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Ça se passera à Penmarc’h dans le Finistère ce vendredi 20 octobre. Dans cette région du pays bigouden, plus habituée aux binious, bombardes et autres bagads, le Cap Caval accueillera la chanteuse d’électro Sônge.
On avait découvert l’an dernier la jeune artiste aux Vieilles Charrues. La Quimperoise avait auparavant bourlingué plusieurs années en Europe du Nord – Belgique, Pays-Bas et Allemagne – avant de sortir son premier EP éponyme, fruit de rencontres et de découvertes musicales comme de son passage par le Conservatoire de Paris.
Sônge c’est une électro mêlant pop, rap et Rn'B, à l’architecture impeccable et complexe (What Happened). La musicienne sait allier mélodies séduisantes et constructions rythmiques sophistiquées (Now). Sônge c’est aussi une voix venue d’ailleurs, dont les influences seraient à chercher du côté de Mia (Colorblind) ou de Björk (I Come From Pain).
L’artiste devrait signer pour un futur album en 2018. Avant que Sônge ne crève définitivement l’écran, il ne reste plus aux chanceux traînant du côté de Penmarc’h cette semaine qu’à venir l’écouter en première partie du concert d’Isaac Delusion. Dans quelques années, vous pourrez dire : j’y étais.
Sônge, en première partie du concert d’Isaac Delusion, salle Cap Caval, Penmarc'h, vendredi 20 octobre 2017 à 20h30 Sônge, Sônge, EP, Parlophone, 2017 http://www.songemusic.com
Le lecteur français trouvera dans Sur l’Écriture (éd. Au Diable Vauvert), passionnant recueil de lettres de Charles Bukowski, l’un des meilleurs moyens de découvrir l’un des plus grands poètes américains des cinquante dernières années. Dans sa postface, Abel Debritto parle de cette anthologie comme d’une "photographie très nette de l’humeur de Bukowski à cet instant précis."
La correspondance de l’auteur de Women ou des Contes de la Folie ordinaire commence en 1945. Le jeune Henry Charles Bukowski, tout juste 25 ans, s’adresse avec un certain culot à la revue Story qui vient de lui refuser un de ses textes : "Si jamais vous aviez besoin d’un lecteur de manuscrit en plus, n’hésitez pas à me faire signe. Je ne trouve aucun boulot nulle part, donc autant m’adresser directement à vous."
Cette première lettre donne le ton d’un recueil nous faisant pénétrer dans le quotidien autant que dans l’esprit d’un homme à la dérive qui sera toute sa vie obsédé par l'alcool, les femmes ("Les femmes sont meilleures que nous. Tout autant qu'elles sont... Les femmes ne sont pas conçues pour le mal. Les hommes le sont"), les courses de chevaux, mais surtout l’écriture. Artiste maudit, écrivain dans la dèche et peinant à vendre ses textes, Charles Bukowski s’accroche désespéramment à un idéal littéraire : "L’écriture est juste le résultat de ce qu’on est devenu jour après jour au fil des ans… C’est une vie qui se passe de toute considérations morales et mortelles" écrit-il le 27 mars 1986.
Le lecteur suit le long chemin qui le mène du statut d’écrivain pauvre, maudit et ignoré, "avec ses bouffées de spleen, des envies de suicide, des rêves avinés" à celui d’idole de la contre-culture américaine. Dans sa correspondance, Bukowski parle de son admiration pour Céline, Kafka, Dostoïevski ou John Fante (lettres du 31 janvier 1979 et du 2 décembre 1979). Par contre, il ne se prive pas de se montrer critique et féroce contre quelques-uns de ses contemporains, dont Ernest Hemingway, Karl Shapiro ou Allen Ginsberg. La route est longue vers le succès. Elle est ponctuée par les excès de toute sorte, et en premier lieu l’alcool. On est également frappé par la légèreté avec laquelle il arrose les éditeurs de textes perdus dans la nature ("Je suis bordélique", avoue l’écrivain américain en août 1961, qui regrette de ne pas avoir le même sens de la méthode que son ex femme Barbara Fry) ou de dessins formidables récupérés par des graphistes sans scrupule (l’histoire de l’enseigne de Texaco dans la lettre d’avril 1962).
La reconnaissance vient avec la parution plus ou moins régulière de poèmes :"Un peu vieux pour débuter en poésie : j’ai eu 38 ans", avoue-t-il non sans morgue. Nous sommes en 1958 et Bukowski parvient à placer des histoires et à réveiller les critiques, souvent peu élogieuses pour ses textes underground. Bukowski défend en 1960, avec sa langue verte, sa conception d’une littérature âpre, indépendante et rigoureuse : "La plupart des merdes ‘modernes’ sont des coquilles vides… Il y a des faux-poètes dans toutes les écoles." Bukowski se voit en écrivain rigoureux, en marge et autant critique envers ses contemporains de la beat generation que pourfendeur de l’american way of life, lui qui a multiplié des dizaines de métiers avant de se consacrer corps et âmes à l’écriture. Une écriture souvent noyée, du reste, dans l’alcool : "La bouteille et les poèmes sont parfois les seuls alliés pour surmonter une mauvaise passe" (6 juillet 1988).
