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  • Qui va tango va sano e lontano

    Au Café Gran Tortoni, en plein cœur de Buenos Aires, un jeune homme attend d’être reçu par un maestro du tango afin de devenir son élève. En attendant ce rendez-vous qui va changer sa vie, Mina, une serveuse et danseuse, le prend son son aile en lui présentant les personnages gravitant autour d’elle, dans un café tout entier dévolu à la plus sensuelle des danses.

    Le tanguero novice découvre et écoute ces histoires argentines, comme autant de récits d’initiation.

    Des récits d'initiation

    Dans les 110 pages d’une BD entièrement consacrée au tango, Philippe Charlot et Winoc mettent en image des destins incroyables : dans les années 30, un acteur trouve le succès puis le malheur grâce à un texte révolutionnaire de Jorge Luis Borges ; sur la Plaza de Mayo, un payador, troubadour et chanteur de tango, débarque de la pampa pour défier Carlos Gardel ; un autre chanteur raconte dans quelles circonstances il a gagné un concours hors du commun organisé par une certaine mademoiselle Magdalena ; il est également question d’un bandonéon apporté par une jolie factrice d’accordéon, d’un danseur doué mais désargenté empêtré dans une histoire de vol et d’amour, d’un flirt hors du temps entre deux retraités et d’un fantôme errant dans les salles du Gran Café Tortoni.

    Les amoureux du tango adoreront cette bande dessinée au scénario envoûtant. Les autres se laisseront transporter par ces histoires dont le fil conducteur est une danse et une musique, et qui invitent à écouter ou réécouter le Volver de Carlos Gardel : "Volver con la frente marchita / Las nieves del tiempo platearon mi sien / Sentir que es un soplo la vida / Que veinte años no es nada."

    Philippe Charlot et Winoc, Gran Café Tortoni, tome 1, éd. Bamboo, 2018, 110 p.

  • Les bonnes fées de Sarah Lancman

    De bonnes fées semblent s’être penchées au-dessus du berceau de Sarah Lancman, qui nous offre en ce moment son troisième album, À Contretemps. La Parisienne n’est pas une inconnue puisqu’elle avait obtenu en 2012 le premier prix du Concours International Shure Jazz Vocal au Festival de Montreux, non sans faire l’admiration du président du jury de l’époque, Quincy Jones : "She’s truly a great new voice for jazz," avait-il déclaré, dithyrambique.

    Sarah Lancman confirme dans son dernier opus être cette grande voix du jazz, capable de captiver, d'émouvoir et de faire chavirer. À Contretemps a cette simplicité et cette efficacité des meilleurs disques de crooners, à l’exemple du premier titre Don’t loose me. La voix suave et colorée de l’artiste sert des chansons originales qu’elle a composée seule ou en collaboration avec le plus français des pianistes italiens, Giovanni Mirabassi. Cette présence, avec celle du jazzman nippon Toku, fait d’À Contretemps un album très international, enregistré en Thaïlande, et aux multiples influences : américaines, françaises, asiatiques et même brésiliennes (Tout bas).

    Sarah Lancman nous ballade du côté de Broadway lorsqu’elle interprète en duo avec le trompettiste et chanteur japonais Toku le langoureux Love me just your way ou le très swing I wan’t your love, repris d’ailleurs en fin d’album dans une version japonaise.

    Une convaincante héritière de Michel Legrand

    À côté de cette incursion du côté des crooners américains, Sarah Lancman s’impose comme une convaincante héritière de Michel Legrand. Elle est au texte et au micro pour les délicates chansons Ça n’a plus d’importance, On s’est aimé (écrit en collaboration avec Francis Lalanne) et Choro pour les amants éternels.

    Dans la veine des comédies musicales de Jacques Demy, Sarah Lancman fait passer les sentiments amoureux dans tous ses états : la passion ("Ils se sont vus, ils se sont plus / Devenus amants d’un jour, / Amants toujours aimantés, même éperdus, / Perdus dans l’envie de vivre, / Cet amour qui enivre", Choro pour les Amants éternels), la nostalgie ("On s’est aimés quand on s’est vus / On s’est aimé à cœur perdu / Passent les jours et les saisons / Avec amour avec passion," On s’est aimé), la fantaisie ("« Je » aime à travers toi / Et « Tu » m’aimes en hors-la-loi / Les mots, la vie, le charme, les joies, / Passent les jours, passe l’émoi," Conjugaison amoureuse) ou les regrets ("Si nous n’étions plus amants maudits, / Sans rêve et interdits, / Est-ce qu’on s’aimerait encore et encore, / Corps à corps / Cœur à cœur et encore / est-ce qu’on changerait les choses ?," Ça n’a plus d’importance).

