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  • Exclusivité Bla Bla Blog : bla-bla avec Nathalie Arthaud

    Cette chronique exclusive sur Nathalie Arthaud, la candidate Lutte Ouvrière (LO) aux Présidentielles, initie le dossier Présidentielles 2017 de Bla Bla Blog. Jusqu’en mai prochain, nous consacrerons une série d’articles sur cette élection majeure.

    Nous avons proposé à Nathalie Arthaud de se prêter à un ensemble de questions : livres ou films préférés, dernier spectacle et exposition vus, acteur et musicien préféré, etc. Elle a bien voulu nous répondre et nous parler un peu d’elle à travers ses goûts.

    Vous pouvez retrouver son questionnaire complet en bas de cette chronique, avec également la réponse in extenso à la dernière question : "Quelle politique culturelle envisagez vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?"

    Candidate de Lutte Ouvrière, le parti le plus à gauche des partis de gauche, Nathalie Arthaud étonnera peu en mettant parmi ses livres – politiques – préférés Le Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx et Friedrich Engels. Mais là où la candidate se distingue c’est a priori son goût pour la littérature américaine, avec La Route de la Liberté d’Howard Fast, son autre livre de chevet. Roman historique d’un écrivain américain engagé et communiste attaqué par la commission McCarthy durant les années 50, La Route de la Liberté traite de l’émancipation afro-américaine au temps de la guerre de sécession. Le thème de discrimination raciale aux Etats-Unis est un thème qui lui tient à cœur.  Tracy Chevalier figure également parmi ses auteurs fétiches. Tracy Chevalier s’est spécialisée dans le roman historique, avec notamment son ouvrage le plus connu, La Fille à la Perle, adaptée avec succès au cinéma, avec Scarlett Johannsson dans le rôle titre.

    Deux longs-métrages récents ont été cités à la question sur les films vus au cinéma. Il s’agit de Divines, tout d’abord, une histoire d’émancipations de filles habitant un quartier défavorisé. Le second est Sully, un brillant biopic de Clint Eastwood, avec Tom Hanks, retrace l’histoire vraie d’un héros ordinaire, le pilote de ligne Chesley Sullenberger.

    Pour trouver l’acteur et l’actrice favoris de la candidate LO, il faut chercher non pas en France ou aux États-Unis, mais du côté de la Finlande, avec Mads Mikkelsen (Pusher, Casino Royale, La Chasse ou Michael Kohlhaas) ou de l’Iran, avec Golshifteh Farahani (À propos d’Elly, Poulet aux prunes ou Si tu meurs, je te tue de Golshifteh Farahani). Côté metteur en scène préféré, Nathalie Arthaud nomme Quentin Tarantino.

    Bla Bla Blog a interrogé la candidate sur sa série préférée. On aurait pu penser que la représentante de Lutte Ouvrière aurait parlé de House of Cards, cruel tableau de la politique et de son cynisme. Mais non : c’est Treme, de David Simon et Eric Overmyer, qui est citée, une série engagée et sociale qui se passe à la Nouvelle-Orléans après le passage de l'ouragan Katrina.

    Côté musical, Nathalie Arthaud fait preuve d’un bel éclectisme : variétés, musiques du monde et rock. Mais aussi pop et jazz avec Amy Winehouse, citée comme musicienne favorite.

    Sur Bla Bla Blog, nous parlons régulièrement d’expositions et de musées. Des questions étaient donc posées sur ce sujet. Parmi les peintres admirés par la candidate LO figurent en bonne place les fauves et Géricault, le peintre du Radeau de la Méduse. La dernière exposition vue par Nathalie Arthaud a été un événement proposé par le Musée du Quai Branly : Chtchoukine - The Color Line, un "hommage aux artistes et penseurs africains-américains qui ont contribué, durant près d’un siècle et demi de luttes, à estomper cette "ligne de couleur" discriminatoire."

    Nous avons interrogé Nathalie Arthaud sur les spectacles vus. Elle nous a cité un opéra, bien loin du cliché que l’on pourrait se faire d’une candidate située à gauche de la gauche : Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach. Nous supposons à Bla Bla Blog que Nathalie Arthaud fait ici référence à la récente production à l’opéra Bastille, avec Philippe Jordan à la direction et Robert Carsen à la mise en scène.

    Le questionnaire interrogeait la candidate sur ses lectures de magazine : "Aucun d’exclusivement culturel" nous a-t-elle répondu. Quant à ses pratiques d’un art, la candidate à la présidentielle a eu cette réponse élégante : "Mis à part l’art oratoire, aucun."

    Le questionnaire complet de Bla Bla Blog, avec les réponses de Nathalie Arthaud

    Quel est votre livre préféré ?

    Politique : Karl Marx et Friedrich Engels, Le Manifeste du parti communiste

    Roman : La route de la liberté, Howard Fast

    Quel est votre auteur fétiche ?

    Tracy Chevalier

    Quel film avez‐vous récemment vu au cinéma ?

    Divines - Sully

    Quel est votre acteur ou actrice favori ?

    Mads Mikkelsen - Golshifteh Farahani

    Quel metteur en scène admirez‐vous ?

