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  • Joue-la comme Proust

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    proust,glenn gould,nomadscore,yvan cassarUne mystérieuse sonate pour violon et piano, la sonate de Vinteuil, rythme l'œuvre de Marcel Proust, À la recherche du Temps perdu. Voici comment l'écrivain en parle : "Le violon était monté à des notes hautes où il restait comme pour une attente, une attente qui se prolongeait sans qu'il cessât de les tenir, dans l'exaltation où il était d'apercevoir déjà l'objet de son attente qui s'approchait, et avec un effort désespéré pour tâcher de durer jusqu'à son arrivée, de l’accueillir avant d'expirer, de lui maintenir encore un moment de toutes ses dernières forces le chemin ouvert pour qu'il pût passer, comme on soutient une porte qui sans cela retomberait. Et avant que Swann eût eu le temps de comprendre, et de se dire : ‘’C'est la petite phrase de la sonate de Vinteuil, n'écoutons pas !’’ tous ses souvenirs du temps où Odette était éprise de lui, et qu’il avait réussi jusqu'à ce jour à maintenir invisibles dans les profondeurs de son être, trompés par ce brusque rayon du temps d'amour qu'ils crurent revenu, s'étaient réveiIlés et, à tire-d'aile, étaient remontés lui chanter éperdument, sans pitié pour son infortune présente, les refrains oubliés du bonheur" (Du Côté de chez Swann).

    L'exégèse proustienne a consacré de nombreuse pages à cette œuvre musicale imaginaire. Le bloggeur se contentera de faire référence à l'étude d'André Durand, "Le thème de la musique de Vinteuil dans À la recherche du temps perdu’’, disponible sur www.comptoirlitteraire.com. À l'instar de la petite madeleine de Proust, pour le narrateur de La Recherche l'écoute de cette sonate fait revenir le passé vers le présent, grâce au plaisir sonore et – contrairement à la madeleine ou à la tasse de thé – à "une entité toute spirituelle" (Gilles Deleuze, Proust et les signes).

    La Sonate de Vinteuil est donc une œuvre imaginaire. Cependant, Marcel Proust, amateur de musique et pianiste lui-même, n'a pas imaginé ex-nihilo cette pièce. Il la décrit avec précision : "Au-dessous de la petite ligne du violon, mince, résistante, dense et directrice, il avait vu tout d'un coup chercher à s'élever en un clapotement liquide, la masse de la partie de piano, multiforme, indivise, plane et entrechoquée comme la mauve agitation des flots que charme et bémolise le clair de lune... il avait distingué nettement une phrase s'élevant pendant quelques instants au-dessus des ondes sonores. Elle lui avait proposé aussitôt des voluptés particulières, dont il n'avait jamais eu l'idée avant de l'entendre, dont il sentait que rien autre qu'elle ne pourrait les lui faire connaître, et il avait éprouvé pour elle comme un amour inconnu."

    De l'aveu même de Proust, d'authentiques morceaux – souvent contemporains de l'auteur qui affectionnait les compositeurs modernes – l'ont inspiré pour imaginer cette sonate qui n'existe pas : la Sonate n° 1 pour Violon et Piano de Saint-Saëns, l'opéra Parsifal de Wagner (L'Enchantement du Vendredi Saint), le Prélude de Lohengrin, toujours chez Wagner, la sonate en Ma majeur de César Franck, la ballade opus 19 de Gabriel Fauré et, plus classique, la sonate n°32 de Ludwig van Beethoven (arietta).

    À la Recherche du Temps perdu est une œuvre sans cesse commentée. Des musicologues et musiciens se sont également penchés sur cette sonate, parfois jusqu'à la mettre en musique comme le compositeur israélien Boris Yoffe. C'est aussi l'initiative de NoMadMusic, en partenariat avec l'Orchestre de l'Opéra de Rouen Normandie et le Conservatoire régional de Rouen, dans le cadre de Normandie Impressionniste.

    Des élèves en classe d'écriture et de composition du conservatoire de Rouen ont imaginé avec le compositeur Yvan Cassar une sonate de Vinteuil que l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie a enregistré dans le but de devenir l'hymne officiel de Normandie Impressionniste.

    proust,glenn gould,nomadscore,yvan cassarCe projet musical et proustien, en soi intéressant, devient passionnant et unique en raison du parti pris résolument révolutionnaire et participatif.

    Car cette sonate de Vinteuil, imaginée par des musicologues, servira de matrice dans le cadre d'un jeu-concours, "NoMadScore - Portraits de la Sonate de Vinteuil". Chacun aura la possibilité de travailler sur les séquençages par familles d'instruments qui seront proposés par la start-up NoMadScore à partir de la matrice originelle. Grâce à l'application NoMadScore développée pour l'occasion, chacun pourra créer "sa" sonate de Vinteuil et la proposer au concours. durant l'été, un jury dont fera partie Yvan Cassar, choisira deux lauréats parmi ces sonates, tandis que le public en désignera une troisième.

    Ces trois sonates primées seront jouées par l'Orchestre de l'Opéra de Rouen Normandie sous la direction d'Yvan Cassar, le 15 septembre 2016, à l'Opéra de Rouen en clôture du festival Normandie Impressionniste.

    Les organisateurs du concours ont fixé au 15 juillet la date butoir pour proposer sa sonate. Mais après cette date, il sera encore possible de proposer son œuvre, qui sera mise en ligne sur le site nomadmusic.fr/normandie. Les musiciens aguerris ou non sont donc invités à se précipiter vers leur clavier – ou plutôt leur ordinateur, tablette ou mobile – afin de faire vivre la célèbre sonate de Proust: "Ce Vinteuil que j'avais connu si timide et si triste, avait, quand il fallait choisir un timbre, lui en unir un autre, des audaces, et, dans tout le sens du mot, un bonheur sur lequel l'audition d'une œuvre de lui ne laissait aucun doute."