    Giovanni Mirabassi, découvert en France en 2001 avec son album Avanti !, fait ici merveille : comme compositeur musical de titres dignes des Demoiselles de Rochefort tout d’abord, mais aussi comme pianiste capable tout autant de grâce, de chaleur que de virtuosité (Ça n’a plus d’importance). Le jazzman italien, récompensé en 2002 par une Victoire de la Musique, et qui a aussi produit cet album, ne déçoit pas, tant l’osmose avec Sarah Lancman paraît évidente. Il nous offre notamment le très convaincant blues claptonien, Wrong or right ? (Sarah blues), avec Toku à la trompette.

    Sarah Lancman est aux manettes de A à Z dans le morceau qui donne son titre à l’album, À contretemps, preuve que l’artiste multiplie les talents : "Le temps des amants se moque du genre humain / Il n’aime qu’au présent / Et se fout du lendemain / Les saisons défilent / Le quotidien futile / On s’aime à contretemps." La voix caressante, toute de spleen et de grâce, porte une chanson que l’on se plaît à écouter et réécouter, encore et encore.

    Chanteuse surdouée, jazzwoman incandescente, compositrice talentueuse et musicienne que l’on rêverait de voir un jour en duo avec Michel Legrand, Sarah Lancman offre avec À Contretemps l’une des plus belles surprises musicales de ce début d’année.

    Sarah Lancman, À contretemps, Jazz Eleven, 2018
    https://www.sarahlancman.com
    https://www.giovannimirabassi.com
    http://toku-jazz.com

    Photo © Hugo Chevallier & Daniel Lober

  • Le super pouvoir des femmes invisibles

    féminisme,afaa,marina toméLes femmes ont relevé la tête ces derniers mois et ne sont plus prêtes à accepter n’importe quoi. À la faveur de l’affaire Weinstein, le "Balance ton porc" est devenu un hymne de révolte féministe largement médiatisé. Un hymne qui ne doit cependant pas faire oublier une catégorie de femmes invisibles : les comédiennes de plus de 50 ans. Elles sont aujourd’hui défendues au sein de l’AAFA (Actrices et Acteurs de France Associés), avec la commission AAFA-Tunnel de la comédienne de 50 ans.

    Ce collectif rappelle que les femmes constituent la plus grande proportion d’artistes-interprètes de 20 à 35 ans, mais autour de 50 ans ce sont les hommes qui sont majoritaires. Aujourd'hui, d’après l’INSEE, une Française sur deux a plus de 50 ans. Or, cette majorité réelle dans la vie est traitée comme une minorité invisible dans les fictions. Alors que la démographie confirme d’année en année la part de plus en plus grande des femmes de plus de 50 ans dans la société, les fictions sont exposées à la probabilité inverse. Qu’on se le dise : les personnages féminins ne vieillissent pas ; ils disparaissent des écrans.

    "À partir de 50 ans, les femmes développent un super pouvoir : elles deviennent invisibles. Surtout à l’écran !", ironise Anne Le Ny (Télérama mai 2014). Dit autrement, passé un certain âge, pour une femme, les chances de pratiquer le métier de comédien devient de plus en plus ardu. Peu de branches professionnelles supporteraient cette double discrimination basée sur le sexe et l’âge, sans se voir aussitôt cloué au piloris. Pas le milieu du spectacle qui semble accepter sans ciller le tunnel promis aux comédiennes de plus de 50 ans.

    Née en décembre 2015, la commission AAFA-Tunnel de la Comédienne de 50 ans s'est donnée comme premier objectif  de lever l'omerta, c'est à dire de rendre visible l'invisibilité des femmes de 50 ans dans les fictions.

    Le tunnel promis aux comédiennes de 50 ans et plus

    Un combat minoritaire et réservé à une niche de la population ? Marina Tomé répond par la négative : "Notre réalité professionnelle est en effet le reflet d’une image des femmes, stéréotypée, préjugée ou ignorée, portée par les fictions. Elle est aussi le reflet de ce que vivent les femmes dans la société en général : même plafond de verre, mêmes inégalités sociales, salariales et même condescendance a priori pour ce qu’une femme crée, fait ou produit. Que l’on soit caissière, chercheuse au CNRS ou artiste, c’est pareil."

    La commission AAFA-Tunnel de la comédienne de 50 ans se mobilise en premier lieu pour appeler un chat un chat : nommer ce tunnel et cette double discrimination "c’est déjà sortir de la solitude et de la remise en question personnelle."

    Ce collectif entend également collecter des études sur ce sujet comme des expériences vécues, en France comme à l’étranger afin de communiquer et de sensibiliser l’opinion.

    Dans l’univers impitoyable du spectacle, cette commission entend peser de son poids pour faite bouger les lignes auprès des institutions, des professionnels et des médias.

    Un lobby féministe est sans nul doute en train d’émerger pour donner de la voix et mettre de nombreuses professionnelles sur le devant de la scène.

    http://aafa-asso.info/tunnel-de-la-comedienne-de-50-ans

    Elles sont où ?” n°1
    Elles sont où ?” n°2
    Elles sont où ?” n°3
    Mannequin Challenge 2017