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  • Rose McGowan, prix Nobel de la Paix

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    Non, cette chronique n’est pas une anticipation sur le futur Prix Nobel de la Paix ! Alors que quelques élus de la prestigieuse académie norvégiennes évoquent sans rire le nom de Donald Trump pour cette future récompense en raison de ses actions dans la péninsule coréenne, une autre personnalité mériterait sans aucun doute de figurer parmi les lauréats : Rose McGowan.

    L’actrice américaine (Scream, Le Dahlia noir ou la série Charmed), en dénonçant Harvey Weinstein pour agressions sexuelles, a provoqué cette révolution féministe qu’est #MeToo et #Balancetonporc.

    Depuis, celle qui dit avoir toujours su qu’elle aurait un destin exceptionnel, a abandonné Hollywood qu’elle considère comme une secte (et Rose McGowan s’y connaît, elle qui a grandi dans la secte des Enfants de Dieu avant de s’en sortir) et vit aujourd’hui à Londres. Ruinée, ayant abandonné toute idée de revenir au cinéma comme comédienne, elle continue son combat et a été élue "homme de l’année" par le magazine "masculin" GQ, tout en se préparant au procès du siècle contre Harvey Weinstein.

    Le magazine Society du mois de septembre propose une interview exceptionnelle de Rose McGowan (mais aussi, dans le même numéro, du procureur Cyrus Vance Jr. et de Benjamin Brafman, respectivement procureur et avocat dans ce procès).

    Rose McGowan, "homme de l’année" par le magazine "masculinGQ

    Il faut absolument lire cet entretien réalisé par Hélène Coutard et Lucas Minisini pour découvrir une femme à la combativité intacte, et soumise à des pressions considérables pour la faire taire : "Si je voulais, je pourrais faire cramer Hollywood," dit-elle, consciente aussi que son combat qu’elle mène maintenant en Europe ("Je [m’y] sens beaucoup mieux") est devenu un mouvement de fond planétaire en faveur de la cause des femmes. Celle qui s’est lancée dans la réalisation depuis quatre ans (plusieurs courts-métrages, dont Heresy, sorti en 2016) considère que l’élection de Donald Trump – qui a été aussi le triomphe de la misogynie – a rendu possible le déclenchement de #MeToo.

    La pugnacité de Rose McGowan dans cette affaire Weinstein et son combat dans un mouvement féministe révolutionnaire nous fait dire que l’Académie Nobel serait bien inspirée de lui décerner un Prix Nobel de la Paix. Ce serait aussi la plus belle des réponses de l’académie norvégienne après des accusations de scandales sexuelles au sein de la vénérable institution. Rose McGowan, Prix Nobel de la Paix 2019 : voilà une récompense qui ferait date. Ce serait aussi d'une très grande classe.

    "Si je voulais, je pourrais faire cramer Hollywood", in Society septembre 2018
    https://www.society-magazine.fr

    Voir aussi : "Modiano : l'anti-Le Clézio"

  • Modiano : l'anti-Le Clézio

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    modiano,leclézioSix ans après JMG Le Clézio, l'académie Nobel a choisi de récompenser un autre auteur français, Patrick Modiano. Deux talents d'une même génération (né en 1940 pour l'un, en 1945 pour l'autre), ayant commencé leur carrière dans les mêmes années (1963 pour le premier avec Le Procès-verbal, en 1968 pour le second avec La Place de l'Étoile). Deux Nobel français, si proches mais aussi si différents. 

    Quoi de commun en effet entre ces deux écrivains récompensés à quelques années d'écart ? 

    Prenez Jean-Marie Gustave Le Clézio. Après une période fortement marquée par le nouveau roman et l'absurde (Le Procès-verbal, Le Livre des Fuites, par exemple), le jeune écrivain français abandonne la voie du "cartésianisme littéraire" pour se nourrir des sources du nouveau monde, après sa découverte du Mexique au début des années 70. Dès lors, c'est comme libéré que Le Clézio devient le plus universel des écrivains français, le plus philosophique aussi, héritier autant des pré-socratiques que de Henri Michaux ou Francis Ponge : "Je veux écrire une autre parole que qui ne maudisse pas, qui n'exècre pas, qui ne vicie pas, qui ne propage pas de maladie" écrit-il. C'est ce Le Clézio sans frontière, à la langue enrichie de cultures étrangères, avec des ouvrages tels que Voyages de l'autre Côté (1975), Désert (1980), Le Chercheur d'Or (1985) ou Onitsha (1991) que récompense l'académie Nobel en 2008. 

    Quel contraste avec Patrick Modiano ! Son homologue est sans aucun doute le plus Français et, dirais-je, le plus Parisien de nos auteurs. Après une entrée fracassante dans la littérature avec La Place de l'Étoile, Modiano s'avère un écrivain hors des modes, hors du monde aussi. Indépendant, d'une grande timidité, il construit son œuvre autour de la mémoire, des disparitions, des fantômes du passé et de l'identité (Quartier perdu, Rue des Boutiques obscures, Une Jeunesse ou Un Pedigree). Passionné par Paris, l'écrivain connaît cette ville comme personne, jusqu'à mettre en scène ses personnages dans un Paris disparu, reconstitué grâce à une documentation exceptionnelle : ses fameux annuaires parisiens des années 30 et 40. Ainsi, dans Dora Bruder, Modiano suit les pas d'une jeune juive pendant l'Occupation, une recherche où l'auteur s'attache autant aux hommes qu'aux lieux. Ce livre est également emblématique de l'importance, dans son œuvre, de ces années noires – le père de Modiano a échappé par miracle aux camps de concentration. 

    Aussi elliptique que Le Clézio peut être onirique, Patrick Modiano a été reconnu par l'académie suédoise. Ce quatorzième Nobel français, après d'autres noms aussi prestigieux que Bergson, Gide, Camus ou Le Clézio, prend une résonance particulière en cette période où le terme de "déclin français" fait florès ; pas en littérature, en tout cas!