    Permettre à l'auditeur de participer pleinement à l'élaboration et l'interprétation d'une œuvre musicale: voilà qui nous renvoie à la vision d'un autre génie, Glenn Gould. Dans les années 60, le pianiste canadien avait abandonné subitement les concerts pour se consacrer à l'enregistrement. Avant même le développement des techniques informatiques, il imagina que l'auditeur pouvait lui-même, grâce à des outils de séquençage et de montage mis à sa disposition, créer sa propre version d'une symphonie de Beethoven, d'un enregistrement de Glenn Gould (l'artiste avait imaginer laisser au public l'intégralité des prises d'un disque afin que chacun puisse faire sa version de l'oeuvre)... ou d'une sonate de Vinteuil. Les prédictions et le rêve de Glenn Gould semblent avoir trouvé un aboutissement grâce à l'inspiration de Marcel Proust et à l'audace d'une start-up française.

    "NoMadScore - Portraits de la sonate de Vinteuil", avec le soutien de la Fondation Orange et du Groupe Audiens, inscription jusqu'au 15 juillet 2016
    NoMadMusic

    Marcel Proust, Du Côté de chez Swann, Gallimard, 527 p.
    Michel Schneider, Glenn Gould piano solo, éd. Gallimard, 1994, 288 p.
    Comptoir Littéraire

    http://www.normandie-impressionniste.fr
    Yvan Cassar - © robin  - robin-photo.com

  • Si vous avez tout compris à cet article c’est que je me suis mal exprimé

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    La science ne fait pas partie des sujets habituellement traités sur Bla Bla Blog. Une fois n’est pas coutume, je vais cependant faire le focus sur un scientifique au parcours exceptionnel, récompensé il y a quelques semaines par une médaille de l’innovation 2016 du CNRS. Trois autres scientifiques ont également été récompensés : Cathie Vix-Guterl, Marin Dacos et Thierry Heidmann. "Ces médailles de l’innovation viennent ainsi rappeler ce fait : la recherche entretient de multiples liens avec la société qui l’entoure et bien nombreux sont les scientifiques engagés, à des titres tout aussi multiples, dans des actions de transfert en relation directe avec les entreprises" commente Nicolas Castoldi, délégué général à la valorisation du CNRS.

    Ali Zolghadri, professeur et chercheur à l’université de Bordeaux se voit primé pour son travail innovant en automatique. Le CNRS récompense du même coup un parcours exceptionnel.

    Né en Iran à Shiraz il y a 53 ans, Ali Zolghadri est venu en France pour faire ses études supérieures. Après un master en robotique et un doctorat en Automatique, il intègre l’université de Bordeaux comme maître de conférences en 1993. Nommé professeur d’université en 2003, il occupe plusieurs postes à responsabilité au sein de pôles de recherche : direction de la formation doctorale "Automatique, signal et image et productique", responsable d’une équipe de recherche et co-animateur du DAS G2MCO du pôle de compétitivité Aerospace Valley ou responsable de plusieurs projets scientifiques français et internationaux.

    Son CV long comme le bras reflète tout autant ce qui se fait de mieux dans la recherche française qu’il illustre la pugnacité d’un homme, très attaché du reste au système universitaire français régulièrement concurrencé par les universités américaines, anglaises ou chinoises. Le CNRS récompense aussi un homme modeste qui s’est lui-même déclaré autant honoré que surpris par ce prix.

    La médaille du CNRS vient récompenser des avancées innovantes en automatique. Ali Zolghadri a travaillé avec Airbus sur la conception d’algorithmes utilisés pour assister les pilotes et diagnostiquer certaines pannes du système de commandes de vol en temps réel. Ce brevet est aujourd’hui exploité depuis janvier 2015 sur les Airbus A350. Ce qui est récompensé est ni plus ni moins qu’une science peu connue du public mais omniprésente dans notre quotidien : l’automatique.

    Qu’est-ce que l’automatique ? C’est là que les choses se corsent. Comment définir le plus simplement possible cette matière ? A priori, le terme d’automatique ferait penser à une branche de l’électronique, l’automaticien étant ce spécialiste penché au-dessus de machines plus ou moins sophistiquées. En réalité, cette science se révèle bien plus complexe et plus vaste. L’automatique touche à l’identification, la modélisation et l’analyse des systèmes dynamiques : forts en maths, vous aurez peut-être une petite chance d’intégrer le petit cercle des automaticiens si l’algèbre et les systèmes linéaires, l’échantillonnage, la géométrie différentielle, les algorithmes ou le calcul des variations ne vous sont pas totalement inconnus. On comprend que la robotique et la cybernétique ont leur place dans cette science aux applications infinies : ce peut être autant les régulateurs de vitesse, les machines-outils dans l’industrie lourde, les centrales nucléaires ou bien encore les navettes spatiales. Ali Zolghadri est d’ailleurs le co-auteur d’un ouvrage sur le contrôle et guidage des véhicules aérospatiaux (Fault Diagnosis and Fault-Tolerant Control and Guidance for Aerospace Vehicles, avec David Henty, Jérôme Cieslak, Denis Efimov et Philippe Goupil, éd. Springer, Londres, 2014). Sans enlever la place de l’homme dans le pilotage d’un avion, Ali Zolghadri travaille sur la conception d’un pilote virtuel plus à même de gérer une situation de crise ou de vol complexe.

    Ce sont ces travaux peu connus du grand public mais pourtant fondamentaux, qui ont été récompensées par le CNRS. La prochaine fois que vous prendrez l’avion ou que vous utiliserez, de retour de week-end, votre régulateur de vitesse sur autoroute, nul doute que vous aurez une pensée pour l’automaticien qui a pensé à votre sécurité.

    Ali Zolghadri, David Henty, Jérôme Cieslak, Denis Efimov et Philippe Goupil, Fault Diagnosis and Fault-Tolerant Control and Guidance for Aerospace Vehicles, éd. Springer, Londres, 2014
    Nicolas Castoldi, "Toute la richesse de l’innovation française à l’honneur", CNRS Innovation, 26 mai 2016
    "Ali Zolghadri reçoit la médaille de l’innovation du CNRS 2016", http://www.u-bordeaux.fr, 19 mai 2016
    Médaille de l'innovation CNRS 2016 : Ali Zolghadri
    Ali Zolghadri © Frédérique PLAS

  • Ce week-end je coince ma bulle

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    Montargis-coince-la-bulle-2016.jpgCe week-end, le bloggeur arpentera les couloirs de la septième éditions du festival de bande-dessinée "Montargis coince la bulle", les 28 et 29 mai.

