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uchronie

  • Voilà l’homme

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    Comment qualifier le dernier livre de Nathalie Cougny, Paris-Rome ? Uchronie, roman d’amour ou conte philosophique ? Un peu de tout cela sans doute, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce roman – qui est complété par une nouvelle, Rencontre à risque.

    Paris-Rome suit Charlotte K., de nos jours (la précision est importante), dans un voyage qui doit mener la jeune et célèbre peintre parisienne à Rome pour une exposition à la Villa Borghèse. Dans le train qu’elle prend, un homme s’installe dans le même compartiment : il s’agit de Friedrich Nietzsche en personne. Il va lui aussi à Rome et sa rencontre avec la jeune femme est tout sauf un hasard. Entre les deux voyageurs – l’artiste mondialement admirée pour ses œuvres "lyriques" et le philosophe légendaire – une conversation s’engage, et la personne la plus fascinée n’est sans doute pas celle que l’on croit.

    Il fallait l’audace de Nathalie Cougny pour imaginer une telle rencontre, aussi inattendue que surréaliste. Le postulat que Nietzsche soit toujours vivant en 2019 n’est ni expliqué, ni développé : cet "éternel retour" est un fait, que le lecteur doit accepter dès les premières pages.

    La vraie surprise vient de la rencontre fortuite de Charlotte et de Friedrich, dans le huis-clos d’un train. Le roman se déroule pendant un voyage qui sera tout sauf un périple ordinaire. D’ailleurs, rien ne se passe comme prévu. Des menaces font craindre pour la sécurité des passagers, en particulier pour Nietzsche, et des manifestations perturbent le voyage. Des militaires se sont installés dans le train afin de protéger le philosophe aussi célèbre que controversé. Le périple et les conversations entre Charlotte et Friedrich se déroulent dans ce climat tendu. Tout peut basculer à chaque instant. Mais pourtant les deux célébrités conversent avec une courtoisie très XIXe siècle, tout en se mettant à nu pour la première et sans doute la dernière fois.

    Faire descendre Nietzsche de son piédestal, comme Zarathoustra

    Assez singulièrement, c’est sur le passé de la peintre que Nathalie Cougny s’intéresse : son enfance endeuillée par le décès de ses parents, sa découverte de l’art, ses succès, ses dépressions ou sa vie sentimentale. Nietzsche apparaît comme un homme presque ordinaire, débarrassé d’une forme de carcan que l’histoire et la légende lui ont laissée. "Ecce homo" : semble nous dire l’auteure, pour reprendre le titre d’un de ses livres. "Voilà donc cet homme", semble répondre en écho Charlotte K., devenue l'espace du voyage l’alter ego de Nietzsche.

    Charlotte, interlocutrice et égale du philosophe dans ce roman surprenant à plus d’un titre, porte une voix universelle à laquelle lui répond une autorité morale et intellectuelle, mais dont l’armure vient se fissurer au fur et à mesure que le dénouement approche. Voilà qui est paradoxal pour ce "philosophe au marteau" ! Nathalie Cougny, avec ce dialogue philosophique défiant la logique et le temps, vient faire parler l’auteur de Par-delà le Bien et le Mal de nous et de notre monde, sans pour autant en faire la star ou la légende vivante qu’il est devenu dans le monde parallèle de Paris-Rome. Nathalie Cougny choisit en effet assez audacieusement de faire descendre Nietzsche de son piédestal, comme Zarathoustra lorsqu'il quitte la montagne pour descendre parmi ses semblable.

    La nouvelle Rencontre à risque vient compléter ce conte moderne, comme si ce récit à la première personne était celui de Charlotte elle-même, dans une autre circonstance. Mais au contraire de Paris-Rome,l’auteure délaisse le dialogue enlevé pour un texte dense, âpre et sensuel sur un amour sans retour. Nathalie Cougny ausculte une relation empoisonnée entre une narratrice et un homme plus jeune qu’elle, avec acidité et sans concession, comme autant de coups de marteau adressés à cet homme.

    Nathalie Cougny, Paris-Rome, Et Nietzsche rencontre Charlotte
    suivi de Rencontre à risque
    éd. Publilivre, 2019, 234 p.

    https://www.nathaliecougny.fr

    Voir aussi : "Nathalie Cougny, en adoration" 
    "Mes hommes"
    "En corps troublé"

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  • Qui es-tu, Nico ?

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    nicoNico, magnifique blonde incendiaire des années 60 d'origine allemande, également mannequin, est l'héroïne de cette bande dessinée originale.

    Cela ne vous rappelle rien ?

    Les fans du Velvet Underground auront tout de suite fait l'analogie avec la chanteuse Nico, top-model, égérie de nombreux artistes de cette époque et chanteuse folk aux disques légendaires (voir la vidéo en bas de cet article).

    Dans le premier volume de cette série, Nico renaît sous les traits d'une espionne, en pleine guerre froide. CIA, KGB ou agents-doubles s'affrontent autour de secrets technologiques capables de changer le cours du monde.

    Rien que de très classique, me direz-vous, dans cette histoire digne de Ian Fleming ! Sauf que cette bande dessinée, très datée année 60, est en réalité une uchronie. Le lecteur découvre des sixties bien différentes de celles que le XXe siècle a connu : après la seconde guerre mondiale, l'écrasement de soucoupes volantes en URSS et aux États-Unis (à Roswell) a bouleversé l'ordre du monde, en exacerbant plus encore les tensions entre les deux superpuissances. La technologie a fait des bonds en avant prodigieux, grâce à ces technologies extraterrestres tombées du ciel. Les moyens de transports supersoniques sont courants et des villes futuristes ont poussé. Le lecteur apprend également que Marilyn Monroe est toujours vivante, tout comme John Fitzgerald Kennedy et Staline. En pleine guerre froide d'un autre genre, la sémillante Nico part en mission à Paris recueillir les informations d'un espion. Prise au piège après la mort de ce dernier, elle n'a d'autre choix que de fuir en Autriche grâce à son père adoptif, ce dernier ayant trouvé là-bas la mère naturelle de notre héroïne.

    Qui est Nico ? Cette histoire divertissante d'espionnage, au graphisme élégant, pose la question de l'identité. Un troublant jeu de miroir renvoyé au lecteur lorsque ce dernier apprend que, dans ces années 60 fictives, le Velvet Undergroud enregistre son premier album avec une chanteuse et mannequin prénommée... Amanda. Pendant ce temps, notre Nico commence une carrière d'espionne, en route vers son destin – mais aussi son passé.

    Berthet et Duval, Nico, 1, Atomium-Express, éd. Dargaud, 56 p., 2009