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  • Amour et compassion

    Biopic réussi et audacieux, Love & Mercy est l'une des jolies surprises cinématographiques de l'année 2015. Le film vient de sortir en DVD : c'est l'occasion de découvrir ce film en même temps que de se plonger dans l'univers de Brian Wilson, l'un des génies musicaux de ces 50 dernières années.

    Love & Mercy fait le choix non de retracer la carrière du leader des Beach Boys mais de s'intéresser à deux moments cruciaux de sa vie et de sa carrière, traités par alternance.

    La première de ces étapes suit la phase de succès du groupe californien lorsque "Beach Boys" rimait avec succès interplanétaires (Surfin' USA, I Get Around, California Girls, Barbara Ann), rêve américain, plages et jolies filles en bikinis. Prodige du groupe et personnalité fragile et fantasque, tyrannisé par son père qui lui ôtera tout droit sur ses compositions, le jeune Brian Wilson, interprété avec talent par Paul Dano, a l'idée de sortir du chemin balisé du groupe et rêve de recherches musicales et de nouveaux sons à travers un concept album, Smile. Nous sommes en 1967 et ce projet ne suscite guère d'enthousiasme autour de lui.

    La deuxième époque s'ouvre vingt ans plus tard et Brian Wilson est une légende dont la carrière semble derrière lui. Le leader des Beach Boys (interprété pour cette période par John Cusack) n'est plus que l'ombre de lui-même : malade, schizophrène, atteint d'une dépression, il est en plus sous l'emprise d'un médecin, gourou et manipulateur, Eugene Landy (Paul Giamatti, étonnant et terrifiant). Melinda Ledbetter (Elizabeth Banks), une commerciale spécialisée en vente de voitures, croise par hasard Brian Wilson. Entre les deux, le courant passe. À l'admiration pour le chanteur en fin de carrière, succède une évidence : la jeune femme entend bien sortir Brian Wilson du piège chimique et mental où il est englué.

    Film à double facettes, Love & Mercy (littéralement "Amour et Compassion", un titre interprété par le "vrai" Brian Wilson dans le générique de fin) est le récit d'une touchante histoire d'amour autant que d'une d'une rédemption, avec en filigrane l'album emblématique Smile. Le bloggeur fera juste la fine bouche à ce sujet : autant la genèse de ce concept-album est abordé à travers les affres de la création de Wilson et des scènes d'enregistrements passionnantes, autant est mis sous silence la sortie de ce disque légendaire, Smile. Il est vrai qu'elle n'eut lieu que bien plus tard, en 2004 et a confirmé le retour sur le devant de la scène d'un authentique génie, ce que montre par ailleurs Love & Mercy.

    Love & Mercy, de Bill Pohlad, avec Paul Dano, John Cusack, Elizabeth Banks
    et Paul Giamatti, USA, 2015, 120 mn

  • Layana et ses mecs

    Dans Black Lies, Layana Fairmont, sémillante et ambitieuse trentenaire californienne, avoue sortir avec deux hommes. Jusque-là, rien d’exceptionnel. Un roman ayant pour thème le triangle amoureux est un des classiques de la littérature au point que, sur ce sujet, tout semble avoir été dit. Mais attendez un peu la suite car cette histoire savamment épicée réserve son lot de surprise : "Si vous croyez avoir déjà lui une histoire comme la mienne, vous vous trompez" prévient Layana dans un prologue qui fleure bon la manipulation et le mystère.

    Brant et Lee sont donc les deux amants de la narratrice, deux amants aussi différents l’un que l’autre. Le premier est un brillant et fringant informaticien devenu directeur milliardaire de BSX, une multinationale que gère avec une main de fer la directrice financière Jillian Sharp. Le second mec de Layana, jardinier de son état (et l’on sait depuis Desperate Housewives le potentiel érotique insoupçonné de cette profession), est aussi rustre et brutal que son adversaire ne se montre attentionné et gentleman – trop gentleman ? Le feu couve sous la braise, et ce n’est pas dû qu’à cette relation amoureuse aussi compliquée qu’aventureuse. Entre ces deux hommes, qui choisir ? Et faut-il choisir ? "Allez-y. Jugez-moi. Vous ne pouvez pas imaginer les conséquences que cette situation entraîne."

    "Une montagne de mensonges" : tel est le cœur du roman d’Alessandra Torre qui cache derrière les scènes pimentées de Black Lies une intrigue savamment dissimulée que le bloggeur se gardera bien de dévoiler. Chacun des protagonistes dissimule une part d’artifice, y compris chez la narratrice qui prend chair comme rarement. Layana Fairmont a beau parfois tenir des propos faciles et entendus, elle ne devient jamais plus passionnante que lorsqu’elle est placée dans des situations extrêmes. Tour à tour, malmenée, aimée, dissimulatrice et manipulatrice, elle n’en devient que plus attachante parce que plus humaine. Là est la grosse réussite de ce roman. Le lecteur peut également se féliciter qu’Alessandra Torre ait pris soin de faire tomber les barrières de la new romance pour proposer une fiction mêlant sexe, mensonges, folie, thriller et bien entendu passion amoureuse. Une réussite dans le genre qui a permis à Black Lies de figurer dans la liste des meilleures ventes du New York TimesSi vous ne devez lire cette année qu’un seul ouvrage de la new romance, c’est celui-ci.

    Alessandra Torre, Black Lies, éd. Hugo, Paris, 2016, 422, p.
    www.Alessandratorre.com

  • Ne dites pas à ma mère que je suis tatoueur… elle me croit encore dans la publicité

    frédéric agid,tatouageLe titre de cette exposition s’inspire du livre culte de Jacques Séguéla, Ne dites pas à ma mère que je suis dans la Publicité, elle me croit Pianiste dans un Bordel. Rien d’étonnant pour Frédéric Agid, publicitaire et graphiste, devenu un tatoueur hors-norme, "par hasard" et envers et contre tous.

