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cinéma - Page 27

  • La vieille femme et la mort

    Lorsque le Japon se pique de cinéma SF et d’anticipation, cela peut donner ça : Plan 75, un terrible et subtil drame d’anticipation qui donne le frisson autant qu’il interroge sur notre avenir.

    Dans un avenir proche, le Japon doit faire face au vieillissement de sa population, comme d’ailleurs beaucoup de pays occidentaux. Une solution officielle est trouvée : permettre aux personnes de plus de 75 ans de se faire euthanasier, moyennant finance et un accompagnement sur mesure.

    Michi, une vieille dame dont la vie est devenue absurde et sans intérêt depuis qu’elle a perdu son travail, prend contact pour abréger ses jours.  Pendant ce temps, Hiromu, un jeune fonctionnaire affecté à ce "Plan "75" commence à avoir des doutes lorsque réapparaît un lointain oncle perdu de vue qui cherche lui-même à mourir. Il y a aussi Maria, cette jeune recrue chargée d’accompagner les personnes âgées pour leur dernier voyage. Toutes ces personnes vont finir par se croiser et s’interroger sur ce programme, comme sur leur propre existence. 

    Voilà un film de SF à la fois d’une grande subtilité et d’une grande force 

    Les passionnés de cinéma et cinéphiles verront sans doute a priori dans cet étonnant film de SF japonais, mais coproduit en France, en Philippine et au Qatari, une lointaine influence du côté du désormais classique Soleil Vert. Un problème démographique insoluble, une solution radicale pour y résoudre et des personnages pris au piège de leur environnement. La comparaison s’arrête pourtant là.

    La réalisatrice Chie Hayakawa choisit une voie moins spectaculaire qu’intimiste pour aborder ce sujet. Dans Plan 75, la caméra suit les personnages au plus près, sans misérabilisme mais avec une puissance incroyable. Le spectateur français verra dans les premières scènes avec Michi, au travail dans un hôtel malgré son âge, un clin d’oeil involontaire à l’actualité récente sur les retraites. La mort plane sur tous ces personnages, sans qu’elle soit réellement montrée – à l’exception des vingt dernières minutes.

    Et l’humanité derrière tout ça ? Elle prend forme grâce aux regards de la vieille dame, aux hésitations du jeune fonctionnaire, aux non-dits avec son oncle qu’il accompagnera jusqu’au bout et à ces moments brefs mais essentiels : la scène bouleversante du bowling, la préparation du repas de Hiromu avec son oncle ou la chanson interprétée par les amies de Michi.

    Voilà un film de SF à la fois d’une grande subtilité et d’une grande force qui ne peut que nous interroger sur les problèmes éthiques de l’euthanasie comme de son utilisation.

    Plan 75 sera proposé par les Cramés de la Bobine, à l'Alticiné de Montargis le 14 mai 2023 à 14 heures, dans le cadre du Week-End japonais (les 13 et 14 mai 2023).

    Plan 75, drame SF japonais, philippin, français et qatari de Chie Hayakawa, avec Chieko Baishō, Hayato Isomura, Stefanie Arianne, Taka Takao et Yūmi Kawai, 2022, 112 mn
    https://www.unifrance.org/film/54896/plan-75
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1329

    Voir aussi : "Retenez-moi ou je fais un malheur"
    "Ennio Morricone, une vie filmée et en musique"  

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  • Retenez-moi ou je fais un malheur

    C’est un voyage à la fois rafraîchissant, touchant et émouvant que je vous propose. Un  voyage qui nous mène tout droit au Japon – non  sans un détour par Rome. Le film Tempura, de la réalisatrice Akiko Ōku se présente comme une comédie romantique japonaise – ou plutôt comédie dramatique – ce qui, en soi, ne pouvait que susciter notre curiosité. Et qu’importe si le film est sorti il y a déjà trois ans. Il mérite d’être découvert (sur Canal+ en ce moment).

    Disons-le tout de suite : le titre culinaire français n’était pas la meilleure des adaptations pout ce long-métrage nippon (Hold Me Back). Certes, la cuisine tient un rôle de catalyseur dans l’histoire d’amour entre Mitsouka et Tada, mais elle est rapidement mise entre parenthèses pour suivre les destinées d’une jeune femme solitaire, facétieuse, lunaire, hypersensible et un poil névrosée.