    Le samedi 28 mai aura lieu la remise des prix. En référence au "Chien de Montargis", un jury sélectionné parmi des professionnels de la culture et du dessin, ainsi que des personnalités locales et régionales, récompensera quatre albums par l’attribution d’un prix et d’un trophée symbolisé par un os. Les trophées et les prix sont remis le samedi à la fin de la première journée, après réunion du jury : le Nonosse d'or (Grand Prix de la Ville de Montargis), le Médor (Prix du meilleur album), le Bobby (Prix du meilleur dessinateur), le Rex (Prix de la jeune création), le Crayon Prix "Esprit Libre", décerné par Le LP Château-Blanc et MCLB. Un prix sera décerné à Bruno Le Floch, remis à Brieuc Le Floch et Brieg Haslé, lors de la quatrième édition du festival pour l’ensemble de sa carrière.

    Le salon réunira plusieurs dizaines d'auteurs invités : Hardoc, Olivier Frasier, Stan Silas, Gregory Charlet, Olivier Boiscommun, Julien Maffre, Michel Plessix, Kris, Thierry Murat, Steve Cuzor, Marzena Sowa, Sylvain Savoia, Christian De Metter, Riff Reb’s, Edith, Etienne Leroux, Jérémie Royer, Mezzo, Olivier Supiot, Lucien Rollin, Maud Bégon, Vanyda, Bertrand Galic, Franck Bonnet, Sandrine Revel, Benjamin Béneteau, Daniel Goossens, Éric Cartier, François Duprat, Amélie Sarn, Olivier Perret "Pero", Baru (Dimanche), Denis Lapière, Céline Wagner, Lénaic Vilain, Aude Samama, Thomas Priou et Arnaud Floc’h. 

    Retrouvez sur ce blog deux chroniques sur Maud Begon, une des auteures invitées : "Fix me" et "Moi, Lou, extralucide". 

    "Montargis coince la bulle", les 28 et 29 mai
    le samedi 28 mai de 10h à 19h et le dimanche 29 mai de 10h à 17h,
    3€ , gratuit pour les moins de 18 ans

    Salle des fêtes de Montargis, Le Pâtis 

  • Homo erectus on line

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    nc_sex_love_recto.jpgComme 6 millions de personnes, Alice, divorcée, mère de quatre enfants, a choisi de s’inscrire sur un de ces milliers de site de rencontre sur Internet. Elle nous raconte dans Sex&love.com de Nathalie Cougny (éd. Sudarènes), son expérience de l’homo erectus à l’heure de l’e-rencontre. 

    Comment trouver l’amour sur Internet ? Vaste et grave sujet. "Si tu penses rencontrer l’homme de ta vie sur un site de rencontres, autant te préparer psychologiquement pour ne pas sombrer dans une dépression pré-orgasmique." Et Alice d'ajouter : "Ne dis pas non plus que tu cherches l’homme de ta vie, c’est d’un ringard, dis plutôt que tu cherches les hommes de votre vie."

    Dans un monologue mordant, la candidate au grand amour (ou à un grand amour) fait un portrait à charge des sites de rencontres ("le plus gros annuaire de baise interplanétaire organisée") comme de leurs abonnés. Tout y passe : l’addiction aux Meetic, Gleeden et autres Attarctive World, la loi de la jungle pour trouver le partenaire d’un soir et plus si affinités, l’obsession des flashs, les fiches descriptives un peu trop belles pour être honnêtes, la plaie des hommes mariés ("les lâches") ou le véritable abattage pour multiplier les rencontres et les chances : "Au bout d’un certain nombre de rencontres, c’est tout juste si tu ne deviens pas une machine, t’as plus de sentiment, c’est comme si t’étais à la chaîne, ça défile et tu fais plus que de regarder c’qui cloche chez le mec et dès qu’y a un défaut de fabrication, hop, poubelle, au suivant. Bah oui, y a tellement de mecs que tu vas forcément trouver la perfection."

    Alice ne passe pas sous silence le moment mémorable – qu’il soit heureux ou malheureux – de la première rencontre, moment d’excitation et souvent de déception : "Tout se joue dès la première minute, le premier regard, le tout premier battement de cil. Bah ouais, va pas planter ton battement de cils, parce qu’à l’instant même de la rencontre, on sait tout de suite si ça va durer : deux minutes, deux jours ou deux mois." Quoique, dit-elle en substance, tout cela varie selon l’expérience du candidat : "Quand tu t'inscris en général t’es limite dépressive, où tu viens de te faire larguer où, comme moi, t’as demandé le divorce, donc dans les deux cas ça va pas trop fort … t’arrive toute timide, innocente, fragile et désemparée … puis au fil des mois ... quand t’as un peu plus d’expérience et que tu reprends le contrôle de tes facultés ... tu te transformes, sans t’en rendre compte, tu deviens Terminator, La Guerre des Mondes et Alien en même temps."

    Au-delà de cette plongée dans l’univers des sites de rencontre, ce dont il est question est aussi la relation homme-femme. Le genre masculin reçoit au passage quelques coups de canif : annonces à côté de la plaque, photos de profil embellies ou coupées pour cacher une calvitie et surtout l’obsession du coup d’un soir pour ces messieurs.

    Derrière le discours léger et virevoltant, se cachent des considérations sur la question de l’incompréhension entre femmes et hommes ainsi que de l’égalité des sexes : "Ça suffit qu’on nous prenne pour des vagins en puissance. Vous allez voir les mecs qui est-ce qui domine maintenant. Ouais, parce que vous jouez les gros durs, mais n’empêche que l’ascenseur pour le septième ciel c’est que si on en a envie et pas autrement."

    Une nouvelle preuve que les relations hommes-femmes, traitées ici avec humour et sous l’angle des sites de rencontre, restent un sujet de débat intarissable. Mais tout n’est pas à jeter dans l’univers impitoyable de l’e-rencontre, comme le rappelle Nathalie Cougny et son personnage : "Les deux tiers des personnes ayant noué une relation avec une personne rencontrée sur Internet déclarent avoir vécu une véritable histoire d’amour."

    Sex&lov.com sortira en librairie aux éditions Sudarènes à partir du 2 juin 2016.

