Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

kuy delair

  • La petite musique de l'amour selon Kuy Delair

    Pin it!

    Kuy Delair propose dans son roman La petite Musique de la Pierre (éd. Évidence) l'histoire d’une quête amoureuse qui est aussi le récit d'un parcours identitaire et une réflexion sur la liberté et le féminisme.

    Quynh est sculptrice, d’origine franco-vietnamienne, une "Eurasienne" comme elle le revendique. Cette artiste, qui a le sentiment d’appartenir non pas à deux cultures mais à un seul continent – l’Eurasie – propose dans les premières pages de son récit un singulier message sur le métissage, : "Le métissage était pour elle l’absence… Le vide vertigineux de l’inconcevable… Elle exécrait l’association des quidams qui mêlaient cuisine fusion et Eurasie… C’était à la mode d’être métisse, mais inconnu d’être eurasien… Les médias parlaient des mélanges, ce qui revenait à n’en parler d’aucuns…"

    Lorsque Quynh rencontre le saxophoniste Stéphane, elle sait d’emblée que leur couple sera placé sous le signe du yin et du yang : "Ils étaient le rouge et le noir, l’aube et le crépuscule du désir, un Ying et un yang débridés, lancés au galop dans l’étendue des affres brûlantes de la nuit." Les deux forment un couple hors-norme fait de peur de l’engagement, de fascination, d’attirance mais aussi de ratages, "une histoire de rencontre, une histoire de synchronicité ratée, une histoire ordinaire au final". Amour ou amitié passionnée ? "Ils bâtissaient l’édifice d’une amitié solide, un couple traditionnellement hors-norme, une impossibilité qui se construisait."

    Kuy Delair déroule son récit à la manière d’un torrent sauvage ("Ses désirs étaient aussi énigmatiques qu’une eau trouble, pure autrefois"). La pierre contre l’eau, la sculptrice contre le jazzman, la solidité et l’immobilité de la pierre que travaille la sculptrice contre l’aspect fuyant et le fluide de la passion amoureuse : le yin et le yang sont en jeu dans ce roman sur l’amour mais aussi sur la création : "Elle pouvait tailler la pierre, créer des ronds de bosse, polir sans relâche… La tyrannie de la matière ne lui permettait aucune indulgence… Le matériau savait, il dictait sa loi. La passionnée sculptrice se soumettait à ces aspérités contingentes, elle se faisait l’esclave de cet art ingrat…. La fluidité du chant lui semblait plus aérienne, plus inspirée."

    Quynh trouve dans le paganisme des réponses pour arriver à des rapports hommes-femmes apaisés

    Kuy Delair, d’une langue riche, subtile et sensuelle, et non sans ellipses, décline les mille et unes variations de la passion : l’attirance, la sidération de la rencontre, l’addiction, le vertige des étreintes (L’auteure sait décrire avec finesse ces moments : "Pris dans le trébuchement vertigineux de sa chute, il plongeait dans l’orgasme… Il embrassait la plénitude de l’extase… Il bandait de joie… Son érection ruisselait de bonheur"), les hésitations entre le désir de partir et celui de s’engager, mais aussi la jalousie. Son roman est un long et beau chant sur l’amour dont elle ne cesse de suivre les circonvolutions : "Elle aimait sans doute ces hommes non pas pour l’amour qu’ils auraient pu lui porter, mais pour l’amour qu’elle le leur portait… Amoureuse de l’amour, elle recherchait ses passions déchirantes, ces impossibles sentiments."

    Aux va-et-vient physiques viennent faire écho ceux de Stéphane puis de Quynh elle-même, incapables de d'engager mutuellement. Après avoir laissé son premier amant s’aventurer avec une autre femme, Amélia, l’Eurasienne est envoûtée par un autre homme, Glenn, un autre jazzman. Avec lui, la passion va être plus forte encore, plus profonde, mais pas moins compliquée. La confusion amoureuse – quand elle n’est pas sexuelle – guide le récit de Kuy Delair, tiraillée entre deux hommes et prise dans des courants contraires : "L’eurasiatique aux cheveux noir corbeau aurait aimé qu’ils soient là, tous les deux… Et elle ne les avait là, aucun des deux."

    L’histoire avec Glenn marque finalement le début d’une reconstruction sentimentale, même si elle passera par de nouveaux départs vers d’autres hommes, d’autres déceptions et d’autres engagements tenus ou non-tenus. La jeune femme veut devenir le pilote de son propre bateau : "Quynh vivait la vie comme un roman dans lequel tout était possible… Elle était la narratrice de son avenir et elle fluctuait au grès des événements tel un roseau qui fléchit, mais ne se rompt pas." Il est écrit plus loin : "Elle avait pris sa décision à contrecœur… Un matin, en se levant… Il fallait que cela cesse… que chacun reprenne le cours de sa vie. Elle ne pouvait plus osciller entre ces hommes comme tanguerait un navire fou sur les eaux."