    Voilà qui nous renvoie a priori vers une des célibataires les plus légendaires du cinéma, Bridget Jones. Pourtant, là s’arrête la comparaison, tant Temura prend son temps pour aborder des sujets plus graves : l’amour souvent insaisissable, les relations compliquées avec les hommes, l’amitié frustrante, la séparation, les blessures à cicatriser, le déracinement, le tout dans un langage cinématographique où les trouvailles et la poésie (l’étonnant voyage en avion, par exemple) ne manquent pas.

    Voilà qui nous renvoie a priori vers une des célibataires les plus légendaires du cinéma, Bridget Jones. Pourtant, là s’arrête la comparaison

    Mitsuko vit seule à Tokyo dans un minuscule appartement. Très bonne cuisinière (notamment ces fameux tempuras), elle travaille dans un bureau et a pour collègue et amie l’irrésistible Satsuki. Mais un garçon entre dans la vie de Mitsuko par hasard. Le timide Tada a du mal à aborder la jeune femme, à lui parler franchement, à lui déclarer ses sentiments - et la réciproque est vraie. Pour ne rien arranger, Mitsuko doit gérer ses démons intérieurs - et antérieures -, et notamment un ami imaginaire nommé A. Il entretient des dialogues avec la jeune femme, faits de confidences, de questionnements mais aussi de conseils. Un séjour en spa, la jeune perd les pédales. Plus tard, un périple à Rome permet à Mitsuko d’y voir plus clair puis de se dévoiler. Mais ce n'est pas gagné.

    On préférera le titre original Hold me Back ("Retenez-moi") pour ce récit autour d’une romance (et même d’une double romance, si l’on compte la pétillante Satsuki (la craquante Ai Hashimoto). Dans le rôle principal de Mitsuko, la star japonaise Non fait merveille. Elle endosse avec un mélange de grâce, de poésie mais aussi de souffrances cette célibataire naïve, faussement enjouée et finalement malheureuse. Avec, sous le regard de la réalisatrice Akiko Ōku un discours féministe peu tapageur mais bien présent.   

    Tempura, comédie dramatique japonaise de Akiko Ōku,
    avec Rena Nōnen (Non), Kento Hayashi et Ai Hashimoto, 2020, 133 mn, Canal+

    https://www.canalplus.com/cinema/tempura/h/19969453_50047

    Voir aussi : "Heureux comme un enfant au Bhoutan"
    "Ce que l’on fait et ce que l’on est

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  • Tout l’univers

    Everything Everywhere All At Once, succès surprise de 2022 et grand vainqueur des Oscars cette année, vaut sans doute bien plus encore. La comédie familiale et SF de Daniel Kwan et Daniel Scheinert a eu le mérite de secouer les spectateurs. C’est l’occasion rêvée en ce moment de voir ou revoir ce film incroyable, puisqu’il est disponible sur Canal+.

    Commençons par brosser l’intrigue d’une histoire qui nous mène vraiment très, très loin.

    Evelyn Wang (géniale Michelle Yeoh !) s’occupe avec son mari Waymond ( Ke Huy Quan) d’une laverie automatique, en aussi mauvaise posture que sa vie privée et familiale. Complètement dépassée, Evelyn doit gérer une inspectrice des impôts coriace, une fille insupportable en pleine crise d’identité (Stephanie Hsu), un vieux père handicapé qui vient d’arriver de Hong Kong et un mari (trop) gentil tentant d’arrondir les angles comme il le peut. Par-dessus le marché, un divorce pend au nez de la pauvre Evelyn.

    Lors d’un rendez-vous des plus délicats avec l’administration qui menace de saisir les biens, Evelyn se trouve propulsée dans le multivers. Elle se nomme Aklpha Evelyn et doit combattre Jobu Tupaki et sa troupe armée d'Alpha Gong Gong - qui a le visage de sa fille.

    EEAAO ringardise sérieusement le Docteur Strange et ses camarades d’Avengers


    Michelle Yeoh s’est imposée dans le cinéma grâce à des films d’action et de kung-fu (Tigre et Dragon, Demain ne meurt jamais). Visiblement, l’actrice sexagénaire (sic) a gardé quelques beaux restes, tant Everything Everywhere All At Once ("EEAAO" pour la faire courte) est riche de scènes de combat, chorégraphiées avec talent.