    Nathalie Cougny, Sex&love.com, éd. Sudarènes, 2016
    Nathaliecougny.fr
    Sex&love.com "Alice se libère !"
    avec Elise Lissague, mis en scène par Bruno Romier, Comédie Angoulême du 18 au 28 mai

  • Prenez le train avec Monet et ses amis

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    ©-Wikipedia-la-gare-saint-lazare-claude-monet-1877-1024x767.jpgLe festival Normandie Impressionniste a pour partenaire la SNCF qui a mis en place depuis Paris Gare Saint-Lazare un Train de l’Impressionnisme. Ce TER, cofinancé par la région Normandie, circule les week-end jusqu’au 26 septembre et a été custosmisé aux couleurs du festival. Il dessert Rouen, Le Havre et n’oublie pas la gare de Vernon-Giverny, la patrie de Claude Monet.

    Pourquoi Saint-Lazare ? Pour des raisons touristiques évidentes, mais également en référence à la série "Gare Saint-Lazare" réalisée par l’homme aux nymphéas. Douze tableaux différents sur le même lieu ont été peints, saisissant autant d’impressions différentes. La Vie du Rail souligne que d’autres gares SNCF – Le Havre, Rouen, Caen, Bernay, Lisieux et Saint-Lô – célèbrent elles aussi le festival Normandie Impressionniste en accueillant des expositions d’œuvres appartenant aux collections de musées normands.

    Voyager avec Monet et consorts au pays des Impressionnistes peut donc se vivre dès votre embarquement dans les TER normands.

    Train de Impressionnisme, du 16 avril au 26 septembre, depuis la Gare Paris Saint-Lazare
    Tarifs spéciaux pour les bénéficiaires de la carte du festival
    http://www.normandie-impressionniste.fr
    http://haute-normandie.ter.sncf.com
    http://basse-normandie.ter.sncf.com

  • L'ennui : vice ou vertu ?

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    hopper.hotel-room.jpgLe café philosophique de Montargis proposera sa prochaine séance le vendredi 27 mai 2016, à 19 heures, à la Brasserie du Centre commercial de La Chaussée. Le sujet de ce nouveau rendez-vous aura pour sujet : "L’ennui : vice ou vertu ?"

    Comment définir l’expérience de l’ennui, qu’il soit occasionnel ou existentiel ? Sénèque en parle comme d’un "mécontentement de soi et du va-et-vient d’une âme qui ne se fixe nulle part." L’ennui, cet "objet de haine", mérite d’être défini et débattu. Comment définir l’ennui ? L’ennui est-il à rechercher ou à fuir absolument ? Comment y échapper ? L’ennui peut-il avoir des vertus ?

    Voilà autant de questions qui seront abordées le vendredi 27 mai à partir de 19 heures à la brasserie du Centre Commercial de La Chaussée de Montargis pour un débat qui promet d’être tout sauf ennuyeux. La participation sera libre et gratuite.

    Café philosophique de Montargis

  • Moi, Lou, extralucide

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    1818346244.jpgMaud Begon et Carole Martinez développent sur deux volumes, Bouche d’Ombre, le thème du surnaturel à travers le parcours de Lou. Cette pimpante fille découvre au lycée, durant les années 80, qu’elle est dotée de pouvoirs extralucides.

    Le premier volume de Bouche d’Ombre, Lou 1985, suit l'adolescente témoin d'un drame puis visitée par un fantôme qui se révèle particulièrement présent. Comment vivre avec un don supranormal et quelle est la place de nos souvenirs familiaux dans nos propre existences ? Ce sont les questions que Lou devra affronter dans ce premier tome, sur fond d'enquête et de spectre : "On entend d’une bouche en apparence humaine / Sortir des mots pareils à des rugissements, / Et que, dans d’autres lieux et dans d’autres moments, / On croit voir sur un front s’ouvrir des ailes d’anges" (Victor Hugo, Bouche d'ombre, Les Contemplations).

    Le deuxième volume, Lucie 1900, continue de suivre la jeune extralucide et entend expliquer les origines de son don. Lou est étudiante et s'est éprise de Marc, camarade de fac et photographe à ses heures. Un jour qu'il prend en photo sa petite amie, il capture du même coup un ectoplasme. Aiguillée par ses tantes Josette et Jeannette, Lou part à la recherche de ce fantôme mais aussi de son passé familial. Grâce à l'hypnose, ses recherches la transportent à Paris en 1900, durant l'exposition universelle. Lou se retrouve dans la peau de cet esprit, Lucie, qui est aussi son aïeule. Lou/Lucie découvre l'univers fascinant des sciences physiques et de l'occultisme durant la Belle Époque et croise par la même occasion Pierre et Marie Curie. Passé et présent se télescopent dans ce deuxième tome de Bouche d’Ombre, ample et aventureux à souhait, jusqu'au dénouement aussi poignant que surprenant.

    Ces deux bandes dessinées confirment le talent de la dessinatrice de Maud Begon, que j'avais chroniquée pour Je n'ai jamais connu la Guerre ("Fix me"), et séduisent pour son sens de la narration due à la scénariste Carole Martinez.

    Maud Begon et Carole Martinez, Bouche d'Ombre, 1, Lou 1985, éd. Casterman, 2014, 70 p.
    Maud Begon et Carole Martinez, Bouche d'Ombre, 2, Lucie 1900, éd. Casterman, 2015, 90 p.
    "Fix me"
    Maud Begon sera présente au salon "Montargis Coince la Bulle" les 28 et 29 mai 2016
    Le Tumblr de Maud Begon

  • Fix me

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    album-cover-large-19845.jpgDans Je n’ai jamais connu la Guerre de Maud Begon et Joseph Safieddine, Darius, homme d’affaire cynique, odieux, roublard, méprisant et séducteur impénitent, fait commerce de rêves à coups d’injonctions chimiques. Et c’est peu dire que cela marche : le business est florissant et la société ne s’en sort pas plus mal. Le fix contrôlé et marchandisé est, a priori, un excellent moyen gérer ses frustrations. Lorsque Cerise, une ancienne petite amie de Darius, lui demande à son tour "d’acheter des souvenirs", ce dernier s’en trouve bouleversé.

