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Trois actes et deux interludes

Oui, un roman en trois actes. L’Illusionniste d’Édouard Jousselin (éd. Rivages) commence par suivre un écrivain, Étienne Pois. Un intellectuel parisien installé, reconnu, mais qui se sent dans une impasse. Aussi a-t-il décidé de traîner dans un de ces hôtels de la côte atlantique, sans âme mais bien tenu. Le lecteur ou la lectrice vont par la suite comprendre que, derrière ce séjour, il y a aussi une obligation contractuelle, qui va d’ailleurs faire l’objet d’une série de séquences d’une belle causticité.

En attendant, dans cet hôtel de l'Atlantique, Étienne Pois observe la clientèle, sympathise – un peu –, se ballade et remarque surtout une réceptionniste, Charlotte, qu’il aborde puis drague sans réel espoir. La solitude devient finalement la seule compagne de l’écrivain qui finit par se persuader que son séjour sera au cœur de son nouveau texte, une pièce de théâtre. Fin du premier acte.

Le deuxième suit cette fois Charlotte, notre réceptionniste. C'est une vie bien différente que la sienne. La jeune femme travaille en horaires décalés, cohabite avec son compagnon Christian dans une vie sans réels projets, sans réels envies, bref une existence morne et sans réelle aspérité, à l'image de l'hôtel où elle travaille. La solitude encore, jusqu’à ce que lui parvienne le courrier d’un ancien client de l’hôtel.

Vous avez deviné : il s’agit d’Étienne Pois. L’écrivain l’invite à Paris pour y découvrir sa dernière pièce, intitulée La réceptionniste. Charlotte hésite et finit par prendre le TGV pour Paris. Charlotte quitte pour quelques heures sa vie triste pour se découvrir dans une pièce de théâtre. Fin du deuxième acte.

Fascination, manipulation, mensonges et toxicité

Le troisième et dernier acte s’intéresse à la relation entre Étienne et Charlotte, entre fascination, manipulation, mensonges et toxicité. Un jeu du chat et de la souris dont nous tairons bien entendu le final.

Édouard Jousselin se joue du lecteur et de la lectrice dans un roman passionnant, tendu et aux multiples faux-semblants : l’écrivain paumé et morose, la réceptionniste morne et professionnelle jusqu’au sourire de bon aloi. L’illusion est reine dans ce roman à la double voix et qui est aussi un hommage au théâtre et à la puissance de la fiction. Dans le même temps, Édouard Jousselin règle quelques comptes au microcosme parisien, en particulier dans le troisième acte justement intitulé "La tragédie".

L’écriture précise et sèche de l’auteur fait de ce roman un livre hyper-moderne, parlant de solitude, de l’importance des apparences jusque dans cet hôtel aseptisé, de l'art dans ce qu'il peut avoir de creux, sinon de destructeur, de la création au service de la consommation et du mal couvant sous un vernis respectable. 

Édouard Jousselin, L’Illusionniste, éd. Rivages, 2026
https://editions-rivages.fr/catalogue/lillusionniste-021584
https://www.facebook.com/edouard.jn

Voir aussi : "De bonnes nouvelles de Déborah Creff"

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