    Le film des "deux Daniel" peut être vu comme un hommage au cinéma et à tous les cinémas. Le spectateur curieux trouvera sans problème des références aux films de kung-fu. Mais pas que : citons 2001 : L’Odysée de l’espace, Matrix, le moins connu Paprika de Satoshi Kon, les comédies musicales américaines des années 50, sans compter ces centaines de clins d’œil, le moindre n’étant pas celui en référence aux films Marvel et aux récits des metaverses.

    Le multivers est en effet au cœur de ce film intimiste. Le moins que l’on puisse dire est qu’EEAAO ringardise sérieusement le Docteur Strange et ses camarades d’Avengers, et tout cela avec un budget tout autre, un sens certain du récit, un humour incroyable et des scènes bouleversantes.

    EEAAO est un énorme coup de poing qui transforme un film, qui aurait pu être un grand foutraque et un clip sans queue ni tête, en portrait d’une femme submergée et perdant pied. Il y est question d’identité, de l’art de vivre ensemble, de se retrouver et de faire de la famille une grande aventure humaine.

    Avec EEAAO, Michelle Yeoh a trouvé sans doute là la rôle de sa vie. Et le spectateur n’est pas prêt d’oublier Jamie Lee Curtis, méconnaissable et exceptionnelle, elle aussi. 

    Everything Everywhere All At Once, comédie fantastique américaine
    de Daniel Kwan et Daniel Scheinert, avec Michelle Yeoh, Stephanie Hsu, Ke Huy Quan,
    James Hong et Jamie Lee Curtis, 2022, 139 mn, Canal+

    https://www.canalplus.com/cinema/everything-everywhere-all-at-once/h/20326176_40099

    Voir aussi : "Jeu de massacre"

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  • Un féminicide et des hommes en colère

    La nuit du 12 est le film français à retenir pour l’année 2022. L’Académie des Césars ne s’y est pas trompée il y a quelques jours : elle en a fait le grand gagnant avec six Césars, dont celui du meilleur film, du meilleur réalisateur, de la meilleure adaptation, sans compter deux Césars pour respectivement Bouli Lanners (meilleur second rôle) et le formidable Bastien Bouillon (meilleur espoir masculin).

    Dans le somptueux paysage de la Vallée de la Maurienne, Clara, une jeune femme sortant d’une soirée entre copines, est agressée à quelques pas de la maison de ses parents. Son corps est retrouvé brûlé. Une enquête commence, menée par Yohan Vivès, de la Police Judiciaire de Grenoble. Les suspects – principalement des ex de la victime – se succèdent, mais l’enquête patine. Qui a supplicié et assassiné Clara ? 

    Un film magistral qui interroge

    Une enquête policière sur un crime, hélas, devenu banal. Sur ce scénario, basé sur un roman et surtout un fait divers authentique, Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien, Seules les bêtes) construit un film magistral qui interroge.

    C’est une équipe d’homme qui mène l’enquête, des hommes littéralement bousculés par cette histoire de féminicide. Alors que Yohan et Marceau sont bouleversés – pour des raisons différentes – par la mort violente de cette femme, certains propos renvoient à des idées reçues, pourtant vite balayées ("Elle l’a bien cherché…").

    Deux femmes apparaissent dans les vingt dernières minutes, la jeune policière Nadia (Mouna Soualem) et la juge d’instruction (Anouk Grinberg). Elles vont revivifier l’enquête, paradoxalement en ôtant la large part d’affect de ce féminicide. Évidemment, impossible de parler de la conclusion du film, qui aura mené le spectateur et la spectatrice vers un drame indicible et bouleversant.

    En ce moment sur Canal+.

    La nuit du 12, drame policier franco-belge de Dominik Moll, avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners,
    Théo Cholbi, Johann Dionnet, Thibaut Evrard, Julien Frison, Paul Jeanson,
    Mouna Soualem, Pauline Serieys, Lula Cotton-Frapier et Anouk Grinberg, 114 mn, 2022

    https://www.unifrance.org/film/54586/la-nuit-du-12
    https://www.facebook.com
    https://www.canalplus.com/cinema/la-nuit-du-12/h/19877127_40099

    Voir aussi : "Corpus delicti"

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  • Héroïne du quotidien

    Sorti l’an dernier, le film À plein temps du Franco-québécois Éric Gravel est absolument à découvrir en ce moment sur Canal+. S’il y avait une seule raison à cela, elle tiendrait en un prénom et un nom : Laure Calamy, sans doute l’une des meilleures actrices françaises du moment, découverte dans la série Dix pour cent, avant de connaître la consécration avec l’excellente comédie Antoinette dans les Cévennes (César 2021 de la meilleure actrice).

