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film

  • Au trente-sixième dessous

    Revoilà Charlize Theron. Rien que pour ça, son dernier film, Apex, sorti sur la plateforme au fameux "doum doum" mérite d’être regardé.

    Pas un chef d’œuvre, je vous l’accorde, mais un vrai moment de plaisir – si l’on oublie toutefois quelques images pas "jolies jolies", avec une actrice qui a donné de son corps dans ce film de survie.

    Lorsqu’Apex commence, Sasha, sportive aguerrie, dopée aux challenges extrêmes, voit son ami Tommy dévisser lors d’une campagne d’escalade en Norvège. Quelques mois plus tard, encore en deuil, Sasha part seule en excursion dans une zone sauvage de l’Australie. Vous devinez ce qui va se passer ? Non, vraiment ?

    Modèle féministe

    Les scénaristes d’Apex ne se sont pas trop foulés dans ce film d’action : intrigue évidente, dialogues réduits à leur plus strict minimum, un méchant caricatural à force d'être détraqué, une aventurière blessée, au trente-sixième dessous, rageuse et opiniâtre. Voilà pour les ingrédients.

    L’actrice sud-africaine, habituée aux films d’action depuis quelques années, ne transige pas : sportive, meurtrie, harcelée, elle fait figure de femme héroïque. Presque un modèle féministe, et ce dans un film assez classique dans son genre, musclé, vif et violent. Et pourquoi pas pour chiller cet été ?

    Apex, film d’action américano-britannico-islandais de Baltasar Kormákur,
    avec Charlize Theron, Taron Egerton et Eric Bana, Netflix, 2026, 95 mn

    https://www.netflix.com/fr/title/81763251

    Voir aussi : "Douze hommes en colère moins un"

  • Douze hommes en colère moins un

    On est d’accord : le dernier film de Clint Eastwood, Juré n°2, avec Nicholas Hout et Toni Collette dans les rôles-titre, n’est pas le meilleur de sa filmographie. Ce n’est pas une raison pour faire la fine bouche devant ce film de procès.

    Justin Kemp, homme comblé, en couple avec Allyson, enceinte, est convoqué par le tribunal de Savannah en Géorgie pour faire partie d’un jury. Le jeune homme, futur papa, se plie sans enthousiasme à son devoir de citoyen. Le jury doit répondre à des chefs d’accusation contre un homme soupçonné d’avoir tué sa femme une nuit d’orage, après une dispute dans un bar. Lorsque le procès commence, Justin se rend compte qu’il y était présent et qu’il pourrait bien avoir tué accidentellement cette femme.

    Que faire ?

    Une solution convenable à un problème qui n’en a pas

    Le juré n°2 et ses remords est au centre de cette histoire de fait divers et de procès. Clint Eastwood lorgne bien entendu du côté d’un chef d’œuvre du cinéma, Douze hommes en colère. Un jury de citoyens et citoyennes ordinaires devant décider du sort d’un homme, avec un homme se levant seul pour émettre un avis différent des autres. 

    Mais là s’arrête la comparaison car là où Sidney Lumet choisissait un huis-clos étouffant pour décortiquer un crime avec un coupable a priori évident, l'auteur d'Impitoyable choisit de nous parler de morale, de remords, de choix impossibles à faire, avec un jeune homme des plus ordinaires sur le point d’être papa. Face à lui, Toni Collette joue à la perfection une procureure ambitieuse et tenace, persuadée, en tout cas au début, de la culpabilité du suspect qui va être jugé.

    Juré n°2 séduit par sa capacité à ne pas lâcher son sujet et à suivre un Justin paumé, tenant de trouver une solution convenable à un problème qui n’en a pas. Réussi donc, même si Clint Eastwood ne semble pas aller au bout de son sujet.

    Juré n°2, thriller et film de procès de Clint Eastwood,
    avec Nicholas Hoult, Toni Collette, Chris Messina,Amy Aquino,
    Zoey Deutch et Kiefer Sutherland, 2025, Netflix

    https://www.hbomax.com

    Voir aussi : "Ton univers impitoyable"

  • Lo ou Laura est dans un bateau, un corps tombe à l’eau…

    Voilà un petit film de série B comme on les aime, sorti récemment sur Netflix, avec l’excellentissime Keira Knightley dans le rôle titre. La Disparue de la cabine 10 est une adaptation du roman de Ruth Ware, sorti en 2016 chez Fleuve noir (La disparue de la cabine 10).