    Il présente cette semaine son exposition "Ne dites pas à ma mère que je suis tatoueur… elle me croit encore dans la publicité" à La Ville a des Arts du 6 au 11 juin 2016 de 12 heures à 20 heures et en nocturne le mercredi 8 juin, jusqu’à 22 heures.

    Le tatouage, longtemps réservé à l’underground, est devenu une tendance en vogue, tombant parfois dans la facilité avec les mêmes motifs – papillons, étoiles, fleurs, etc. Rien de tel pour Frédéric Agid qui se permet tout ou presque : personnages décalés, humour noir, créatures que l'on croirait inspirées des Maximonstres, compositions graphiques audacieuses, détournements de motifs traditionnels ou scénettes absurdes.

    Pendant l’exposition, les visiteurs auront la possibilité de bénéficier d’un tatouage flash sur le thème du "premier arrivé, premier servi" : pendant la durée de l’exposition, 76 modèles différents sont proposés qui ont vocation à être unique.

    L’exposition "Ne dites pas à ma mère que je suis tatoueur…" marque aussi le départ d’un artiste bien décidé à se faire un nom dans l’univers du tatouage. Frédéric Agid s’apprête à ouvrir son salon de tatouage dans un espace de remix coworking, premier lieu de ce genre en Europe à accueillir sur 1500 m² un salon de tatouage. Frédéric Agid entend y développer "un univers aux antipodes des standards de la profession, onirique, fantasque, parfois rude mais toujours authentique". Ses influences sont clairement à voir du côté du graphisme et de la culture geek.

    Frédéric Agid entend transgresser les règles du tatouage. Vous avez une semaine pour découvrir ce qu’il a à nous montrer et à nous dire : cela se passe cette semaine à La Ville a des Arts, à Paris 18e.

    "Ne dites pas à ma mère que je suis tatoueur… elle me croit encore dans la publicité", Ville a des Arts, 15 rue Hégésippe Moreau (18ème arrondissement), métro La Fourche, gratuit
    http://fredericagid.tumblr.com
    http://fredesign7.wix.com/fredericagid
    frédéric agid,tatouage

  • J’ai testé le Montargis-Paris en période de catastrophe naturelle

    WP_20160606_06_26_27_Pro.jpgAlors que Montargis vient d’être classé en catastrophes naturelles suite aux inondations, la vie tente de reprendre son cours normal, non sans difficulté. L’un des problèmes les plus aigus réside dans les transports. La ligne Nevers-Paris, via Montargis est fréquentée par plusieurs milliers de voyageurs quotidiennement. Telle une lointaine ville de la banlieue parisienne, la vie de ces travailleurs est rythmée par les horaires de trains, qu’ils soient TER ou Transiliens. Comment dans ces conditions rallier Paris lorsqu’aucun train ne circule à Montargis et qu’aucune ligne de bus de substitution n’a été mise en place ? Le bloggeur a testé pour vous. Ce qui n’était en principe qu’un voyage ordinaire pour rejoindre La Défense s’est avéré un vrai casse-tête.

    05:00 : départ pour la gare. Je m’y rends à pied avec l’unique espoir de trouver un bus de substitution, des informations du week-end prédisant de possibles cars pour se rendre à Nemours (le tronçon Montargis-Nemours est complètement coupé en raison des inondations et des travaux de "vérification" - c’est ce que j’ai appris en tout cas ce lundi).

    05:20 : Arrivée à la gare. Un affichage sur les portes est sans ambiguïté : aucun bus n’est prévu. J’aborde un agent de la SNCF : "Ce n’est pas normal ! Vous vous rendez-compte ?" Réponse : "Oui, oui, ce n’est pas normal. Mais les compagnies privées ont refusé dimanche soir d’assurer des navettes". Il me tend une dérisoire feuille de retard justifiant les problèmes de la SNCF. Pendant ce temps, un autre voyageur désœuvré quitte la gare. Je l’accoste par réflexe : "Vous avez une voiture ? Vous allez à Nemours ? Je peux venir avec vous ?" Il accepte. Ma bonne étoile me sourit. Nous prenons la route à 05:33.

    Nous traversons des zones touchées par les inondations comme si la région venait de vivre un séisme pour reprendre une comparaison de Jean-Pierre Door, le maire de Montargis. Le Canal de Briare est encore énorme. La petite ville de Nemours offre une image de cité dévastée. Le Loing bouillonne, menaçant mais la ville est de nouveau au sec. Au sec mais avec encore les stigmates de cette catastrophe naturelle.

    6:10 : Nemours. Il y a du monde sur les quais pour attendre la navette qui relie la ville à Moret. Lorsqu’elle arrive à quai, avec vingt minutes de retard, les voyageurs se pressent et partent à l’assaut des places libres. Ceux qui prendront la navette à Montigny-sur-Loing et Bourron-Marlotte-Grez auront moins de chance.

    6:47 : arrivée à Moret. Changement de quai pour prendre le Transilien qui nous amène à Paris Gare de Lyon. Le départ a lieu à 7 heures pile. L’arrivée se fait presque sans encombre à 7H57. Il ne restera plus qu’à gérer une coupure de ligne sur le RER A entre Gare de Lyon et Châtelet : à ce niveau, c'est une bagatelle. La ligne 14 est un recours plus qu’acceptable

    Au final, arrivée à destination à 8H30 : mission accomplie ! Mais à quel prix : plus de trois heures 30 de voyage.

    "Sous l'eau"
    "Tristes clichés"