    Utopie ou dystopie ? Cette question n’a pas vraiment de sens pour cette bande dessinée de Maud Begon et Joseph Safieddine. 145 pages illustrées servent une pérégrination complexe au pays du souvenir, des rêves, des regrets et de la vanité du temps qui passe. Le lecteur peine à trouver au début de ce roman graphique la logique d’une histoire alternant flash-back, scènes oniriques dignes de Dali et intrigue puisant dans le mouvement cyberpunk.

    C’est à partir de la page 95 que ce qui était une histoire "à la Cronenberg" prend des allures proustiennes : le temps qui passe, les souvenirs authentiques ou les êtres disparus refaisant surface. Les auteurs mettent en scène Darius et Cerise dans un tête-à-tête poignant construit avec subtilité sur 25 pages. Le lecteur pourra s’amuser à déceler les références à La Recherche du Temps perdu : le début du Côté de chez Swann ("Longtemps, je me suis couché de bonne heure"), La Prisonnière, Le Temps retrouvé, Sodome et Gomorrhe… Clins d’œils réels ou involontaires ?

    Je n’ai jamais connu la Guerre est en tout cas est aussi riche par ce qu’elle évoque que par ce qu’elle tait. Le titre de l’ouvrage porte en lui un non-dit et un traumatisme que le lecteur découvre dans ses dernières pages. Un traumatisme qui nous éclaire sur le personnage de Darius dont la cuirasse fêlée dévoile les plaies. La dernière partie du livre est également riche d’interprétations sur le personnage de Cerise, apparue dans la vie de Darius à la manière d’un oasis mais aussi d’une révélation cruelle. Qui est-elle ? Quels sont ses liens avec son ami ? Ce personnage est sans doute la plus belle création de cette bande dessinée. Mystérieuse, complexe et fascinante, Cerise semble ne pas se fixer dans l’histoire mais nager dans un océan de rêves.

    Maud Begon et Joseph Safieddine, Je n’ai jamais connu la Guerre, éd. KSTR, 2013, 145 p.
    Maud Begon sera présente au salon "Montargis Coince la Bulle" les 28 et 29 mai 2016
    Le Tumblr de Maud Begon

    Demain, je vous parlerai de Lou, une autre héroïne de Maud Begon

  • Ramsay, le beau salaud

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    A6OH1Qr2.jpgIls sont de retour : Tyrion Lannister, Daenerys Targaryen, Cercei ou les derniers Stark ayant échappé aux tueries des précédents épisodes de Game of Thrones. La saison 6, diffusée depuis quelques semaines, continue de passionner les fans de cette série culte où les trahisons, les supplices, et les batailles testostéronées sont élevées au rang des beaux arts.

    Parmi les personnages suivis avec un délice coupable figure Ramsay Bolton, arrivé seulement lors de la saison 3. Il figure aujourd'hui parmi les plus beaux salauds de Game of Thrones , au point de détrôner dans la perfidie le jeune roi Joffrey Baratheon ou bien Cersei Lannister, plus shakespearienne que jamais.

    Ramsay devient dans cette saison 6 un personnage majeur de la série de fantasy. Sa cruauté, son absence de scrupule, son machiavélisme et son intelligence font de lui un personnage ignoble que l’on adore détester. Iwan Rheon, son interprète, lui apporte une aura supplémentaire et une certaine allure, bien éloignée du personnage du roman de GRR Martin. L’écrivain décrivait Ramsay Bolton (ou Ramsay Snow) comme un homme au physique peu avenant, rond et au teint maladif. Dans la série, le bâtard des Bolton est un jeune homme gracieux, au port aristocrate, mais qu’aucun crime ne rebute : viols, tortures, morts par les supplices les plus terribles.

    Si toute fiction digne de ce nom se doit de posséder les meilleurs salauds qui puissent se faire, nul doute que Game of Thrones tient ses promesses. Jusqu'au jour (peut-être) où les auteurs de la série décideront de faire disparaître Ramsay comme (presque) tous les autres.

    Wiki Game of Thrones : Ramsay Bolton

  • Femmes de papier

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    12795462_1715771775362931_4402653180996076033_n.jpgL’auteur de bandes dessinées Alex Varenne est l’invité des Écrits Polissons, ateliers d’écriture ludiques organisé par Flore Cherry, le 11 mai 2016 au 153, rue Saint-Martin, à Paris.

    Alex Varenne, auteur mythique des séries Ardeur (1980-1987), Erma Jaguar (1988-1992) et des romans graphiques Angoisse et Colère (1988) ou Gully Traver (1993) ou, plus récemment, La Molécule du Désir (2014) viendra présenter ses splendides femmes de papier, qu’elles soient aventurières, dominatrices, aimantes ou prudes.

    Cette rencontre avec un auteur mythique ayant participé à Charlie Mensuel et l’Écho des Savanes sera au centre d’une soirée d’ateliers d’écritures, de dessins, de nouvelles, de concours et de travail en groupe. Le tout sous les yeux d’un maître averti.

    Flore Cherry pour plus d'informations
    Cherry Erotic Corner

    Les Écrits polissons, mercredi 13 avril
    au 153, rue Saint-Martin - 75003 Paris
    (Métro - Les Halles ou Rambuteau)
    19H30 à 21H30
    Entrée : 10 € (boissons non comprises)

  • Jamais domptées

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    Mustang_0.jpgMustang sort cette semaine en DVD. C’est l’occasion de découvrir ou revoir un des chocs cinématographiques de l’année 2015.

    La réalisatrice franco-turque Deniz Ganze Ergüven a reçu le tour de force de susciter l’enthousiasme avec un film exigeant joué par des acteurs inconnus. Ou plutôt des actrices inconnues, car Mustang s’intéresse à cinq sœurs, enfants et adolescentes, qu’une innocente excursion sur la plage un dernier jour d’école suscite la désapprobation dans un village turc traditionnel. Humiliée par les ragots qui courent au sujet des cinq filles, leur grand-mère décide de les isoler des tentations du monde extérieur et de les enfermer dans la demeure familiale, en attendant de les marier.

    Dans ce qui est devenu une forteresse domestique, les cinq filles font corps avec une solidarité et une soif de vivre exceptionnelles. Elles tentent de grappiller à leur grand-mère et à un oncle complice quelques parcelles de libertés : des jeux, des rires, des regards lancés en catimini à des garçons ou une partie de football à Istanbul. Les jeunes filles ne se considèrent pas comme domptées et veulent trouver une autre voie que le désespoir ou la résignation.

