: Live Out Loud, contains narratives describing heartwarming relationships, heartache, and journeys of self-discovery created by interactions with people who show up in our lives. This book connects with the deepest part of you when you least expect it to give you the inspiration and awareness to create your life from the place of your deepest hearts' desire! A must read for the truth-seeking woman who knows that community and sisterhood truly is the key to fulfillment"  (Marni Battista, MAEd, CPC).

    "In The Sisterhood Chronicles, has woven the different stages of what it is to be a woman and takes us with her on an emotionally connected journey to inspire us, uplift us, and bring home to us the depths of being a woman." (Agapi Stassinopoulos, author of Wake Up to the Joy of You).

    Carol Starr Taylor, The Sisterhood Chronicles: Live out Loud,
    Creative Publishing Group, 2017
    "Lorsque ma vie recommencera"
    http://www.un.org/fr/events/friendshipday

  • When my life will begin again

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    In French, there is no translation stricto sensu to "sisterhood." To qualify the links between sisters, our language uses the term "fraternité" ("brotherhood"). This word is valid for both sexes. Some will also say that, symbolically, it also ignores any idea of ​​emotional ties between sisters – whether it is real sisters ou soul sisters. These links form the plot of The Sisterhood Chronicles: Live out Loud, prefaced by Heidi Allen.

    In this collection, 18 women chronicle moments of life – these "little pieces", as Marla David says (Peace By Piece: Forging a Path Forward Through Writing). Testimonies, family paintings, introspections, encounters or personal narratives compose a book with great homogeneity.

    The reader will not find any sensational events. The Sisterhood Chronicles gives us to see often tragic but ordinary facts: a child 's disease (Natasha Koss, From Rock Bottom I Found My Truth), abandonment and separation (Peace by Piece), the hatred of a mum (Carol Starr Taylor, Mamma Mia), unhappy childhood (Teresa Ursini, Know Thyself), sexual Abuse (Gwenda Lambert, Now, I Sing Again), domestic violence (Andrea Judit, Unchained - or I Was Married to a Narcissist and Survived), bereavement (Gillian Joy Whyatt, Daddy: I ​​was always his Angel and now he's mine), addicts (Adriane Breese Lloyd, The Wind Beneath my Wings) or fear (Amy Stockwell, 6 Steps For Living Your Truth), depression (Jennifer Febel, Unbroken).

    Sisterhood Chronicles: a depressing collection that would give you cravings for rope? Not at all ! Because what interests the authors is how to meet the challenges of life, even in the most desperate situations. Moreover, it is no coincidence that many of these women work as coaches (Marla David), specialist teachers (Michelle Biggers), therapists (Andrea Judit Goldberger), researchers (Petra Reiss Wilson), lecturers (Jennifer Febel) or consultants (Claudine Claudine Pereira). This is why these women explain why they write about yoga, meditation, listening to oneself, unconscious, lucid dreams or spiritual guides (Claudine Pereira, Life Lessons Learned From the School of Hard Knocks! What Would I Tell My Younger Self).

    In The Main Message: You Can Change Your Life, Michelle Main talks about a life with existential anxiety, which the author says is freed from the most conventional therapies (massage therapy, naturopathy or equine therapy). Unbroken talks about a young woman "broken" by life, until the reconquest of her own person. This revival can be achieved through writing, following the example of Marla David (Peace by Piece: Forging a Path Forward Through Writing by Marla David), a chronicle about the concept of life: "Life is a quest. Life is a thrill. Life is a romance. Life is a lark. Life is!"

    In The Sisterwood Chronicles, there is this frank and disconcerting confidence of Lauren Dickson: "I do not want to find my other half" (On the Wrong Side of Love). Samantha King talks about the Grail which is the balanced between work and personnal life (The Holy Grail of Womanhood). This illusion leads millions of women in a series of alienations: "As women, we are pulled in a million different directions based on whatever is screaming the loudest — sometimes that’s our career/business; sometimes it’s our marriage; sometimes it’s other areas of our personal life…" Samantha King writes how she was able to overcome this dilemma: "The ‘a place for everything and everything in its place’ philosophy was thrown out the window. My empire (I call it a fempire) is more than just my career, and I’m not the only woman in this boat."

    To leave her comfort zone is an invitation proposed by several chroniclers to be able to find oneself, to be fulfilled ("Be yourself, everyone else is already taken", said Oscar Wilde), to be guided by his passions or accomplish a "journey towards love" (Lauren Dickson, On the Wrong Side of Love). And in this battlefield that can be a life, there are the others, the close ones, an husband (Teresa Ursini, Know Thyself) or some friends.

    These friends - whether friends for life or friends of a season, as Heida Allen recalls in his preface - are at the center of this delightful novel by Lucia Colangelo, My Vintage Collection. In this chronicle about friendship (the "sisterhood" of the title), the author makes the search for bottles of wine the opportunity to talk about her friends. Each bottle - European, Greek or Italian wines, but singularly no French wine ! - is identified with one of those women : "These women were truly like fine wine, they all have a journey that created their individuality, their complexity."

    The French reader will be able to find in his American voices matter to question universal life lessons that speak to us of "life out loud": fighting and not living in the past, taking up the challenges (Gillian Joy Whyatt, Daddy: I ​​was always his Angel and now he's mine), accepting his faults and convincing himself that the we can win big wars with small victories (My Beautiful Pathetic Life). The French reader may be fascinated by this very American spirit of believing in a divine destiny ("For every one who leaves, God has someone even greater in store for me, and I keep my hope in that", writes Lauren Dickson). At the same time, this spirit can encourage individual freedom to get along, to understand oneself and to undertake.

    These 18 chronicles are universal lessons for finally beginning to live.

    Carol Starr Taylor, The Sisterhood Chronicles: Live out Loud,
    Creative Publishing Group, 2017

    "Lorsque ma vie (re)commencera"
    "5.000 amies"