    Pour À plein temps, l’actrice originaire d’Orléans incarne Julie Roy, une femme divorcée devant s’occuper seule de ses deux enfants tout en travaillant à Paris dans un palace. Julie a choisi de s’installer en Province, en Bourgogne plus précisément. C’est une travailleuse, comme il en existe des centaines de milliers d’autres, obligée de jongler entre ses enfants, son travail et les transports en commun. Tout se complique lorsqu’une grève perturbe les réseaux ferrés. Il faut des trésors d’ingéniosité pour arriver à allier travail, famille et transports.

    A priori, voici un film social – et ici, un très bon film social – comme le cinéma français en propose régulièrement : le rythme infernal d’une travailleuse pauvre, la charge mentale d’une femme obligée d’élever seule ses enfants (le père est aux abonnés absents), la dèche, la lutte des classes suggérée avec le palace dans lequel travaille Julie, les transports en commun quotidiens devenant vite l’enfer et les grèves, outils de luttes sociales pouvant se transformer en enfer pour les personnes qu’elles étaient censées défendre.

    Un vrai thriller

    Or, l’originalité d’Éric Gravel est d’avoir transformé ce récit social se déroulant sur quelques journées en un vrai thriller servi par les courses de Laure Calamy, un montage nerveux, mais aussi la musique électro d’Irène Drésel.

    Impossible pour le spectateur de se détacher de ce film sur la fuite en avant d’une mère de famille courageuse, mais finalement dépassée par le rythme du quotidien.

    Ce formidable drame a été récompensé à la Mostra de Venise par un Prix du meilleur Réalisateur et de la meilleure Actrice pour Laure Calamy, également  Prix d’interprétation aux Arcs Film Festival où l film a reçu le Prix Cineuropa. Pour les Césars 2023, le film est nommé dans plusieurs catégories : meilleure actrice pour Laure Calamy, meilleur scénario original pour Éric Gravel, meilleure musique originale pour Irène Drésel et meilleur montage pour Mathilde Van de Moortel. 

    À plein temps, drame français d’Éric Gravel, avec Laure Calamy,
    Anne Suarez, Geneviève Mnich, Nolan Arizmendi,
    Sasha Lemaitre Cremaschi,
    Cyril Guei, Lucie Gallo, Agathe Dronne, Mathilde Weil,
    Dana Fiaque, Mareme N'Diaye et Olivier Faliez, 2021, 87 mn, Canal+

    https://www.canalplus.com/cinema/a-plein-temps/h/18300423_40099
    https://www.hautetcourt.com/films/a-plein-temps

    Voir aussi : "Chacun cherche son âne"

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  • Hommage aux cinémas

    L'amour de Michel Hazanavicius pour le cinéma est proverbial. Que l'on se rappelle de l'événement qu'a été The Artist (2011), avec Jean Dujardin et Bérénice Bejo. Il s'agissait d'un hommage au cinéma muet qui a été salué par la critique, avec une pléthore de récompenses, dont plusieurs oscars – un exploit pour un film français.

    Bérénice Bejo est encore une fois de la partie avec Coupez !, le dernier long-métrage de  Michel Hazanavicius. Elle partage l'affiche avec Romain Duris, dans le rôle d'un metteur en scène en plein tournage d'un film sur les zombies.

    Coupez ! Commence par un demi-heure de plan-séquence dans une zoné désaffectée  avec un réalisateur halluciné tentant de pousser ses comédiens et comédiennes à donner le meilleur. Or, le bâtiment semblerait maudit. Bientôt, des zombies font leur apparition. Le carnage peut commencer.

    "Je vais vous ouvrir en deux par le cul !"

    Inutile d'en dire plus sur ce récit mêlant astucieusement récit horrifique et création cinématographique. La première demi-heure de Coupez ! est un sacré morceau de bravoure. Mieux, ce plan séquence n'est pas qu'une prouesse technique. Il devient aussi le cœur de la dernière partie du film, et en devient plus réjouissant encore.