    Cinq adolescentes enfermées par leur famille pour les isoler des tentations du monde extérieur : la référence au Virgin Suicides de Sofia Coppola (1999) est évidente. Là s’arrête pourtant la similitude entre les deux films. Là où la réalisatrice américaine dévoilait dès le début au spectateur le dénouement tragique des cinq sœurs recluses par des parents catholiques traditionalistes, Deniz Ganze Ergüven déroule un scénario parfaitement huilé, avec son lot d’incertitudes jusqu’à la fin. 

    Mustang est un film de combat, bien plus sans doute que Virgin Suicides, émouvante œuvre désenchantée sur l’adolescence et sur le souvenir de jeunes filles broyées. La réalisatrice franco-turque aborde frontalement le thème de la domination patriarcale et des traditions religieuses aliénantes, pourtant acceptées majoritairement car considérées comme "soft". Cette "domination soft" a une réalité : la toute puissance de la famille, l’aliénation de jeunes filles dont l’émancipation est devenue quasi impossible, la recherche d’une pureté impossible (la scène du mariage et de la nuit de noce est un subtil mélange de tragédie et de comédie noire) et l’importance donnée au mariage, la seule issue donnée à ces jeunes filles. Les cinq sœurs turques ne sont pas les victimes résignées de traditions religieuses mais des guerrières qui ne peuvent être domptées, des mustangs qui n’ont pas renoncé à leur liberté, à commencer par la plus jeune, Lale (Güneş Nezihe Şensoy).

    Deniz Ganze Ergüven s’est battue pour bâtir un film bouleversant, aidée par une équipe d’actrices impeccables et de seconds rôles tout aussi brillants. Le résultat est Mustang, une œuvre inoubliable et un cri d’amour en faveur de la liberté, de l’adolescence et du combat contre tous les fanatismes.

    Mustang, film dramatique germano-franco-turco-qatari de Deniz Gamze Ergüven,
    avec Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Tuğba Sunguroğlu, Elit İşcan, İlayda Akdoğan, Ayberk Pekcan et Nihal Koldaş, 2015, 97 mn, en DVD

  • Dans la peau d’un djihadiste

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    687708.jpgSoldats d’Allah est un documentaire exceptionnel, engagé et rude que tout citoyen devrait regarder pour saisir une partie – et une partie seulement – de la réalité du djihadisme en France.

    Pendant six mois, des journalistes (bien qu’un seul prenne la parole, visage caché et voix dissimulée) ont infiltré un réseau de partisans de DAESH installés en France. Les enquêteurs, restés dans anonymat pour des raisons de sécurité, sont parvenus, via les réseaux sociaux et des contacts directs, à sympathiser avec des "soldats" de l'Etat Islamique puis à les suivre dans leur quête folle d’un djihad en France. Ils ont filmé en caméra cachée pendant six mois cette plongée dans un de ces groupuscules ultra-violents et hyper fanatisés.

    Étonnamment, la cellule dormante qu'ils ont infiltrée ne se situe pas dans un quartier fiévreux de la région parisienne ou dans un des quartiers nord de Marseille mais au cœur de la France profonde, à Châteauroux (Indre). On y suit Ossama, 20 ans, gamin perdu et frustré et complètement radicalisé, avec la foi enchaînée au corps, à la recherche du paradis après sa mort en "martyr".

    C’est du reste la seule trace de religion dans cette enquête dangereuse. On devine les connaissances religieuses de ces djihadistes plus que succinctes et le reportage aborde peu les motivations politico-stratégiques de ces soldats de Daesh. Il est question dans les conversations d’Ossama et de ses sbires de guerre sainte, de plans d’attaques plus ou moins élaborées, d’entraînements militaires, de recherches d’armes, de discours enflammés au vocabulaire "daeshien" et de précautions pour maintenir leur clandestinité (bien que la plupart des individus rencontrés sont "surveillés" par les forces antiterroristes).

    La clandestinité passe par une utilisation prudente des moyens de communiquer : dans des fast-foods, des jardins publics, par courrier détruit après lecture ou via des réseaux sociaux sécurisés comme Telegram que les journalistes critiquent pour son refus de collaborer avec les autorités.

    Des informations et des moments surprenants parsèment cette enquête hors du commun : la haine rédhibitoire entre salafistes et partisans de Daesh (alors que les deux vocables sont en général indistinctement utilisés et confondus), la méfiance des djihadises pour la quasi-totalité des mosquées françaises et la personnalité de ces candidats au djihad - de jeunes hommes frustrés et aveuglés. Et puis, il y a ces scènes hallucinantes : un mariage célébré par téléphone en plein jardin public, un attentat suicide par un Français parti mourir au Moyen-Orient, les échanges de missives pour organiser des coups, les témoignages du père d’Ossama, impuissant à freiner les pulsions de son fils, ou les réactions des candidats du djihad à l’annonce des attentats du Bataclan et du Stade de France. Du reste, ces attentats marquent la dissolution du groupuscule qui s’apprêtait à s'attaquer à une caserne d'Orléans, cible privilégiée d'Ossama qui semble porter une rancune personnelle tenace à l'égard de l'Armée française.

    Soldats d’Allah est un documentaire hallucinant, engagé et démonstratif, non sans effets de mise en scène. Un reportage choc sur une enquête au terme de laquelle un journaliste, lui-même de culture musulmane, avoue que durant ces six mois il n’a pas vu Allah !

    Soldats d’Allah de Marc Armone et Saïd Ramzy, 2016, 1H27
    Canal + Investigations, jusqu’au 15 mai 2016

  • Bla Bla Blog continue son rafraîchissement

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    1312_v_nettoyage_r1_c1.jpgBla Bla Blog continue son nettoyage de printemps commencé il y a plusieurs semaines : nouveau nom de domaine (le lien leblogdebrunochiron.hautetfort.com continue cependant à être actif), nouveau design, présentation plus claire et mieux adaptée à la lecture sur mobile, sans oublier un carrousel d'articles à la une. 

    Une nouvelle rubrique a aussi fait son apparition : "Envies de...": n'hésitez pas à vous y référer si si vous souhaitez avoir des idées de lectures, de musiques ou de sorties. 