    Tarantino

    Quelle série suivez‐vous assidûment en ce moment ?

    Treme de David Simon et Eric Overmyer

    Quel est votre style de musiques favori ?

    Variétés, musique du monde, Rock

    Quel est votre compositeur, musicien et/ou chanteur favori ?

    Amy Winehouse

    Quel est votre peintre favori ?

    Les fauves/ Gericault

    Quelle est la dernière exposition que vous ayez vue ?

    Chtchoukine - The Color Line (Musée du Quai Branly)

    Quelle est la dernière pièce de théâtre ou spectacle que vous ayez vue?

    Opéra : Les contes d’Hoffmann

    Quel journal et/ou magazine lisez‐vous régulièrement ?

    Aucun d’exclusivement culturel

    Pratiquez-vous vous‐même un art ?

    Mis à part l’art oratoire, aucun

    Quelle politique culturelle envisagez vous de mener en cas de victoire aux Présidentielles ?

    La culture, dans notre société, reste le privilège des classes aisées de la population, ce que je déplore.

    Une véritable politique culturelle devrait commencer dès l’école. Cela est indispensable pour les enfants issus de milieux populaires dont les parents n’ont pas la possibilité ni les moyens financiers de leur offrir une ouverture sur le monde, et sur la culture en général. Pour cela, il faudrait rompre avec la politique actuelle des gouvernements qui réduisent des postes d’enseignants et supprime les matières considérées comme accessoires.

    L’État devrait aussi encourager toutes les initiatives locales et régionales en faveur de la culture, que ce soit en développant les bibliothèques, l’éveil à la culture scientifique, l’accès à des salles de cinéma ou de théâtre à des prix abordables pour une famille ouvrière, la mise à disposition de locaux dans les communes permettant à chacun de s’initier à la création culturelle. Or, sous prétexte e la crise, il se désengage aussi du domaine culturel comme de tous les services publics, laissant les collectivités locales faire ce qu’elles peuvent avec leurs moyens en baisse.

    http://www.nathalie-arthaud.info

    https://www.lutte-ouvriere.org

     

  • Grey et sa secrétaire

    Une jeune Américaine mal dans sa peau tombe sous le charme vénéneux et érotique de Grey, son patron. Vous aurez bien sûr deviné le pitch du film... La Secrétaire.

    Alors que sort cette semaine le second volet de Cinquante Nuances de Grey, l'adaptation du best-seller de new romance de EL James , il n'est pas inutile de reparler de l'autre long-métrage notable sur le SM, sorti il y a une quinze d'années et qui prenait à bras le corps ce sujet sulfureux.

    À sa sortie en 2002, La Secrétaire de Steven Shainberg, avec Maggie Gyllenhaal et James Spader dans les rôles principaux, a été accueilli par des critiques flatteuses et une fréquentation honorable pour une œuvre qui faisait de la soumission sexuelle son thème de prédilection. Un effet collatéral de l'affaire Clinton-Lewinsky qui venait à peine de s'achever et qui faisait à l'époque les gorges chaudes des médias ? On peut s'interroger.

    Quinze ans plus tard, l'analogie entre La Secrétaire et Cinquante Nuances de Grey est troublante. Notons d'abord que ces deux films sont des adaptations d'œuvres romanesques écrites par deux femmes : Mary Gaitskill pour Secretary et EL James pour Fifty Shades of Pale, en trois volumes. C'est d'ailleurs l'adaptation du second tome, Cinquante Nuances plus sombres, qui sort cette semaine en salles.

    Deuxième point commun, le patronyme du personnage principal, Grey, n'est pas un effet du hasard. EL James n'a jamais nié l'influence de Mary Gaitskill pour l'écriture de son best-seller. Toutefois, là s'arrête la similitude, car même si les deux Grey jouent sur leur position hiérarchique pour soumettre leur maîtresse, le spectateur est en droit de regretter chez Christian Grey (joué par James Dorman dans Cinquante Nuances plus sombres) une certaine fadeur et un manque de charisme. Le caractère de ce sémillant businessman reste "flat" (si le bloggeur peut se permettre ce gimmick entrepreneurial), bien plus édulcoré en tout cas que "l'autre Grey", E. Edward Grey. Dans La Secrétaire, le personnage joué par l'excellent James Spader est un homme d'affaire névrosé. Sa rédemption doit passer par la soumission qu'il fait subir à sa secrétaire. Voilà d'ailleurs l'autre personnage de cette forme de dialectique du maître et de l'esclave : la merveilleuse Maggie Gyllenhaal est Lee Holloway, une fille mal dégrossie, frustrée et tout juste sortie d'hôpital psychiatrique. Pour elle, comme pour son patron d'amant, le salut viendra de cette forme d'asservissement. "L’expérience de la douleur et du plaisir" renverse la position de dominant-dominée. Lee et Edward font de leurs fantasmes des outils pour se construire en tant qu'homme et femme, mais aussi en tant que couple.

