Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Celia Green, une dissidente universitaire

    Celia Green est née à Londres en 1935. Elle est une figure à part dans le milieu universitaire en raison de ses travaux avant-gardistes en philosophie et psychologie.

    Pionnière dans ses recherches sur les phénomènes de perception, comme les rêves lucides ou les expériences de mort imminente, on lui doit notamment The Human Evasion (1969), Letters from Exile (2004)  mais aussi ses aphorismes.

    Profondément sceptique, attachée à l’individualisme, à la royauté et à la place de l’hérédité, Celia Green est critique sur la place accordée par la plupart des hommes aux activités triviales (nourriture, sexualité, activités quotidiennes), au détriment des interrogations sur des problèmes à résoudre ou sur les grandes questions philosophiques et scientifiques.

    Elle ne cache pas non plus ses réticences à l’égard du féminisme, notamment dans un de ses aphorismes célèbres : "Si vous pensez aux femmes comme être humain, elles sont exaspérantes en raison de leur faiblesse incroyable ; bien sûr, c’est très bien si vous n’avez pas à les considérer comme des êtres humains du tout" (The Decline and Fall of Science). 

    Ce qu'elle a pu écrire :

    "La plupart des recherches faites ont été déterminées par l'exigence qu'elles doivent, d'une manière assez évidente et prévisible, renforcer les théories approuvées ou à la mode."

    "L'étonnement est la seule émotion réaliste."

    "Justice sociale : expression de la haine universelle."

    "La chose la plus remarquable à propos de l'esprit humain est la gamme de ses limitations."

    La société est un mécanisme d'autorégulation pour empêcher l'accomplissement de chacun de ses membres."

    "Lorsque quelqu'un dit que ses conclusions sont objectives, il signifie qu'elles sont basées sur des préjugés que beaucoup d'autres personnes partagent."

    "Dans une autocratie, une seule personne agit à sa façon; dans une aristocratie quelques personnes agissent à leur manière ; dans une démocratie, personne ne suit son propre chemin."

    "Démocratie : tout le monde doit avoir une chance égale d'entraver tout le monde."

    "Les personnes pratiquant une religion sont une insulte à l’univers."

    "La race humaine en sait assez sur la réflexion pour l’entraver."

    "Une des plus grandes superstitions de notre temps est la croyance qu'il n'y en a pas."

    "La seule chose importante à réaliser sur l'histoire, c'est que tout a eu lieu dans les cinq dernières minutes."

    "Je ne peux pas écrire de longs livres ; je laisse cela à ceux qui n'ont rien à dire."

    http://www.celiagreen.com
    http://celiagreen.blogspot.fr

  • Une vie toute neuve

    À Séoul, en 1975, Jinhee (Kim Saeron), 9 ans, se laisse entraînée en toute confiance par son père (Sol Kyung-gu) dans une grande et agréable balade. Robe neuve, gâteau, repas au restaurant : rien ne manque à cette journée idyllique. L’objectif de cette promenade est en réalité un orphelinat catholique où Jinhee est abandonnée par son père afin de lui donner la chance d’une nouvelle vie. Puis, ce dernier disparaît ; il ne reviendra plus.   

    Pour Jinhee, à l’incompréhension et à la certitude que tout cela ne peut être vrai ("Mon père est un menteur !" lance-t-elle au cours du film) succède la terrible réalité de son abandon mais aussi l’espoir qu’une adoption lui apportera de nouveaux parents et "une vie toute neuve". Une vie toute neuve qui vaut aussi pour ce père méprisé : dans la Corée du Sud traditionnelle des années 70, le divorce est si mal considéré que se remarier nécessitait de faire table rase de son passé, même au prix de l’abandon du ou des enfants d’un premier mariage.

    Là où des films comme Holy Lola de Bertrand Tavernier s’attachaient à suivre le parcours de parents adoptants, Une Vie toute neuve suit le quotidien sombre d’une enfant traumatisée par son abandon et  dans l’attente d’être accueillie par des adultes.    

    La séparation est la clé de voûte de cette fiction : séparation avec le père, bien sûr, mais aussi séparation de deux amies, séparation de l’orphelinat puis déracinement lors de son arrivée à Paris. Le film se clôt d’ailleurs sans que le spectateur n’assiste à la rencontre entre la fillette et ses nouveaux parents. Ce choix, certes critiquable, met le film à l’abri d’un pathos prévisible et inutile. 

    Ayant connu elle-même l’adoption durant son enfance, Ounie Lecomte signe ce premier long-métrage en partie autobiographique d’une très grande qualité. La grande originalité de cette œuvre très personnelle est que la caméra se met à la hauteur des yeux de Jinhee. On peut saluer la réalisatrice qui, non seulement évite le sentimentalisme mais porte en plus un regard plein de compassion sur la petite Coréenne, admirablement interprétée par Kim Saeron.    

