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  • Sainte Rosalía

    Rosalía était de retour fin 2025 avec son deuxième opus, Lux. Attention les yeux et les oreilles ! Nous en parlons enfin sur Bla Bla Blog !

    À l’image de son premier morceau, Sexo, Violencia y Llantas, on est dans un univers bien différent de ses albums précédents. Parmi les 18 titres de l’opus, plusieurs sont un hommage à des femmes mystiques et inspirantes, chez lesquelles Rosalía voit ses modèles, que ce soit Hildegarde von Bingen, Thérèse d'Avila, Jeanne d’Arc (le recueilli hommage et chant d’adieu Jeanne) ou Claire d'Assise, non sans un petit tour du côté de l’Ukraine avec l’orthodoxe Olga de Kiev. De là à dire que la chanteuse espagnole s’est assagie ? Non ! Au contraire, elle assume à la fois son audace et son envie de rester fidèle à ce qu’elle croit. Elle ne veut pas choisir entre spiritualité et nourritures terrestres : "Si seulement je pouvais / Vivre entre les deux. / D'abord j'aimerai le monde, / Et ensuite j'aimerais Dieu" ("Quién pudiera / Vivir entre los dos / Primero amaré el mundo / Y luego amaré a Dios", Sexo, Violencia y Llantas).

    Rosalía serait-elle entrée dans les ordres ? Dieu merci, non ! Mais elle assume ce qu’elle est, avec le désir de ne pas se perdre. Dans Reliqua, la star espagnole se dévoile sans fard. Elle reste une femme intègre : "J'ai perdu ma langue à Paris. / Mon séjour à Los Angeles. / Les talons hauts à Milan. / Le sourire au Royaume-Uni. / Mais mon cœur ne m'a jamais appartenu. / Je le donne toujours" ("Perdí mi lengua en París / Mi tiempo en L.A. / Los heels en Milán / La sonrisa en U.K. / Pero mi corazón nunca ha sido mío / Yo siempre lo doy"). "Je serai ta relique", ajoute-t-elle. Une entité sacrée, donc. Sur des sons électros, Rosalía fait de cet opus pop une œuvre mémorable où se mêlent religions, péché originel, mysticisme, sans oublier le pouvoir féminin (Divinize).

    Dans Porcelana, l’artiste espagnole convoque la poétesse et intellectuelle japonaise Ryōnen Gensō, figure majeure de la culture nippone pour son travail auprès des pauvres. Sa foi, Rosalia la clame, dans un langage hyper-moderne et poétique, mêlant dans une audace incroyable sensualité et mysticisme, à l’instar de Mio Christo Piange Diamante, dans lequel elle chante et pleure son "ami" Jésus, en ajoutant que toujours elle le portera dans son cœur ("Piange, piange diamante / Mio Cristo in diamante / Ti porto, ti porto sempre").

    Album sur l’amour divin, Lux n’oublie pas l’amour humain, proclamé avec une ostentation toute baroque, et même baroque pop-rock, à l’instar de Berghain ("I'll fuck you till you love me", Berghain), un morceau où l’a rejoint brièvement Björk. Évoquons aussi le titre plus pop Dios Es Un Stalker, une déclaration d’amour enflammée ("Je n'aime pas m'immiscer divinement, mais aujourd'hui, je vais traquer mon chéri pour le faire tomber amoureux". Romantique et romanesque, oui (Sauvignon Blanc, La Rumba Del Perdón) ; pour autant, la chanteuse assume et revendique sa liberté : "Je ne serai pas ton autre moitié, / Jamais ta propriété. / Je serai à moi / Et libre" (Focu'Ranni). Voilà qui est bien dit et bien chanté !

    Rosalía serait-elle entrée dans les ordres ?
    Dieu merci, non !

    Mystique et métaphysique Rosalia ? Sûrement. Mais aussi inspirée, culottée et diablement créative, et dans les textes et dans les sons. Lux s’écoute comme un opus syncrétique et, à bien des égards, philosophique et poétique, à l’exemple du lumineux Magnolias qui clôt l'album ou du passage de La Yugalar : "Je trouve ma place dans le monde, / Et le monde trouve sa place en moi. / J'occupe le monde, / Et le monde m'occupe. / Je tiens dans un haïku, / Et un haïku occupe un pays" ("Yo quepo en el mundo / Y el mundo cabe en mí / Yo ocupo el mundo / Y el mundo me ocupa a mí / Yo quepo en un haiku").

    Ce qui n’empêche pas la star espagnole de proposer de petits diamants à la simplicité irrésistible. On pense au délicat La Perla, un des titres phares de l’opus, un texte à la fois étrange et métaphorique sur un ex, "voleur de paix… playboy et étoile filante". Les comptes sont réglés, et bien réglés, avec tact et poésie. On ne saurait rêver de rupture plus classe.

    Lux a été critiqué à sa sortie car déstabilisant pour beaucoup, au point d'en avoir fait fuir plus d'un et plus d'une. C'est dommage. Il faut prendre le temps d’entrer dans l'opus. Rosalia s’y livre, endossant plusieurs atours et désireuse de perdre l’auditeur ou l’auditrice. On pense à l’étrange et méditerranéen Novia Robot, commençant dans un monde robotique, en forme de condamnation d’une hypersophistication du monde pour finir par l’affirmation d’une jeune femme et artiste de ses certitudes en dépit de ses apparences qui peuvent être trompeuses : "Je m’habille pour Dieu, / Jamais pour vous ni pour personne d’autre, / Seulement pour mon Dieu" ("Guapa para Dios / Me pongo guapa para Dios / Nunca pa' ti ni para nadie / Solo guapa pa' mi Dios").