    À la fois plus pertinent et plus drôle que ne laisserait penser le long-métrage de Michel Hazanavicius, Coupez ! est un joli hommage aux artistes, comédiens, techniciens et metteurs en scène, dans des projets cinés parfois déroutants, sinon infaisables.

    Romain Duris est parfait et Bérénice Bejo lui donne la réplique avec une joie communicative. Sans nul doute, on gardera longtemps en mémoire sa réplique savoureuse, alors qu'elle se bat contre des zombies : "Je vais vous ouvrir en deux par le cul !"

    Coupez !, comédie de Michel Hazanavicius, avec Romain Duris, Bérénice Bejo,
    Grégory Gadebois, Finnegan Oldfield et Matilda Lutz, 2022, 11 mn, Canal+

    https://www.lesfilmsopale.com/coupez
    https://www.canalplus.com/cinema/coupez/h/19384338_40099

    Voir aussi : "Sumotora"
    "Une louve pour l’homme"
    "The Artist en concert"

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  • Foutraque, libérateur et jouissif

    Bon, on ne se le cachera pas : la comédie En même temps , disponible en ce moment sur Canal+, est à classer dans les satires vraiment réjouissantes, non sans intelligence et pertinence.

    Dans une petite ville de Province, le maire Didier Bequet (Jonathan Cohen) du parti d'Extrême Centre aux lointains airs macronistes, entend construire un parc de loisirs – avec emplois à la clé – dans une forêt primaire. Pour cela, il faudrait qu'il convainque son confrère politique Pascal Molitor, un élu de gauche et écologiste qui, bien entendu, entend s'opposer à ce projet. Les deux confrères organisent une tournée des grands ducs qui se termine dans un bar, le bien nommé "FMI". Une féministe fomente un coup.

    Voilà Didier et Pascal contraints de commencer une déambulation dans leur pays, côtoyant tour à tout un vétérinaire allumé, un barman répétant chaque phrase deux fois, l'ex du numéro écolo et des policiers municipaux décalés.

    Burlesque et l'engagement sont la pierre angulaire dans cette farce qui entend appuyer là où ça fait mal

    Prenez deux politiciens aussi différents qu'un type de droite moderne, macho, viandard, corrompu, sans vergogne et un gauchiste frustré, angoissé, se mettant à dos des administrateurs chasseurs ("la chasse aux lacets"). Contraignez-les à rester ensemble et à être collées ensemble jour et nuit. Ajoutez des militantes féministes, obsédées par l'inclusion et légèrement dépassées par leur happening. Voilà une bien jolie recette pour une comédie qui, malheureusement, a raté son public.

    En même temps propose des scènes tellement hilarantes qu'elles mériteraient de rester culte : les scènes dans le restaurant avec le patron joué par Gustav Kervern, la scène avec les call-girls, le dialogue entre les militantes – India Hair, Jehnny Beth et l'inénarrable Doully.

    L'équipe de Groland est dignement représenté, à commencer par Gustave Kervern, Benoît Delépine et Doully. Autant te dire que le burlesque et l'engagement sont la pierre angulaire dans cette farce qui entend appuyer là où ça fait mal : la corruption, l'environnement, la société fragmentée, la misère et surtout la connerie. Vaste programme. 

    En même temps, comédie française de Gustave Kervern et Benoît Delépine,
    avec Vincent Macaigne

    Jonathan Cohen, India Hair, Jehnny Beth, Doully,
    Yolande Moreau, François Damiens, Thomas VDB,
    Lætitia Dosch, Anna Mouglalis, 108 mn, 2022, Canal+

    https://www.canalplus.com/cinema/en-meme-temps/h/18456359_40099
    https://www.advitamdistribution.com/films/en-meme-temps

    Voir aussi : "Il me manque quelqu’un près de moi"

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  • Il me manque quelqu’un près de moi

    Il y a ces films qui vous laissent muets d’admiration autant que de sidération. L’Été l’éternité d’Émilie Aussel, sorti l’an dernier et visible en ce moment sur Ciné+, en fait partie. Disons-le : ce long-métrage, dont on a finalement assez peu parlé, est un petit miracle en soi autant qu’un joyau, qu’il faut déguster et re-regarder pour en apprécier toute la subtilité.