    Dans Cinquante Nuances de Grey, réalisé par Sam Taylor-Wood, le pacte entre le businessman et son assistante devenue maîtresse prend la forme d'un contrat froid et cynique. Il est vrai qu'entre La Secrétaire et l'adaptation des romans d'EL James il s'est passé quinze années, marquées par la crise des subprimes, la mondialisation à marche forcée et le triomphe des élites hyper-libérales. Alors qu'E. Edward Grey évoluait dans un modeste cabinet d'avocat, Christian Grey gère une multinationale prospère. La timide et transparente Anastasia Steele (Dakota Johnson) tombe dans les bras d'un homme d'affaire rendu d'autant plus irrésistible qu'il est fortuné en plus d'être séduisant. Voilà le vrai péché originel d'une trilogie où la soumission sexuelle semble être calquée sur une forme d'asservissement au pouvoir et à la richesse.

    Là où La Secrétaire faisait, non sans humour, du sado-masochisme une forme de libération des personnages, mais aussi une romance amoureuse, cette pratique sexuelle devient, dans Cinquante Nuances de Grey, une allégorie de l'aliénation dans laquelle SM, soumission, pouvoir et argent font trop bon ménage.

    La Secrétaire, de Steven Shainberg, avec James Spader et Maggie Gyllenhall,
    USA, 2002, 104 min,

    Cinquante Nuances plus sombres, de James Foley, avec Jamie Dornan, Dakota Johnson, Bella Heathcote et Kim Basinger,
    2017, USA, 178 mn, en salles à partir du 8 février 2017

  • Âmes qui vivent

    À quoi reconnaît-on un bon roman ? Sans doute à ce qu’il soit un page-turner et que chaque fin de page nous attire vers la suivante. Et à quoi reconnaît-on un excellent roman ? Sans doute à ce que sa lecture agisse en nous à la manière d’un excellent thé qui infuserait, nous rendant différent de ce que nous étions avant la lecture de la première page. Le roman de Sabrina Philippe, Tu verras, les Âmes se retrouvent toujours quelque part (éd. Eyrolles), appartient à cette seconde catégorie. L’auteure, psychologue et chroniqueuse pour la radio et télévision, signe ici un premier roman sur le thème de la rencontre d’âmes par-delà le temps, qu’elle choisit de traiter sous une forme d’un roman psychologique envoûtant.

    Tu verras, les Âmes se retrouvent toujours quelque part débute par le récit à la première personne d’une séparation cruelle. La narratrice, présentatrice de télévision (l’auteure a travaillé plusieurs années pour le petit écran), doit gérer sa vie mise sens dessus-dessous après le départ de son compagnon. Seule et minée par la dépression, elle erre telle une zombie à travers Paris et finit par tomber sur un café de l’Île Saint-Louis qui devient son havre. C’est là qu’elle tombe sur une femme plus âgée qu’elle, une ancienne journaliste et écrivain, une habituée "aux yeux clairs" et à "l’intelligence tourmentée". Entre les deux, une conversation s’engage.
    L’interruption de la narration permet à cette mystérieuse cliente de prendre la parole et de raconter les épisodes phares de sa vie : des histoires de rencontres, de déceptions, de recherche amoureuse et de surtout d’âmes sœurs, un thème souvent évoqué mais rarement raconté avec autant d’acuité : "Ce n’est pas de cet amour-là dont je parle. D’ailleurs, je vous entends souvent employer le terme d’« âme sœur » lorsque vous évoquez l’amour, mais vous ne devriez pas ; je vous assure, c’est un peu ridicule. L’âme sœur, lorsque vous la trouvez — si vous la trouvez, parce que peu de personnes sur cette terre ont cette opportunité, ou parfois cette malchance — l’âme sœur, cela n’a rien à voir avec les bluettes qui sont servies dans vos émissions."

    Ce récit d’une femme à la poursuite du bonheur – mais aussi de l’amour éternel – a une résonance particulière chez la première narratrice qui la conduit à un chemin intérieur : "Durant ces trois jours intenses, c’est donc la perception de mon existence toute entière qui se modifia peu à peu..." Cette modification sera accompagnée de révélations personnelles que le lecteur découvrira dans un dénouement digne des meilleurs page-turners.

    Sabrina Philippe signe avec Tu verras, les Âmes se retrouvent toujours quelque part un roman à l’intensité émotionnelle irrésistible. L’intrigue romanesque, pour classique qu’elle soit, renvoie aux discours mythiques sur l’amour, à commencer par Ovide et L’Art d’Aimer. Sabrina Philippe apporte un supplément d’âme à ce qui est bien plus qu’un roman de développement personnel : le fantastique. Les rêves, les prémonitions, les pressentiments et la voyance font intimement corps avec cette histoire d’un amour et d'une rencontre, au point d'en faire un récit d’aventure romanesque autant qu'un roman d’initiation sur le thème de l’âme sœur. Tu verras, les Âmes se retrouvent toujours quelque part se révèle être au final une vraie et belle expérience littéraire, intime et bouleversante.

    Sabrina Philippe, Tu verras, les Âmes se retrouvent toujours quelque part,
    éd. Eyrolles, 2017, 279 p.
    http://sabrina-philippe.blogspot.fr