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eric aubier

  • Américains !

    De Bernard Herrmann, qui ouvre l’album Souvenirs de voyage (Indésens), on retient d’abord le compositeur des films d’Hitchcock (Les Oiseaux, Vertigo). Mais il est aussi l’auteur de l’œuvre éponyme qu’a choisi Philippe Berrod pour ce périple musical au XXe siècle. Il est accompagné d’Eric Aubier à la trompette, du pianiste Laurent Wagschal (que Bla Bla Blog connaît bien), de Nicolas Prost au saxophone et du Quatuor AtMusica (Eiichi Chijiwa, Damien Vergez, Nicolas Peyrat et Delphine Biron). Le clarinettiste – ici également à l’orchestration – nous fait découvrir un Bernard Herrmann (1911-1975) singulier, tendre, néoromantique, ravelien même. Le voyage en question choisit l’apaisement, la contemplation mais aussi la tendresse (mouvement Lento).

    Ce Quintette pour clarinette a été écrit en 1967 à une époque professionnelle et personnelle particulière. Le livre du CD nous parle de la période faste artistiquement grâce à son travail avec Hitchcock. Le compositeur a cependant besoin de renouveau, le compositeur et le cinéaste s'étant finalement brouillés. Herrmann venait d’enregistrer son opéra Wuthering Heighs. À cette grande fierté, s’ajoutait une relation heureuse avec Norma Shepherd. N’est-ce pas aussi pour elle qu’il compose ces Souvenirs de voyage ? On est en droit de le penser à l’écoute de l’Andante, une vraie déclaration amoureuse (le mouvement précise d’ailleurs : Canto Amoroso), comme une lune de miel que l’on voudrait ne jamais voir se terminer. Oublions le Herrmann sombre de Psychiose ou des Oiseaux, pour ne pas dire angoissant, qui devient ici un compositeur sensible et mélancolique (Andantino). Inutile d’ajouter qu’une telle œuvre mérite de figurer dans le répertoire de la musique du XXe siècle.

    West Side Story et la bande portoricaine des Sharks n’est pas si loin que cela

    Autre figure de la musique américaine comme du cinéma, Leonard Bernstein (1918-1990) est proposé dans une œuvre de musique de chambre, à savoir la Sonate pour clarinette et piano. L’auteur de la BO de West Side Story est une légende du XXe siècle, populaire, archi-récompensé, admiré mais aussi capable d’écrire des pièces exigeantes. Cette sonate date des années 1941-1942. Il s’agit d’une œuvre de jeunesse donc, la première a avoir été publiée. Elle vient faire le lien entre le classicisme et le contemporain, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités. Le premier mouvement Graziozo peut déstabiliser par son expressionnisme mais aussi sa rutilance. On y devine un jeune compositeur joueur et passionné. Le livret y voit, non sans justesse, l’influence du formidable Paul Hindemith mais aussi d’Aaron Copland, qui apparaît d’ailleurs plus tard dans l’album. Quelque part, pour reprendre le titre de l’opus, nous sommes aussi dans un voyage, ce que confirme l’Andantino Vivace a leggerio, porté par la clarinette nostalgique de Philippe Berrod. Le dernier mouvement propose une partie dansante. Il faut dire que Bernstein, en vacances en Floride, était baigné par l’ambiance et les rythmes cubains. Finalement, West Side Story et la bande portoricaine des Sharks n’est pas si loin que cela !

    Nous parlions d’Aaron Copland (1900-1990). Il vient clore cet album américain avec Quiet City, puissante et majestueuse œuvre écrite en 1919. elle était destinée à la pièce de théâtre du même nom. Néoclassique dans sa forme, Quiet City suit les pensées du personnage principal qui a choisi d’abandonner sa religion juive pour la réussite et pour un riche mariage. La pièce a été écrite pour trompette, cor anglais et cordes. Elle a été adaptée ici par Christopher Brellochs pour trompette, saxophone alto, piano et, bien sûr, clarinette. Ce qui dénature pas l’œuvre originale, loin s’en faut. Une vraie réussite pour ce grand et beau voyage musical américain.

    Philippe Berrod, Souvenirs de voyage, Indésens Calioppe, 2026
    https://indesenscalliope.com/boutique/souvenirs-de-voyage
    https://www.facebook.com/p/Philippe-Berrod-100081193783241
    https://atmusica.org

    Voir aussi : "Sur de bons rails"
    "Au cœur de l’Europe"

  • Bouquets de Fauré

    Pour terminer cette année 2024, quoi de mieux que de le faire avec Gabriel Fauré dont nous fêtons les 100 ans de sa mort. Une "Année Fauré", donc, et qui mérite ce Florilège proposé par Indésens. Les enregistrements proposés sur 2 CD s’étalent sur 50 ans, de 1974 à 2024.  

    La première partie de l’album est constituée du Quatuor pour piano et cordes n°2 op. 45 et de la première Sonate pour violon op. 13. Ces œuvres ont été enregistrées entre 2017 et 2024.

