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Monographie à plusieurs

Partons à la découverte d’un compositeur d’aujourd’hui, en l’occurrence Laurent Lefrançois. Nord Sud, proposé par Indésens, propose un parcours d’un univers musical, à la fois moderne et solidement appuyé sur des références qui se nomment Schumann, Bach, Scarlatti… ou Léo Ferré. Voilà qui ne fera pas fuir les curieux et curieuses de création contemporain.

Nord Sud est le nom de la pièce onirique qui ouvre l’album éponyme. Ce poème symphonique est d’une belle densité, puisant ses influences aussi bien chez Debussy, Ravel ou Satie que dans le jazz ou le répertoire contemporain. Cela donne un paysage sonore vif et vivifiant aux multiples facettes. Alerte par moment, léger dans d’autres, avec des éclats de lumières et des instants sombres, il semble que Laurent Lefrançois traverse un pays du nord au sud, justement, et accepte de se perdre. Tel a été d’ailleurs l’objectif de Laurent Lefrançois pour cet opus crée en 2022 en Australie : "Il s’agissait pour moi de relier les musiciens par-delà la distance". Le Quatuor Parisii sert parfaitement, et avec gourmandise même, cette ambition.  

Le compositeur normand, né en 1974, est présent comme comme adaptateur de pièces classiques. Commençons par l’Opus 70 de Robert Schumann, avec en particulier cet Adagio aux couleurs chaudes et vibrantes. Le Romantisme prend un nouveau lustre avec cette version pour clarinette, alto et piano – au départ écrit pour cor et piano par le compositeur allemand.  Patrick Messina (clarinette), Marie Fraschini (alto) et Fabrizio Chiovetta (piano) s’acquittent avec délicatesse et tendresse de cette pièce pour lui donner une nouvelle facture romantique.

L’auteur de Jolie Môme aurait adoré !

Autre arrangement, celui de la Sonate K466 en fa mineur de Domenico Scarlatti, écrite à l’origine pour violon et violoncelle. Laurent Lefrançois a choisi de la proposer pour flûte (Magali Mosnier) et clarinette (Paul Meyer). Le duo final est bien différent de la pièce d’origine, comme le reconnaît le compositeur et adaptateur français, mais elle acquiert aussi un magnétisme indubitable.

L’auditeur ou l’auditrice s’arrêtera sûrement sur le choix le plus audacieux de l’album, mais tellement bienvenu ! Il s’agit d’une version pour musique de chambre du Temps du tango de Léo Ferré. L’auteur de Jolie Môme aurait adoré ! Certes, les mots du poète sont absents ; par contre, le chanteur est présent et son génie de mélodiste éclate grâce à cette version, se terminant par les dernières mesures sur ondes Martenot, comme dans le titre original d’ailleurs.

On oublie souvent Buxtehude et son influence capitale sur le répertoire classique, et en particulier sur Bach. Laurent Lefrançois lui rend hommage dans Sample Bux, une pièce pour accordéon (avec Pascal Contet) et clarinette (de nouveau, Paul Meyer). On est dans une pièce se jouant de beaucoup de styles, que ce soit le baroque, le classique, le contemporain, jusqu’à la pop. "J’ai extrait des ‘séquences’ que j’ai reliées entre elles et ‘samplées’ à la manière d’un DJ", explique Laurent Lefrançois dans le livret.

Jean-Sébastien avait fait 400 kilomètres pour rencontrer à Buxtehude, le plus grand organiste de l’époque. On sait l’influence qu’eut ce dernier sur celui qui allait dominer pour longtemps la musique. Il paraissait logique que Bach soit présent, via ici des extraits du Clavier bien tempéré, la Prélude et l’envoûtante Fugue en sol mineur BWV 863, complétées par un Interlude et un Postlude composé par Laurent Lefrançois, complétant et enrichissant plus que n’écrasant son brillant aîné. Le principal apport de cette section est l’instrumentation pour musique de chambre, grâce au quatuor formé d’une flûte (Magali Mosnier), d’un cor anglais (Laurent Deckler), d’une clarinette basse (Renaud Guy-Rousseau) et d'un basson (avec la formidable Lola Descours, dont nous avions déjà parlé sur Bla Bla Blog).

Retour à une composition originale de Laurent Lefrançois avec son Sextuor Mode. Retour aussi et surtout à une pièce contemporaine d’une belle vivacité, comme une mécanique bien huilée. Cet opus date de plus de vingt ans, déjà. C’était l’œuvre d’un musicien dont l’ambition et le talent étaient déjà évidents. Voilà qui clôt à merveille ce que le compositeur nomme une "Monographie à plusieurs". Bien vu.   

Laurent Lefrançois, Nord-Sud, Indésens Calliope, 2026
https://www.facebook.com/lefrancoiscompo/?locale=fr_FR
https://indesenscalliope.com/boutique/nord-sud

Voir aussi : "Amitié franco-allemande"
"Basson, toi mon ami"

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