    Laura, dite Lo, journaliste douée et respectée au Gardian, traverse une période de doutes lorsqu’elle accepte un voyage de presse sur un yacht. Au cours de cette croisière inaugurale, doit se décider le devenir de la fortune de Grace Bullmer, en phase terminale d’un cancer et qui s’apprête, avant de mourir, à léguer sa fortune à sa fondation.

    Or, lors de la première nuit en mer, Laura surprend des cris dans la cabine 10, voisine de la sienne. Elle croit apercevoir un corps jeté à l’eau. Elle est la seule témoin et personne ne la croit, si bien que la croisière se poursuit.

    Keira Knightley porte à bout de bras le rôle principal

    Keira Knightley porte à bout de bras le rôle principal de ce film démarrant doucement avant de monter en puissance. Une belle performance par une actrice dont on n’en attendait pas moins. La première des qualités de ce thriller est le choix du huis-clos. Mise à part l’ouverture et la conclusion du film, les caméras se posent dans le milieu huppé mais confiné d’un yacht pour milliardaires, tous plus insupportables les uns que les autres.

    L’apparition furtive d’une étrangère passagère constitue bien entendu le nœud du récit. Qui est-elle ? Que fait-elle sur les lieux ? Que lui est-il arrivé ? Ces questions trouveront leur solution à la fin d’un récit qui aura vu se succéder incompréhensions, menaces, chantages et meurtres, le tout sur fond de complot. Un bon petit polar qui se regarde avec plaisir.

    La disparue de la cabine 10, thriller de Simon Stone, avec Keira Knightley,
    Guy Pearce, Hannah Waddingham, Art Malik, Gugu Mbatha-Raw,
    Kaya Scodelario et Grace Daniel Ings, 2025, 92 mn

    https://www.netflix.com/fr/title/81222804

    Voir aussi : "Wonder boy"

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  • Lola voit tout, sait tout, devine tout

    Dès les premières minutes de Lola, petit bijou anglo-irlandais de 2022, un autre film vient en tête : Le Projet Blair Witch. Leur point commun est d’utiliser le concept de la caméra subjective pour proposer un faux film documentaire à partir de rushs faussement authentiques. Belle idée et petit budget qu’Andrew Legge met au service d’un film mêlant la grande Histoire et la science-fiction.

    Lola est une machine inventée par deux sœurs, Thom et Mars. Les deux jeunes femmes, aussi inventives que turbulentes, cachent prudemment leur trouvaille, alors que la seconde guerre mondial et la Bataille d’Angleterre font rage. Lola permet de voir sur un écran le futur et, par là, d’anticiper le conflit. Pour cette raison, les services secrets anglais, qui ont repéré leur technologie, contraignent Thom et Mars à travailler pour eux afin de déjouer les plans militaires nazis.

    Les deux scientifiques deviennent des célébrités autant que des sauveuses de la nation. Mais en est-on certain ? 

    Peut-on imaginer un monde sans David Bowie ?

    Anticiper le futur, deviner et contrecarrer des drames à venir, assumer les conséquences des changements du destin, parfois néfastes. Voilà, qui n’est pas nouveau dans la SF. Ce qui l’est c’est le procédé filmique de Lola : des images dans un noir et blanc des années 40 faussement brouillon et le portrait de deux jeunes femmes indépendantes, géniales et modernes. Stefanie Martini et Emma Appleton y insufflent leur énergie, rendant authentiques ces deux ingénieuses, prises dans le filet de l’Histoire. Deux sœurs aux relations également ambiguës et qui vont être mises à mal au cours du récit. 

    Là où le réalisateur Andrew Legge fait très fort c’est dans le télescopage du passé et de du futur. La découverte par Thom et Mars de David Bowie – qui n’était pas né à l’époque du faux film – constitue une jolie trouvaille que les scénaristes prennent soin d’utiliser à bon escient. Peut-on imaginer un monde sans David Bowie, disent en substance les auteurs du film ? Avec aussi cette autre question : que ferais-je si je pouvais savoir ce qui va arriver ? Une interrogation que beaucoup d’auteurs de SF mais aussi de scientifiques  ont posé. Lola vient apporter, à sa manière, quelques réponses.

    À voir en ce moment sur Arte.

    Lola, science-fiction anglo-irlandaise d’Andrew Legge,
    avec Emma Appleton, Rory Fleck Byrne et Stefanie Martini, 2022, 76 mn, Arte
    https://www.arte.tv/fr/videos/126982-000-A/lola

    Voir aussi : "Un chasseur sachant chasser"

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  • Chantons sous la pluie

    Les Cramés de la Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis le film Chantons sous la pluie. Il sera visible le dimanche 7 décembre à 20H30. 