    Ounie Lecomte, Une Vie toute neuve, 90 mn, 2010 

  • Modiano : l'anti-Le Clézio

    Six ans après JMG Le Clézio, l'académie Nobel a choisi de récompenser un autre auteur français, Patrick Modiano. Deux talents d'une même génération (né en 1940 pour l'un, en 1945 pour l'autre), ayant commencé leur carrière dans les mêmes années (1963 pour le premier avec Le Procès-verbal, en 1968 pour le second avec La Place de l'Étoile). Deux Nobel français, si proches mais aussi si différents. 

    Quoi de commun en effet entre ces deux écrivains récompensés à quelques années d'écart ? 

    Prenez Jean-Marie Gustave Le Clézio. Après une période fortement marquée par le nouveau roman et l'absurde (Le Procès-verbal, Le Livre des Fuites, par exemple), le jeune écrivain français abandonne la voie du "cartésianisme littéraire" pour se nourrir des sources du nouveau monde, après sa découverte du Mexique au début des années 70. Dès lors, c'est comme libéré que Le Clézio devient le plus universel des écrivains français, le plus philosophique aussi, héritier autant des pré-socratiques que de Henri Michaux ou Francis Ponge : "Je veux écrire une autre parole que qui ne maudisse pas, qui n'exècre pas, qui ne vicie pas, qui ne propage pas de maladie" écrit-il. C'est ce Le Clézio sans frontière, à la langue enrichie de cultures étrangères, avec des ouvrages tels que Voyages de l'autre Côté (1975), Désert (1980), Le Chercheur d'Or (1985) ou Onitsha (1991) que récompense l'académie Nobel en 2008. 

    Quel contraste avec Patrick Modiano ! Son homologue est sans aucun doute le plus Français et, dirais-je, le plus Parisien de nos auteurs. Après une entrée fracassante dans la littérature avec La Place de l'Étoile, Modiano s'avère un écrivain hors des modes, hors du monde aussi. Indépendant, d'une grande timidité, il construit son œuvre autour de la mémoire, des disparitions, des fantômes du passé et de l'identité (Quartier perdu, Rue des Boutiques obscures, Une Jeunesse ou Un Pedigree). Passionné par Paris, l'écrivain connaît cette ville comme personne, jusqu'à mettre en scène ses personnages dans un Paris disparu, reconstitué grâce à une documentation exceptionnelle : ses fameux annuaires parisiens des années 30 et 40. Ainsi, dans Dora Bruder, Modiano suit les pas d'une jeune juive pendant l'Occupation, une recherche où l'auteur s'attache autant aux hommes qu'aux lieux. Ce livre est également emblématique de l'importance, dans son œuvre, de ces années noires – le père de Modiano a échappé par miracle aux camps de concentration. 

    Aussi elliptique que Le Clézio peut être onirique, Patrick Modiano a été reconnu par l'académie suédoise. Ce quatorzième Nobel français, après d'autres noms aussi prestigieux que Bergson, Gide, Camus ou Le Clézio, prend une résonance particulière en cette période où le terme de "déclin français" fait florès ; pas en littérature, en tout cas!

  • Toute une histoire pour ça !

    dieu.jpgIl y a quelques semaines, je faisais un coup de projecteur sur le blog Raconte-moi l’HistoireVoir mon article ici à ce sujet.

    Ce site irrévérencieux, mais non moins sérieux, rassemble mille et un sujets et événements de la grande et de la petite Histoire. Il est l’œuvre d’une jeune bloggeuse, Marine, qui affirme aimer "beaucoup l'histoire et encore plus dire des gros-mots" (sic). Raconte-moi l’Histoire permet de rendre des sujets comme la classe ouvrière au XIXe siècle, le procès des templiers ou l’histoire de la psychiatrie beaucoup moins ennuyeux que beaucoup de cours scolaires.

    Ce blog ne semble pas faire que des adeptes car, au détour d’une publication Facebook, j’apprends que des militants catholiques intégristes ont "attaqué" ce site, l’accusant de jeter l’opprobre sur les dérives peu "chrétiennes" du clergé. Dit autrement, et de manière plus fleurie, par l’auteur : "On veut que j'arrête de parler de bite, de curés, de putes et d'Église catholique dans une même phrase."

    Autant dire que face à de tels dénigrements, mon blog apporte tout son soutien à Raconte-moi l’Histoire.  Le dernier post paru, "Le curé, La putain, et le vœu de chasteté", n’aurait-il pas mis le feu aux poudres en dénonçant l’hypocrisie religieuse ? La jeune bloggeuse fait mouche lorsqu’elle présente son article ainsi : "C’est beau l’éthique sexuelle chez les curés, d’ailleurs les moines bouddhistes aussi sont chastes, enfin, en théorie. Un petit coït rapide avec une pénitente, une religieuse, ou une fille publique, ça ne fait de mal à personne, hein. Si personne le sait, ça ne compte pas, si ? Dieu est pardon". Comme ça, c’est dit !

    Conclusion de ces attaques, voulant jeter un voile pudique sur des pratiques peu catholiques : allez, Marine, ne te décourage pas et continue ton blog avec la même irrévérence, la même liberté et le même sérieux !

    Raconte-moi L’Histoire