Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Éducation à l'ancienne

    La chaîne de la TNT Numéro 23 diffuse ce dimanche 22 février, à 22H45, Une Éducation, un film de Lone Scherfig, avec Carrey Mulligan dans le rôle principal.

    Disons tout d’abord que ce long-métrage de 2010, qui se déroule dans l’Angleterre des années 60, est tirée du récit autobiographique de la journaliste britannique du Sunday Time Lynn Barber.

    Jenny (Carrey Mulligan), 16 ans, n’a pour tout horizon qu’une vie rangée et ennuyeuse, sous la coupe de parents conservateurs. Élève brillante, violoncelliste douée, désireuse d’intégrer Oxford, elle n’est cependant pas certaine de pouvoir s’échapper de cet univers étriqué. Un jour de pluie, un inconnu lui propose de s’abriter dans sa voiture de sport. Il s’appelle David (Peter Sarsgaard). Il a une vingtaine d’années de plus qu’elle. Ce bel homme, insouciant, stylé, mystérieux, amoureux de la vie et dépensant sans compter, tranche avec le monde ennuyeux et fade de Jenny. Cette dernière est entraînée, avec celui qui devient rapidement son amant, dans un tourbillon de nouveautés : dîners chics, ventes aux enchères, voyages romantiques, rencontres inattendues, nouvelles amitiés. Mais ce monde doré et clinquant n’est-il pas un miroir aux alouettes ? Et la jeune fille sérieuse peut-elle abandonner l’éducation austère de ses parents pour une autre école – celle de la vie ?

    La réalisatrice danoise Lone Scherfig a réussi à faire à partir d’un scénario finalement assez simple (une histoire d’amour scandaleuse entre deux êtres que tout sépare), un très élégant film, frais et délicieusement nostalgique. Mais Une Éducation est également le récit d’une initiation et du parcours d’une adolescente contrainte à un certain moment de choisir son avenir.

    Il convient de dire un mot de l’actrice principale : Carrey Mulligan, 22 ans à l’époque du tournage, est bluffante dans son interprétation d’une adolescente de 16 ans. L’Académie des Oscars l’a saluée en lui décernant en 2010 la palme de meilleure actrice pour ce rôle. Peter Sarsgaard, que l’on avait déjà vu dans Jarhead ou Dans la Brume électrique prouve également l’étendue de son talent.

    Numéro 23 donne aux spectateurs l'occasion de découvrir cette petite perle.

    Une Éducation, de Lone Scherfig, avec Carrey Mulligan,
    Peter Sarsgaard et Alfred Molina, 2010, 95 mn
    Numéro 23, dimanche 22 février 2015, 20H45 

  • Sans-culotte, sans dessins

    Sans culotte.jpgDepuis les attentats de Charlie-Hebdo, les journaux sont sous le choc et ont réagi à leur manière à l'attentat et aux atteintes aux libertés d'expression. Parmi ces revues, le journal  satirique Sans-Culotte 85 a voulu marquer le coup. 

    Ce "canard vendéen qui ne joue pas les fayots" entend être le poil à gratter d'un Département encore largement influencé par un certain milieu catholique (traditionnel). Pour l'édition de février, un numéro spécial, la rédaction de Sans-culotte 85 a choisi de se nommer "Sans-Calotte 85", en réaction aux attaques islamiques (et religieuses) du mois de janvier. C'est aussi une référence, affirme la rédaction du journal, au fameux hors-série de novembre 2011, Charia-Hebdo. ("Un Charia-Hebdo à la vendéenne"). La Une du Sans-Calotte 85 représente l'évêque Alain Castet, dont la ressemblance avec le sénateur UMP local Bruno Retailleau peut troubler... Quant au titre "Ceci n'est pas un prophète", c'est un clin d'œil appuyé à la célèbre une du numéro 1178 de Charlie Hebdo.

    Mais le choix éditorial le plus original de la revue satirique réside dans son traitement de l'attentat de Charlie Hebdo. Comme le rappelle Marie Coq dans un billet, "Il n'y a pas de blasphème qui tienne : personne n'a jamais forcé un musulman à caricaturer son prophète, puisque cela lui est interdit, et y'a (sic) aucun jugement à porter là-dessus." Le Sans-Culotte 85 (ou plutôt "Sans-Calotte 85") s'appuie, comme tout journal satirique qui se respecte, sur de nombreuses caricatures.

    Or, ouvrant cette revue, le lecteur sera surpris de n'y trouver aucun des dessins caractéristiques de ce titre : en lieu et place des illustrations, caricatures et personnages croqués, le texte est parsemé de plages blanches, comme si un maquettiste malicieux ou mal intentionné avait décidé de sortir les illustrations de la revue ! Ces espaces vides sont autant de rappels à une liberté d'expression blessée et en danger.

    En ayant choisi de sacrifier les caricatures, le Sans-Culotte 85 joue la provocation. Mais cette provocation est assortie d'une jolie pirouette, car ces caricatures manquantes dans la mise en pages sont finalement bien présentes... en fin de magazine, hors contexte, avec seulement les numéros de page indiquant leur emplacement originel. Il ne reste plus au lecteur qu'à se munir d'une paire de ciseaux et d'un tube de colle pour remettre les dessins à leur place dans la revue.

    Cette manière forte d'interpeller le public sur l'importance de la liberté d'expression est aussi pour le bloggeur une manière de rappeler que la satire reste une tradition française ancienne qui est prête à vendre chèrement sa peau. Le Sans-Culotte 85 est dans cette droite ligne : "Nous sommes des Sans-Culottes... C'est pour cela que nous ne baissons pas nos pantalons !" est-il proclamé sur leur site Internet.

    Sans-Culotte 85, numéro spécial "Sans-Calotte 85", n°82, février 2015, 3 €