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deuil

  • Mon amie Marlena

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    Les occasions de saluer le travail des traducteurs n’est pas si fréquent. C’est pourtant par-là que débutera cette chronique sur Marlena de l’Américaine Julie Buntin (éd. La Belle Colère). On doit à Patricia Barbe-Girault la version française de ce premier roman encensé par la critique outre-atlantique. La traductrice a su rendre toute la force d’un texte d’une rare densité, à l’exemple de cet extrait : "C’était bizarre, mais pas plus que les trois cœurs dessinés au marqueur sur le dos de sa main droite, que son mascara bleu ciel ou que sa broche de vieille dame, qui était plus belle, même en miniature, que toutes les baraques de Silver Lake." Disons aussi que Marlena donne à la génération Y – celle de Facebook des smartphones ou de Youtube – un des grands romans sur l’adolescence, roman qui est appelé sans doute à devenir culte dans les prochaines années. Et l’on se prend à rêver de l’adaptation que pourrait en faire une cinéaste comme Sofia Coppola.

    Marlena Joiner est cette adolescente de 17 ans dont Catherine, la narratrice, choisir de raconter, vingt ans après les faits, la dernière année de sa vie. Les deux adolescentes se rencontrent dans une petite ville paumée du Michigan. Leur amitié dure à peine un an, mais c’est une année si dense, si marquante et finalement si tragique que Catherine ne s’en est jamais remise. Marlena est une lycéenne belle, charismatique et attirée par les excès de l’alcool et de la drogue. Une fille que Cat semble ne décrire qu’à l’aide de superlatifs : "La quintessence de la joie et de la blondeur, des bikinis et des glaces à l’eau, de l’herbe fraîchement coupée et des fauteuils en skaï qu’on installe durant l’été." Rapidement, les deux filles que beaucoup de choses opposent – hormis peut-être une vie familiale compliquée et des fins de mois difficiles – se lient d’amitié, jusqu’à la mort brutale de celle qui était devenue un modèle et une figure écrasante : "Avant Marlena, je n’étais qu’une fille molle, informe, attendant que quelqu’un débarque et me dise qui être."

    "Dis-moi ce que tu ne peux oublier et je te dirai qui tu es"

    La mort de Marlean est une vraie déflagration dans l’existence de Cat. Que s’est-il passé ? Comment est décédée l’adolescente indéfinissable, à la fois incontrôlable et capable de s’occuper quasi seule de son petit frère Sal en l’absence d’un père violent ? S’agit-il d’un accident, d’un homicide volontaire ou d’un crime ? Julie Buntin choisit de ne pas répondre complètement à ces questions. Au moment de son récit, Cat s’apprête à revoir le frère de son amie, se donnant une nouvelle chance de tourner la page de cette année de lycée – si encore c’est possible.

    L’absence, le deuil et la douleur de l’être manquant est au cœur d’une histoire où les bonnes questions ne sont pas celles que l’on attend. "Dis-moi ce que tu ne peux oublier et je te dirai qui tu es" : ainsi début un roman qui nous parle de la construction d’une jeune fille de quinze ans marquée par une rencontre et par la disparition de celle qui a été essentielle dans sa vie : "Ce que Marlena ne pigeait pas, et que je n’aurais jamais pu lui avouer, c’est que même si on se faisait profondément, gravement, irrémédiablement, dangereusement chier à Silver Lake, j’étais plus heureuse que je ne l’avais jamais été.

    Marlena Joiner, "l’amie prodigieuse" pour reprendre le titre d’une trilogie bien connue, traverse les pages du roman tel un ouragan, avec son lot d’excès : d’abus, d’amour, de comportements transgressifs, d’idées folles, d’actes généreux mais aussi de rêves qui resteront inassouvis.

    Un chagrin indicible traverse les pages de Marlena, notamment dans les courts chapitres se déroulant à New York. Vingt ans après les faits, Catherine ne parvient pas à se sortir de cette période qu’elle veut revivre : "Bois aux efforts que tu fais pour la ramener", écrit-elle, comme pour justifier l’alcoolisme qui la ronge.

    Dans le tourbillon d’une amitié marquante et traumatisante, deux personnages viennent apporter un semblant de lumière et d’équilibre : Jimmy, le frère, qui finira pas connaître une brève idylle avec Marlena et surtout la maman de Cat. Julie Buntin délivre des pages à la fois tendres et incisives sur cette sublime mère courage : "Son odeur de chardonnay et son fer qu’elle oubliait de débrancher, ses blagues pourries sur les brocolis qui font péter, sa manière de retrousser les dents quand elle se mettait en rogne, ses gants de ménage qu’elle laissait sur la banquette arrière, ma mère qui refusait catégoriquement de cesser de m’aimer, qui commettait des erreurs bêtes, buvait trop et me ressemblait comme deux gouttes d’eau quand elle riait, ma mère qui jamais, jamais ne partirait, et à qui je faisais si pleinement confiance qu’un monde sans elle défiait mon imagination."

    Au final, devenue adulte, Catherine fait de son histoire le récit d’un deuil impossible comme le portrait d’une jeune femme à bien des égards inoubliable : "Si tu savais, Marlena, j’en ai fait des conneries. Seulement, chaque jour j’ai droit à un essai supplémentaire."

    Julie Buntin, Marlena, trad. Patricia Barbe-Girault, éd. La Belle Colère, 2018, 336 p.
    http://www.juliebuntin.com

    Voir aussi : "Amy Liptrot à l’écart"

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  • Kidding, à en rire ou à en pleurer

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    Jim Carrey fait son grand retour cette rentrée, et cela se passe à la télévision. L’un des plus grands acteurs comiques vivants (The Mask, Dumb et Dumber, Ace Ventura) interprète pour la série Kidding le rôle d’un... comique.

    Mister Pickels est une star du divertissement pour enfant. Il régale son jeune public tous les jours grâce à un show devenu une grosse machine commerciale dirigée par son père. Mais derrière ce masque, il y a un homme dont la vie ressemble à un champ de bataille : un père endeuillé par la mort d’un fils, un futur divorce et la dépression qui s’installe en coulisse. Mister Pickels semble être la seule chose qui puisse le maintenir hors de l’eau.

    Depuis The Truman Show, on connaissait les talents dramatiques de Jim Carrey. Son retour au coeur de l’actualité se fait cette fois grâce à Michel Gondry, qui l’avait dirigé dans il y a près de quinze ans dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Jim Carrey endosse pour Kidding un rôle que lui seul pouvait interpréter : celui d’un comique talentueux au cœur doux mais détruit intérieurement par un deuil insurmontable.

    Le premier épisode annonce déjà la couleur d’une série oscillant entre l’humour et le tragique, avec un personnage dont on devine qu’il va dévisser inexorablement. Mais jusqu’où ?

    Kidding fait sans nul doute partie des bonnes surprises de cette rentrée télé.

    Kidding de Dave Holstein, réalisé par Michel Gondry, avec Jim Carrey,
    Catherine Keener, Frank Langella et Judy Greer, Showtime,
    première saison, Show Time, en ce moment sur Canal+

    http://www.sho.com/kidding