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drh

  • Pauvre DRH

    Débarrassons-nous tout de suite d'un sujets qui pourrait fâcher : les éditions Calmann-Lévy puis Le livre de poche ont choisi pour Cadres noirs, le roman de Pierre Lemaitre sorti il y a déjà 15 ans un titre et des couvertures qui laissent à désirer. Pour le dire autrement, Cadres noirs aurait mérité un meilleur titre et le visuel est, en toute subjectivité, absolument atroce. Et Le livre de poche n’a pas fait beaucoup mieux.

    Voilà pour la grosse faiblesse de ce remarquable thriller, adapté pour la télévision par Arte, mais hélas plus disponible en replay. Mais parlons du roman de Pierre Lemaitre qui nous offre un thriller d’autant plus incroyable qu’il propose au lecteur ou à la lectrice une série de surprises et de contre-pieds.

    Trois parties composent cette histoire d’un DRH, Alain Delambre, mis à la porte comme un malpropre, après des années de bons et loyaux services pour une grande entreprise. Et pas facile de rebondir lorsque l’on est quinquagénaire. Au moment où le récit commence, le voilà contraint à un petit boulot payé une mystère et harcelé qui plus est par un petit chef. Alain est pourtant un battant, bien décidé à ne pas se laisser faire et surtout à ne pas accepter de voir enterrer ses ambitions professionnelles. Or, une société répond à un de ces nombreux CV. Voilà Alain candidat sérieux à un poste de responsable RH. Mais pour cela, il va devoir se plier à un test d’un nouveau genre : une fausse prise d’otages.

    Jeu de massacre

    Avec cette histoire de cadre au chômage engagé dans une opération aussi tordue que dangereuse, Pierre Lemaitre tire à boulets rouges sur la face la plus sombre du libéralisme : cynisme, violence assumée, candidats que l’on utilise sans vergogne (il y a Alain, bien sûr, mais aussi Olenka, aussi discrète que fondamentale dans cette sombre opération), dirigeants tout puissants et leurs petits chefs soumis. Face à eux, il y a ces perdants, que ce soit Alain, Charles, le SDF magnifique, et bien sûr la propre famille du DRH.

    Pour Nicole, sa compagne, et ses deux filles, Mathilde et Lucie, Pierre Lemaitre réserve ses pages les plus émouvantes, car ce sont aussi elles les victimes collatérales de cette histoire de résurrection professionnelle qui va se terminer comme un jeu de massacre. Un jeu où les derniers pourraient bien être les premiers, et vice-versa. 

    Un brillant thriller, à découvrir absolument, par un très grand auteur. Mais je ne vous apprends rien.

    Pierre Lemaitre, Cadres noirs, éd. Calmann-Lévy, 2010, 352 p., éd. le livre de poche
    https://www.calmann-levy.fr/livre/cadres-noirs-9782702140703
    https://www.instagram.com/pierrelemaitreauteur

    Voir aussi : "Pas de pardon pour le béké"

  • Vous ne préférez pas plutôt un stage ?

    Ah, ces entretiens d’embauche, ces DRH froids, ces startups pratiquant l’art faussement cool du recrutement et surtout ces candidats obligés d’avaler des couleuvres pour décrocher des emplois faméliques malgré leur CV long comme le bras…

    Voilà le sujet de la bande dessinée de Mathilde Ramadier, Vous n’espériez quand même pas un CDD ? (éd. Seuil). Le livre se présente sous la forme de chroniques que l’on imagine vécues par l’auteure. Chaque chapitre correspond à une offres d’emploi avec l’annonce correspondante, parfois aussi drôle – et ce n’était pourtant pas le but ! – que les strips qui suivent : "Design junior," "Pigiste," "Copy writer" ou "Creative manager."

    Managers se comportant en gourous tout-puissants

    Mathilde Ramadier croque avec un mélange de férocité, de naïveté et de poésie ces huis-clos au cours desquels se jouent une carrière, des rêves et un avenir, et qui sont souvent réduits à néant en quelques mots. On rit jaune en découvrant ces tranches de vie en entreprise. Le monde des startups est sévèrement égratigné : managers se comportant en gourous tout-puissants, petits boulots ou stages non-rémunérés transformés en challenges cools, exploitations éhontées des candidats via de pseudos tests de recrutements ou jargon globish présenté comme un véritable sésame pour se faire mousser.

    C’est d’ailleurs ce dernier aspect qui est développé dans l’épilogue ("Bientôt la retraite") au cours duquel notre candidate parvient à enfumer un recruteur : un joli pied de nez qui vengera pas mal de candidats passés, présents et futurs. Rien que pour cela, que Mathilde Ramadier soit remerciée.

    Mathilde Ramadier, Vous n’espériez quand même pas un CDD ?, éd. Seuil, 2018, 111 p.
    https://mathilderamadier.com

    Voir aussi : "Décalée"