    Gabriel Fauré, dont la musique est parfois considérée à tort comme mièvre et trop classique, surprend par sa franche énergie et son audace romantique dans le Quatuor op. 45. L’ensemble constitué par Lauriane Corneille (piano), Hugues Borsarello (violon), Arnaud Thorette (alto) et Raphaël Perraud (violoncelle) restituent de concert la densité de cette pièce de 1886, en particulier l’Allegro molto moderato. La jeunesse, la vivacité et l’audace de l’Allegro molto frappent aux oreilles. On peut aussi parler d’efficacité du langage comme du sens mélodique du compositeur français. Ringard et dépassé, Fauré ? Sûrement pas à l’écoute du troisième mouvement Adagio ma non troppo, mystérieux, raffiné, élégant mais aussi doué d’une singulière modernité avec son piano central dans le quatuor (le jeu inspiré de Lauriane Corneille fait particulièrement merveille). Le finale Allegro molto achève de nous convaincre de l’importance de cette pièce à la fois puissante et lyrique.

    Le premier CD est complété par la Sonate pour violon n°1 op. 13. Elle est jouée ici au violon par Tatiana Samouil, avec David Lively au piano. La gestation de l’œuvre a duré deux ans, de 1875 à 1877, avant de trouver sa forme définitive qui a immédiatement conquis le public. Fauré impose son style fait de recherches mélodiques, d’élégance mais aussi de virtuosité (Allegro molto). Il y a cette délicatesse et cette onctuosité propre à la musique française durant la Belle Époque (le léger et espiègle Andante). Fauré insuffle tout autant une fraîcheur bienvenue dans l’avant-dernier mouvement Allegro vivo avant un finale Allegro quasi presto, enlevé, joyeux et que le duo Tatiana Samouil-David Lively mène avec éclat.  

    De véritables tubes classiques

    La seconde partie de ce double-album de Gabriel Fauré est consacré à des pièces brèves, et pour certaines archi-célèbres. Mettons de côté le Chant funéraire op. 117, tardif (il a été composé en 1921), seul opus religieux de l’album et dont la retenue méditative renvoie à son chef d’œuvre qu’est le Requiem. Le Chant funéraire est ici proposé dans une version  de l’Orchestre d’harmonie des Gardiens de la paix, dirigé par Désiré Dondeyne. Mélodies et Romances dominent ce programme, dans des enregistrements s’étalant sur 50 ans. La harpiste Marie-Pierre Langlament et le violoncelliste Martin Löhr sont les interprètes majoritairement représentés.

    Le terme angliciste de best-of n’est pas galvaudé pour ce qui est un choix de musique de chambre, à telle enseigne que les curieux et curieuses désirant mieux connaître Gabriel Fauré seront bien inspirés de se précipiter sur ce double album, et en particulier sur le second CD passionnant.

    On image l’embarras pour ne pas dire le déchirement des programmateurs dans le choix des pièces. Remarquons cependant que la première Mélodie, op. 7 (Après un rêve), est proposée dans deux versions, l’une avec harpe et violoncelle (Marie-Pierre Langlament et Martin Löhr), l’autre, plus éclatante, avec trompette et piano (Eric Aubier et Pascal Gallet).

    De véritables tubes classiques sont évidemment présents, que ce soit la troisième Romance sans paroles op. 17, avec Alexandre Gattet au hautbois et le pianiste Laurent Wagschal – que les fidèles de Bla Bla Blog connaissent bien maintenant. Autre pièce majeure, La Sicilienne op. 78, toujours avec Marie-Pierre Langlament à la harpe et Martin Löhr au violoncelle. Citons aussi le léger et gracieux Papillon op. 77. Cette pièce revient plus loin dans une étonnante version pour euphonium (Lilian Meurin) et piano (Victor Metral). N’oublions pas non plus la Fantaisie op. 79 aux allures de danse fantasmagorique, avec Vincent Luca à la flûte et Emmanuel Strosser au piano ou la Romance op. 69 – romantique et mélodieuse à souhait.

    Des Huit pièces brèves op. 84, cinq ont été choisies. Laura Bennett Cameron au basson accompagnée de Roger Boutry au piano en proposent deux, le Caprocioso de la n°1 et l’Improvisation de la n°5, adaptés pour cet instrument à vent séduisant et de plus en plus en vogue. Absolument immanquable ! Marie-Pierre Langlament et Martin Löhr sont de retour pour la délicate Sérénade op. 98. L’Élégie op. 24 ne pouvait pas ne pas figurer sur l’album. Elle est proposée dans une version pour harpe et violon.

    Marie-Pierre Langlament et Martin Löhr – encore eux – viennent conclure ce programme avec de nouveau les Romances sans paroles op. 17. Outre le retour de la 3e Romance, Andante moderato, figurent la 1ère Andante quasi allegretto et la 2e Allegro molto. Tout l’esprit de Fauré est là : lignes mélodiques irrésistibles et expressivité tout en retenue.

    Voilà un double-album capital pour découvrir ou redécouvrir la musique de chambre d’un compositeur capital. 

    Gabriel Fauré, Florilèges, Indésens Calliope, 2024
    https://indesenscalliope.com
    https://www.bs-artist.com/pages/communication

    Voir aussi : "Bonnes chansons de Fauré"
    "Élégies pour Fauré"
    "Fauré, cent ans après toujours jeune"

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