    Bla Bla Blog a également aujourd'hui sa page Facebook et ses comptes Twitter et Instagram.

    Pour le reste, aucun changement dans le fond : Bla Bla Blog reste fidèle à sa ligne : des articles et des blablas libres sur la littérature, le cinéma, les expositions ou les musiques. Les prochaines semaines, je continue mes pérégrinations dans la Normandie impressionniste. Je vous parlerai également de Mustang et de Proust.

  • Laurie Darmon, la fille formidable

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    20151204103946PhotoLauriePromo1sur3jpg.jpgÇa vous est déjà arrivé ? Je suis sûr que oui : un titre inattendu qui vous cloue, KO debout. Une évidence m’a assommé cette semaine au cours duquel je me disais : "Le ciel est gris et j'ai le teint vieilli / Un peu triste pessimiste mais surtout un peu triste" (Malsain) : Laurie Darmon est une fille formidable.

    Elle a le talent extraordinaire de vous accrocher. Aujourd’hui, la chanteuse s’est faite une place après un bouche-à-oreille élogieux. Son deuxième EP, Mesure Seconde, reprenant la majorité des morceaux de Mesure Première, est sorti il y a quelques mois et confirme le talent et l’audace de l’artiste.

    Tout est là : la voix fluette fragilement posée et sans esbroufe, une rythmique syncopée résolument tournée vers le slam, le rap et un travail sur le texte qui nous fait tendre l’oreille.

    Prenez La Rupture, une histoire d’amour, de séparation : "Une porte qui claque, / Un deux trois verres de cognac / Tombent en vrac, c’est l’attaque / Et puis elle craque / Larmes de solitude, lassitude / Se dénude d'une prélude d’inquiétude / Interlude d’une jeune fille prude / C’est juste une fin un peu banale / Le final, terminal, histoire sentimentale / Qui fait son carnaval." Sur une rythmique slam, parsemée d’un peu électro, Laurie Darmon livre une chanson faite d’amour mis à mort et de violence, dans un texte alliant mélancolie, brutalité et note d’espoir.

    Dans ce deuxième EP, qui reprend en majorité Mesure Première, un autre titre est à découvrir et écouter absolument : Juillet Formiguères : formidable. Au menu de cette chanson : une guitare, une voix et surtout un texte d’une grande délicatesse où la poésie est au service de la nostalgie : "Juillet Formiguères / Souvenirs solaires / C'était mes premières libertés / Oui, Formiguères / C'était hier / C'est un doux regard / La gare / Début Juillet / un soir d'été / Quand la température augmente / Et que les nuits deviennent décentes / C'est un train couchettes / Guinguettes / On l'attendait depuis longtemps".

    A l'instar de quelques brillants anciens (Moustaki, Ferré ou Barbara), Laurie Darmon parle sans fard de l’enfance, du temps qui passe, de spleen et de nostalgie. Les thèmes sont aussi au centre de Bonjour Tristesse, hommage à Françoise Sagan : "Sans crier gare elle s’est enfuie / La petite fille de mon pays / Elle s’est enfoncée dans la nuit… Ma chère tristesse quand me quitteras-tu".

    Le travail sur le texte est omniprésent, par exemple dans La voix, un titre slam, déjà présent dans Mesure Première : "Ta voix cristalline me déshabille, me dévêtit / Comme une pluie fine qui coule sans bruit / Ta voix dense réveille mes mains / Comme un long silence que l'on brise au petit matin.

    J’avais pu dire sur ce blog que nous traversions, en dépit de la crise du disque, une période faste pour la chanson française, en renouvellement perpétuel. Laurie Darmon y apporte sans conteste sa pierre avec "l'inépuisable envie d'éclore".

    Laurie Darmon, Mesure Seconde
    http://lauriedarmon.com

  • Eugène Boudin, le roi des ciels

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    boudin,monet,courbet,millet,whistler"Je dois tout à Boudin" disait Claude Monet à propos de celui que l'on peut qualifier de "baliseur de l'impressionnisme." Artiste majeur du XIXe siècle, précurseur de la modernité picturale, innovateur fondamental, Eugène Boudin (1824-1898) reste l'auteur de peintres de marines et de plages normandes dont se sont inspirées pour le meilleur et pour le pire pléthores de peintres du dimanche !

    Limiter Boudin à ces scènes de genre c'est oublier son apport capital dans l'histoire esthétique du XIXe siècle. Le Musée d'art moderne André Malraux (MuMa) du Havre, qui possède la deuxième plus importante collection du natif de Honfleur (325 oeuvres) propose une grande exposition consacrée : "Eugène Boudin : l'atelier de la lumière" (16 avril-26 septembre 2016), dans le cadre du festival Normandie Impressionniste. La dernière exposition havraise de ce type datait de 1906. Cette incongruité illustre les liens ambigus que Boudin entretenait avec sa ville d'adoption.

    Attaché à Honfleur, le peintre est soutenu financièrement au début de sa carrière par la ville du Havre. Elle prend cependant ombrage des choix peu académique d'un artiste déjà considéré comme très doué. Peu avant sa mort, Eugène Boudin décide de léguer plusieurs toiles à sa ville de naissance. Le Havre ne devait, elle, recevoir que deux toiles. C'est son frère Louis Boudin, et surtout son exécuteur testamentaire Gustave Cahen, qui dotent Le Havre d'un fond de peintures et de dessins considérable. Et c'est un autre admirateur, Pieter Van der Velde, collectionneur et mécène, qui impulse au début du XXe siècle la vocation d'art moderne du musée havrais en faisant entrer dans ses collections des œuvres de Monet, Sisley, Pissaro, Renoir et bien entendu Boudin.

    boudin,monet,courbet,millet,whistlerLa reconnaissance réelle des impressionnistes et la paradoxale discrétion d'un peintre attachant méritent que l'on s'arrête sur celui que Corot surnommait "Le roi des ciels".

    Le MuMa s'arrête sur un parcours artistique passionnant qui a mené Boudin de la Normandie à Londres, en passant par la Bretagne, Paris et les Pays-Bas, toujours à la recherche d'une nouvelle esthétique.