    Don Lockwood et Lina Lemont forment le couple star du cinéma muet à Hollywood. Quand le premier film parlant sort, tous deux doivent s’accommoder et tournent leur premier film du genre. Si Don maîtrise l’exercice, la voix désagréable de Lina menace le duo. Kathy, une chanteuse, est engagée pour doubler la jeune femme mais celle-ci devient un obstacle entre Don et Lina ce qui n’est pas du goût de cette dernière.

    Chantons sous la pluie, comédie musicale américaine de Stanley Donen et Gene Kelly
    avec Jean Hagen, Gene Kelly, Debbie Reynolds, 1952, 93 mn

    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1621

    Voir aussi : "Un Poète"

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  • Un chasseur sachant chasser

    Sorti en 2023, The Killer était un petit événement chez les amateurs de cinéma, tant chaque réalisation de David Fincher est attendue. Celui-ci s’offre en plus un acteur d’exception dans le rôle-titre : Michael Fassbender. L’acteur allemand s’inspire d’Alain Delon dans Le Samouraï pour camper un tueur à gages.

    Comme notre regrettée star française, le préposé aux basses œuvres – dont on ne connaît l’identité que grâce à des pseudonymes – est un taiseux mais néanmoins efficace professionnel. Or, l’une de ses missions à Paris ne se passe pas comme prévu. Cette fois, c’est le chasseur qui devient chassé par ses commanditaires. 

    Un film vite oublié, parfois un peu vain et clinquant

    On n’enlèvera pas à David Fincher ses qualités : scénario simple mais efficace, précisions des cadrages et des mouvements de caméras, travail sur la lumière. Un bon thriller, certes, mais sans plus.

    Tout comme le polar de Jean-Pierre Melville de 1967, le tueur en série doit utiliser son savoir-faire – organisation, anticipation, calme, attention et intuition – pour sauver sa peau, mais aussi celle de sa petite amie, agressée chez elle, en République dominicaine. En campant son histoire durant les années 2020, le réalisateur donne d’autres outils entre les mains du tueur : smartphones, cartes pré-payées et même… Amazon et Uber Eats.

    Cela donne un film agréable à regarder, peu bavard – si on excepte la voix off et le discours souvent répétitif ("Respecte le plan… ne mène que le combat pour lequel on te paye") – et avec des scènes efficaces (à Miami et à La Nouvelle Orléans).

    Donc, un chef d’œuvre ? Certainement pas. En cherchant la simplicité et à l’efficacité, paradoxalement David Fincher a construit un film vite oublié, parfois un peu vain et clinquant. Dommage.

    The Killer, thriller de David Fincher, avec Michael Fassbender,
    Tilda Swinton, Arliss Howard, Charles Parnell, Sophie Charlotte,
    Gabriel Polanco, Kerry O'Malley, Emiliano Pernía, Sala Baker, Netflix, 2023, 118 mn 

    https://www.netflix.com/fr/title/80234448

    Voir aussi : "Jamais sans mon fils"

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  • Jamais sans mon fils

    Un buzz existe sur Exterritorial : ce thriller allemand vient d’entrer dans le top 5 des films Netflix les plus vus sur la plateforme international. Singulier succès mais finalement pas si étonnant cela si on s’arrête sur la facture somme toute très classique dans les thrillers.

    Sara Wulf, ancienne soldate des forces spéciales, se remet difficilement d’un coup dur en Afghanistan. Gravement blessée suite à une attaque qui a tué son compagnon, elle ne vit que pour son fils Josh qui n’a pas connu su père. Elle s’apprête à quitter l’Allemagne pour rejoindre les États-Unis. Mais au Consulat américain de Francfort, son fils disparaît. La jeune femme est prise dans un complot. Commence une course contre la montre pour retrouver son enfant.   

    Le jeu rugueux de Jeanne Goursaud. Une sacrée révélation

    Sans être révolutionnaire, Exterritorial est un petit thriller à la fois malin, rythmé et servi par une actrice de premier choix, la formidable franco-allemande Jeanne Goursaud, dans le rôle d’une ex-militaire dont les compétences dans l’art de la guerre vont lui être très utiles. Mention spéciale pour Lera Abova, dans le rôle d’Irina, une ex-filtrée biélorusse servant de guide dans une partie du film.

    On est bien d’accord : le scénario pèche par manque de crédibilité – l’omniprésence des caméras de surveillance aussi nombreuses qu’inutiles – à moins qu’il ne s’agisse d’un message des créateurs – et des lacunes – mais où a été caché Josh.

