Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Ma chair et tendre

    Vous êtes avertis que le dernier ouvrage de Stella Tanagra s’aventure dans un domaine très chaud et prend à bras le corps un sujet universel : le sexe.

    Dans son recueil Sexe primé (éd. Tabou), celle que je nommerais "la petite princesse de l’érotisme" allie l’audace à une écriture ample et travaillée. Là est sans doute la spécificité de Stella Tanagra, qui n’entend pas laisser un pouce de terrain à la vulgarité facile, à l’intrigue neuneu ou à l’écriture basse de plafond : "Nos ergonomies s’éprennent comme deux ventouses dont les succions nous lient ardemment si bien que l’enchevêtrement de nos êtres est semblable à une sangsue géante. Nos apparats à l’accoutumée flasques se transforment en membres qui se contractent et s’allongent" (Ces Messieurs me disent).

    Pour brouiller les pistes, l’auteure débute et termine Sexe primé avec deux textes poétiques et amoureux (Tout se promettre sans le dire et Les Jours qui suivent), des sortes de contre-feux pour un recueil âpre, envoûtant et souvent déstabilisant. La passion (La dérive amoureuse), le coup de foudre (Ma Chair et tendre), la rencontre fortuite (Scène de crime), le quotidien triste, cruel et trivial (Un gentil garçon), le désir qui n’a ni âge ni raison (Puppy Love), ou encore les expériences extrêmes (Peau percée) parlent du désir, du corps, des fantasmes mais aussi des perditions. Le sexe, au cœur de ces nouvelles, est habillé de préliminaires littéraires grâce à une langue baroque et poétique.

    Dans La dérive amoureuse, une étreinte est racontée par un narrateur, installé avec sa femme Océane au bord d’une piscine. L’érotisme du moment se confond avec celui des souvenirs et des dialogues, jusqu’à cette scène tragique, décrite avec un lyrisme tout baudelairien : "Son visage livide aux lèvres violacées m’indiquait un message fatidique, celui de la laisser rejoindre la noirceur de la fosse océane."

    La mort et la souffrance affleurent d’ailleurs régulièrement dans le recueil. Scène de crime, qui commence par une scène de drague classique, glisse vers un jeu pervers : "Ton engin est une arme de crime excessivement jouissive." Stella Tanagra prend le lecteur à rebrousse-poil dans le texte Sans sortir. Cette étonnante et glaçante nouvelle est construite autour des cinq sens ("Vision", "Mélodie", "Parfum", "Sensation", "Saveur"). La jeune narratrice décrit une série de fantasmes rassurants dans un univers post-apocalyptique où le sexe est devenu l’arme du malheur, de l’abomination et de la solitude.

    Il est encore question de fantasmes dans Écran total. Un geek se fait le parangon du sexe triste à l’époque des écrans d’ordinateur, smartphones et autres tablettes : "Trop amoureux des femmes pour être capable de me contenter d’une seule, toujours à chercher plus que ce que j’ai déjà, je te tiens donc responsable, toi et ton petit cul à tomber par terre, de ma mélancolie de ce soir." La masturbation ne représente qu’un pis-aller dérisoire : "Ma vie sexuelle est une fatal error 404. Je me masturbe encore… Je suis un puceau qui a déjà tout vu mais qui n’a jamais rien fait."

    Il est vrai que "le fantasme est toujours plus ambitieux que le réel." Prenez l’exemple de la nouvelle Ma chair et tendre. Non sans référence à Alina Reyes (Le Boucher), l’auteure prend le partie d’érotiser des pièces de nourriture étalées dans un étal de boucherie. Une paupiette renvoie au bondage et une cliente devient l’objet de tous les fantasmes : "Toutes ses ficelles qui tracent les contours de son corps prononcent ses plantureuses rondeurs. Celles-ci se dévoilent à mesure que les filaments poursuivent les courbes de sa corpulence féminine… Saucissonnée dans ces fibres tendues de part en part de ses tissus organiques, je me gave de cette esthétique qui alimente ma déraison." Le péché de gourmandise devient dans la bouche de Stella Tanagra un moment de luxure délicieusement illicite : "La gloutonnerie est mon vice."