    Dans ses jeunes années, lorsqu'il rencontre Jean-François Millet, l'auteur des Glaneuses entend le dissuader de se lancer dans la peinture, ce que Boudin fera pourtant, encouragé par Constant Troyon et Thomas Couture. Grâce à leurs encouragements et leurs appuis, il obtient une bourse du Havre où il vit depuis ses onze ans. Des natures mortes et des copies au Louvre n'apportent pas satisfaction aux édiles havraises. Le jeune peintre est déjà obnubilé par des questions esthétiques qui ne cesseront de le tarauder : les rendus de la lumière, l'immédiateté, le travail en plein air plutôt que dans l'atelier et la priorité donnée à la nature ("La nature est mon grand maître"). Il convainc d'ailleurs Claude Monet, de seize ans son cadet, de le suivre pour ses exécutions en pleine nature, comme le prouvent les études de barques des deux artistes : ce parti-pris s’avérera fondamental dans le devenir du futur mouvement impressionniste.

    Cet homme modeste, généreux et altruiste, tiraillé par ses engagements familiaux et professionnels, veut approcher un idéal esthétique : capter la beauté impalpable des paysages, saisir l'évanescence et les "métamorphoses de l'enveloppe" . Dès ses premiers dessins de pêcheurs dans les années 1850, Boudin immortalise la mer, le ciel, les nuages (les "beautés météorologiques" comme le qualifie Baudelaire)  et les personnages comme fondus dans les paysages.

    boudin,monet,courbet,millet,whistlerÀ partir de 1862, Eugène Boudin représente ses premières scènes de plages: Trouville (La page de Trouville, 1865, notamment). L'artiste affectionne ces œuvres, peu goûtées par les collectionneurs qui les qualifient "d'approximatives". On croirait Boudin parler d'eux lorsqu'il parle des habitants de Deauville qu'il a si souvent représentés : "Bande de parasites, qui ont l'air si triomphants !" Les amateurs d'art critiquent les représentations esquissées si éloignée de la peinture académique : dans les scènes de plages, les figures vues de près ont des airs de masques de carnaval, les groupes de personnages sont statiques, les silhouettes se dissolvent, les motifs disparaissent jusqu'à l'abstraction  et la lumière domine. L'esquisse au service de la fluidité des tableaux prend sa revanche. Sous l'influence de Johann Barthold Jongkind, le trait est ferme, concis, économe (L'embarcadère et la jetée de Trouville, 1867). L'esquisse est la marque de la modernité dont les impressionnistes puis les nabis sauront se souvenir.

    Moderne, Boudin l'est dans le choix de ses sujets : le tourisme en Normandie, la campagne bretonne représentée dans tous ses contrastes (Bretagne, Scène d'Intérieur, 1865-1870 ou La pointe du Raz, 1887), les paysans (Paysages. Nombreuses Vaches à l'Herbage, 1881-1888), les travailleurs populaires (Lavandières, 1881-1889) ou les scènes de pêche (Le Chargement du Poisson, 1880). Il l'est également dans le cercle de ses relations. De 1861 à 1889, il participe au Salon des artistes français, à la demande de Puvis de Chavannes. En 1863, il est au Salon des Refusés à Paris, fréquente les plus modernes des artistes de l'époque et travaille avec Courbet et Whistler à Trouville. En 1874, Boudin participe au premier salon impressionniste, bien qu'il se considère comme ne faisant partie d'aucune école. Il reste dans la modernité lorsqu'il invente la série, ressassant les mêmes sujets (plages, ports, bateaux, soleils couchant, et cetera), mais en variant la effets de lumière. Là encore, l'art de l'esquisse est porté à son apogée lorsque Boudin créé des versions réduites de tableaux de salon, avec toujours pour obsession le rendu subtil de la lumière "qui a un langage. Il faut la faire parler, il faut la faire chanter. Il ne faut pas la faire gueuler." L'étude devient œuvre à part entière (Étude de Ciel, 1855-1862).

    boudin,monet,courbet,millet,whistlerTravailleur infatigable, Boudin n'hésite pas à retravailler en atelier des œuvres qui sont d'abord nés en pleine nature. Lorsqu'il "frotte" des marines, il entend garder intact l'impression primitive au moment où il finit ("perle") l'ouvrage dans son atelier parisien. 

    Après une crise de l'art qui l'oblige à vivre quelques temps aux Pays-Bas (1876), le peintre reçoit la reconnaissance de ses pairs, de l'Etat qui lui achète des peintures (Marée basse, 1884 puis Un Grain, 1886) et surtout des modernes impressionnistes. Ces derniers n'oublient pas le chemin balisé par leur aîné : le travail sur la lumière, bien sûr, mais aussi les exécutions en pleine nature, l'esquisse, la disparition du motif ou la réflexion sur le geste de l'artiste avec les séries. Boudin portait un regard plein de lucidité sur sa carrière : "Si plusieurs de ceux que j'ai eu l'honneur d'introduire dans la voie, comme Claude Monet, sont emportés plus loin par leur tempérament personnel, ils ne m'en devront pas moins quelque reconnaissance, comme j'en ai dû moi-même, à ceux qui m'ont conseillé et offert des modèles à suivre."

    "Eugène Boudin : l'atelier de la lumière", MuMa Le Havre, 16 avril-26 septembre 2016
    Eugène Boudin : L'Atelier de la Lumière, éd. RMN,MuMa, Paris, 2016, 240 p.
    Normandie Impressionniste

    Eugène Boudin, Berck. Le Chargement du poisson, 1880, huile sur toile marouflée sur bois, 31,7 x 46,6 cm. Cambridge (Royaume-Uni), Fitzwilliam Museum © Fitwilliam Museum, Cambridge
    Eugène Boudin, Le Bassin du Commerce au Havre, 1878, huile sur toile, 38 x 55 cm. Collection particulière © Photo Charles Maslard
    Eugène Boudin, Femme en robe bleue sous une ombrelle, vers 1865, huile sur carton, 22,1 x 31,8 cm. Le Havre, musée d’art moderne André Malraux © MuMa Le Havre / Florian Kleinefenn
    Eugène Boudin, Villefranche, vers 1892, huile sur bois, 41 x 32,7 cm.Williamstown, Massachusetts (États-Unis), Sterling and Francine Clark Institute © Sterling and Francine Clark Institute, Williamstown / Michael Agee