    Le récit commence par les vacances au bord de la mer de jeunes gens, tout juste bacheliers, avec ses corollaires : l’insouciance, les amourettes, les fêtes, les conversations entre garçons et filles. Tout cela fait très rohmérien. Rien de nouveau sous le soleil, oserions-nous dire.

    Sauf qu’un événement s’abat sur le groupe d’ami·e·s. Lors d’une dernière baignade, un soir, l’insouciante et fraîche Lola (Marcia Guedj-Feugeas) se noie. La vie se fracasse soudainement et le groupe d'amis est terrassé. La meilleure amie de Lola, Lise (l’exceptionnelle Agathe Talrich) se retrouve, comme ses camarades, désemparée et en proie à une indicible douleur.

    L’été est toujours là, le soleil et la mer aussi, mais la mort cruelle et injuste vient rappeler qu’elle peut frapper n’importe qui, n’importe où et n’importe quand. "Y a que les murs qui restent", constate Marlon (joué par le formidable Idir Azougli), à la fois brut, insaisissable et bouleversant. Lise traîne son désarroi. Comment vivre après ce drame et pourquoi vivre ? Un soir, elle quitte ses amis, effondrés comme elle, et croise un trio d’amis et artistes, en vacances en comme elle. 

    Film miraculeux, bouleversant adresse à une jeune fille morte, ode à la jeunesse et à sa fragilité

    Une grande claque ! L’Été l’éternité est le premier long-métrage d’une réalisatrice dont il va falloir absolument suivre le parcours. On lui devait auparavant Ta Bouche Mon Paradis (2016), Petite Blonde (2013) et Do You Believe in Rapture (2013), des courts-métrages traitant eux aussi de l’adolescence, du sud mais aussi de rencontres sur la plage (Petite Blonde).

    Pour L’Été l’éternité, la réalisatrice laisse vite de côté les amours de vacances, les réflexions légères sur les relations garçons-filles, les flirts, Tinder et les fêtes arrosées à la bière et au rosé pour inscrire son film dans une trame sombre où plaisir et souffrance, vie et mort, désespoir et espoir s’entrecroisent et s'affrontent.

    Après le drame de Lola, le temps se suspend. Le film adolescent prend des allures de fable métaphysique, avec des choix esthétiques forts comme l’absence d’artefacts modernes – téléphones, ordinateurs et même voitures. Si la technologie apparaît à partir de la seconde moitié du film c’est au service de l’art, salvateur, qu’il soit vidéo, poétique, musical ou chorégraphique.

    Mettre la jeunesse insouciante en tête-à-tête avec la mort : voilà ce qui guide la réalisatrice. "Quand on est jeunes, on croit qu’on est invincible, qu’on est immortel et que ça durera toujours… Moi je voulais que ça dure toujours", dit, face caméra, un des protagonistes effondré et démuni. Sans pathos, avec une retenue digne, Émilie Aussel filme le chagrin, la consolation impossible et une morte toujours présente.

    Lise entame un parcours salvateur pour accepter la mort de Lola et vivre avec, après être passée par des phases successives, l’incompréhension, l’inacceptation, la culpabilisation et le désespoir.  Et si l’apaisement passait par les autres mais aussi par l’art ?

    Film miraculeux, adresse à une jeune fille morte, ode à la jeunesse et à sa fragilité, L’Été l’éternité est surtout un joyau bouleversant dont plusieurs scènes et dialogues resteront gravés longtemps dans les mémoires, à l’instar de cette phrase de Rita pour Lise, à la toute fin du film : "Il manque quelqu’un".

    L’Été l’éternité, drame français d’Émilie Aussel, avec Agathe Talrich, Marcia Guedj-Feugeas,
    Matthieu Lucci, Idir Azougli, Nina Villanova, Antonin Totot,
    Rose Timbert et Louis Pluton, 2021 75 mn, Ciné+

    https://www.canalplus.com/cinema/l-ete-l-eternite/h/19150822_40099
    https://cineuropa.org/fr/video/408117
    https://www.unifrance.org/film/49836/l-ete-l-eternite
    https://shellacfilms.com/films/lete-leternite
    http://emilie.aussel.free.fr

    Voir aussi : "Corpus delicti"

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