    En remettant en perspective amour et passion ("Il y avait une tradition de la passion comme il y avait une tradition de la famille… L’amour était peut-être la possibilité de repenser les règles de la passion"), Kuy Delair parle aussi et surtout de liberté. Elle discourt sur le féminisme dans cette histoire sentimentale mais aussi sociale et engagée. Simone de Beauvoir est citée lors d’une scène au Parc Manceau ("La femme n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux"), mais l’auteure fait également référence aux traditions mésopotamiennes. À l’instar de son personnage, l’auteure engagée et "néo-féministe" (l’expression est de Patrick Lesage, en préface) trouve dans le paganisme des réponses pour arriver à des rapports hommes-femmes apaisés, des organisations humaines et humanistes solides et des sociétés où la sexualité ne serait plus un problème : "Quynh rêvait de sociétés néo-matriarcales dans lesquelles hommes et femmes seraient des féministes et des humanistes convaincus… La sculptrice ne croyait pas au règne d’un sexe sur l’autre, d’une génération sur l’autre, d’une race sur l’autre… Son credo était la différence sans hiérarchie." Qui n’adhérerait pas à ce credo ?

    Kuy Delair, La petite Musique de la Pierre, Évidence Éditions, 2018, 152 p.
    http://www.kuydelair.com
    https://www.facebook.com/KuyDelairKDL
    www.evidence-editions.com

    Voir aussi : "Païenne à Paris"

    © Hubert Bourgeois 2009

    kuy delair,sculpture,jazz,amour,statue,féminisme

    Tenez-vous informés de nos derniers blablas
    en vous abonnant gratuitement à notre newsletter.

    Likez, partageztwittez et instagramez les blablas de Bla Bla Blog !

     

  • Dieu est amour

    Pin it!

    Le spectacle de Kuy Delair, Dieu est fou d’Éros, est de retour à Paris cet automne à la Poïèsis des Arts (Paris 4e), les 5, 19 et 26 octobre 2018. C’est une occasion supplémentaire de découvrir à Paris Kuy Delair qui a fait de la poésie un matériau vivant au service d’un discours sur le féminisme, l’amour et le sacré. Nous en parlions il y a un cela sur Bla Bla Blog.

    Dieu est fou d’Éros est une lecture performance autour de ses textes autour d’une recherche, comme elle le dit elle-même, de "l'érotico-mystique."

    Elle signera également son nouveau livre, une romance érotique, dont la sortie est prévue pour novembre 2018.

    Kuy Delair, Dieu est fou d’Éros
    les 5,19 et 26 Octobre
    les 9,16,23,30 Novembre
    les 14 et 21 Décembre à 20h
    Galerie Poeïsis des Arts, 75004 Paris
    Tél. : 01 71 75 61 03
    Entrée : 10 euros
    http://www.kuydelair.com

    Voir aussi : "Païenne à Paris"

  • Païenne à Paris

    Pin it!

    Kuy Delair performe ses textes à la Galerie La Poïèsis des Arts (Paris, 4e). Cet événement, commencé en mars, proposera deux dernières représentations les 20 et 27 avril à 20 heures.

    Dieu est fou d’Éros est une lecture-performance, un genre hybride alliant la lecture de l’écrivain et la performance contemporaine. Certains éléments du théâtre sont également convoqués. La lecture-performance de l’artiste propose de s’interroger sur les tabous sociétaux, en alliant ces thèmes a priori antinomiques : l’auto-fiction, l’érotisme, le sacré et la folie.

    Dans la verve de l’auto-fiction, Kuy Delair se met en scène dans ses poèmes. En voulant marier érotisme et religion, Kuy Delair entend s’inscrire dans la tradition ancestrale du paganisme, et à créer, comme le dit elle-même, "une esthétique de l’érotico-mystique."

    Un féminisme dans tous ses états

    Voilà ce qu’elle en dit : "L'esthétique érotico-mystique dynamise ma pratique transdisciplinaire de la poésie. Prenant ses racines dans l’Éros mythologique, je conçois cette esthétique comme le fondement de ma pratique artistique. Dans le paganisme hellénique, Éros est originellement appelé Dieu Amour. Il est l’alliance d’un désir spirituel (fusion) et organique (fertilité). Il assume la dualité unifiée de la matière (érotique) et du spirituel (mystique). Le mythe théogonique, visant à l’explication du monde, place Éros comme le moteur de l’Etre, de l’être en création." Mais ces traditions antiques, ne seraient-elles pas des pratiques mortes et enterrées en 2018 ? Pour Kuy Delair, elles sont au contraire plus modernes qu’on ne le croit : "Le mysticisme contemporain est la possibilité d’un au-delà laïc, il est également l’ascétisme de ma pratique artistique ; la discipline du corps dans la genèse de son expressivité."

    La démarche artistique de Kuy Delair ne vient pas de nulle part. La performeuse, poétesse et intellectuelle navigue entre Montréal, New York et Paris et a pu se faire entendre sur les ondes de France Culture. Femme de lettres, pianiste, musicienne, performeuse mais aussi enseignante à la Sorbonne, son approche des traditions païennes est celle d’une femme d’aujourd’hui, engagée dans une forme de féminisme dans tous ses états, et qui plonge ses racines plusieurs milliers d’années plus tôt.

    Un étonnant retour aux sources par une païenne qui ne laisse pas indifférent.

    Kuy Delair, Dieu est fou, Galerie La Poïèsis des Arts,
    12 rue de Jouy 75004 Paris

    Les vendredi 20 et 27 avril à 20 heures
    http://www.poiesisdesarts.com
    www.kuydelair.com

    Crédit photos© Jean-Pierre Chambard

    kuy delair,galerie la poïèsis des arts,païenne,paganisme,érotisme,dieu,éros,mysticisme