    Stella Tanagra reluit son érotisme d’une noirceur quasi omniprésente, en poussant loin l’audace. Aux descriptions bucoliques de Ces messieurs me disent répondent ces scènes sadiennes dans Les profondeurs ("J’étais dans l’antre des fantasmes") et plus encore dans Peau percée. Cette histoire à deux voix nous plonge dans une orgie racontée tour à tour par Tshuni (la "reine des bites") puis par son compagnon Luigi. Dans une langue ample et travaillée, la narratrice décrit un un gang bang fantasmagorique au cours de laquelle la jeune femme fait figure de déesse érotique autant que de défouloir collectif : "Mon corps s’écoule de tous ses avilissements, une liquéfaction libératrice sans doute et que reste-t-il ? Une peau neuve. Je me suis régénérée en emmagasinant les énergies de tous ceux qui ont fait de moi, la suite d’eux et de moi." L’auteure allie onirisme et crudité pour susciter chez le lecteur la même stupéfaction que le second narrateur : "Je croyais que les filles aimaient les contes de fées et les princes charmants. J’étais déboussolé, mes repères mis à mal."

    La violence se fait cruauté dans ce qui est la nouvelle la plus engagée, Un gentil garçon. L’auteure ouvre la chambre à coucher d’un couple ordinaire, avec un homme a priori au-dessus de tout soupçon mais qui se révèle un épouvantable pervers narcissique : "Il n’hésite pas à asséner des gifles soutenues sur les joues de Camille afin de libérer ses pulsions… Incapable de refréner ses élans passionnels, il aime la voir se mourir pour mieux la faire jouir."

    Sexe primé permet à Stella Tanagra de s’aventurer sur des chemins inattendus et aussi passionnants les uns que les autres. La petite princesse de l’érotisme fait trembler, l’air de rien, un genre littéraire parfois prisonnier d’archétypes. Ces 12 nouvelles délivrent au lecteur autant de coups de griffes revigorants, à l’instar celles qui ponctuent les étreintes des amants.

    Stella Tanagra, Sexe primé, éd. Tabou, 2017, 144 p.
    http://stellatanagra.com
    Pour adultes avertis

    © Stella Tanagra

  • Nice, les pieds dans l'eau et la tête dans les livres

    Le Festival du Livre de Nice est le rendez-vous littéraire incontournable du printemps. Du 2 au 4 juin, plus de 200 écrivains (romanciers, essayistes, poètes, polémistes, historiens, célébrités) se retrouveront sur le festival sous la présidence de Paule Constant, de l’académie Goncourt et de Dany Laferrière, de l’Académie française. Rencontres et dédicaces, animations, débats, lectures, spectacles, échanges passionnés, discussions et découvertes… Trois jours, sous la direction artistique de Franz-Olivier Giesbert, qui vont passer comme un souffle pour les amoureux des livres.

    Nice, dans la Baie des Anges, est une vigie sur la Méditerranée. Un point de départ et d’arrivée, une ville qui embrasse l’immensité de ce fabuleux creuset d’hommes et de cultures. Sur son pourtour se sont levées toutes les civilisations qui nous ont façonnés. Mettre le Festival du Livre de Nice, cette année, sous la bannière bleue de la Méditerranée c’est s’ouvrir à l’histoire et aux histoires, au monde et aux mondes, à toute la littérature et à toutes les littératures. De très nombreux écrivains mettent le cap avec vous pour une belle croisière à travers les pages.

    Pour présider ce festival exceptionnel, deux académiciens. Elle siège au Goncourt, lui sous la Coupole. Paule Constant, grande voyageuse, qui avait obtenu le prix en 1998 pour Confidence pour confidence (Gallimard), magnifique histoire de femmes, a été élue au jury du Goncourt en 2013 au couvert de Robert Sabatier. La même année que Dany Laferrière à l’Académie française, auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont L’énigme du retour (Grasset), grand texte sur la réalité et les souvenirs.

