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Un peu d'utopie ne fait pas de mal, n'est-ce pas ? En cette période électorale, peu de candidats nous en proposent. L'utopie, nous irons la chercher du côté de l'humanitaire, avec la bien nommée Utopia 56. Cette association se propose d'aider les réfugié de Calais. L'association est également active à Paris, au centre d’accueil Paris Nord, Porte de la Chapelle.
Un collectif d'artistes, Céleste, Jean-Baptise Larché et Fleur Offwood (dans une prochaine chronique je vous reparlerai de cette musicienne, dont il avait déjà été question sur ce lien), a composé Cover You, un titre dont les dons sont directement versés à l'association Utopia 56. Cover You, en français "couvre-toi" ou "couvrez-vous" fait référence aux couvertures de survie, ces premiers biens offerts à ces hommes, ces femmes et ces enfants venus d'ailleurs. Une jolie et pertinente référence qui fait de ce morceau un véritable hymne en faveur des réfugiés.
Musicalement, Cover You séduit par son savant mélange de pop et d'électro (mais "sans Auto-Tune", précisent les artistes), méditatif et planant. Le titre est d'ailleurs illustré par une photo aérienne ("céleste", comme le nom d'une des artistes).
Soyons utopiques, disent en substance les artistes : faisons appel à l'altruisme de chacun. Ce n'est pas trop demander. Rendez-vous pour cela sur ce site : https://celestecoveryou.bandcamp.com/track/cover-you.
En cette période électorale, François Boucq propose, dans Portraits de la France, une série d'instantanés drôles et féroces de la France d'aujourd'hui. Plusieurs de ces planches ont fait l'objet de publications antérieures chez Fluide Glacial, des couvertures de San Antonio, des campagnes promotionnels ou bien des illustrations pour des journaux et des magazines.
Chez Boucq, pas de langue de bois. La sociologie de notre pays se fait à coup de crayons, de traits d'humour et avec un sens de l'image plutôt bien vu. Dans la séquence Bistrosophie, les habitués d'un bar dissertent en compagnie de clients inhabituels (hippopotames et escargots) de l'homosexualité et du mariage gay. L'auteur égratigne du coup le discours traditionnel ayant cours dans les partis les plus à droite, FN inclus. Le chauvinisme n'est pas plus épargné dans ces pages où un VRP sexagénaire enthousiaste en tenue de léopard – un personnage récurrent de l'album – se propose de "remettre en état" un pays bien mal en point : "La France est plus qu'un territoire. C'est le creuset d'un esprit, un esprit tellement particulier, tellement original qu'il attise jalousie et convoitise..." L'aventurier constate que la France est une vraie jungle à cause de "ces primates" qui "tentent par tous les moyens de défiguer ce pays." Est-ce possible ? Oui. "Grâce à sa flexibilité, notre belle démocratie reprend sa forme initiale," promet notre commentateur.
Plus engagé, le chapitre Une certaine décrépitude de la France propose une lecture plus politique du pays, à travers une compilation de dessins engagées. Ici, les derniers présidents de la République passent à confesse devant une Marianne, prêtresse de la Constitution. Là, François Hollande analyse avec sagacité la science du sondage devant notre VRP incrédule. Là encore, un médecin ausculte une marianne atteinte d'une "lepenite aigüe". Marine Le Pen est du reste brocardée un peu plus loin, drapée, elle et ses "petites vertus”, "dans les emblèmes de la République." Boucq se pose en croqueur virulent autant que moraliste, par exemple dans ses dessins en forme de fables animalières.
Le chapitre Une Insécurité française s'arrête sur un sujet électoral récurrent en cette période électorale : l'insécurité. Insécurité ou violence ? Notre VRP en léopard se fait observateur et critique, par exemple lorsqu'il fait le lien entre l'invention du langage et celui des armes : "Notre planète bavarde, c'est même la plus bavarde du système solaire, on bavarde à travers les âges." Boucq radiographie ce syndrôme d'insécurité, susceptible de prendre plusieurs visages : la suspicion généralisée (un Père Noël est contrôlé par des policiers sur les dents), la méfiance ("Pourvu que ce soit un ami"), la violence ("Parlez-en avant qu'elle ne vous gagne"), la xénophobie et ces fameux binationaux apparus dans l'actualité récente.
Contre ces maux récurrents, Boucq propose des "solutions bien hexagonales", déclinées sous formes de planches : "la solution du serrage de ceinture", chère à plusieurs candidats aux présidentielles, "la solution opiniâtre", "la solution dans le vent", "la solution pédago-généalogique", "la solution pédagocybernétique" ou la désopilante "solution galactique." À moins que ces solutions ne nous mènent "en péniche."
Moins politique mais tout autant satirique, Boucq s'arrête sur quelques caractéristiques de notre France actuelle. Celle des gros d'abord (La France bien enveloppée). L'auteur caricature cette population pour mieux se moquer de l'exhortation divine (le dessinateur fait intervenir le Dieu de Michel-Ange) à s'incrire à un club sportif : "J'ai fait l'homme à mon image, c'est vrai !... Mais avec des zigotos comme toi, j'ai l'air de quoi, moi ?..." s'insurge le dieu de la Chapelle Sixtine face à un Français un peu enveloppé.
La transition est toute trouvée pour le thème de la séquence suivante consacrée à la France sportive (Le Français, ce grand sportif). Le VRP en léopard revient dans une courte histoire au cours de laquelle un dialogue avec un ballon perdu dans la jungle est l'occasion d'épingler ce "nombril du monde" qu'est le sacro-saint ballon rond. La cible du dessinateur est le football, l'objet de toutes les attentions et de toutes les compromissions à travers la FIFA et l'organisation des coupes du monde. Le football n'est du reste pas le seul sport égratigné : rugby, cyclisme... et catch (sic) ne sont pas épargnés.
Les vacances, passion nationale française, a droit à une série de planches à la fois tendres et cruelles : estivants libidineux, constructions de châteaux de sable morbides (une idée drôle et géniale du dessinateur) ou bodybuildeurs côtoyant des vacancières en topless ridiculisées.
Ce voyage dans la France est sans doute la bande-dessinée engagée du moment et celle qui offre un contre-point des plus intéressants à la campagne présidentielle du moment.
Boucq, Portrait de la France, Éd. İ, coll. Traits, 2017, 61 p.
L'écrivain, philosophe et universitaire Serge Doubrovsky vient de s'éteindre à Paris, le 23 mars 2017, à l'âge de 88 ans. Sa disparition ne fera sans doute pas la manchette des journaux, c'est pourtant un artiste exceptionnel - mais aussi controversé - qui mérite d'être honoré.
On doit à Serge Doubrovsky l'invention du concept d'auto-fiction, avec ses romans fracassants, La Dispersion (1969), Fils (1977), mais surtout Le Livre brisé (1989). le très stoïque Bernard Pivot avait, lors de son émission Apostrophe (13 octobre 1989), accusé l'écrivain d'avoir provoqué la mort de la propre compagne de Serge Doubrovsky.
Bla Bla Blog avait chroniqué cet ouvrage il y a plusieurs mois. Retrouvez cette critique sur ce lien. Et Découvrez ou redécouvrez une œuvre exceptionnelle et, comme l'écrit Michel Contat dans Le Monde, "une des entreprises littéraires les plus passionnantes de son époque." Les auteurs d'auto-fiction perdent leur père spirituel.