Car l’écriture est bien ce qui motive l’homme. Une écriture sincère, spontanée, ancrée dans la vérité ("Je ne retravaille pas mes poèmes") et qui n’est pas sans virulence lorsqu’il est question des éditeurs frileux, des directeurs de magazine hautains, des fans, des critiques ou des confrères écrivains. À ce sujet, le lecteur s’arrêtera sans doute plus longuement sur deux lettres d’août 1965 adressées à Henry Miller. L’écrivain, écorché vif, suicidaire et parfois insupportable (les Français se souviendront à ce sujet de ce personnage scandaleux véhiculée par la séquence culte de l’émission Apostrophe en 1978), se transforme en admirateur autant qu’en confrère devenu une référence contemporaine. Une étude critique de l’œuvre de Charles Bukowski paraît d’ailleurs peu de temps plus tard, en 1969.
Avec la reconnaissance nationale et internationale, vient la période des scandales qui vont coller à la peau de Bukowski jusqu’à la fin de sa vie. Le 30 octobre 1970, il parle ainsi de la nouvelle Christ with Barbecue Sauce qui vient d’être publiée et qui traite de cannibalisme. Sa publication fait du bruit : "C’est une histoire drôle car elle peut s’appliquer à toutes les variables humaines dépourvues de culpabilité." Le 13 août 1972, il défend avec véhémence son œuvre face aux critiques d’Alta, poète et éditrice féminine : "Je me réserve le droit de créer librement selon ce que me dicte la réalité, l’humour ou même une lubie." Le 8 novembre 1973, face à une levée de boucliers de lecteurs réclamant la fin de publications de nouvelles de Bukowski, celui-ci réagit avec un mélange de dédain et de fierté. Il y parle de "révolution… dans les Arts" et se décrit comme "un récepteur, pas un penseur." Il ajoute ce commentaire : "La nature de mon travail dans l’ensemble n’est qu’une spéculation." Le 22 janvier 1985, c’est cette fois contre l’interdiction dans les librairies néerlandaises de son livre sulfureux Contes de la Folie ordinaire que se dresse Charles Bukowski : "La censure est l’outil de ceux qui éprouvent le besoin de passer certaines réalités sous silence."
Alors qu’il est dans la cinquantaine, Bukowski n’est plus cet écrivain maudit et fauché mais un auteur pouvant se permettre de négocier ses émoluments ("J’aime bien voir des $$$$ débouler dans ma vie"), sans pourtant perdre de vue ce qui est au cœur de sa vie : l’écriture : "C’est le miracle des miracles de gagner sa vie parle biais de la machine à écrire" (novembre 1970). Il écrit également ceci le 27 mars 1986 : "Et quand mon squelette reposera au fond du cercueil, si je dois y passer, rien ne pourra m’enlever le souvenir de ces nuis splendides, assis là devant cette machine."
La lettre brève et touchante qui clôt le recueil est celui d’un auteur approchant de ses derniers jours. Presque cinquante ans plus tôt, Charles Bukowski tentait sans succès de publier des textes dans la revue Story. En février 1993, il voit trois de ses poèmes sélectionnés dans le magazine Poetry qui l'avait toujours snobé. L’écrivain, devenu célèbre et reconnu, ne cache pas sa joie : "Maintenant, voilà, je suis des vôtres… Merci, on peut dire que cette nouvelle année me gâte… Plus je vieillis, plus cette folie magique semble s’emparer de moi. Très étrange, mais je l’accepte."
La neuvième saison du café philosophique de Montargis promet de bouger. Dès le 20 octobre, l’animation philosophique montargoise fixera rendez-vous au café Le Belman pour un sujet portant sur cette question : "La culture serait-elle une meilleure réponse à la violence ?"
La violence a beau être scandaleuse et rejetée, elle fait partie de la société humaine. Elle nous effraie car elle se présenterait comme un danger pour la stabilité de la société comme de notre existence. Face à cette violence, un rempart pourrait exister : celui de la culture. Dit autrement, une citation de Dostoïevski, utilisée jusqu’à plus soif, prétendrait que l’art sauvera le monde. Outre qu’il semblerait que cette phrase soit sortie de son contexte, sans doute est-il nécessaire de s’interroger sur cette invitation à la non-violence par la culture. De quelle culture parlons-nous exactement ? Quelle est sa valeur sociale ? L’art et la culture peuvent-elles véhiculer eux aussi de la violence ? Comment cultiver la non-violence ?
Ce sont autant de questions qui pourront être débattues lors de la séance du 20 octobre prochain, à partir de 19 heures au café Le Belman, boulevard des Belles Manières, à Montargis.