    De toutes les rives, les écrivains de la Méditerranée convergent vers Nice pour parler de leur Mare Nostrum. René Frégni, Marseillais de naissance et de cœur, Helena Noguerra qui dessine entre la Côte d’Azur et l’Italie le décor d’une belle fugue amoureuse ou Christophe Ono-dit-Biot qui parle de l’enfance, des vieilles mythologies et d’Homère. Vous croiserez à Nice le grand poète syrien Adonis et la poétesse et romancière d’origine libanaise Vénus Khoury-Ghata, partagerez avec Sébastien Lapaque sa Théorie d’Alger (Actes Sud), avec Adrien Goetz les souvenirs de la Villa Kérylos (Grasset) et suivrez dans l’étonnante épopée des femmes de la famille de Saber Mansouri, l’historien, né en Tunisie et parti vivre à Paris. Franz Olivier Giesbert raconte les croisades. Une foule d’autres auteurs vous invitent au voyage. Bon vent.

    Les auteurs et les livres dont on parle sont également tous à Nice cette année : Didier Decoin et son Bureau des jardins et des étangs (Stock), Valérie Tong Cuong avec Par amour (JC Lattès), Didier van Cauwelaert qui signe l’attendu Retour de Jules (Albin Michel) ou Claire Gallois qui publie Et si tu n’existais pas (Stock). Engager la conversation aussi avec Douglas Kennedy, le plus français des écrivains américains (Toutes ces grandes questions sans réponse, Belfond), bavarder avec Grégoire Delacourt (Danser au bord de l’abîme, JC Lattès) ou Eric Neuhoff (Costa Brava, Albin Michel). Sans oublier Janine Boissard (La lanterne des morts, Fayard) ou Serge Joncour (Repose-toi sur moi, Flammarion). Vous aurez aussi des scientifiques, comme Boris Cyrulnik, Pascal Picq ou Axel Kahn, des célébrités (Sophie Davant, Andréa Ferréol, Gérard Jugnot), des politiques (Christian Estrosi, Jean-Louis Debré, Pierre Lellouche), une vingtaine de journalistes (Audrey Pulvar, Éric Naulleau, Jean-Michel Aphatie). Et pourquoi, histoire de commencer, ne pas vous lancer dans le panorama littéraire du Dictionnaire amoureux des Écrivains et de la littérature (Plon) que vient de publier Pierre Assouline. La première entrée, à la lettre A, est "Académie française". À tout seigneur tout honneur pour Dany Laferrière, coprésident avec Paule Constant du festival et… immortel.

    www.lefestivaldulivredenice.com
    www.nice.fr

  • Persona grata

    Edgär c’est Simon & Garfunkel dopés à l’électro. Le duo français s’invite en persona grata dans un univers pop-folk revisité. Venus d’Amiens, Antoine Brun et Ronan Mézière, à la composition, se livrent dans une osmose de voix quasi parfaite et nous offrent un premier EP Persona, qui est à découvrir en ce moment.

    Dans le premier titre Two Trees, les musiciens nous offrent une ballade planante, au point que rarement l’expression "techno psychédélique" n’a aussi bien porté son nom. L’auditeur saluera la précision de ce premier morceau minéral, tout comme sa légèreté musicale. Les voix ne font qu’une, s’entremêlent et s’envolent dans des arabesques zen.

    On retrouve la même facture cristalline dans The Painter. La rythmique y est cependant plus soutenue. Les deux nordistes imposent un titre éthérée et aérien, avec chœurs, cordes et bien entendu ces deux voix venues d’ailleurs.

    Teacup est le retour à de la pop-folk plus traditionnel. Les ordinateurs sont partiellement remisés au profit d’une guitare sèche et des voix plaquées plus sobrement.

    Edgär c’est l’électro à visage humain : un duo venu d’ailleurs et une sorte de chaînon manquant entre Simon & Garfunkel et la scène électro française.

    Edgär, Persona, Elegant Fall Support, 2017
    En concert le 1er juin au Petit Bain, Paris, avec Vanished Souls et Pamela Hute