    Musicalement, Rosalia vient chercher ses influences du côté de la pop (la ballade Mio Christo Piange Diamante) mais aussi du classique (Berghain), du contemporain (Mio Christo Piange Diamante, encore), de rythmes flamenco traditionnels grâce auxquels elle s'est fait remarquer (Mundo Nuevo), du lyrique, de l’électro, de la musique urbaine et rap (le sensuel Porcelana), jusqu’aux sons arabes (La Yugular) ou au fado (le délicieux Memória, en featuring avec Carminho).

    Pour l'accompagner Rosalía s’est offerte l’Orchestre Symphonique de Londres, dirigé par Daníel Bjarnason. Ambitieuse et culottée donc, pour pouvoir offrir un album déjà classique et culte.

    Rosalía, Lux, Columbia, 2025
    https://www.rosalia.com
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    Voir aussi : "Pas sage Ibère"

  • Mesdames, Oh !

    Dans l’avant-propos du recueil Fantasmes (éd. de la Musardine), Octavie Delvaux met singulièrement en avant la différence intrinsèque entre les fantasmes masculins et féminins : "Les hommes ont plus facilement recours à des supports réels comme les films ou les photos… Ils font peu appel aux fantasmes et à l’imaginaire". Sans doute s’agit-il d’un "raccourci", ajoute-t-elle. En tout cas, il est partagé par beaucoup de sexologues et explique la pertinence d’un tel ouvrage d’histoires courtes racontées par 14 autrices, dont Octavie Delvaux elle-même qui vient conclure l’ouvrage.

    Par nature, un tel recueil, rassemble des voix, des sensibilités et des univers bien différents. Ces nouvelles ont toutes un point commun, pour ne pas dire un fil conducteur : l’audace et bien sûr les fantasmes, de toutes natures, rêvés, imaginés, assouvis ou non. Dans ce domaine, comme dans d’autres, ces dames savent autant être vertes, pour ne pas dire provocatrices, que ces messieurs.

    Parmi les écrivaines de ces textes, certaines ne nous sont pas inconnues, que ce soit Anne Vassivière, Flore Cherry, Léa Grosson et bien entendu Octovie Delvaux. Dans La péniche, cette dernière nous propose un texte en forme de confession, avant de proposer un singulier retournement.

    Les fantasmes proposées sont autant de portes vers l’imaginaire. Quand fantasme rime avec fantasque et fantastique cela donne des récits frôlant d’autres genres, à l’instar du Corridor de Chloé Saffy qui nous entraîne sur les pas d’une scénariste français égarée à Los Angeles, entre surréalisme et SF. Parlons aussi de Petites morts et main-sorcière (sic) d’Alda Mantisse. Un étrange périple à la fois poétique et osé (bien sûr!) qui adresse plusieurs clins d’œil à Blaise Cendrars.

    Toujours dans ces frontières entre SF et érotisme, le lecteur ou la lectrice craquera sûrement pour le formidable texte d’anticipation Le prochain cycle de Léa Grosson, autour d’une boîte noire. Autre service tarifé, celui a priori anodin d’un salon de massage. Maud Serpin nous prend par la main pour raconter une séance fantasmée et d’un fort pouvoir érotique (La mue).

    Saluons l’imagination débridée de ces autrices

    À la lecture de ce recueil pluriel, saluons l’imagination débridée de ces autrices, nous emmenant parfois là où on ne les attendait pas forcément. Dans L’ultime fantasme, Anne Vassière suit Lou une étudiante "affamée" et prête à tout au cours d’une nuit pendant laquelle tout est permis, jusqu’à une chute touchante qui redonne à l’amour, le vrai, le premier rôle.  Pour Phantasmland, Rose Brunel prend le parti de l’humour. C’est une autre jeune femme, Lucie, qui est au cœur de cette histoire de fantasmes inassouvies, paradoxalement dans une entreprise spécialisée dans le sexe.

    Plus classique, Clarissa Rivière s’intéresse à un atelier de menuiserie où se déroule dans la sciure l’assouvissement d’un fantasme par un couple (L'atelier). Dans la théière, cette fois c’est un génie qui se fait entremetteur et organisateur de rendez-vous.

    Le sexe est-il triste ? Il le peut, nous dit en substance Camille Sorel dans La liste. "Faire payer" les hommes suite à des expériences traumatisantes devient le prétexte d'un rapprochement entre deux amies. Rapprochement lesbien encore dans le joli texte Vin d’été de Rita Perse, sous forme d’un souvenir parisien lors du Salon de la littérature érotique. Pour le texte La geisha, Gala Fur fait du fantasme une réflexion sur la soumission sentimentale, quant à Pisse & Love de Claire Von Corda, le fantasme devient à la fois malsain, déstabilisant et d’une grande puissance suggestive.

    Nous évoquions le Salon annuel à la Bellevilloise. C’est l’occasion de parler de Flore Cherry, que nous connaissons bien ici, et qui nous entraîne dans un club libertin où une femme mariée et qui vient s’offrir un moment de liberté.

    Au final, voici 14 textes à la fois différentes et cohérents qui nous prouve que, s’agissant du plaisir, les femmes réservent encore bien des surprises et des mystères. Pour lecteurs et lectrices averti.e.s. 

    Collectif, Fantasmes, histoires érotiques au féminin, éd. La Musardine, 2026, 180 p.
    https://www.lamusardine.com/litterature/20518-fantasmes.html

    Voir aussi : "Accro !"
    "”J’incarne en quelque sorte « la maîtresse d’école »”"
    "Dialectique du maître et de l’esclave"

     
     
     
     
     
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