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  • Comics Nietzsche

    nietzscheNietzsche en bandes dessinées...  Oui, vous avez bien lu : c'est d'un comics sur "le philosophe au marteau" dont je vais vous entretenir, avec Michel Onfray pour le texte et Maximilien Le Roy pour les illustrations.

    En quelques 130 pages, toute la vie et l'œuvre de Friedrich Nietzsche sont passées au crible : son origine dans une famille protestante, ses débuts brillants en philologie à l'université de Bâle, l'influence de Schopenhauer, ses essais largement ignorés lors de leur publication (Humain, trop Humain, Ainsi parlait Zarathoustra, Ecce Homo...), ses relations amicales puis sa brouille avec Richard Wagner, sa relation tumultueuse avec Lou Andreas-Salomé, la construction de ses grandes théories (l'éternel retour, la mort de Dieu, l'influence des philosophes antiques, l'idéal d'un nouvel humanisme, etc.), les dernières années de réclusion et de maladie du philosophe (le fameux cheval de Turin), lorsque son œuvre commence à être lue et reconnue dans le monde.

    Michel Onfray choisit de consacrer une partie de cette bande dessinée à la légende noire d'un Nietzsche antisémite et théoricien d'une race "supérieure" (le fameux Surhomme). Il est rappelé que rien n'est plus éloigné des idéaux de ce philosophe indépendant, solitaire, admirateur des philosophes antiques, traumatisé par la guerre de 1870, antimilitariste, voyageur européen amoureux de l'Italie et ennemi de toute forme de nationalisme et de racisme. Nietzsche s'est d'ailleurs brouillé avec Wagner, comme avec sa propre famille, en raison justement de leur antisémitisme. Les auteurs rappellent du reste que c'est sa propre sœur qui a galvaudé son œuvre, jusqu'à créer des textes apocryphes (La Volonté de Puissance), faisant de Nietzsche l'incarnation d'un philosophe à la réputation noire. Une réputation injuste que les auteurs contribuent à rétablir avec talent et persuasion dans cette bande dessinée.

    Maximilien Le Roy et Michel Onfray, Nietzsche, se créer Liberté,
    éd. Le Lombard, 2010, 129 p.

  • Vitax® (et autres nouvelles)

    Vitax®, recueil d’Yves Bernas sorti en 2013, rassemble 17 nouvelles étonnantes qui baladent le lecteur dans des univers bien différents. Elles prouvent les multiples facettes et le talent d’un auteur à suivre.

    Chroniques minutieuses et textes brefs alternent dans ce livre qui démarre par une formidable farce tragicomique : Capitaine Gaspard met en scène un détestable officier, brimant sans vergogne des appelés inoffensifs, jusqu’à un retour de bâton inévitable. La troisième nouvelle suit cette veine plutôt réaliste : Docteur Wunderlich est le portrait écrit à deux voix d’un médecin remarquable mais au lourd secret et à la poursuite d’une rédemption. Il est également de rédemption et de fautes dans David Forster, la plus américaine de ces histoires.  

    Vitax®, qui a donné le nom à ce recueil, est sans doute la nouvelle plus frappante. Dans un monde dystopique, Spike Thorn doit assumer sa condition d’être Bêta, soumis aux pires vexations dans une société  hyper hiérarchisée et dominée par un étrange produit, le  Vitax®, aux pouvoirs régénérant étonnants (ne cherchez pas ce produit miracle dans le commerce !). On peut ne pas être sensible au style onirique et fantastique de ce texte (qui n’est pas sans rappeler le film eXistenZ de David Cronenberg) mais cette histoire marque les esprits par sa noirceur poétique.

    La deuxième partie du recueil rassemble d’autres textes mêlant naturalisme, lyrisme et surnaturel de manière plus ou moins convaincante. Les influences d’Edgar Allan Poe ou Oscar Wilde sont manifestes dans Le Miroir ou Greeneisen. Le lecteur prend de plein fouet l’humour noir de La Tzigane. Mais l’on peut surtout retenir la nouvelle Sang d’Encre, de facture kafkaïenne, une histoire classique de pacte faustien rondement menée.

    Voilà un premier livre prometteur dans lequel, malgré la disparité des textes, Yves Bernas montre la richesse de son univers  littéraire et l’étendue de son talent. De ce point de vue, il en a sous la pédale.   

    Yves Bernas, Vitax® et autres nouvelles, Amazon, 215 p.
    http://ybernas.de

  • Lady Vegas : la surdouée, le prof et la poissarde

    Tamara Drewe et Beth Raymer. Les héroïnes des deux films de Stephen Frears, Tamara Drew et Lady Vegas, ont au moins trois points communs : l’ambition de deux jeunes femmes de refaire leur vie, leur outrageante beauté qui va faire tourner la tête de quelques hommes et l’art de porter le mini-short !

    Mais là où Tamara Drewe (Gemma Aterton), le personnage principal du film éponyme, pose ses bagages dans le village de son enfance so british, la candide Beth (Rebecca Hall) entreprend de faire fortune dans la plus artificielle des villes occidentales, Las Vegas. Après une brève carrière dans le strip-tease à domicile, notre Lady Vegas y découvre sa voie dans les paris sportifs où elle s’avère vite surdouée et chanceuse. Elle y trouve, pour le coup, un ami attentif en la personne de Dink Heimowitz (Bruce Willis) et une famille de substitution dans laquelle Tulip (Catherine Zeta-Jones), l’épouse de Dink, finit, contre toute attente, par jouer un rôle non négligeable.

    On peut faire la fine bouche devant cette petite comédie de Stephen Fears. L’auteur des Liaisons dangereuses ou de My beautiful Laundrette offre, avec Lady Vegas, une escapade fraîche mais sans surprise dans le milieu de l’argent facile, avec un happy-end à la clé. Frears est cependant bien trop doué et malin pour se cantonner dans un film commercial uniquement distrayant. 

    Il convient de rappeler que Lady Vegas est aussi et surtout l’adaptation du récit de Beth Raymer, Lay The Favorite. Cette ancienne journaliste y conte son expérience de l’industrie du sexe et des jeux d’argent. Les chassés-croisés amoureux et amicaux, les ambitions et les jalousies sont l’occasion de brosser le portrait d’une Amérique libérale obnubilée par le Roi Dollar. "Las Vegas et Wall Street : même combat !" semble asséner Frears lorsque la fausse ingénue rejoint son petit ami Jeremy (Joshua Jackson) à New York, avant unes escapade professionnelle au Costa-Rica avec son nouvel associé Rosie (Vince Vaughn), le double sombre de Dink. Bravant les lois fédérales sur les jeux d’argent, Beth y découvre aussi amèrement le revers de cette fortune, avant une pirouette finale et une fin convenue. 

    Lady Vegas, modeste étape américaine dans la brillante carrière de Stephen Frears, trouve finalement son plus grand intérêt dans le jeu des acteurs. Rebecca Hall est la révélation de cette comédie sympathique pour son rôle d’ingénue ambitieuse et sexy. Bruce Willis, en contre-emploi, se distingue quant à lui en quinquagénaire installé, blasé et bienveillant. Soulignons enfin le retour sur les écrans de la trop rare Catherine Zeta-Jones : un brin cabotine, elle s’en sort plutôt bien dans le portrait d’une épouse superficielle, jalouse et poissarde. 

    Finalement, Stephen Frears a su tirer vers le haut cette comédie légère. Qui aurait pu en douter ?      

    Stephen Frears , Lady Vegas : Les Mémoires d'une Joueuse, 100 mn, 2012