    Mention spéciale par contre pour les courses poursuites, le long plan séquence des entrepôts à la piscine du consulat et le jeu rugueux de Jeanne Goursaud. Une sacrée révélation ! Pas étonnant que Netflix ait marqué les esprits avec ce film d’action distrayant venu tout droit de l’autre côté du Rhin.

    Exterritorial, thriller allemand de Christian Zübert,
    avec Jeanne Goursaud, Dougray Scott et Lera Abova, 2025, 109 mn, Netflix

    https://www.netflix.com/fr/title/81571720

    Voir aussi : "Dans la dèche"

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  • Je suis un être humain

    Quel contraste entre Eraserhead, le premier long-métrage surréaliste et un brin foutraque du  tout jeune David Lynch et cet Elephant Man, son deuxième film, acclamé par le public et la critique, sans toutefois avoir récolté les récompenses qu’il aurait mérité – aucun oscar, pas même celui du meilleur maquillage, prix qui ne sera créé du reste qu’un an plus tard…

    Or, à y réfléchir de plus près, cet homme éléphant n’est pas aussi éloigné que le bébé difforme et monstrueux d’Eraserhead. On oserait presque dire qu’il semble en être un prolongement. Ajoutons aussi que les deux films ont été tournés en noir et blanc, un noir et blanc somptueux pour Elephant Man grâce au travail de Freddie Francis.

    Que de différences entre le long-métrage de 1980, Grand Prix du festival d’Avoriaz et César du meilleur film étranger, et Eraserhead ! A sa sortie, le scénario linéaire, chronologique et clair d'Elephant Man fait taire de nombreuses critiques échaudées par son précédent opus indépendant surréaliste et psychanalytique.

    Pour Elephant Man, le réalisateur américain a choisi de s’intéresser à l’histoire vraie de John Merrick (en réalité Joseph Merrick), joué par John Hurt, recueilli par le docteur Frederick Treves (Anthony Hopkins). Être né difforme, Merrick est exhibé dans des foires, très populaires à la fin du XIXe siècle. L’homme éléphant trouve asile dans l’hôpital où travaille Treves, en dépit des critiques de ses pairs. Très vite, Merrick s’avère ne pas être le monstre qu’il paraît. Il est aimable, d’une grande gentillesse et très cultivé. Bientôt, il devient une célébrité, s’attirant la sympathie d’une actrice renommée.  

    Un être sensible, doux comme un agneau, cultivé, artiste et aussi malheureux

    Qui sont les monstres ? Voilà la question qui traverse ce film devenu un grand classique du cinéma. Cet homme que la nature a rendu physiquement difforme ? Son propriétaire qui l’exploite sans vergogne ? Les spectateurs - on oserait même ajouter ceux du film - qui viennent contempler le "monstre" pour goûter à une peur excitante ? Ou bien le Dr Treves, comme il le dit lui-même ? C’est pourtant à ce dernier que l’homme éléphant doit une nouvelle existence presque normale, entouré de médecins, d’aides-soignantes dévouées et d’admirateurs et admiratrices. Lorsque ce dernier, pourchassé dans le métro, clame cette phrase devenue culte, "Je ne suis pas un animal, je suis un être vivant !", il fait face à une horde de passants devenus eux-mêmes monstrueux. Le spectateur ne découvre l'apparence physique de l'homme éléphant qu’au bout de 25 minutes, suite à l’intrusion d’une aide-soignante  dans sa chambre. La jeune femme hurle de peur, peur partagée par l’homme monstrueux.

    Finalement, seule la comédienne  Madge Kendal, jouée par la superbe Anne Bancroft (Miracle en Alabama, Le Lauréat), et devenue son amie, apparaît comme la seule personne pure du film – avec John Merrick lui-même. 

    John Merrick, aussi effrayant qu’il soit (bravo au maquillage ahurissant de Christopher Tucker !), est d’abord un être sensible, doux comme un agneau, cultivé, artiste et aussi malheureux. L’abandon de sa mère est d’ailleurs le nœud de sa souffrance, sans doute autant que les humiliations et les coups de sa vie de bête de foire. 

    Le soulagement final de cette triste existence ne viendra que dans les dernières minutes, avec quelques plans oniriques – une marque de fabrique de Lynch – et la voix consolatrice de la mère de Merrick : "Rien ne meurt jamais", murmure-t-elle à son fils dans ce dernier moment devenu une délivrance. 

    Elephant Man, drame de Lynch David, avec Anthony Hopkins, John Hurt, Anne Bancroft,
    1980, 124 mn, StudioCanal 

    https://store.potemkine.fr/dvd/5053083211769-elephant-man-lynch-david

    Voir aussi : "Tête effaçable"

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